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Full text of "Revue catalane"

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HANDBOUND 
AT  THE 


UNIVERSITY  OF 
TORONTO  PRESS 


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REVUE  CATALANE 

Tome  V    —    Année  1911 


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Tome  V 


Année  1911 


EVUE 
CATALANE 


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iGANE  DE 
i  SOCIÉTÉ 
ÉTUDES  ^S 
ATALANES 


PERPIGNAN 
IMPRIMERIE    COMET 


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Table   des   matières 


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Liste  des  membres  de  la  Société,  2. 

Compte  rendu  des  séances,  44,  32  i  . 

Situation  de  la  Caisse,  45. 

M.  Verger,  de  Ricaudy,   t,  34,   66. 

Livres  et  Revues,  32,  64,  96,   127,    iSp,   191,  244,  319,  383,  407. 

Les  fêtes  de  Céret,   loc,  200. 

Palmes  académiques,  218. 

L'enseignement  régional  et  les  études  catalanes,  233, 

Proverbis,  49,   i  o5. 

Mil  y  un  pensaments,  56,  75,   i  17,   140,  3o5,  332,  378. 

Concells,  328. 

Advertencies  dignes  de  saber,  329,  401. 

Concours  de  monographies  du  Club  alpin,  248. 

Le  catalan  à  l'école,  397. 

A. -M.  Alcover.  —  Pages  choisies,  33o. 

P.  de  l'Alzina.  —  Quan  toca  l'Angelus,  375. 

J.  Amade.  —  La  race,   lo. 

—  Verges  de  Ricaudy,  34. 

—  Folkore  catalan,  52. 

—  A  nos  lecteurs,  129. 
Joseph  Pons,   170. 

—  Cant  del  Vallespir,  204. 

—  La  poésie  populaire  catalane,  297. 

—  Pour  le  Dictionnaire  Catalan,  333. 

—  Le  Catalan  à  l'école,  368. 

—  L'estiu  etern,  394. 
J.  Badoa.  —    Lo  salser,  5o. 

—  La  Sanya,   1 68. 

P.  Bergue.  —  L'œuvre  d'Oun  Tal,  6,  77. 

—  Campanas  de)  pais,  46. 

—  Festa  Major,   106,   141. 

—  L'Alzina,  23  1 . 

—  Gloria  al  pais,  362. 

J.Capeille. —  Histoire  locale,  27,  54.   114,  180,  238,  399. 

—  Verges  de  Ricaudy  et  ses  aïeux,  66. 
De  Carsalade.  —  Pour  la  langue  catalane,  76. 


—    11    — 

J.  Chadany.  —  La  Ceretana,  223. 

J.-A.  Clavé.  —  Pages  choisies,   Sog. 

Corominas. —  Pages  choisies,   17. 

Firmin  Costabona.  —  Le  catalan  à  l'Université,  396. 

J.  Delpont.  —  Don  Père  d'Alcantara  Penya,  i5. 

—  Cap  a  Ceret,  207. 

—  En  Teodor  Llorente,  235. 

—  Del  poble,  304. 

—  En  Josep  Maria  Puig  Torralva,  377. 
Ermità  de  Cabrenç.  —  Lo  Salpas,  65. 

—  Pirineu  d'Orient,  97. 

—  Les  Torres  de  Cabrenç,  209. 

—  Sant  Eloy,   22  1 . 
J.  Granier.  —  Sem  fraire,  3i5. 

D?  Lacvivier.  —  Textes  catalans,   30,71,    lOi,   146,    184,    24],    3 16,    336, 
38o,  4o3. 

—  Les  jours  de  la  vieille,    1  1  3. 
E.  Leguiel.  —  Lisons  du  catalan,   161. 

—  Prats-de-Mollo,  212. 

—  Devinalles,  376. 

—  Velles  Corrandes,  398. 
J.  Maragall.  —  Carta,   176. 

Lo  Pastorellet  de  la  Vall  d'Arles.  —  Conte  nou,  359. 

L.  Pastre.  —  La  langue   catalane  et  son   utilité  pédagogique  (suite  et  fin), 
20,  57,  85,   121,   i53,  188,  249,  273,  341. 

—  Ruscino,  240. 

—  Orthographe  et  prononciation  catalanes,  379. 
V.  Peix.  —  Primera  pena,   18. 

—  Perdo,   137. 

—  Serenada,  389. 

L.  Pellissier.  —  Le  félibre  n\ajoral  Baquié  Fonade,   14. 

—  La  Santo  Estelle,   179. 

—  En  Candi  y  Candi,  3  1  1 . 

—  Una  nina,  358. 

Père  d'A.  Penya.  —   Un  sermo  de  coresma,   i5. 

—  Les  très  arithmétiques,  118. 
J.  Porvs.  —  L'enfant  au  foulard,  92. 

—  Xiprers  adormits,  i3î. 

—  El  Vallespi,  220. 

—  Célestin  Manalt,  225. 

—  Pirinenques  de  J.-M.  Guasch,  3o6. 


V/ 


—    Il  1    — 

J.  Pons.  —   Per  En  Verdaguer,  322. 

— ■  Clariayna,  334. 

—  Un  éloge  des  Catalans  au  xin"  siècle,  390. 

El  Refilayre  de  Carença.  —  Ariettes,  32  5. 
Numa  Roubin.  —  Le  Régionalisme,  353. 
M. -A.  Salva.  —  Jochs  de  nins,   177. 
J.  de  San  Salvador.   —  La  terra  dels  avis,   139. 

—  A  la  gloria  del  Vallespîr,   19$. 

—  Lo  gorch  Bufaroch,  227. 

J.  Sanyas.  —  Roman  du  ix'  siècle  et  catalan  du  xx",    134. 
V.  Vallespir.  —  Als  Cantayres  del  Vallespir,   217. 

—  Cors  rossellonesos,  3  12. 

—  La  Llar.  385. 


ILLUSTRATIONS 

Portrait  de  M.  Vergés  de  Ricaudy,  33. 

—  M.  Joseph  Pons,  270. 

—  M.  Déodat  de  Sévérac,  202. 

—  M.  Jean  Amade,  206. 

—  M.  Jacques  de  Noell,  219. 

Coffret  de  l'église  d'Elne  (Monument  historique),  405. 


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N°  49  15  Janvier  1911. 

Les   Manuscrits  non  insères 


ne  sont  oas  rcnaus. 


Les  Articles  oarus  dans  la   Revue 


REVUE 

CATALANE 


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Mort  de  M*  Vergés  de  Ricaudy 

Président  de  la  Société  d'Études  Catalanes 


Au  moment  de  tirer  ce  numéro,  nous  avons  la 
profonde  douleur  d'apprendre  la  mort  de  M.  Emma- 
nuel Vergés  de  Ricaudy,  notre  très  estimé  prési- 
dent. Le  samedi,  14  janvier,  il  avait  revu  les  épreu- 
ves; et  sa  main,  prévoyante  et  délicate,  avait  indiqué 
les  dernières  corrections  à  faire. 

Le  lendemain  matin,  en  faisant  sa  promenade 
habituelle  sur  la  place  Arago,  il  se  sentit  pris  de 
malaise.  On  l'accompagna  chez  lui,  où  il  perdit 
bientôt  connaissance,  et  mercredi  18,  à  cinq  heures 
du  matin,  entouré  de  sa  famille  éplorée,  il  rendit 
le  dernier  soupir.  Deu  lo  perdô. 

Contentons-nous  pour  aujourd'hui  d'offrir  à  sa 
veuve,  à  ses  enfants  et  surtout  à  sa  vieille  mère, 
qu'une  si  grande  douleur  étreint,  les  respectueuses 
condoléances  de  nos  coeurs  brisés. 


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LISTE 

DES  MEMBRES  DE  LA  SOCIÉTÉ 

au  3i   Décembre    191Q. 

MM. 

1908.   Abat  J.,  49,  rue  d'Orsel,  Paris. 

1906.   d'Abbes  Paul  (comte),   142,  rue  de  Longchamps,  Paris. 

—  Albar  Félix,  chef  de  bataillon  en  retraite,  place    Grétry,   Perpignan. 

—  'Alcover   Antoine,  chanoine  et  vicaire  général,   Palma   de    Mallorca 

(Espagne). 

—  *Amade  Jean,  professeur  agrégé,  au  lycée  de  Montpellier,   Secrétaire. 

—  Aragon  Amédée,  rue  Saint-Dominique,  4,  Perpignan. 

—  Arrous  Jean  (  docteur),  Prades. 

1910.   AuRioL  George,  banquier,  rue  Font- Froide,  Perpignan. 
1908.   Aymar  Joseph,  (abbéj,  curé-archiprêtre,  Prades. 
1906.    Badoa  J.,   142,  rue  du  Chemin-vert,  Paris. 

—  Baille  Léon,   architecte,  rue  de  la  Fusterie,  Perpignan. 
J910.    Bardou-Job  Justin,  rue  Saint-Sauveur,  Perpignan. 

1906.  Bassole  François,  professeur  au  collège  de  Bédarieux  (Hérault). 

1907.  Berdagué  Jean    abbé;,  curé  d'Estoher. 

1908.  Bergue  Paul,  Conducteur  principal  faisant  fonctions  d'ingénieur  des 

Travaux  publics,  à  Hué  1  Annam). 

1910.    Bessoli  Charles  (abbé),  à  l'église  Saint-Christophe,  Perpignan, 

1906.  Billes  Auguste,  établissement  des  Gorges  de  la  Fou,  Saint-Paul-de- 

Fenouillet. 

1907.  Blancou  Gabriel,  avocat,  rue  des  Trois- Rois,  3o,  Perpignan. 
)9o6     *Boix  Emile  (docteur),  avenue  de  la  Grande-Armée,  26,  Paris. 

—  'BoNAFONT  Joseph  (abbé),  curé-doyen  d'Ille-sur-Tet,    Vtce-P résident. 

—  Borreil  Etienne,  inspecteur  des  Postes,   \6,  rue  Llucia,  Perpignan. 
J907.    Brial  Pierre  (abbé),  curé-doyen  de  Millas. 

1908.  DE  Çagarriga  Henri,  propriétaire,  château  de  la     Grange,    Montes- 

quieu. 
J906.   Calmette  Joseph,   professeur  à  la  Faculté  des  Lettres,  Dijon  (Côte- 
d'Or). 

—  'Campanauu  Laurent,  propriétaire,  rue  Petite-la-Réal,  Perpignan. 

1  908.    'Capeille  Jean  1  abbé),  vicaire  de  la  paroisse  Saint-Jacques,  Perpignan. 

1906.   Carbonnell  Charles  (  doctt-urj,    rue  de  la    République,   Sî,   Meudon 
(  Seine-et-Oisej. 

Les  noms  précédés  d'un  astérisque  sont  ceux   des  membres  du  Conseil  d'administration 


—   3   — 

1906.   DE  Carsalade  du  Pont  Jules  (Mgr),  évêque  de  Perpignan. 

1906.    Caseponce  Etienne  (abbéi,  collège    «  La  Salle  ».  Calle  de  Provenza, 

187.  Barcelona  (  iispagne  ■. 
1909.    Catel  Jean,  élève  de  première  supérieure  au  lycée  de  Toulouse, 

1906.  Cazes  Gustave,  banquier,   i,  rue  Eglise-la-Réal,  Perpignan. 

1907.  DE  Cazis  de  Lapeyrouse   Félix,  vice-consul  de  Portugal,  1  ,  rue  Alsace- 

Lorraine,   Perpignan. 

1906.  *Chauvei    Horace,  publiciste,  adjoint  au  Maire  de   Perpignan,  place 

de  la  Loge,  Perpignan. 
—      *CoMET  Joachim,  imprimeur,  rue  Saint-Dominique,  8,   Perpignan. 

—  CoNiLi.  Léon,  instituteur,  Sournia. 

—  CoRNovoL  Jules  (abbé),  professeur,  calle  de  Corcèga,  3o5,  Barcelona 

(  Espagne), 
Cros  François  (docteur),  médecin  principal  de   1"  classe  en  retraite, 
6,  rue  de  l'Ange,  Perpignan. 

1909.  CuiLLÉ  Joseph,  propriétaire,  rue  Manuel,  Perpignan. 

1907.  Dalbiez  Auguste,  ancien  banquier,  quai  Vauban,  Perpignan. 

—  Daré  Henri,   négociant  en  vins,  avenue  de  la  Gare,  Perpignan. 

1910.  David  d'Orimond  .Madame),  raffinerie  de  soufre,  Narbonne. 

1907.  Delmas  Joseph,  lieutenant  au  3'  d'infanterie,  2,  rue  de   lObélisque, 

Marseille. 
1906.    *Delpont  Jules,    négociant  en  vins,  chemin   du    Confient,  Perpignan, 
Trésorier. 

1908.  Dénoyés  Joseph  (docteur),  rue  de  la  Citadelle,  Béziers. 

1909.  Deit  Jules,  négociant,  rue  de  l'Argenterie,  Perpignan. 
1906.    *DoNNEZAN  Albert  (docteur),  rue  Fontfroide,  Perpignan. 
)907.   Drancourt  Emile,  avenue  de  la  Gare,  Perpignan. 

Dubois-Malzach  Jean,  propriétaire,    Laroque-des-Albères. 
1906.    Durand  Laurent,  agent  d'assurances.   Rue   Grande-la-Réal,  28,   Per- 
pignan. 

—  Durand-Gaillard  Jacques,  médecin,   Puigcerda  (  Espagne). 

—  EcoiFFiER  François  (docteur),  Thuir. 

—  EsTÈvE  de  Bosch  Henri,  llle-sur-Tet. 

1908.  EsTÈvE  DE  Bosch    Xavier,    Général    de   brigade,    rue   du    Mail,    83, 

Angers. 

—  Falcon,  commandant  en  retraite,  place  Arago,  Perpignan. 
1906.    *FoissiN  Aimé,  principal  clerc  d'avoué,  Perpignan,  Archiviste. 

1909.  Fournols  Joseph,  64,  rue  d'Amsterdam,  Paris. 
1906.    Freixe  Jacques,  homme  de  lettres.  Le  Perthus. 

1910.  Granier  (abbé),  curé  de  Lamanère. 

1909.    Gazé  Jean,  professeur  au  collège  de  Montréal,  841,  rue  Sherbrooke- 
Ouest  (  Canada). 
1906.   Gravas  Charles,  notaire.  Prades, 

—  Guiu  Charles,  receveur  de  l'Enregistrement,  Prats-de-Mollo. 


—   4   — 

J906.  JoNQuÈREs   D  Oriola  Henri,  propriétaire,  CorneilIa-del-Vercol. 

1908.  DE   Lacroix  Clément,  47,  avenue  Montaigne,  Paris. 
1906.  DE  Lacvivier  Raymond,  propriéta/re,  Elne. 

1909.  Lafabrègue  Paul,   rue  des  Augustins,  Perpignan. 
1906.  Lafont  Pierre,  pharmacien,  rue  de  la  Tet,  Perpignan. 

1910.  Lanolier  Louis,  négociant,  avenue  de  la  Pépinière,  Perpignan. 
1906.  *Leguiel  Emile,  contrôleur  des  Douanes,  Cerbère. 

—  Llonch  Jean,  négociant,   Figueras  (Espagne). 

—  Llonch  Philippe,  négociant,  Figueras  (Espagne). 

—  'Lutrand  Louis    docteur  ,  2,  rue  Porte-d'Assaut,  Perpignan. 

1909.  Maillols  J., ingénieur,  10,  rue  de  la  Bièvre,  Bourg-la-Reine  (Seine). 

1906.  Marie  Emile,  propriétaire,  Prades. 

1907.  Marty  José-Maria,  pharmacien,  Puigcerda. 

J906.   Massot  Joseph  (docteur),  place   d'Armes,  Perpignan. 

—  Massot  Joseph,    avocat  à  la    Cour    d'appel,     17,     boulevard    Saint- 

Michel,  Paris. 

1906.  'Monsalvatge  y  Fossas  François,  banquier,  calle  Subida  del  Puente, 

Gerona  (Espagne. 

—  *MoNSERDA    DE    Macia   Dolors   (Donyaj   Gran   via,    604,   Barcelona 

(Espagne). 

—  MoREL  Marcel,  négociant,  rue  Grande  la  Real,  Perpignan. 

1910.  MucHART  Henri,  avocat,  rue  de  l'Argenterie,   17,  Perpignan. 

1908.  NouGARET  Fernand,  professeur,  route  d'Espagne,  Perpignan. 

1907.  Pages  Raymond,  comptable,   rue  de  la  Loge,   Perpignan. 

—  Pams  Jules,  sénateur,  35,  rue  Décamps,  Paris-Passy. 

—  Paret  Louis  (abbéj,  curé  de  Rigarda. 

1906.  Pastre  Louis,  instituteur,  villa  Griolet,  rue  Fontaine  St-Martin,  Per- 
pignan. 

—  Patau  Pierre,  chanoine,  curé-doyen  d'Argelès-sur-Mer. 

—  Payré  Joseph,  avoué,  rue  de  la  République,   Perpignan. 

—  'Payret  Joseph,   imprimeur,  rue  Mailly,  Perpignan. 
1910.  Peix  Victor,  industriel,  Millas. 

—  Pépratx  Justin,   notaire,  rue  Alsace-Lorraine,  Perpignan. 

1906.  PoMÈs  Antoine,  éditeur  de  musique,  4,  rue  Mailly,  Perpignan. 

—  Pons  Joseph,  professeur  au  lycée,  Guéret  (Creuse). 

—  Pons-Fabrègues  Benito,  arxiver,  Palma  de  Mallorca    Espagne). 
1910.   PuGET  Eugène,  cité  Bartissol,  Perpignan. 

1907.  PuiG  Joseph,  directeur  des  établissements  Vallaer   Frères,   64,   bou- 

levard Sébastopol,  Paris. 
1910.    PujARNiscLE  Victor,  San-Feliu-de-Guixols   (Espagne). 
1906.    Py-Oliver  Félicien,  libraire,  rue   des  Marchands,    8  bis,  Perpignan. 

1909.  RoiG,  professeur  au  collège  polytechnique  de  Téhéran  (Perse). 


—  5  — 

1908.  RozÈs  Numa,  propriétaire,  Saint-Hippolyte. 

1906.    Ruiz    Y   Porta     Joan,    arxiver    municipal    de    la    ciutat,"  Tarragona 
(Espagne). 

—  Sabarthez  Henri  (docteur),  rue  Saint-Martin,  5,  Perpignan. 
1910.    Saisset  Albert  l  M""  veuves  rue  de  l'Argenterie,  Perpignan. 

1906.  *S'\issET  Frédéric,    homme  de  lettres,   io3,  avenue  La  Bourdonnais, 

Paris. 
19JO.    Saisset  Léon,    juge   d'instruction,    avenue    du    Chemin   de   fer,    3o, 

Fontainebleau  (Seine-et-Marne). 
1910.  Sala    Antonio,  meissionario    domeinicano,  conceiçad    de    Araguaya, 

correio  de  Goyaz,  à  Goyaz  (Brésil). 
1906.    Salsas  Albert,  receveur  de  l'Enregistrement,  Saint-Girons  (Ariège). 

1909.  Sauvât  Louis  (abbé),  curé  de  Trullas. 

1906.  Sauquet  Jean  fils,  négociant,  Bourg-Madame. 

1907.  Schadel Bernard,  professeur  à  l'Université  de  Halle  (Saxe- Allemagne). 

1906.  Sola  Frédéric,  rue  de  Savoie,  7,  Paris. 

1910.  SoLÉ  Y  Pla  Jean,  médecin,  ronda  de  San  Père,  Barcelone  (Espagne). 

1907.  SoRS-GouELL  Jean,  avocat,  Céret 

—  SouBiELLE  Mathilde  (M""  veuve),  institutrice   en  retraite,  Perpignan. 
J908.  Sources  Eugène,  enseigne  de  vaisseau,  rue  Petite-la-Réal,  Perpignan. 

—  SuDRiA,  26,  rue  de  Staël,  Paris. 

1909.  Suzanne  François,  69,  rue  de  Richelieu,   Paris. 

—  Talayrach  Elie,  négociant  en  vins,  rue  d'Espira,  Perpignan. 

1906.  Talut,  Alphonse,  professeur  agrégé    au  Lycée    Condorcet,    rue  des 
Ecoles,   6,  Paris. 

1906.  TissEYRE  Jacques,  rue  Grande-la- Real,  Perpignan. 

1907.  ToDEsco  Venanzio,  Albanga  —  Genova  (Italie). 

1906.  Tresserre   François,    mainteneur   des  Jeux   Floraux,  65,  rue  Alsace- 

Lorraine,  Toulouse. 

—  Trullès  Ferdinand,  notaire,  ]lle-sur-Tet. 

—  *Vassal  Augustin,  banquier,  place  d'Armes,  6,  Perpignan. 

—  Verdot  Lucien,  pharmacien,  rue  des  Marchands,  Perpignan. 

—  Vergés  de  Ricaudy,  quai  Vauban,  45  bis,  Perpignan,  Président. 

1907.  ViCENS  Charles,  rue  Rempart-Villeneuve,  Perpignan. 

1906.  ®  Vidal  Pierre,  bibliothécaire  de  la  Ville,  Perpignan. 

1907.  Vilar  Edouard,  sénateur,  rue  Faustin  Hélie,  7,  Paris-Passy. 

1906.  Vilar  Jean-Joseph  (abbé),  curé  de  Saint-Joseph,  Perpignan. 

1907.  ViLAREM,  principal  du  Collège,  Lodève  (Hérault). 
1906.  *VioLET  Gustave,  sculpteur,  Prades,  Yice-Président. 

1910.  Violet  Lambert,  président  de  la  Chambre  de   Commerce,  route   de 

la  Pépinière,  Perpignan. 
1906.   *DE  WiTTWER  DE  Froutiguen  Jules,  le    Boix-Saint-Sauveur ,  Prats-de- 
Mollo. 


L'Œuvre  d  Oun  Tal 

^l^l^  (SWTE) 

Albert  Saisset  poète  et  linguiste 

Dans  cette    même  classe  de  mots  rentrent  les  tournures  pure- 
ment françaises   : 


Ah  çà  ! 

Del  costat  de 

Al  seu  torn 

A  tort  i  a  travès 

Fer  tort 

De  siguit 

M'es  iguSl 

Mancar  lo  seu  cop 

Fer  coneixença 

Tenir  ideia  que 

Abatre  traball 

Ce  que 

Corn  una  lletra  a  la  posta 

Su'l  pant  de 

S'armar  de  coratge 

S'en  ficar  de 

En  despit  de 

Un  munt  de  temps 

Ne  pue  pas  pus 

Aixô  va  tôt  sol 

Su'l  moment 

Me  fa  mal 

S'hi  coneixer 

En  davant  la  musica  ! 

Un  cop  de  vi 

Se  fer  dolent  sang 

Com  de  budells 

D'acort 

Sus  de  que  ha  parlât  ? 

Tant  si  po 

Hi  ha  pas  aqui  a  dire 

Cofar  santa  Catrina 

Que  vagi  al  dimoni  ! 


ah  çà  ! 

du  côté  de 

à  son  tour 

à  tort  et  à  travers 

faire  du  tort 

de  suite 

ça  m'est  égal 

manquer  son  coup 

faire  connaissance 

avoir  idée  que,  s'imaginer  que 

abattre  du  travail 

c'est  que 

comme  une  lettre  à  la  poste 

sur  le  point  de 

s'armer  de  courage 

s'en  ficher 

en  dépit  de 

un  tas  de  temps 

je  n'en  puis  plus 

cela  va  tout  seul 

sur  le  moment 

cela  me  fait  mal 

s'y  connaître 

en  avant  la  musique  ! 

un  coup  de  vin 

se  faire  du  mauvais  sang 

comme  des  boyaux 

d'accord 

sur  quoi  a-t-il  parlé  ? 

tant  soit  peu 

il  n'y  a  pas  à  dire 

coiffer  sainte  Catherine 

qu'il  aille  au  diable  ! 


—  1  — 


M'en  veig  de  grises 

Restar  pas  may  en  plaça 

Parei  que 

Nom  d'un  chèn  ! 

Tôt  a  fet 

Adreçar  une  questio 

A  torn  de  braç 

Pagar  la  gota 

Dins  del  tenips 

Dç  tota  part 

A  gran  trinc 

Piéti 

Etc.,  etc. 


je  m'en  vois  de  grises 
ne  pas  tenir  en  place 
il  paraît  que 
nom  d'un  chien  ! 
tout  à  fait 

adresser  une  question 
à  tour  de  bras 
payer  la  goutte 
dans  le  temps  (jadis  i 
de  toutes  parts 
à  grand  train 
plaît-il  ? 

etc.,  etc. 


Parfois  le  mot  catalan  n'a  suivi  aucune  déformation,  mais  l'in- 
fluence du  français  l'a  fait  changer  de  genre;  ainsi 

Edat  (mascul.)  :  sem  del  meteix  edat  ;   Corrent  (id.) 

]]  faut  remarquer  que,  si  le  roussillonnais  adopte  parfois  les 
terminologies  françaises  quand  il  emprunte  le  mot  au  français,  les 
mots  catalans  purs  n'ont  aucune  tendance  à  se  déformer  dans  le 
même  sens.  Ainsi,  à  côlé  des  substantifs  finissant  en  an,  en,  in, 
on,  un,  subsistent  toujours  : 

Pa,   ca,   pla  ;   pie,   be  ;   fi,  lli  ;   mati  ;   bo,    minyô,  rao,  tio,  cançô, 
lliçô,   presô,  cairô  ;  ningii,  comii  ;  etc.. 

et,  à  côté  de  ceux  finissant  en  ier  ou  iera  : 

Paper,  fuster,  carnicer,  palier,  sender,  primer,  pastera,  estanyera, 
manera,  etc. 

Par  imitation  du  français,  le  féminin  de  certains  adjectifs,  régu- 
lièrement invariables,  est  en  a  : 

Tala,  granda,  facil-la,  utila... 

La  même  irrégularité,  contraire  à  l'étymologie  latine,  existe 
d'ailleurs  en  Catalogne  où  l'on  dit  :  Trista,  feliça,  pobra. 

Comme  en  français,  l'accent  tonique  est  poussé  vers  la  fin  des 
mots.  Alors,  ou  bien  le  dactyle  catalan  se  transforme  en  trochée 
par  la  chute  d'une  syllabe  : 

sano  pour     vânova,    couvre-pied 

sipi  —       sepia,        seiche 

cofa,  bofa,     —       cofia,  bofia 


llûdri 

pour 

lludria 

miséri 

— 

miseria 

pâtri 

— 

patria. 

—  8  — 

ou  bien  il  y  a  simple  déplacement  d'accent  : 

salit  pour     salit,  saule  solit,  rapit,  pour  solit,  râpit 

musica      —        mûsica  rufaca  —  râfega 

epoca,  célèbre,  colera,  etc. 

estomac    —       estomac  fes-ho  i  fais-le)  —  fesho 

Cependant  l'accent  est  resté  à  sa  place  dans  les  adjectifs  fdcil, 
ûHl. 

Quand  le  dactyle  ne  peut  pas  être  évité,  la  dernière  syllabe  est 
franchement  accentuée  :  porta-me-lô  (porte-le-moi).  Certains  poètes 
roussillonnais  ont  fait  des  finales  masculines  de  vers  avec  des  pro- 
noms compléments  ainsi  accentués. 

11  ne  faudrait  pas  trop  critiquer  cette  aversion  du  roussillonnais 

pour   le    dactyle.   Le    catalan,    de    formation    populaire,  l'a    aussi 

escamoté  : 

Heretge,  (à  côté  de  herética)  ;  afable  ;  establa  ;  noble  ;  moble  ; 
voluble  ;  segle  ;  metge,  petga  (de  medicum,  pedicam)  ;  pobre,  altra 
(de  pauperem,  alteram)  ;  cobla  (de  capulam)  ;  lledesme  (à  côté  de 
légitima)  ;  cincagesma  (de  quinquagesimam)  ;  deute  (de  debitum)  ; 
bisbe  (de  episcopum  |  ;  naixença,  cridadiça,  pobresa  ; 

et  tous  les  féminins  en  ça  ou  sa,  venant  du  latin  en  Ham  ;  les  ver- 
bes dérivés  de  la  3°  conjugaison  latine  légère  : 

coure,  ploure,  roure,  raure,  caure,  traure,  qucrre,  mètre,  retre, 
cabre,  torçre,  etc. 

et  même,  par  assimilation,  quoique  provenant  de  la  2'  conjugaison 
latine  timere  : 

jaure,  veure,  seure,   valdre,  moure,  dolre,  etc. 
Le  trochée  s'est  même  fondu  en  une  syllabe  : 


rebuig 

pour 

repùdi 

lladruny 

à  côté 

de 

lladronici 

exill 

ecsili 

condu 

yt 

conducte 

homey 

homicidi 

regeu 

rigit 

hoy 

— 

odi 

nedeu 

— 

nitit 

escarafall 

— 

escrûpol 

fret 

frigit 

Le  dactyle  même  n'a  formé  qu'une  syllabe  dans  dir,  dur,  avu^, 
dicere,  ducere,  hodie. 

Les  mots  savants  n'ont  pas  résisté  parfois  à  cette  tendance 
contractive  tels  calorifre,  caloplre  ;  calorifère,  calôptere. 

La  syntaxe  française  apparaît  : 


—  9  — 

j'  Dans  l'emploi  de  l'auxiliaire  ser  :  m'eri  pagaf  (sens  actif)  ou 
de  l'imparfait  de  l'indicatif  :  corn  si  ténia  aies,  pour  tingués. 

2.  Dans  la  place  donnée,  avant  le  verbe,  aux  pronoms  com- 
pléments : 

vinc  d'ho  fer  au  lieu  de     vinc  de  ferho  ou     ho  vinc  de  fer 

per  se  l'en  dur  —  per  dur  se  len 

Formes  espagnoles.  —  Ls  roussillonnais  a  conservé  beaucoup 
de  mots  espagnols  et  a  même  formé  des  mots  hybrides  à  termi- 
naison espagnole  ;  la  liste  en  est  longue  ;  citons  : 

apuro  fonso  nyanyo,  nafra 

berro,  verrat  furro  pallago 

h\xo,  canard,  par  onomatopée     ganxo  payo 

burro  guapo  toro 

butjo,  mamelon  gayo.  louche  tonto 

candeiero  lloro,  idiot,  arsouille       totxo 

casco  marso  (ser  à)  tronxo 

CUrandero  matXO  vano,  éventail  (Je  Havane) 

duro  moro  xupapo,  soumet 

farro,  plat  de  mats  pilé       mostatxo,  gifle 

fondo  murro 

Les  Catalans  intransigeants  proscrivent  systématiquement  ces 
mots  en  o  ivoir  le  Dictionnaire  de  Bulbena). 

Le  roussillonnais  a  déplacé  même  parfois  l'accent  tonique  vers 
la  gauche,  pour  obtenir  une  terminaison  espagnole  : 

porro  pour     porrô  repunxo  pour     repunxô 

Formes  languedociennes  ou  provençales.  —  L'inBuence  des  dia- 
lectes du  Midi  est  à  noter. 

r  Le  pronom  jo  est  employé  comme  complément,  ainsi  que  le 
iu  languedocien  et  le  teu  provençal  :  de  jo,  per  Jo,  ambe  jo,  ane  jo, 
etc.  Il  était  d'ailleurs  assez  logique  de  ne  pas  faire  décliner  yo. 
puisque  lu  est  invariable.   Cependant  on  dit  encore  :  pobre  de  mi  ! 

2°  Beaucoup  de  mots  de  ces  dialectes  ont  cours  en  Roussillon  : 

0,  oui  démet  de,  parmi 

belteu,  peut-être  peirer,  maçon 

mussenye  veire,  verre 

pastre  aibre,  arbre 

Les  substantifs  en  aire  que  le  catalan  termine  aussi  en  ador. 

3°  La  terminaison  //  catalane  est  remplacée  par  /  ;  bel,  cameL 

(M  suivre)  -  Paul  Bergue. 


^^ÙrL^Ù9Ù9L^L^ML7LoL^ 


La  Race 


(>) 


Nier  la  valeur  du  concept  de  race,  nier  la  race,  ce  fut  le  jeu  de 
quelques  intellectuels  dont  le  positivisme  voyait  sans  doute  là  un 
des  nombreux  méfaits  de  l'esprit  de  métaphysique.  A  les  en  croire 
donc,  rien  ne  correspondait  scientifiquement  à  ce  concept,  et  la 
réalité  des  choses  ne  permettait  pas  d'établir  les  distinctions 
d'humanité  sur  lesquelles  on  fait,  d'après  eux,  reposer  tant  de 
vaines  théories  !  La  race,  disaient-ils,  le  génie  de  la  race,  l'âme 
de  la  race,  autant  de  mots  dénués  de  signification. 

Rien  de  plus  élastique,  il  est  vrai,  que  ce  mot  de  «  race  »  :  on 
dit,  en  effet,  couramment  la  race  jaune  et  la  race  blanche,  puis  les 
races  latines  et  les  races  germaniques,  enfin  la  race  normande  ou 
la  race  gasconne,  etc.  Ce  mot  embrasse  plus  ou  moins  d'humanité, 
au  gré  de  celui  qui  l'emploie  ;  et  nous  comprenons  qu'à  ce  point 
de  vue  il  puisse  éveiller  un  peu  la  méfiance.  Mais  nous  savons 
tous  ce  que  nous  voulons  dire  quand  nous  nous  en  servons  ;  il 
offre  chaque  fois  pour  nous  un  sens  très  précis  et  répond  à  une 
volonté  de  détermination  et  de  différenciation  aussi  nette  que  lors- 
que nous  nommons,  par  exemple,  les  diverses  catégories  de  pier- 
res, d'arbres  et  d'animaux.  Lorsque  nous  disons  toujours  «  race  », 
peut-être  faudrait-il  dire  tantôt  espèce,  tantôt  genre,  ici  famille,  là 
ordre,  ailleurs  classe.  Mais  peu  importe,  puisque  nous  nous  enten- 
dons. La  question  est  seulement  de  savoir  si  dans  la  réalité  quel- 
que chose  correspond  à  ce  terme,  c'est-à-dire  donc  si  l'on  n'est 
pas  victime  d'un  mot. 

Nous  affirmons,  pour  notre  part,  l'existence  de  la  race  avec  des 
caractères  bien  marqués.  Et  nous  n'y  apportons  cependant  aucun 
mysticisme  :  nous  ne  croyons  pas  à  l'existence  en  soi  d'une  force 
invisible  qui,  se  manifestant  par  sa  fécondité,  demeure  inaltérable 
dans  la  succession.  La  race  est  pour  nous  quelque  chose  de  rela- 

fi)   Ces  pages  sont  extraites  d'un  nouvel   ouvrage   que   M.    Jean  Amade 
va  publier  prochainement  sous  le  titre  de  Vidée  régtonaïiste. 


—  Il  — 

tif.  Il  y  a  d'abord  le  sang,  parce  qu'il  y  a  les  ancêtres,  sans  les- 
quels la  race  ne  serait  pas  :  cela  est  de  toute  évidence.  Mais,  si 
le  sang  transmis  par  les  ancêtres  assure  la  survivance  et  main- 
tient pendant  quelque  temps  le  type  primitif,  il  ne  réussirait  pas, 
malgré  son  pouvoir,  à  empêcher  ou  ralentir  par  lui  seul  les  dévia- 
tions postérieures.  11  y  faut  une  collaboration. 

Et  cette  collaboration,  nous  la  trouvons  en  dehors  de  la  race 
elle-même  :  c'est  l'horizon  où  elle  se  meut,  le  décor  où  elle  s'ins- 
talla pour  persévérer  dans  l'être  et  se  garder  contre  le  destin.  On 
peut  donc  dire  que  le  milieu  crée  à  chaque  instant  la  race,  lui 
imprimant  son  caractère  et  lui  conservant  sa  personnalité  :  la  race 
trouve  dans  la  terre  le  moule  naturel  où  son  type  se  fixe  et  se 
perpétue  ;  c'est  là  aussi  que  son  génie  s'inspire,  là  que  son  âme 
s'alimente  et  que  sa  vie  s'enrichit.  Changez  le  sol,  vous  change- 
riez à  la  longue  la  race  ;  car  l'élément  le  plus  simple  de  la  nature 
physique  a  sa  part  et  fait  son  oeuvre  dans  cette  lente  mais  sûre 
élaboration. 

On  pourra  penser  ce  qu'on  voudra  de  la  valeur  du  concept  de 
race,  mais  rien  par  exemple  n'est  aussi  différent  des  hommes  qui 
occupent  la  Bretagne  que  ceux  qui  occupent  la  Provence.  Sans 
doute,  le  point  de  départ  n'est  pas  le  même  pour  les  uns  et  pour 
les  autres  ;  une  distance  énorme  sépare  le  passé  breton  du  passé 
provençal.  Mais  c'est  plus  encore  que  leur  origine  et  leur  his- 
toire, les  sillons  et  les  rivages  où  ces  races  ont  vécu  et  prospéré, 
l'aspect  du  ciel  et  des  montagnes,  toute  la  nature  enfin  où  elles 
se  sont  développées,  où  se  modela  leur  langage,  où  germa  aussi 
leur  idéal  ;  c'est  la  terre  bretonne  et  la  terre  provençale  qui  furent 
vraiment  génératrices  de  ces  corps  et  de  ces  pensées. 

Car  il  ne  faudrait  pas  croire  que  la  personnalité  de  la  race  se 
borne  à  quelques  caractères  physiques  apparents  et  bien  définis  : 
elle  va  plus  profondément  encore  ;  elle  pénètre  jusqu'à  l'être 
intime,  et  trouve  peut-être  là  ses  forces  les  plus  vives  et  les  plus 
riches.  Ce  n'est  pas  en  vain  qu'on  dit  «  l'âme  »  ou  a  le  génie  » 
de  la  race.  Il  y  a  des  manières  de  sentir  et  de  penser  qui  sont 
propres  à  une  race,  par  quoi  cette  race  peut  se  définir  ;  car  elle 
envisage  la  vie  sous  un  angle  qui  est  le  sien,  elle  a  sa  philosophie 
et  sa  morale  comme  elle  a  son  idéal,  et  elle  a  ses  traditions 
comme  elle  a  ses  légendes  et  ses  proverbes.  Dans  sa  langue  elle- 


1  2 


même  s'exprime  cette  personnalité  profonde,  comme  vient  s'y 
exprimer  à  son  tour  le  paysage  où  elle  est  enclose  :  car  la  langue, 
c'est  la  race,  si  la  race  c'est  la  terre. 


>>     •>     ♦!♦ 


11  y  a  ainsi  deux  affirmations  inséparables  l'une  de  l'autre  dans 
le  concept  de  race  :  celle  de  la  race  elle-même  et  celle  du  milieu 
naturel.  Quand  nous  nommons  celle-là,  il  nous  est  impossible  de 
ne  point  évoquer  celui-ci.  "Voilà  pourquoi  il  paraît  indispensable 
que  ce  concept  de  race  intervienne  dans  l'établissement  des  gran- 
des régions  pour  une  nouvelle  division  administrative.  "Vouloir  ne 
tenir  aucun  compte  des  différences  signalées,  c'est  faire  preuve 
d'un  matérialisme  sociologique  singulièrement  étroit  et  même 
contradictoire  ;  car,  tout  en  prétendant  n'accorder  sa  confiance 
qu'à  des  faits  et  arriver  ainsi  à  un  mécanisme  où  tout  s'enchaîne 
logiquement,  où  tout  s'explique  par  des  causes  plutôt  extérieures 
qu'individuelles,  on  se  refuse  cependant  à  reconnaître  un  fait  qui, 
pour  ressortir  en  partie  au  monde  psychique  et  moral,  n'en  est 
pas  moins  un  fait  comme  les  autres. 

Les  distinctions  de  race  deviennent  beaucoup  plus  difficiles, 
nous  le  reconnaissons  volontiers,  quand  il  s'agit  par  exemple  (et 
telle  est  justement  la  grande  difficulté  de  la  division  régionale)  de 
régions  voisines  les  unes  des  autres  comme  la  Provence  et  le 
Languedoc,  dont  on  peut  dire  que  les  races  sont  sœurs,  à  moins 
qu'elles  ne  représentent  deux  variétés  d'une  même  race,  ces  pays 
n'offrant  pas  d'ailleurs  au  point  de  vue  du  sol  et  du  climat  des 
différences  essentielles.  Et  cependant  il  en  existe  assez,  non  seu- 
lement dans  la  culture  de  la  terre  ou  les  formes  de  l'activité 
sociale,  mais  encore  dans  les  types  et  dans  la  langue,  pour  qu'une 
confusion  ne  soit  guère  possible.  Tout  au  plus  peut-on  hési- 
ter pour  savoir  où  se  placent  exactement  les  limites,  puisqu'il  n'y 
a  pas  à  proprement  parler  de  séparation  distincte,  mais  des  dégra- 
dations successives  qui  constituent  comme  une  zone  intermédiaire. 


♦I»   ♦>   ♦> 


Cependant,  nous  objecteront  ceux  qui  consentent  à  discuter; 
que  deviennent  actuellement  ces  «  races  »  dont  vous  affirmez  la 
vie  et  le  caractère  propre  ?  Quel  avenir  leur  est  réservé  avec 
toutes  les  inventions  qui  bouleversent  la  face  du  monde  ?  Ne  vous 


I 


—    i3   — 

paraît-il  pas,  en  effet,  que  des  forces  nouvelles  et  chaque  jour  plus 
redoutables,  se  ruent  à  l'assaut  des  individualités  ethniques,  au 
point  qu  il  nous  est  désormais  possible  d'en  affirmer  le  triomphe 
très  prochain  ?  Le  temps  et  l'espace,  si  favorables  autrefois,  véri- 
tables barrières  où  venait  comme  se  briser  l'effort  des  puissances 
ennemies,  ne  sont-ils  pas  brisés  à  leur  tour  par  tout  ce  qui  réalise 
aujourd'hui  avec  tant  de  succès  la  vitesse  du  transport  et  le  rap- 
prochement des  distances  ?  11  n'y  a  plus  de  temps  et  d'espace 
pour  l'homme  :  ne  voyez-vous  donc  point  que  nous  allons  d'une 
course  rapide  vers  l'unification  et  l'uniformité  ? 

Qu'on  nous  permette  de  répondre  que  de  telles  prédictions 
sont  loin  de  nous  épouvanter.  Nous  aurions  nous-mêmes  bien  des 
objections  à  faire,  car  ces  arguments  nous  paraissent  un  peu 
hâtifs. 

La  première,  c'est  que,  juste  au  moment  où  semble  s'être  engagé 
ce  formidable  combat  dont  on  nous  parle  et  dont  on  se  plaît  à 
nous  prédire  1  issue,  on  constate  en  Europe,  et  même  dans  le 
monde  entier,  un  réveil  de  l'esprit  de  race.  Nous  ne  parlons  pas 
seulement  des  races  opprimées  par  un  vainqueur  sans  scrupule, 
dont  le  joug  apparaît  de  moins  en  moins  supportable.  Mais  l'idée 
de  prospérité  s'attachant  de  plus  en  plus  à  celle  d'effort  dans  le 
groupement,  comme  celle  de  lutte  méthodique  à  l'idée  de  conquête 
du  plus  grand  nombre  d'avantages  matériels,  les  races  rivales 
utilisent  à  leur  profit  avec  de  plus  en  plus  d'habileté,  dans  leur 
souci  de  s  assurer  une  suprématie  dans  le  monde,  tout  ce  que  la 
science  met  à  la  disposition  de  l'homme  pour  réduire  l'espace  et 
raccourcir  le  temps. 

Ces  mêmes  éléments  destructeurs  dont  on  nous  menaçait  tout 
à  l'heure  travaillent  donc  plutôt  pour  la  race,  ou  du  moins  entrent 
de  plus  en  plus  dans  l'organisation  de  sa  puissance  actuelle  et  la 
préparation  de  son  avenir.  Et  cet  avenir  nous  montrera  justement 
quelles  sont  celles  qui,  prenant  ou  gardant  le  mieux  conscience 
d'elles-mêmes,  auront  su  les  mettre  à  profit  avec  le  plus  d'intelli- 
gence, de  souplesse  et  de  logique. 

D'ailleurs,  et  c'est  la  seconde  ou  la  troisième  objection  que 
nous  voudrions  formuler,  il  est  une  chose  qui  ne  changera  point, 
quoi  que  les  hommes  fassent,  c'est  le  climat,  c'est  le  milieu  naturel 
avec  tout  ce  qu'il  comporte  ou  tout  ce  qui  s'y  rattache.  Si  l'on 
peut  modifier  dans  une  certaine  mesure  1  aspect  d'un  paysage,  ne 


—    14   — 

détruire  toute  la  beauté,  ou  à  la  rigueur  le  détruire  lui- 
même,  pour  des  fins  dites  pratiques  par  exemple,  on  ne  pourra 
pas  modifier  sensiblement  l'atmosphère,  la  température,  le  carac- 
tère fondamental  du  terrain  ou  de  la  végétation.  Et,  comme  il  y 
aura  toujours  pour  la  plus  grande  partie  des  hommes  des  raisons 
trop  impérieuses  de  ne  pas  déplacer  et  risquer  leur  fortune,  qu'on 
le  veuille  ou  non  les  mêmes  causes  continueront  à  produire  les 
mêmes  effets.  Dans  le  cas  où  les  nécessités  de  la  vie  les  éloigne- 
raient de  la  terre  d'origine,  la  rapidité  des  communications  ne 
pourra  que  faciliter  et  multiplier  leurs  contacts  avec  elle. 

Nous  disons  plus  :  en  supposant  que  toutes  les  coutumes  locales, 
toutes  les  traditions,  tous  les  parlers  provinciaux  disparaissent 
successivement  pour  je  ne  sais  quel  amalgame  sans  nom,  qui  sera 
aussi  sans  caractère,  —  et  nous  nous  refusons  à  croire  à  cette 
barbarie  qu'on  nous  propose  d'avance  comme  le  comble  de  la 
civilisation,  —  il  restera  toujours,  avec  des  chances  de  survivre  et 
de  se  prolonger  indéfiniment,  le  type  irréductible  aux  racines  sûres 
et  fermes,  lequel,  nous  l'avons  déjà  dit,  n'est  pas  seulement 
extérieur.  Car,  malgré  les  mélanges,  devenus  plus  fréquents  grâce 
aux  communications  plus  faciles,  les  races  qui  portaient  en  elles 
des  caractères  fortement  accusés  ne  les  ont  pas  vus  s'affaiblir 
dans  de  bien  grandes  proportions.  Elles  ont  même  assimilé  sans 
trop  de  peine  l'apport  étranger  et  résisté  victorieusement  à  l'in- 
vasion :  c'est  qu'en  dépit  des  apparences  et  des  jugements 
présomptueux  leur  intégrité  trouve  un  encouragement  et  un  appui, 
nous  le  répétons  volontiers  en  terminant,  dans  l'action  constante 
de  la  terre.  Jean  Amade. 

Le  félibre  majorai  Baquié-Fonade 

]]  nous  est  parvenu  la  douloureuse  nouvelle  de  la  mort  du 
félibre  majorai  toulousain  Baquié-Fonade. 

C'était  un  enthousiaste  de  la  cause  félibréenne  ;  lors  des  fêtes 
roussillonnaises  de  la  Santo-Estello,  il  passa  plusieurs  jours  à 
Perpignan,  et  y  amena  tout  un  groupe  de  félibres  ;  nous  n'avons 
pas  oublié  sa  bonne  humeur  et  son  entrain.  Un  discours  en 
langue  d'Oc  fut  prononcé  à  ses  obsèques.  L.  P. 


Don  Père  d*Alcantara  Penya 

Le  3i  décembre  dernier,  une  fête  catalaniste  a  eu  lieu  à  Palma- 
de-Mallorca  (îles  Baléares)  :  on  a  placé  dans  la'  salle  municipale 
des  «  Fills  illustres  de  Mallorca  »  le  portrait  du  poète  populaire 
Père  Penya,  mort  il  y  a  quelques  années. 

Parmi  ses  oeuvres  figure  un  volume,  Mosaïco,  ayant  trait  aux 
fêtes  de  toute  l'année  :  Cap  d'any,  El  dissapte  dels  reys,  El 
porch  de  sant  Antoni,  La  revetla  de  sant  Sebastia,  El  dijous 
llarder.  Un  sermô  de  corema,  La  jaya  serrada,  La  fira  del  Ram, 
La  processé  de  las  caperutxes,  Divendres  sant,  La  tersa  de 
Pasco,  La  processé  del  Corpus,  El  dta  de  sant  Juan,  El  bail  de 
la  festa  de  carré,  La  diada  de  sant  Bernât,  La  festa  dels  Morts, 
La  fira  de  sant  Tomas,  El  tihô  de  Nadal,  La  colcada.  N'avons- 
nous  pas  eu  aussi,  en  Roussillon,  de  pareilles  fêtes? 

Pera  Penya  en  a  fait  des  récits  poétiques,  tantôt  descriptifs, 
tantôt  humoristiques,  qu'on  lit  avec  plaisir,  tels   Lo  sermô  de  corema. 

La  J^evue  Catalane  s'associe  à  l'hommage  rendu  à  la  mémoire 
du  poète  populaire  de  Mallorca.  J.  D. 

Un  Sermo  de  Corema 

Tots  els  divendres  de  Mars 

en  la  Seu  fan  bon  sermô. 

Molts  hey  van  à  escoltarlo, 

mes  :  quants  de  sermô  estân  farts  ? 

Predicau,  predicadô, 

els  mes  que  à  sentirvos  venen 

ni  eus  escoltan,  ni  eus  entenen, 

El  predjcar  ja  es  de  mes, 

Que  els  sermons  qu'avuy  s'atenen 

Son  Ltiures,  sous  y  dîners. 

Deys  que  '1  mon  esta  perdut, 
que  el  comers  camina  tort, 
que  el  bon  tracto  ja  s'es  mort, 
que  el  Codich  es  un  embut. 


Fraret,  no  crjdeu  tant  fort 
que  tendreu  escanyadura. 
Teniu  pcr  cosa  segura 
qu'en  materia  d'interés, 
la  bona  que  mes  sura 
es  Lliures,  sous  y  dîners. 

Deys  que  visquem  com  à  pobres, 
que  cuydem  de  ben  obrar, 
que  Deu  récompensera 
ses  nostres  virtuoses  obres. 

Fraret,  bé  podeu  cridar. 
La  carjtat  ja  es  ofensa  ; 
ja  no  hi  val  la  prometensa 
del  Cel.  Els  modems  obrers 
No  volen  mes  recompensa 
Que  Lliures,  sous  y  dîners. 

La  amistat,  avuy  tan  rara 
que  abundava  antigament, 
ja  no's  troba  facilment 
ni  per  un  uy  de  la  cara. 

Avuy  reyna  una  altra  gent 
que  du  molta  d'esponera, 
y  l'amistat  vertadera 
la  té  en  la  llengua,  y  no  mes. 
La  amistat  que  mes  prospéra 
es  hlîures,  sous  y  dîners. 


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^'yf^  (a^oJ 


Pages  Choisies 


p.  Corominas.  —  La  Vida  Austcra 

Liv.  1    —  Les  Albes  de  la  Vjda.  —  Chap.  V.  (L'Avenç  :    1908). 

Quan  el  meu  amie  P...  era  petit  e  tornava  a  casa  en  sortint 
d'estudi,  corria  a  trobar  ai  pare  i  a  la  mare,  y  amb  humil  i  senzill 
respecte  Is  besava  la  ma  dreta  :  d'aquesta  acciô  commovedora  en 
catalâ  en  diem  Vamhial.  He  sentit  a  dir  que  a  l'illa  de  Mallorca 
els  fils,  quan  es  fan  homes,  mai  tornen  del  treball  de  cada  dia 
sensé  fer  humiiment  el  dolç  acato  de  Vamislat   an  els   seus  pares. 

...  Jo  era  gran  i  mai  li  havia  fet  altres  petons  que  aquets  a  la 
mcva  mare...  Al  meu  pare  no  vaig  gosar  a  fernhi  mai  en  vida  de 
petons,  i  no  mes  ara,  quan  va  morirse,  vaig  entrar  tôt  sol  a  la 
seva  cambra  a  besarli  per  primera  i  darrera  volta  la  pell  erta  i 
glassada  del  seu  front. 

...  A  Catalunya,  y  encara  mes  en  el  temps  vell,  l'amor  filial 
prenia  un  aire  d'humiltat  i  respecte.  El  fill  donava  al  pare  o  a  la 
mare  1  tractament  de  vos  o  voste,  no  per  senyoriu,  sinô  per  con- 
sideraciô  de  una  amorosa  autoritat  que  regia  la  casa  del  rie  i  la 
del  pobre.  El  manament  mes  senzill,  com  ara  1  demanar  el  pa  a 
taula,  era  sempre  acompanyat  del  vénérable  si  us  plau.  Encara 
men  recordo  que  al  meu  carrer  les  veïnes  trobaven  exotic  i  exces- 
sivement carinyos  que  Is  fills  diguessin  papa  i  marna  en  comptes 
de  pare  i  mare.  Les  caricies  que  podien  portar  una  significaciô 
igualitaria,  com  ara  Is  petons  a  la  cara  o  a  la  boca,  no  solien  ferles 
els  fills  an  els  seus  pares.  Anem  a  dir  que  per  vells  catalans 
aixô  dels  petons,  que  avui  tant  es  prodiguen  a  les  criatures,  i  els 
que  s  fan  per  saludarse  les  dones,  com  els  petons  en  gênerai, 
eren  considerats  unes  vegades  com  una  incontinencia  del  digne 
afecte  paternal,  i  lo  mes  sovint  com  una  porca  manifestaciô  de 
l'hipocresia  humana. 

Mes  hi  ha  altres  pobles,  com  el  frances  i  el  castellà,  aont  l'amor 
filial  pren  J'aire  d'intima  i  plana  companya.  Al   pare   i    a  la  mare 


—   j8  — 

sels  tracta  de  tu,  l'humil  acciô  de  Vamistaf  hi  es  poc  conepuda,  i 
els  fiUs  besen  les  galtes  i  fins  la  boca  dels  seus  pares. 

No  cal  dir  que  l'amor  entre  Is  pares  i  els  fils  tant  pot  manifes- 
tarse  amb  la  respectuosa  amistal  com  amb  el  bés  que  s  fa  a  les 
galtes  o  a  la  boca.  Els  pares  catalans  estimen  tant  als  fills  com  els 
de  qualsevol  altra  terra  aont  no  pugi  la  familia  amb  un  ambent 
sentimental  tant  aristocratie,  i  perxo  no  trobo  cap  raô  per  alterar 
les  nostres  velles  costums  i  apendre  manyagueries  que  no  diuen 
amb  el  nostre  caracter.  Ni  hem  de  fer  prosselits  en  els  altres 
pobles,  a  qui  ofendria  1  glaç  de  la  nostra  rudesa,  ni  hem  de  per- 
dre aqueixa  digna  austeritat  de  les  nostres  relacions  filials,  que 
tant  suaument  dobleguen  l'individualitat  indomita  del  catalâ  al  jou 
d'altres  yérarquies  no  tant  estimades  com  aquesta. 

A  dintre  d'aqueixa  tonica  nacional,  tant  dificil  de  rompre  brus- 
cament  si  no  s  vol  caure  en  el  perill  de  passar  per  extravagant 
o  bûtxara,  a  cada  familia  hi  sol  haver  una  llei  propria  pels  petons, 
per  les  lloances  i  per  tota  mena  de  caricies.  Un  amie  meu  del 
Empordâ  havia  ensenyat  al  seu  fiU  a  pegar  un  cop  de  puny  à  la 
cara  que  se  li  acostava  per  fer  li  un  petô... 

Primera  Pcna 

A  n'hont  vas  hermosa  nineta  ? 
Es  tard  y  jo  te  veig  inquiéta  ; 
Qu'espéras,  l'ayre  pensatiu, 
Bonica  nineta  a  J'uU  viu  ? 
Que  fas  cap  a  la  font,  minyona? 
Ton  poal  es  plé  ja  fa  'n'  estona, 
L'auceJ]  ha  tornat  dins  son  niu, 
Bonica  nineta  a  l'ull  viu. 

Aqui  hont  ets,  altra  vegada, 
Al  bras  de  ton  promés  lligada 


—   «9  — 

T'hé  vist,  las  dolças  nits  d'istiu, 
Bonica  nineta  a  l'ull  viu. 
Jo  se  lo  que  fa  ta  trjstessa, 
Ton  jove  ha  trahit  sa  promessa 
Y  de  ton  amor  ell  s'en  riu, 
Bonica  nineta  a  l'uU  viu. 

Fins  are  sens  cap  malfiança, 
Ai  cor  ets  guardat  l'esperança, 
L'amor  de  confiança  viu, 
Bonica  nineta  a  l'ull  viu. 
L'amor  es  cosa  que  vos  crida, 
Que  desprès  se  torna  mentida  ; 
N'hom  creu,  n'hom  estima,  y  patiu, 
Bonica  nineta  a  l'ull  viu. 

T'en  vas  apolit  a  caseta, 
La  lluna  s'amaga  discreta, 
Fa  nits  y  no  s'ou  pas  cap  piu, 
Bonica  nineta  a  l'ull  viu. 
Axuga  dins  la  nit  serena 
Lo  plor  de  ta  primera  pena 
Dins  ton  ull  negat  de  l'adiu, 
Bonica  nineta  a  l'ull  viu. 
(Millâs)  V.  Peix. 


Extrait  de  mil  y  un  pensaments 

Si    la    vida    es    una    comedia,    los    cômichs    son    cômichs    duas 
vegadas. 

Los   cegos    troban   totas    las  donas  guapas  ;    ios  tontos  troban 
totas  las  ideas  bonas. 


La  Langue  Catalane 

et  son  uHlité  pédagogique 


^^aO 


(Suite) 


3'-'  LEÇON  —  Bernai  d'Oms 


En  1474,  une  armée  française  vint  s'établir  entre  le  Vernet  et  Perpignan, 
s'étendit  ensuite  dans  la  Salanque,  puis  jusqu'à  Elne  qui  fut  prise  (5  décem- 
bre (1474).  Bernât  d'Oms,  défenseur  de  cette  place,  fut  arrêté,  conduit  au 
château  de  Perpignan  et  décapité  pour  avoir  fomenté  l'insurrection  après  sa 
prestation  de  serment  de  fidélité  au  roi  de  France  (d'après  Pierre  Vidal, 
fiistoire  de  la  Vilte  de  Perpignan). 

Le  poète  fait  parler  Bernât  d'Oms  : 

Au  !  fadrins  catalans,  cordauvos  l'espardenya  ; 

Tu,  segador,  deixa  ton  blat. 
Del  cim  de  Madaloch  un  foch  roig  nos  ensenya 
Que  lo  Francès,  â  nit,  darrera  una  alta  penya, 

Lo  traydor  !  s'es  ell  amagat. 

Guerra  6  esclavitut  !  —  nos  diu  eixa  nissaga. 

Minyons  !  ancm  !  lo  ferro  al  puny  ! 
Que  cada  colp,  per  ells,  sia  una  mortal  plaga  ; 
Que  cayga  l'enemich  com  eau  sota  la  daga 

L'espiga  en  los  primers  de  juny  ! 

Y  que  fem  de  sembrar  la  terra  abondadosa, 

Si  l'estranger,  al  cap  d'un  poch, 
Repînya  'Is  nostres  fruits  ab  sa  ma  temerosa  ? 
Primer  que  'Is  camps  daurats  ell  trepitjar  ne  gosa 

Llamp  de  llamp  !  hi  calarem  foch. 

Del  crue)  esparver  en  les  ungles  urpida, 

La  ciutat  d'Elna  es  dins  l'esglay. 
Homes  valents,  ohiu  la  pâtria  que  vos  crida, 
La  pàtria  que  badalla  y  que  's  veu  escarnida? 

Elna  morir  !  no  ho  sera  may  ! 


I 


21 


Quants  son  ?  y  que  us  fa  !  Prou  desprès  la  batalla, 

L'escorbàs  y  los  Dops  cervès 
Ja  sabrân  los  comptar  !  Apa  !  gafeu  la  dalla  ! 
Estassem  y  matem,  ardits  en  la  baralla  ; 

Y  si  sem  pochs,  ja  serem  mes  ! 

J.  BoNAFONT,  Jlys. 


Explication  du  Texte 

Par  ces  strophes  enflammées  qui  constituent  un  admirable  cri 
de  guerre  contre  l'envahisseur,  le  poète  semble  avoir  voulu  mon- 
trer au  lecteur  l'énergie  incomparable  de  la  langue  catalane.  Et  il 
y  a  pleinement  réussi.  Il  est  impossible  de  ne  pas  se  sentir 
ému  à  cette  lecture. 

Bernât  d'Oms  annonce  l'arrivée  des  Français  devant  Elne  et 
conseille  la  résistance  à  outrance  :  «  Plutôt  que  de  leur  laisser 
piétiner  nos  moissons,  dit-il,  nous  y  mettrons  le  feu  !  Hommes 
vaillants  !  la  patrie  vous  appelle  aux  armes  !  Elne  ne  peut  pas 
mourir!...  Vous  voulez  savoir  si  nos  ennemis  sont  nombreux? 
Que  vous  importe  !  Les  corbeaux  sauront  bien  les  compter  après 
la  bataille.  » 

Vocabulaire 


au!  interjection  qui  signifie  Debout! 

fadrins,  garçons,  jeunes  gens 

cordauvos,  lacez  (vous) 

espardenya,   espadrille 

segador,  moissonneur 

JHadaloch,  pic  des  Albères 

ensenyar,  annoncer 

penya,  rocher 

traydor,  traître 

esclaviîul,  esclavage 

nissaga,  race 

puny,   poing 

morlal  plaga,  plaie  mortelle 

c[ue  cayga,  qu'il  tombe 

daga.  dague  ;  ici  mis  pour  faucille 

espiga,  epi 

los  primers  dejuny,  les  premiers  Jours) 

de  juin 
sembrar,  semer 
abondadosa,  abondante 
repinya,  ravit 


temerosa,    téméraire.    On    dit    plutôt 

temeraria 
trepitjar,  piétiner 
gosa,  ose 
hi  calarem  foch,  nous  y   mettrons  le 

feu. 
esparver,  épervier 
en    les  ungles  urpida,    en    proie    aux 

griffes  (serres)  de  l'épervier 
esglay,  effroi,  épouvante 
badalla,  bâille;  ici  :  pousse  le  dernier 

soupir 
escarnida,  bafouée 
escorbas  ou  corbas,  corb,  corbeau 
los  llops  cervers,  les  loups-cerviers 
gafeu,    pour  a  gafeu,  prenez 
estassem  du  verbe  estassar,  tailler  au 

ras   du   sol.   Ici   on  peut  traduire 

par  :  renversons. 
matem,  tuons 
baralla,  querelle,  dispute,  lutte 


—  2i  — 

Exercices 

Traduction  française  du  texte.  —  Rechercher  l'exacte  propriété 
des  termes  afin  de  conserver  à  la  traduction  le  ton  violent  du 
texte.  Voir  les  conseils  contenus  dans  la  i"  leçon. 

Composition  catalane.  —  Résumer  le  texte  en  catalan  et  le  plus 
brièvement  possible. 

Composition  française.  —  Faire  la  traduction  libre  du  texte  en 
suivant  simplement  le  plan  adopté  par  Tauteur. 

Conjugaison  bilingue.  —  Verbe  sembrar  et  verbe  semer  au  futur 
simple.  Conjuguer  sur  ce  modèle  le  verbe  Irepitjar  et  piétiner. 

Indicatif    Futur 

Yerbe  sembrar  Verbe  semer 

sembrarè  je  sèmerai 

sembraras  tu   sèmeras 

sembrarâ  il   sèmera 

sembrarem  nous  sèmerons 

sembrareu  vous  sèmerez 

sembraran  ils   sèmeront 

Notes  grammaticales 

L'accent  tonique.  —  11  y  a  deux  sortes  de  syllabes  :  les  sylla- 
bes toniques  ou  accentuées  et  les  syllabes  atones  ou  muettes.  La 
syllabe  tonique  est  celle  sur  laquelle  tombe  l'accent  tonique.  En 
français,  elle  est  toujours  la  dernière,  sauf  quand  le  mot  est  ter- 
miné par  un  e  muet.  En  catalan,  l'accent  tonique  tombe  tantôt  sur 
la  dernière  syllabe  du  mot,  tantôt  sur  la  pénultième,  tantôt  sur 
l'antépénultième. 

Quand  la  dernière  syllabe  est  tonique,  le  mot  est  aigu. 

Ex.  :  fzdrins,  cztnîans,  scgador,  Mada/oc^  sont  des  mots  aigus. 

Quand  la  pénultième  est  tonique,  le  mot  est  grave. 

Ex.  :  espar^enya,  nissagn,  temerosa  sont  des  mots  graves. 

Quand  l'antépénultième  est  tonique  le  mot  est  esdruxol. 
Ex.  :  miisica,  època,  /a'brica,  a'iiga  sont  des  mots  esdruxols. 

Le  texte  ne  contient  aucun   mot  esdruxol. 

La  syllabe  tonique  d'un  nom  ou  d'un  adjectif  est  toujours  la 
même  quand  le   mot  change  de  genre  ou  de  nombre.  Ainsi  pa^^ès 


—     23     — 

(paysan)   nom    aigu,    devient  nom  grave    en    passant    au   féminin  : 
pa^esa  et  au  pluriel  des  deux  genres  :  pao^esos,  pa^^^eses. 

De  même  les  adjectifs  graves,  comme  zsplènd'id  (splendide) 
deviennent  adjectifs  esdruxols  en  passant  au  féminin  :  esp/endida, 
es/j/endides,  mais  restent  graves  au  masculin  pluriel  :    csplend'ids. 

4-^  LEÇON  —  Fam  y  Sanch  (1475) 

André  Bosch  raconte  que  les  Français  firent  un  jour  prisonnier  le  fils  de 
Jean  Blanca,  pren\ier  consul  de  Perpignan,  et  qu'ils  décidèrent  de  profiter  de 
leur  capture  pour  obtenir  la  reddition  de  la  place.  Ils  firent  savoir  à  Blanca 
que  s'il  ne  leur  ouvrait  pas  les  portes  de  la  ville,  ils  tueraient  son  fils  sous  ses 
yeux.  Le  consul  répondit  qu'il  n'en  ferait  rien,  car  l'amour  pour  son  fils  ne 
devait  pas  lui  faire  oublier  ses  devoirs  envers  la  patrie.  Sur  l'heure,  le  mal- 
heureux prisonnier  fut  étranglé. 

11  est  difficile  d'ajouter  foi  à  cet  épisode  du  siège  de  Perpignan,  quelque 
beau  qu'il  soit,  car  Bosch  ne  donne  aucune  preuve  de  son  assertion.  Ce  qui 
est  certain,  c'est  que  le  fils  de  Jean  Blanca  fut  exécuté  le  i3  décembre  1474 
au  château  de  Perpignan  avec  Bernard  d'Oms.  (  D'après  Pierre  Vidal,  Histoire 
de  la  Ville  de  "Perpignan) . 

La  nit,  en  Perpinyâ,  negra  ja  s'ajocava. 
Quai  lo  sospjr  d'un  mort,  la  caveca  jitava 

Son  crit  esglayador  ; 
Ays,  gemechs,  clams  de  dol  saJlen  de  cada  casa  ; 
A  la  Llotja  de  Mar,  sols  una  groga  brasa 

Ne  trenca  la  foscor. 


Aganyits  per  la  fam,  roblegada  i'esquena, 

Los  homes  pels  carrers,  com  fantasmes  en  pena, 

Ab  desvari  se'n  van  ; 
O  be,  desacorats,  aciucant  Dur  parpella. 
En  un  recô  de  llar,  al  peu  d'una  capella. 

Sensé  eyma  se  estân. 

Escampada  pels  camps,  defora  se  desplega 
L'Armada  de)  Francès,  que  torna  cercar  brega 
A  n'als  ferms  sitiats. 


—   24  — 
Ixen  los  catalans,  y  al  plâ  de  Malloles, 
Estassen  l'enemich,  com  fa  en  les  ayroles 
Lo  follet  pels  sembrats. 

«  Guerra  als  Franchs  !  Perpinyâ  prou   sera  la  resclosa 
Hont  vindrân  s'esgrunar  llur  odi  rabiosa, 

Llur  set  de'ns  destruhir. 
Primer  la  mort  antes  que  sota  la  bandera, 
Sota  '1  penô  malvat  d'eixa  rassa  estrangera 

Tinguem  de  'ns  colltorcir  1  » 
(A  suivre)  J.  Bonafont,  y^ys. 

Explication  du  Texte 

Après  avoir  fait  la  description  de  Perpignan  pendant  une  nuit 
de  cette  année  terrible  où  la  guerre,  la  peste  et  la  famine  déci- 
maient la  population,  après  nous  avoir  montré  les  habitants,  affa- 
més et  découragés,  parcourant  les  rues,  semblables  à  des  spectres, 
puis  combattant  contre  les  Français  dans  les  environs  de  Malloles, 
le  poète  met  dans  la  bouche  des  défenseurs  de  Perpignan  des 
paroles  patriotiques  admirables  qu'on  peut  résumer  ainsi  :  «  Plu- 
tôt mourir  que  se  soumettre  !  » 

Vocabulaire 


s'ajocava,  tombait,  s'étendait 

quai,  mis  pour  lai,  tel 

caveca,  chouette 

esglayador,  effrayant 

ays,  soupirs 

gemechs,  gémissements 

clams  de  dol,  clameurs  lugubres,  cris 

funèbres 
Llolja  de  mar.  Loge  de  mer 
groga  brasa,  braise  jaune 
trenca,  cou^e.  Ici  :  interrompt,  rompt, 

empêche,  fait  cesser. 
foscor,  obscurité,  ténèbres 
aganyits,  anémiés,  épuisés 
roblegada  l'esquena,  l'échiné  courbée 
fantasmes,  fantômes,  spectres 
desvari,   délire,   malaise,    égarement 
desacorats,  découragés 
aclucant,   fermant 


ayroles,  aires 

follet,  maladie  du  blé 

sembrats,  les  grains  semés 

resclosa,  écluse.  Ici  :  digue 

s'esgrunar,   s'émietter.  Ici  :  se  briser 

odi,  haine 

rabiosa,  rageuse,   furieuse 

antes  que,  avant  que 

bandera,  drapeau 

pend,  pennon,  étendard 

malvat,  scélérat 

colltorcir,  courber  la  tête 

parpella,  paupière 

recô  de  llar,  coin  du  foyer 

sensé  eyma,  inconscient 

cercar  brega,  chercher  querelle 

sitiats,  assiégés 

ixen  los  Catalans,  les  Catalans  sortent 

estassen,  renversent,  abattent 


—    25    — 

Exercices 

Traduction  française  du  texte.  —  Quelques  mots  et  quelques  ex- 
pressions étant  assez  difficiles  à  traduire,  on  devra  redoubler 
d'attention. 

Composition  catalane.  —  Résumer  le  texte  en  catalan,  et  intro- 
duire, si  possible,  dans  ce  résumé  quelques  jolies  expressions 
catalanes. 

Composition  française.  —  Rédiger  le  plus  lugubrement  possible 
les  idées  contenues  dans  les  deux  premières  strophes  et  en  faire 
un  sujet  de  description  que  l'on  intitulera  :  Une  nuit  de  siège  à 
Perpignan  en   1475 

Conjugaison  bilingue.  —  Verbe  Irencar  et  verbe  couper  au  con- 
ditionnel présent.  Conjuguer  sur  ce  modèle  jitar  et  jeter. 

Conditionnel  Présent 

Verbe    irencar  Verbe  couper 

trencaria  (  1  j  je  couperais 

trencaries  .                  tu  couperais 

trencaria  '                  il  couperait 

trencariem  nous  couperions 

trencarieu  vous  couperiez 

trencarien  ils  couperaient 

Notes  grammaticales 

La  contraction  de  l'article.  —  La  contraction  de  l'article  a  lieu, 
comme  en  français  : 

1°  Au  masculin  singulier  : 
du  (contraction  de  de  le)   correspond  à  del   contraction  de  de  16)  ; 

Ex.    :  l'armada  del  Francès. 
au  (contraction  de  à  le)  correspond  à  al  (contraction  de  d  lo)  ; 

Ex.  :  al  plâ  de  Mallolles  ;   al  peu  d'una  capella. 

1°  Au  masculin  pluriel  : 
des  (contraction  de  de  les)  correspond  à  dels  (contraction  de  de  los); 

Ex.  :  lo  follet  dels  sembrats. 
aux  (contraction   de  à  les)  correspond  à  als  (contraction  de  d  los)  ; 
Ex.  :  Guerra  als  Franchs  ;  als  ferms  sitiats. 
Au  féminin  singulier,  il   n'y  a  contraction  ni  en    français  ni  en 
catalan  : 

(1)  En  Roussillon  on  dit  aussi  :  trencarii. 


•—   26  — 

de  la,  à  îj,   se  traduisent  en  catalan  par  de  la,  à  la  ; 

Ex.  :  lo  crit  esglayador  de  la  caveca  ;  à  la  Llotja  de  mar. 
le  cri  effrayant  de  la  chouette  ;    à  la  Loge  de  mer. 

Au  féminin  pluriel,  il  n'y  a  contraction  qu'en  français  : 
des  (contraction  de  de  les)  correspond  à  de  les  qui  ne  se  contracte 

pas;   . 

Ex.  :  los  clams  de  dol  sallen  de  les  cases. 

les  clameurs  funèbres  partent  des  maisons. 

aux  (contraction  de  à  les)  correspond   à  d  les  qui  ne  se  contracte 

pas; 

Ex.  :   lo  blat  es  â  les  ayroles. 
le  blé  est  aux  aires. 

On  trouve  là  l'explication  de  cette  faute  si  commune  chez  les 
jeunes  Roussillonnais  :  les  fenêtres  de  les  maisons  ;  les  robes  de  les 
femmes. 

Ce   qu'on    ne    s'explique   guère,    c'est  que   la    même  faute  soit 

commise  lorsqu'il  s'agit  d'articles  qui  se  contractent  en  catalan. 

Ex.  :  le  blé  de  le  moulin,  lo  blat  del  moli. 
donner  à  le  pauvre,  donar  al  pobre. 
les  livres  de  les  enfants,  los  llibres  dels  nins. 
donner  à  les  pauvres,  donar  ah  pobres. 

11  faut  croire  que  la  lettre  finale  /,  sonnant  fort  dans  la  con- 
traction catalane  est  la  cause  de  cette  incorrection. 

La  contraction  de  l'article  avec  per  donne  lieu  à  une  autre  con- 
fusion toute  naturelle:  par  et  pour  étant,  l'un  et  l'autre,  la  traduc- 
tion de  per,  il  n'est  pas  surprenant  d'entendre  un  enfant  dire  ceci  : 

Je  passe  pour  le  chemin  (pel  cami), 
au  lieu  de  :  Je  passe  par  le  chemin  (pel  cami). 

Cet  emploi  incorrect  de  pour  le  au  lieu  de  par  le  est  très  fré- 
quent. Nous  avons  rarement  entendu,  au  contraire,  par  le  au  lieu 
de  pour  le.  Les  enfants  disent  fort,  bien  :  Ceci  est  fait  pour  le 
père  (aixo  es  fet  pel  pare)  et  non  :  Ceci  est  fait  par  le  père  (aixô 
es  fet  pel  pare). 

Cela  tient  peut-être  à  ce  que  le  mot  pour  est  l'un  des  plus  inté- 
ressants du  vocabulaire  enfantin.  C'est,  en  effet,  le  mot  qui  revient 
inévitablement  à  chaque  distribution  :  Ce  gros  gâteau  sera-t-il 
pour  moi  ou  pour  lui  ?  Question  angoissante  où  pour  est  comme  le 
premier  mot  d'une  énigme  dont  le  petit  égoïste  ne  saura  que  plus 
tard  l'explication  ! 

(A  suivre)  Louis  Pastre. 


HISTOIRE  LOCALE 

Gabriel  de  LLUPIA 

Procureur    royal 

Lieutenant-général    de    T^oussillon ,    Cerdagne    et    Jlmpourdan 

Commandant  du  Château  majeur  de  Perpignan 

Gabriel  de  Llupia  était  le  fils  aîné   de   Louis   de    Llupia, 
procureur  royal  de  Roussillon  et  de  Yolande  de  Saragosse. 
11  embrassa,  encore  jeune,  la  carrière  des  armes.  Son  grand- 
père  maternel,  Bernard  Xanxo   avait   été   le   riche  armateur 
perpignanais  dont  les  navires  marchands  avaient   longtemps 
sillonné  les  eaux  de   la  Méditerranée,  sur  le  déclin   du   xv^ 
siècle.  Après  avoir  acquis  une  fortune  considérable,  Bernard 
Xanxo  avait  fait  bâtir,   vers    iSio,    l'élégant    hôtel    en    style 
gothique  que  l'on  admire  encore  dans  la  rue  de  la  Main  de 
fer.  L'oncle  paternel  de  Gabriel  de  Llupia,  Thomas  de  Llupia, 
fut  abbé  commendataire  de  Saint-Pierre  de   Rodes,  alcayd 
du  château  de  Salses  et  possesseur  de  la  fameuse  gdMxzLupia- 
na,  qiîe  montaient  quatre-vingt  quatre  esclaves  ou  forçats.  En 
iSjS,  Gabriel  de  Llupia  s'enrôla  dans  la  flotte  de  don  Juan 
d'Autriche  qui  mouillait  dans  les  eaux   de   la    Méditerranée 
et  passa  en  Italie.  Gabriel  de  Llupia  demeura  trois  ans  sous 
les  ordres  du  vainqueur  de  Lépante.  Le  5  février  i  58o,  son 
oncle,  l'abbé  Thomas  de  Llupia,  vint  à  décéder.  Gabriel  de 
Llupia  prit  alors   le  commandement   de  la   galère   Lupiana. 
Durant  l'hiver  de    i58i,   il   s'embarqua  sur   le  galéon    San- 
Phelipe  et  servit  sous  les  ordres  du  capitaine-général  Alvaro 
de  Basan,  marquis   de   Santa-Cruz.    11   prit   une  part  active 
aux  expéditions  entreprises  par  Philippe    11    successivement 
contre  le  Portugal  et  contre  la  France.    Gabriel   de    Llupia 
fut  le  premier  de  la  flotte  espagnole  qui    mit   pied   à   terre 


—     28    — 

pour  monter  à  l'assaut  des  fortifications  et  des  retranche- 
ments de  l'ennemi.  Son  père,  Louis  de  Llupia,  procureur 
royal  de  Roussillon  et  de  Cerdagne,  étant  mort  en  1589,  le 
roi  d'Espagne  lui  offrit  la  succession  à  cette  charge.  Gabriel 
de  Llupia  se  dessaisit  alors  de  la  galère  Lupiana  en  faveur  de 
la  couronne.  Pour  l'indemniser,  Philippe  111,  lui  fit  cession, 
le  i3  mars  1606,  de  la  seigneurie  de  Conat,  des  revenus  de 
Prats-de-Mollo  et  des  scrivanies  de  la  viguerie  du  Roussil- 
lon et  Vallespir,  ainsi  que  de  celles  du  bailli  de  Perpignan. 
Le  souverain  lui  accorda  un  délai  de  douze  ans  pour  solder 
au  trésor  les  arrérages  dûs  par  son  père  ;  les  premiers  mem- 
bres de  la  noblesse  catalane,  Balthazar  d'Oms,  Séraphin 
des  Vivers,  Galcerand  de  Sent-Menat,  son  frère  Jean  de 
Llupia  et  son  cousin  Bernard  de  Llupia,  fournirent  caution 
pour  assurer  au  nouveau  procureur  royal  la  possession  de 
son  office. 

Au  début  de  son  administration,  Gabriel  de  Llupia  ne 
respecta  pas  les  libertés  et  les  immunités  ecclésiastiques. 
L'évêque  d'Elne,  François  Robuster  y  Sala  porta  contre 
lui  une  sentence  d'excommunication,  et  le  28  juin  i593, 
on  vit  le  procureur  royal,  entouré  de  ses  officiers  subal- 
ternes, debout,  aux  pieds  du  maître-autel  de  Saint-Jean,  à 
Perpignan,  écouter  la  tête  découverte,  l'arrêt  canonique 
porté  contre  lui  et  ses  agents.  En  161  3,  Gabriel  de  Llupia 
unit  ses  destinées  à  celles  de  sa  nièce  Françoise  de  Bal- 
laro  de  Llupia,  la  fille  de  sa  sœur  Angèle.  Les  dispenses 
d'empêchement  de  consanguinité  avaient  été  accordées 
par  le  pape  Paul  V  et  rendues  exécutoires  par  l'official 
du  chapitre  d'Elne.  On  s'aperçut  plus  tard  d'un  vice  de 
forme  survenu  dans  l'acte  de  fulmination  du  document  pon- 
tifical ;  celui-ci  aurait  dû  être  notifié  aux  intéressés  par 
l'évêque  et  non  par  la  chambre  de  l'officialité  capitulaire. 
On  recourut  de  nouveau  à  Rome,  et  ce  ne  fut  qu'en  1621 
que  Grégoire  XV  porta  absolution  de  Gabriel  de  Llupia  et 
de  sa  nièce,  devenue  son  épouse. 


—  29  — 

Le  11  octobre  i6i5,  Gabriel  de  Llupia  fut  nommé 
Gouverneur  intérimaire  des  comtés  de  Roussillon  et  de 
Cerdagne,  en  remplacement  de  Guillaume  de  Ivorra,  décédé. 
11  exerça  durant  un  an  ces  hautes  fonctions,  jusqu'à  la 
nomination  de  Christophe  de  Gallart  y  Traginer  au  poste 
de  Gouverneur  de  Roussillon. 

Durant  le  temps  qu'il  passa  à  la  tête  du  Gouvernement 
civil  de  la  province,  Gabriel  de  Llupia  se  fit  remarquer  sur- 
tout par  un  trait  de  dévouement  et  de  généreux  désintéres- 
sement. En  i6i6,  vingt-deux  compagnies  de  soldats  espa- 
gnols arrivèrent  à  Collioure,  dénuées  de  ressources  efdéci- 
mées  par  la  maladie.  Pendant  trois  mois,  Gabriel  de  Llupia 
les  ravitailla  et  les  entretint  à  ses  frais;  il  procura  aussi  deux 
cent  lits  aux  malades.  Plus  tard,  Philippe  IIl  fit  à  Gabriel 
de  Llupia  une  offrande  de  quatre'  mille  ducats  pour  le  récom- 
penser de  son  geste  de  patriotique  générosité.  En  1621,  ce 
prince  nomma  Gabriel  de  Llupia  à  l'office  de  lieutenant- 
général  en  Roussillon,  Cerdagne  et  dans  l'Ampourdan.  11 
lui  confia  en  même  temps  le  commandement  du  château 
majeur  de  Perpignan  qui  était  réduit  à  la  dernière  extrémité. 
Dans  le  but  de  remédier  à  cette  lamentable  situation, 
Gabriel  de  Llupia  dépensa  en  un  an  plus  de  six  mille  écus, 
de  ses  propres  deniers.  Le  14  août  de  cette  même  année,  il 
perdit  son  fils  unique  Thomas.  Lui-même  ne  tarda  pas  à 
descendre  dans  la  tombe.  Ses  obsèques  magnifiques  furent 
célébrées  dans  l'église  Saint-Jean  de  Perpignan,  le  21  octo- 
bre 1623.  Son  corps  revêtu  de  la  bure  franciscaine  fut 
provisoirement  déposé  dans  le  caveau  de  famille,  creusé 
dans  la  chapelle  de  Notre-Dame  dels  Correchs,  au  vieux 
Saint-Jean.  En  exécution  de  ses  dernières  volontés,  il  fut 
plus  tard  transféré  dans  la  chapelle  de  Sainte-Gertrude 
nouvellement  édifiée  dans  l'église  des  Dominicains  de  Per- 
pignan. Entre  autres  œuvres  de  bienfaisance,  Gabriel  de 
Llupia  fit  un  legs  de  mille  réaux  pour  entretenir  deux 
lampes  dans  la  chapelle  de  Saint-Gaudérique,  à  l'abbaye  de 


—  3o  — 

Saint-Martin  du  Canigou.  A  sa  mort,  il  ne  laissa  qu'une 
fille  Marie,  religieuse  au  couvent  de  Sainte-Claire,  à 
Perpignan.  Sa  veuve,  Françoise,  convola,  deux  ans  plus 
tard  (1625),  en  secondes  noces  avec  son  cousin-germain, 
Gabriel  de  Llupia,  fils  de  Jean  de  Llupia.  Celui-ci  succéda 
à  son  frère  dans  la  charge  de  Procureur  royal. 

Abbé  Jean  Capeille. 

Archives  des  Pyr.-Or.  B.  SyS,  378,  38o,  384,  G.  241,  E  (Titres  de 
famille  )  40 1 . 

Textes  catalans 

1452.  G.  Bolet,  notaire  d'Elne.  (Arch.  départementales  A. 
108.  Manuel,  feuillet  détaché). 

J{èglement  pour  le  Préposé  de  l'Hôpital  des  pauvres,  à  Elne. 

Capitols  fets  e  formats  de  volentat  e  consentiment  dels  vénéra- 
bles Consols  d'Elna,  entre  lo  Procurador  del  spital  dels  pobres 
d  Elna,  de  una  part,  e  lo  Spitaler  o  régent  la  casa  del  dit  spital, 
d'altre  part; 

Primo  lo  dit  spitaler  qui  vuy  hi  es  ho  per  temps  esdevenidor 
sera,  pendra  tots  los  mobles  e  robes  e  qualsevulla  asines  del  dit 
spital  ab  inventari,  e  aquelles  gardara  e  servara  de  tôt  son  poder, 
e  aquelles  restituira  al  Procurador  del  dit  spital...  totes  vegades 
que  request  sera. 

Item  sapia  lo  dit  spitaler  que  ell  tendra  la  casa  del  dit  spital 
uberta  de  dies  e  de  nits,  so  es  les  hores  que  necessari  sera  per 
recuUir  les  pobres,  tant  sans  quant  malalts,  qui  en  lo  dit  spital 
vindran  per  dormir  o  recullirse,  e  anaquells  aura  bon  solas,  e  los 
fara  bona  companya,  e  los  régira  els  governara  be  e  diligentment, 
e  lo  vespre,  quant  se  deuran  colgar,  anaquells  donara  roba  e  lits 
a  ells  necessaris  del  dit  spital,  e  la  compartira  entre  los  dits 
pobres  [com]  millor  pora,  segons  son  veyares  e  sa  bona  conscien- 
cia  dictara  ;  e  aixi  ho  jurara. 

Item...  que  ell,  quascuna  nit  o  vespre,  ensendra  e  illuminara  la 


—  3i   — 

lantesa  del  dormidor  del  dit  spital,  e  la  dobara,  e  y  metra  oli 
necessari,  en  tal  manera  que  la  dita  lantesa  crem  tota  la  nit  quant 
pobres  hi  dormiran,  e  de  mati,  pus  dies  sia  fet,  aquella  apagara, 
e  asso  fara  ab  aquella  millor  diligencia  que  pora  ;  hi  aixi  ho 
jurara. 

Item...  que  ell  servira  e  procurara  los  malalts  qui  a  dit  spital 
seran,  e  aquells  de  nits  e  de  dies  vesitara,  e  los  cosinara,  e  los 
apparellara  viandes  necessaries,  sucres,  confits  e  altres  madassines 
los  donara,  aixi  com  per  lo  vénérable  metge  o  sururgia  los  sera 
ordinats,  a  la  hora  que  per  ells  sera  assignada,  e  aquells  sucres, 
confits,  polveres,  em.pastres  o  madacines  lo  dit  spitaler  hira  pen- 
dre a  la  casa  de  aquell  specier  que  lo  dit  Procurador  li  dira,  e 
asso  fara  ab  tota  aquella  millor  diligencia  que  pora';  e  aixi  o 
jurara. 

Item...  que  ell  pendra  pa,  \'i,  carn  e  oli  de  aquells  locs  e  per- 
sones  que  lo  dit  Procurador  li  dira,  per  la  servitut  dels  pobres  e 
malalts  qui  en  lo  dit  spital  vindran,  seran  e  estaran,  e  que  aquell 
pa,  vi,  oli,  carn,  sucres,  confits  e  altres  madacines  que  per  los  dits 
pobres  e  malalts  aura  près,  e  per  servitut  de  aquells,  ell  de  tôt 
son  poder  gardara  e  aprofitara  a  profit  e  utilitat  dels  dits  pobres 
e  de  la  casa  del  dit  spital,  e  de  aquells  ell  per  son  propri  us  non 
asemprara,  ni  altres  persones  non  menjaran,  nin  beuran,  ni  cre- 
maran,  si  donchs  lo  dit  pa  e  vi  a  total  perdicio  no  venien  ;  e  aixi 
ho  jurara  tant  lo  spitaler  e  sa  muller  quant  la  sua  famillia. 

Item...  que  ell  lavara  e  bugaderara  la  roba  del  dit  spital,  e 
aquella  e  los  malalts,  tant  en  lo  lit  quant  fora  lit,  nets  tindra,  e 
la  casa  e  dormidor  del  dit  spital,  e  engranara,  escombrara,  e  si 
necessari  sera,  fera  los  lits  de  palla  huzada  (?)  e  de  palla  nova,  so 
es  de  aquella  palla  que  lo  Procurador  portar  li  fara,  garnira,  a 
coneguda  del  dit  Procurador,  totes  vegades  que  per  lo  dit  Procu- 
rador request  sera...  e  ho  jurara. 

Item...  que  lo  dit  Procurador  li  fara  tirar  tanta  de  lenya  com 
lo  dit  spitaler  aura  necessaria  per  la  servitut  dels  dits  pobres  qui 
al  dit  spital  vindran  ;  e  aquella  lenya  lo  dit  spitaler  despendra  en 
aquesta  manera,  so  es  en  coure  les  viandes  dels  malalts,  en  scal- 
far  draps,  quayros,  testoles,  enguents,  untaments,  en  fer  bugades 
ho  ruscades  per  la  roba  del  dit  spital,  e  aiximatexs  per  escalfar 
los  pobres   malalts  qui  a  la  dita  casa  seran,  e  en  temps  de  fredor 


—    32     — 

per  cscalfar  les  altres  pobres  qui  en  la  dita  casa  revendran  o  seran, 
aixi  corn  sa  bona  conciencia  dictara.  Empero  es  entés  que  lo  dit 
spitaler  de  la  dita  lenya  no  pendra  ni  cremara  per  sa  servitut  ;  e 
aixi  ho  jurara... 

Item...  que  ell  ni  sa  muller  ni  sa  companya  ni  altres  propris 
parents  ni  amichs  que  ell  aia,  ni  ostes  que  en  sa  casa,  o  per  ell, 
o  sa  muller,  o  fills,  o  filles  que  aia,  en  lo  dit  spital  vinguessen 
per  jaure  o  estar,  no  s'asemprara  o  sampraran  de  la  roba  del  dit 
spital,  lansols,  flassades  o  banoes  de  aquell,  sens  licencia  del  Pro- 
curador  del  dit  spital  o  Consols  de  la  dita  Ciutat,  per  jaure  ni 
per  fer  altres  paraments. 

Item...  que  ell  prestara  als  homes  e  persones  de  la  Ciutat  les 
banoes,  so  es  aquelles  que  servexen  per  cobrir  los  cossos  e  albats 
de  la  dita  Ciutat  que  porten  per  sebellir,  e  aiximatexs  dels  altres, 
segons  les  condicions  de  les  persones  en  qui  auran  a  servir  :  e 
aquelles,  apprès  que  los  albats  o  cossos  serien  cebellits,  recobrara 
e  sera  euros  de  recobrar  per  tôt  son  poder  ;  e  aixi  ho  jurara. 

Item...  que  ell  aura,  per  tots  los  treballs  d'amont  dits  que  fara, 
quascun  any  deu  lliures  e  deu  sous  per  quatre  o  per  très  o  per 
dos  euguals  pagues,  so  es  segons  lo  temps  que  aura  servit,  e  aixi- 
matexs aura,  per  quascuna  bugada  que  fara  ho  fer  aura  necessa- 
riament,  per  fer  bella  la  roba  del  dit  spital,  très  sous. 

R.  DE  Lacvivjer. 

LIVRES  ^  REVUES 

Don  Francesch  Matheu 

Nous  avons  reçu  un  volume  de  Poésies,  de  Don  Francesch  Matheu,  de 
Barcelone,  édité  par  la  colecciô  «  Varia  ». 

Ces  poésies  sont  classées  sous  les  titres  de  Del  reliquiari,  Brindis,  De  ma 
garba,  Cansons  ;  mais  elles  sont  précédées  du  célèbre  Diseurs  presidenciaî  en 
vers,  prononcé  par  l'auteur  aux  Jeux  Floraux  de  Saint-Martin  du  Canigou 
(1902). 

Du  Félibrtge 

Le  Consistoire  du  Félibrige  vient  de  publier  une  brochure  :  "Enquesto  sus 
la  reforma  de  l'Est  atul  felibren,  T^aporl  e  avant-projet.  Souhaitons  que  ce  nou- 
veau règlement,  loyalement  accepté  par  tous  les  félibres,  donne  un  nouvel 
essor  à  la  renaissance  des  langues  méridionales. 


Le  Gérant,   COMET.  —  Imprimerie  COM ET,  8,  rue  Saint-Dominique,  Perpignan. 


5' Année.   N  50  15  Février  1911. 


Les   Manuscrits  non  insères 
ic  sont  oas  renaus. 

Les  Articles   oarus  aans  la  Revue 
1  engagent  aue  leurs  auteurs. 


REVUE 

CATALANE 


c^Tsi.  :{§'>.S.c?80v^cî§Ts&c«8'>.i.  «^OvS.c^TsS.c^'îv^  c^TS^  c^OsS-t^gOvic^OsS.  £^'3si.<^Qsi,t^Oy5,  c{gOsi,(^^^si, 


M.  Vergés  de  Ricaudy 

C'est  au  moment  où  l'avenir  de  la  Société  d'Etudes  Catalanes 
et  de  son  organe  mensuel  était  enfin  assuré,  où  notre  cher  prési- 
dent recevait  la  juste  récompense  de  ses  efforts,  c'est  au  moment 
même  où  notre  mouvement  en  faveur  de  l'idée  catalane  ralliait  à 
cette  dernière  de  plus  en  plus  d'amis  et  de  partisans,  que  l'aveu- 
ale  mort  est  venue  frapper  celui  qui  se  dévouait  avec  tant  de  zèle 
à  l'organisation  de  nos  forces  de  propagande.  Comment  aurions- 
nous  pu  croire  que  le  parfait  équilibre  de  ce  cerveau  et  de  cette 
volonté  dût  sombrer  aussi  vite  sous  les  puissances  ténébreuses  de 
destruction  ? 

La  Société  d'Etudes  Catalanes  et  la  J^evue  Catalane  lui  doivent 
tant,  en  vérité,  qu'il  leur  est  bien  difficile  aujourd'hui  de  témoi- 
gner à  1  un  de  leurs  fondateurs  les  plus  enthousiastes  des  marques 
assez  vives  de  leur  reconnaissance,  pourtant  si  profonde,  et  de 
leur  attachement,  pourtant  inaltérable  jusque  dans  la  mort  ?  Et 
nous  qui  avons  un  tel  devoir  à  remplir,  notre  main  tremble  en 
écrivant  ces  lignes,  parce  que  les  souvenirs  affluent  à  notre 
mémoire  et  que  nous  nous  demandons  si  notre  tristesse  nous  per- 
mettra de  trouver  pour  notre  sentiment   une   expression  digne  de 

lui. 

M.  "Vergés  de  Ricaudy  réunissait  toutes  les  qualités  nécessai- 
res pour  remplir  ses  délicates  fonctions  de  président.  Il  avait, 
certes,  ses  opinions  et  ne  craignait  pas  au  besoin  de  les  affirmer 
dans  sa  vie  civile  ;  mais  il  gardait  toujours  le  respect  des  opinions 
d'autrui,  et  trouvait  tout  naturel  qu'on  ne  partageât  point  les 
siennes  :  état  d'esprit  bien  rare  de  nos  jours,  et  qui  exige  non 
seulement  cette  disposition  naturelle,  mais  l'éducation  volontaire  et 
constante  du  jugement  !  Nous  demandons  à  grands  cris  la  liberté, 
mais  cette  liberté  nous  la  voulons  pour  nous,  non  pour  les  autres. 
M.  Vergés  de  Ricaudy  avait  l'âme  plus  noble,  et  portait  même 
très  haut  la  faculté  de  tolérance,  faite  de  droiture  autant  que 
d'humanité.  Aussi,  pouvait-il  trouver  des  adversaires  dans  le  camp 
opposé,  mais  même  chez  eux  il  n'avait  encore  que  des  amis. 


—  35  — 

Ce  n'est  pas,  il  faut  qu'on  le  sache  bien,  une  chose  toujours 
très  facile  que  d'être  président  d'une  société  comme  la  nôtre,  qui 
a  la  prétention  non  seulement  de  vivre,  mais  d'agir,  qui  veut  con- 
cilier dans  un  même  sentiment  et  faire  communier  dans  un  même 
idéal  les  caractères  et  les  tempéraments  parfois  les  plus  opposés. 
Que  d'amours  propres  à  ménager,  de  susceptibilités  à  rassurer,  de 
malentendus  à  éclaircir  !  M.  Vergés  de  Ricaudy  le  faisait  d'un 
mot,  d'un  geste,  d'un  sourire,  ayant  le  secret  non  seulement  de 
ne  blesser  personne,  mais  de  faire  oublier  chez  les  autres  les 
motifs  de  discorde,  si  prompts  à  naître  chaque  jour.  Sa  douceur 
et  sa  bonté,  bien  connues  de  tous,  sa  nature  serviable  et  géné- 
reuse, son  cœur  loyal,  son  amitié  sûre,  en  faisaient  un  homme 
extrêmement  précieux  pour  la  direction  d'une  société  et  d  une 
revue. 

Joignez  à  cela  son  dévoûment  sans  borne  à  la  bonne  cause  une 
fois  acceptée,  son  activité  méthodique  et  intelligente,  sa  pré- 
voyance et  sa  vue  exacte  des  choses,  et  vous  comprendrez  quelles 
raisons  sérieuses  nous  avons  tous  ici  de  déplorer  la  perte  de  cet 
homme.  11  est  des  tâches  fastidieuses  pour  tous  ceux  qui  ont  pris 
à  charge  la  régularité  harmonieuse  d'une  fonction.  Comment 
trouver  en  soi  assez  d'énergie  ou  de  philosophie  pour  en  venir  à 
bout,  pour  ne  pas  perdre  courage  et  ne  jamais  se  départir  de  sa 
sérénité  ?  Nous  n'avons  pas  connu  chez  M.  Vergés  de  Ricaudy 
un  moment  de  défaillance,  et,  si  ses  occupations  personnelles 
l'obligeaient  parfois  à  concentrer  sur  elles  toute  son  attention,  il 
nous  revenait  toujours  avec  les   mêmes  dispositions  bienveillantes. 

Ses  obsèques  ont  donné  lieu  à  une  impressionnante  manifesta- 
tion de  sympathie.  Toutes  les  opinions  politiques  et  religieuses, 
on  peut  bien  le  dire,  se  coudoyaient  dans  le  cortège  imposant 
qui  le  conduisit  jusqu'à  la  tombe.  Admirable  exemple  !  C'est 
ainsi  que  nous  aimerions  toujours  voir,  respectueusement  unis 
pour  une  oeuvre  commune,  les  hommes  soucieux  d'assurer  la 
grandeur,  la  force  et  la  prospérité  de  notre  Roussillon.  Lorsque 
Lo  Pastorellet  de  la  Vall  d'Arles,  choisissant,  par  une  heureuse 
inspiration,  la  belle  langue  catalane  pour  adresser  un  suprême 
adieu  à  notre  président,  célébra  d'une  voix  émue,  mais  énergique, 
les  charmes  et  la  valeur  de  son  amitié,  il  n'y  eut  qu'un  sentiment 
dans  toute  la  foule,  où  s'exalta  l'amour  de  notre  terre   et  de  ses 


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traditions.  Rendons  grâces  au  Pastorellet  d'avoir  su  faire,  en  cette 
triste  circonstance,  oeuvre  de  patriote  ardent  et  sincère,  et  donner 
chez  nous  à  l'oraison  funèbre  le  mode  d'expression  qui  naturelle- 
ment devrait  lui  revenir  :  après  son  magnifique  discours  de  la 
Cathédrale  Saint-Jean  lors  des  fêtes  de  juin,  ce  nouvel  acte  prend 
une  valeur  significative  et  ne  manquera  pas  d'avoir  son  importance 
pour  nous. 

Comme  catalanisant,  on  ne  peut  pas  dire  que  M.  Vergés  de 
Ricaudy  ait  écrit  beaucoup.  Mais  c'est  en  qualité  d'organisateur 
qu'il  rendait  surtout  service  à  notre  langue  et  aux  lettres  roussil- 
lonnaises.  Nous  avons  besoin  des  écrivains  et  des  artistes  ;  ils 
donnent  une  forme  à  nos  rêves  et  nous  préparent  les  satisfactions 
idéales  qui  sont  à  l'àme  ce  qu'est  la  nourriture  au  corps.  Mais 
nous  avons  besoin  encore  d'hommes  d'action.  Le  régionalisme 
n'est  pas  seulement  œuvre  de  poètes  :  ceux-ci  font  germer  les 
moissons  merveilleuses,  épanouissement  de  leur  âme  en  union  avec 
la  terre  ;  mais  c'est  le  laboureur  qui  marque  les  sillons,  améliore  les 
cultures  d'une  main  infatigable,  veille  sans  cesse  à  la  bonne  direc- 
tion des  travaux  et  assure  la  récolte  de  demain.  Le  rêve  et  l'ac- 
tion sont  les  deux  côtés  ou  comme  les  deux  parts  de  la  vie  des 
hommes.  M.  Vergés  de  Ricaudy  s'était  consacré  corps  et  âme  à 
la  seconde,  c'est-à-dire  à  l'oeuvre  vivante  et  agissante,  pour  laquelle 
il  se  sentait  mieux  préparé. 

11  y  avait  même,  quand  il  voulut  bien  se  charger  de  la  prési- 
dence, que  nous  lui  demandions  instamment  d'accepter,  un  réel 
mérite  à  se  mettre  ainsi  en  évidence.  Tant  de  scepticisme,  d'in- 
souciante incrédulité  nous  entourait  alors,  que  c'était  une  forme 
du  courage  civique  que  de  prendre  devant  l'opinion  des  responsa- 
bilités de  cette  nature.  M.  Vergés  de  Ricaudy  les  prit  pour  son 
propre  compte  avec  une  telle  assurance,  une  telle  confiance  et 
une  sérénité  d'âme  si  naturelle  que  nous  étions  sûrs  déjà  de  la 
réussite.  Le  succès  des  fêtes  catalanes  de  juin  fut  ,1e  couronne- 
ment de  sa  foi  et  de  sa  peine.  Aucun  de  nous  ne  les  a  oubliées, 
et,  si  nous  devons  joindre  au  nom  de  M.  Vergés  de  Ricaudy 
ceux  de  nos  excellents  amis  MM.  Jules  Delpont  et  Emile  Boix, 
nous  savons  tous  quelle  part  importante  il  a  prise  dans  la  prépa- 
ration, si  délicate  pourtant,  de  ces  réjouissances  et  de  ces  céré- 
monies, où  le  Roussillon  accueillant  avec  joie  les    frères  de   Pro- 


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vence,  de  Languedoc,   de  Gascogne  et  de  Catalogne,  et  chantant 

un   hymne    d'amour,   de    gloire   et   de    beauté   rayonnante,    sentit 

palpiter  son  cœur  en  un  émoi  nouveau,  fait  de  surprise  autant  que 

d'espoir  et  de  tendresse. 

Suivons  donc  l'exemple  qu'il    nous   a   donné.   Restons  fidèles   à 

nos  foyers  et  restons  dignes    de   notre  sang.    Cultivons   en   nous, 

autour  de  nous,  ces  sentiments  éternels  d'une  sûre    fécondité.    Et 

gardons  toujours  le  souvenir  de  l'homme  dévoué  autant  que    sage 

qui  sut  mener,  d'une   âme   chevaleresque,    les  bons  combats  pour 

le  Roussillon  de  nos  aïeux,  le  Roussillon  du  Canigou,  le  Roussil- 

lon  de  la  k.mière  !    Demain,    nous   verrons  jaillir    de    nos   sillons 

plus  de  beauté,  plus  de  merveilles  :    conservons   dans  notre  cœur 

une  des  places  les  plus  intimes    et  les   plus   chères   pour  l'un    des 

hommes  qui  ont  travaillé  à  préparer  ainsi  les  moissons  futures  avec 

ie  plus  d'ardeur  et  de  conviction. 

Jean  Amade. 

Les  Obsèques 

Les  nombreux  amis  de  M.  Emmanuel  Vergés  de  Ricaudy,  les 
sociétés,  les  groupements  dont  il  faisait  partie,  ont  tenu  à  lui 
faire  un  cortège  aussi  imposant  qu'ému. 

Dès  neuf  heures  du  matin,  le  quai  Vauban  était  noir  de 
monde.  Nous  voyons  successivement  arriver  YUarmonie  de  Perpi- 
gnan, VOrphéon,  VAmicale  de  la  Police,  une  délégation  de  VEcho 
du  T^oussillon  avec  son  drap  d'honneur,  les  Elèves  du  Cours  Main- 
tenon,  une  délégation  de  la  Société  d'Eludés  Catalanes  avec  son 
drap  d'honneur,  et  une  délégation  de  la  Société  Agricole,  Scien- 
tifique et  littéraire  des  Pyrénées-Orientales,  les  Anciens  "Elèves  de 
Saint-Louis,  le  Conseil  des  Directeurs  de  la  Caisse  d'Epargne  ; 
le  Comité  de  Charité  dont  le  regretté  défunt  était  l'un  des  vice- 
présidents  avait  envoyé  une  magnifique  couronne  portée  par  deux 
appariteurs  de  la  Ville. 

La  Société  Saint-Joseph,  qui  avait  M.  Vergés  de  Ricaudy  comme 
président,  était  très  largement  représentée.  Le  cortège  se  mit  en 
marche,  précédé  de  YUarmonie  jouant  des  marches  funèbres. 

Le  deuil  était  conduit  par  les  fils  et  le  beau-fils  du  défunt  et 
par  S.   G.  Mgr  Izart,  évêque  de   Ramiers. 


—  38  — 

Sur  tout  le  parcours  de  la  maison  mortuaire  à  la  basilique 
Saint-Jean,  la  foule  se  découvrait  respectueuse  et  muette. 

Au  cours  de  l'office  divin,  VOrphéon  de  Perpignan,  sous  l'habile 
direction  de  M.  Modat,  son  nouveau  chef,  exécuta,  avec  beau- 
coup d'expression,  les  Derniers  moments  de  Gilbert,  harmonisés  par 
M.  Gabriel  Baille,  le  maestro  toujours  regretté. 

Le  trajet  de  la  basilique  au  vieux  cimetière  Saint-Martin  se  fit 
dans  le  même  ordre,  dans  le  même  recueillement  solennel.  On 
sentait  que  tous  ceux  qui  prenaient  part  à  cette  pieuse  manifesta- 
tion du  souvenir  s'associaient  pleinement  au  deuil  qui  frappait 
Madame  Vergés  de  Ricaudy  et  ses  enfants. 

C'est  M.  Henri  Parés,  président  de  V Association  des  Anciens 
"Elèves  de  Saint-Louis,  qui,  au  nom  de  ses  camarades,  prit  le  pre- 
mier le  parole.  Voici  son  discours  : 

Mesdames,  Messieurs, 

La  mort  frappe  à  coups  redoublés  sur  l'Association  Amicale  des  Anciens 
Elèves  de  Saint-Louis.  En  quelques  semaines,  trois  deuils  successifs  l'ont 
atteinte  cruellement.  Mais  de  ces  coups  toujours  imprévus  et  toujours  dou- 
loureux, le  plus  douloureux  et  le  plus  imprévu  est,  sans  contredit,  celui  qui 
vient  de  terrasser  en  pleine  vie,  l'un  des  plus  sympathiques  parmi  nos  aînés, 
l'ancien  président  de  notre  Association  Amicale,  notre  très  cher  camarade 
Emmanuel  Vergés  de  Ricaudy. 

Lorsque,  dimanche  dernier,  la  nouvelle  de  ce  malheur  se  répandit  en  ville, 
ce  fut  partout  de  la  stupeur,  suivie  d'une  explosion  d'unanimes  regrets  non 
seulement  parmi  nos  camarades,  mais  dans  toutes  ler>  classes  de  la  société 
perpignanaise,  toutes  je  puis  le  dire  —  et  le  concours  immense  de  cette  foule 
attristée  en  est  la  preuve  —  dans  toutes  les  classes  parmi  lesquelles  Vergés 
de  Ricaudy  comptait  tant  d'amis,  chacun  se  refusait  à  croire  qu'un  homme  si 
énergique  et  le  matin  même  plein  de  vigueur,  que  ce  mâle  tempérament  eût 
été  abattu  dès  le  premier  choc.  O.i  voulait  espérer  contre  l'espérance  même 
et,  partageant  les  angoisses  d'une  vieille  mère,  d  une  famille  si  cruellement 
éprouvée,  on  plaignait  par  avanc>^  cette  épouse  malheureuse,  menacée  de  ne 
retrouver  qu'un  cadavre  au  fover  qu'elle  avait  laissé  plein  de  joie  si  peu  de 
jours  auparavant. 

Oui,  mes  chers  amis,  votre  deuil  fut  unanimement  partagé  par  tous  ceux 
qui  connurent  votre  frère,  votre  excellent  père. 

Et  qui  donc  pouvait  le  connaître  sans  l'aimer,  sans  l'aimer  pour  son  loyal 
et  beau  caractère,  pour  l'agrément,  la  générosité,  la  sûreté  de  ses  relations  ? 
Ceux  qui,    comme  nous,  l'ont  connu  dès  l'enfance,   et  l'ont  suivi  dans  tout  le 


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cours  de  la  vie,  ceux-là  savent  avec  quelle  fidélité  il  se  consacrait  à  l'amitié. 
Dépassant  les  personnes  mêmes,  cette  fidélité  remontait  plus  haut  et  se  ratta- 
chait à  ce  patrimoine  de  croyances  et  d'espoirs  partagés,  à  cet  idéal  commun 
que  résumait  pour  lui  notre  Association  Amicale.  C'était  à  la  fois  le  culte  du 
souvenir  et  l'espoir  d'un  avenir  plus  stable,  plus  large  et  plus  tranqille,  qui 
le  vouaient  à  notre  œuvre,  et  nos  camarades  le  récompensèrent  de  ce  cons- 
tant attachement  en  l'appelant  d'abord  à  la  vice-présidence,  puis  à  la  prési- 
dence de  notre  Société. 

Nul  mieux  que  lui  n'a  compris  le  dévouement  que  réclamait  cet  honneur. 
Nul  ne  s'y  dépensa  davantage,  en  particulier  durant  ces  heures  douloureuses 
où  notre  Association  manqua  d'être  dispersée,  et  où  elle  dut  trouver  asile 
dans  la  maison  même  de  son  président.  11  fut  aussi  le  meilleur  et  le  plus  géné- 
reux de  ses  présidents  :  il  demeure  le  modèle  de  ses  successeurs. 

D'autres  pourront  vous  dire.  Messieurs,  s'il  laisse  parmi  tant  d'innom- 
brables associations  qui  se  disputaient  son  concours  des  souvenirs  plus  pré- 
cieux, une  empreinte  aussi  forte  que  parmi  nous.  Mais,  s'il  convient  de  le 
louer  d'avoir  ainsi  prodigué  les  trésors  de  son  cœur  et  de  ses  hautes  qualités, 
pour  nous,  nous  voyons  surtout  en  lui  l'ami  affectueux  que  nous  perdons. 
C'est  l'exquise  bonté  de  son  cœur,  dont  nous  voulons  surtout  garder  pieu- 
sement le  souvenir,  comme  nous  voulons  fixer  dans  notre  mémoire  les  traits 
si  nettement  accuses  de  cette  figure  sympathique. 

Aussi  est-ce  à  l'ami,  à  l'ancien  Président  de  Saint-Louis,  que  devant  son 
frère,  et  devant  ses  fils  devenus  par  tradition  de  famille  nos  camarades  à 
leur  tour,  que  nous  adressons  ici,  non  pas  un  adieu  définitif  et  désespéré, 
mais  un  au  revoir  plein  de  foi,  un  au  revoir  près  de  Dieu,  fondé  sur  les 
croyances  invincibles  que  nous  avons  puisées  en  commun  dans  le  même 
enseignement. 

M.  de  Lazerme  de  Lon,  premier  vice-président  de  la  Société 
Saint-Joseph,  se  fit  l'interprète  éloquent  et  ému  des  regrets  de 
tous  les  membres  de  cette  belle  et  florissante  Société  de  secours 
mutuels. 

M.  1  abbé  Bonafont,  l'un  des  membres  les  plus  distingués  de 
la  Société  d'Etudes  Catalanes  et  l'un  de  ses  vice-présidents,  a  tenu 
à  dire  un  dernier  adieu  à  son  collègue  en  catalanisme  et  c'est 
en  langue  catalane,  qu'avec  beaucoup  d'émotion,  avec  beaucoup 
de  talent  aussi,  il  a  prononcé  l'éloge  funèbre  d'Emmanuel  Vergés 
de  Ricaudy.  11  a  rappelé  avec  quel  zèle,  quel  dévouement  le 
regretté  défunt  s'était  occupé  de  l'organisation  de  la  belle  fête 
du   félibrige  qui  eut  lieu,  l'an  dernier,  à  "Perpignan. 


—   40   — 

MONSENYOR,     (l) 

Senyoras,  Senyors, 
El  cor  plé  y'is  uUs  entelats  de  llâgrimas,  vinch  jo  també  y  al  meu  torn  fet 
la  despedida  final  à  n'ai  nostre  estimadissim  Président  ;    y   ho    faig,    com   se 
deu,  en  la  llengua  payral  que'l  difunt  may  prou  plorat  ha  tant  y  tant  exaltada 
y  tant  amantament  espargida. 

En  unas  paraulas  escaygudas  y  ben  encertadas,  han  fet  reeixir  los  qu'han 
parlât  antes  de  mi,  la  seua  vida,  fêta  de  treball,  d'honra,  de  caritat,  d'anriis- 
tosa  complasencia,  de  fidelitat  y  sobretot  de  sentiments  religiosos,  primer  y 
abundadôs  manancial  de  sas  qualitats  d'home  y  de  ferm  y  franch  cristiâ. 

Direm  demâ,  si  Deu  ho  vol,  l'impuls  qu'ha  sapigut  donar  à  la  T^evue 
Catalane  que  dura  per  sempre  mes  lo  seu  nom  de  fundador  y  las  petjadas  de 
sa  primera  rega. 

Ara  per  ara,  en  aquesta  hora  de  separaciô  y  de  dol,  te  dire,  amich  meu, 
lo  darrer  adiu. 

Adiu,  en  nom  dels  Escriptors  de  la  'f(evue  Catalane  ;  enmanllevarân  ells  à 
n'ai  teu  recort  lo  coratge,  l'aie,  l'ardalesa  y'I  enginy,  perquë  no  siga  ella 
desamparada,  ni  pobre  fulla  juguet  del  vent. 

Adiu,  en  nom  dels  Trobadors  de  Provensa  y  de  Catalunya  que  t'han 
conegut  y  apreciat  :  avuy  ja  en  llurs  diaris  entornejan  lo  nom  d'En  Emma- 
nuel Verges  de  Ricaudy  de  paraulas  d'un  nègre  anyoré,  d'un  baf  de  tristesa 
y  d'una  recansa  amargament  sentida. 

Adiu,  en  nom  de  la  Reyna  de  las  Pestas  del  5  de  juny.  Eixa  jove  reyna 
de  la  quai  te  constituhires  alguns  dias  lo  fervorôs  caballer,  y  que'ns  porta  à 
Rossello  un  raig  de  sol  robat  à  la  gloria  d'En  Mistral,  nos  escriu  avuy 
«  qu'ella  mira  de  reull,  ja  que  son  sirvent  es  mort,  la  corona  que  so'l  seu 
front  los  Catalans  havian  posada.  » 
Las  festas  del  5  de  juny  !... 

Ay  !  adiu,  en  nom  dels  Rossellonesos  y  majorment  de  la  gent  de  la 
fidelissima  vila  de  Perpinyâ. 

Amich  meu,  si  has  estât  l'anima  d'eixas  festas  senyaladas,  havîas  ja  tu  donat 
una  anima  que,  ara  al  peu  de  la  trôna  de  Sant-Joan,  ara  prop  del  sitial  de 
a  Montanyes  régalades  »,  ara  als  accents  ni  may  ohits  de  la  Cantate  del 
amich  de  cor  '1  doctor  Emili  Boix,  ha  deixondit  y  despertat  los  recorts  del 
passât,  las  tradicions  dels  avis,  las  costums  de  la  nostra  terra,  las  Uegendas 
de  las  encantadas,  fôsas  ab  las  neus  del  Canigô  lo  dia  mateix  hont  la  Creu 
fou  plantada  al  seu  cimall  ;  y  has  fet  dir  a  tothom,  à  la  vista  de  tais  maravel- 
as  may  somiadas  :  «  Ay  si  !  no  pot  estimar  5a  naciô,  qui  no  estima  sa  pro- 
vincia  ». 

(i)  Monseigneur  Izart,  évéque  de  Pamiers. 


—    41    — 

Adiu  ! 

Eix  adiu,  voldria  jo  també  tel  dir  en  nom  meu...   mes  ay  !  las  Uâgrimas 
que  ragalan  de  mos  ulls  estroncarian  arreu-arreu  ma  veu. 
Amich  meu,  al  Ce!  nos  vejem  ! 

M.  Eugène  Nogué,  remplaçant  M.  Eugène  Pams,  président  de 
La  J{ûussillonnaise,  fédération  des  Sociétés  de  secours  mutuels  du 
département,  a  fait  un  vif  éloge  du  caractère  et  du  coeur  de  son 
ancien  camarade  de  Sainte-Cécile.  Son  discours  a  été  très  émou- 
vant. 

M.  le  commandant  Vergés  n'avait  voulu  laisser  à  aucun  autre 
le  soin  de  remercier  tous  ceux  qui  s'étaient  associés  à  la  douleur 
qui  étreignait  les  familles  Vergés  de  Ricaudy,  Donnezan,  Vergés, 
Goutelle,  Larrivet,  Bus,  Gobert  et  Desbœufs.  Et  ce  fut  avec 
une  douloureuse  émotion  que  le  sympathique  officier  supérieur 
dit  aux  assistants  tout  le  réconfort  que  leur  présence  apportait  à 
ceux  qui  pleuraient  un  époux,  un  père,  un  parent,  un  ami. 

(Le  T^oussillon) 


♦>       ♦!♦ 


Tant  soptada  ha  estât  la  seua  mort,  tala  manera  nos  ha  estât 
robat,  qu'encare  nos  sembla  qu'ho  es  pas  î 

De  tant  acostumats  qu'erem,  del  veurer  cada  dia,  are  al  seu 
despatx,  are  à  la  seua  casa,  ara  fent  un  passeig  per  la  plassa 
Arago  «  pera  fer  la  seua  visita  al  Canigô  »,  com  nos  va  dir  un 
dia,  ja  nos  faltara  ! 

Y  tant  bondados  qu'era,  amb  tothom  !  y  tant  bon  rossellonès! 

Sigué  de  la  colla  que  establirem  la  Societat  d'Estudis  Catalans; 
y  desde  qu'en  va  esser  lo  président  li  va  donar  tôt  lo  seu  temps 
y  tôt  lo  seu  cuydado.  Aquestos  anys  passats,  era  sempre  à  la 
seua  casa,  y  à  tota  hora  de  tarde  y  de  nit,  que  feyam  las  juntes 
pera  la  T^evue  Catalane  ;  ell  rebia,  de  mans  de  colaboradors  y 
amichs,  los  traballs,  estudis  y  poésies,  que  tant  sabia  triar  pera  "1 
millor  lluhiment  de  la  7{evue. 

Quan  nos  vingué  la  festa  de  Montanyas  T^egaladas  y  de  la  Santo 
Estelle,  al  veurer  com  li  sallia  una  feyna  tant  estesa,  y  sobretot 
tant  delicada,  va  tenir  un  moment  d'espant  ;  mes  lo  seu  amor-patria 
sigué  desseguit  mes  fort  que  tôt,  y  s'hi  va  posar  de  cor  y  d'anima. 


—   42     — 

Cal  haver  vist  amb  quina  galanura,  quina  llestesa,  cumpli  amb  la 
Reyna  de  la  festa,  Na  Magali  ;  amb  lo  Capoulié,  En  Valère 
Bernard  ;  amb  lo  senyor  batlle,  y  amb  lo  senyor  bisbe  de  Per- 
pinyâ  ;  amb  la  distinguida  poétisa  Na  Filadelfa  de  Geida  ;  tôt 
soi,  de  tôt  ell  se  va  treurer,  y  va  complaurer  â  'n  tots.  També, 
com  li  'n  donâ  bones  mercès,  lo  patriarca  En  Frederich  Mistral. 
Bon  cristià  y  bon  catalâ,  es  «  pera  Deu  y  pera  la  Patria  » 
com  deya  Mossen  Jacinto  Verdaguer,  qu'En  Vergés  de  Ricaudy 
ha  viscut.  Deu  lo  tingui  â  la  gloria.  J.    Delpont. 

A  Monsieur  Delpont. 

Votre  idée  est  excellente  et  me  touche  de  vouloir  élever  à  la 
mémoire  de  mon  vieil  ami  E.  Vergés  de  Ricaudy  un  «  tombeau  » 
à  la  manière  des  Romantiques.  La  feuille  de  papier  est  plus  dura- 
ble que  le  marbre  ;  et  le  per  moUs  anys  !  d'un  numéro  spécial  sera 
doux  à  celui  qui  fit  de  la  J{evue  Catalane  le  confident  de  ses  espé- 
rances régionales. 

Vous  le  savez  aussi  bien  que  moi,  sous  sa  gravité  enjouée  et 
derrière  sa  barbe  d'Abencérage,  Emmanuel  Vergés  de  Ricaudy 
fut  un  enthousiaste  épris  de  toutes  les  beautés  catalanes. 

L'amour  de  la  petite  patrie  frissonnait  sur  tout  l'horizon  de  sa 
vie  intellectuelle  et  morale.  11  se  laissait  séduire  aux  charmes  dis- 
crets du  vocabulaire  et  de  l'étymologie  comme  aux  manifestations 
tumultueuses  de  la  rue  ou  des  fêtes  locales.  Notre  ami  était  un 
poète  qui,  par  modestie,  s'était  refusé  à  écrire  en  strophes. 

Un  de  nos  bons  souvenirs  communs  date  du  mois  de  mai  1908. 
C'était  aux  fêtes  splendides  du  Cinquanlenari  dels  Jochs  florals.  La 
Catalogne  magnifiait  la  Renaissance  catalane  ;  et  nous  étions  venus, 
un  peu  de  tous  les  côtés,  pour  prendre  part  à  cette  manifestation 
familiale.  Mistral  s'était  fait  représenter  ;  le  docteur  Vogel  était 
venu  de  l'Université  de  Francfort  ;  le  docteur  Jones,  de  l'Ohio  ; 
le  duc  de  la  Salle  apportait  l'hommage  de  l'Auvergne  ;  j'étais 
moi-même  le  messager  de  Clémence-lsaure  ;  et  Vergés  de  Ricaudy 
parla  au  nom  du  Roussillon,  L'accueil  des  poètes  catalans  fut 
émouvant  et  fraternel.  Francesch  Matheu,  A.  Guimerâ,  Joan 
Alcover,  Russinol,  Teodor  Llorente,  nous  traitaient  en  vieux 
amis  ;  et  je  me  rappelle  le  regret  qu'éprouva  le    Président   de  la 


-  43  - 

Société  d'Etudes  Catalanes  de  ne  pouvoir  se  joindre  à  nous  tous 
pour  aller  jusqu'à  Folgueroles  saluer  la  stèle  de  granit  qui  dres- 
sait au  soleil  de  l'Ampurdan  le  nom  glorieux  de  Jacinto  Verda- 
guer. 

J'ai  retrouvé  l'an  dernier  mon  ami  Emmanuel  aux  Jeux  floraux 
de  Perpignan.  Ah  !  ces  Jeux  floraux,  les  premiers  !...  La  Reine 
des  Félibres  venant  apporter  à  nos  poètes  du  Roussillon  la  grâce 
de  son  sourire  et  l'encouragement  du  Maître  de  Maillane...  Ces 
Jeux  floraux,  récompense  de  tant  d'eflForts,  réalisation  du  rêve 
régional...  Emmanuel  "Vergés  de  Ricaudy  rayonnait.  La  bonne 
graine  avait  porté  son  fruit  ;  la  Société  d'Etudes  Catalanes  avait 
sauvé  la  langue  ancestrale  ;  l'avenir  était  assuré  :  Del  avuy  vé  7 
demd... 

Notre  ami  n'aura  pu  jouir  longtemps  du  résultat  heureux  de 
ses  eff^orts.  Qu'il  repose  en  paix.  La  terre  catalane  lui  sera  légère, 

la  terre  catalane  qu'il  a  tant  aimée 

François  Tresserre. 

Le  Boix,  Saint-Sauveur,  par  Prats-de-Mo)lo,  6  février  191  i. 

Jl  Monsieur  Delponl. 

Je  suis,  moi  aussi,  depuis  la  mort  de  mon  ami  Emmanuel 
Vergés  de  Ricaudy,  sous  le  coup  du  plus  pénible  chagrin.  Les 
jours  passent  et  je  suis  encore  à  me  demander  si  je  ne  suis  pas 
le  jouet  d'un  mauvais  rêve  ?  Quelle  perte  pour  tous  ceux  qui, 
comme  nous,  aimaient  ce  grand  cœur,  cet  homme  de  bien  accom- 
pli, cet  infatigable  travailleur  !  Quel  coup  terrible  et  imprévu 
pour  notre  Société  et  pour  la  T^evue,  car  il  était  si  dévoué  aux 
œuvres  qui  nous  sont  chères,  et  possédait  si  bien  le  don  de  char- 
mer et  de  se  faire  aimer. 

11  me  serait  impossible  de  vous  rien  envoyer  de  personnel  pour 
le  numéro  de  la  J^evue  que  vous  consacrez  à  Monsieur  "Vergés. 
Je  ne  puis,  moi,  son  camarade  d'enfance,  son  compagnon  de  jeu- 
nesse, l'ami  et  le  confident  de  làge  miîr,  assez  maîtriser  mon 
émotion  et  trouver  des  mots  à  la  hauteur  de  mon  attachement,  de 
mon  admiration,  et  aussi,  hélas,  de  ma  peine  profonde.  On  ne 
dira  jamais,  pour  tant  qu'on  en  dise,  assez   de  bien  de  lui. 

Je    regrette    mon   éloignement   qui    m'empêche    de    me   rendre 


44 


plus  utile  à  la  grande  cause  catalane.  Mes  devoirs  me  retiennent 
ici  ;  de  loin,  comme  de  près,  comptez  toujours  sur  moi  en  souve- 
nir de  notre  regretté  président. 

J.    DE   WlTWER    DE    FrOUTINGUEN. 


COMPTE    RENDU 

DES  SÉANCES 

Jlssemhlée  générale  du  \o  février  191  i 

Présidence  de  M.  J.  Delpont,  trésorier 

L'Assemblée  générale  du  10  février  191  1  sest  tenue  dans  une 
salle  de  la  mairie  de  Perpignan. 

Etaient  présents  ou  représentés,   25  membres. 

M.  Delpont  fait  connaître  la  situation  de  la  Caisse  pour  icjio. 

11  est  procédé  à  l'élection  de  deux  membres  du  Conseil  d'Ad- 
ministration, en  remplacement  de  M.  Vergés  de  Ricaudy,  décédé, 
et  de  Donya  Moncerdâ  de  Maciâ,  démissionnaire.  A  l'unanimité 
des  membres  présents,  sont  élus  :  M.  Amédée  Aragon  (de  Per- 
pignan; et  M.  de  Lacvivier  (d'Elne). 

Les  membres  du  Conseil  d'Administration  se  réunissent  ensuite 
pour  procéder  à  l'élection  d'un  président,  en  remplacement  de 
M.  Vergés  de  Ricaudy.  A  l'unanimité  des  voix,  M.  le  Docteur 
Lutrand  (de  Perpignan)  est  élu  président  de  la  Société  d'Etudes 
Catalanes. 

J^éumon  du  Conseil  d^dmin.  du  1 5  février  i^i  j 
Présidence  de  M.  Louis  Lutrand,  président 

Le  Conseil  d'Administration  s'est  réuni  le  mercredi,  i5  février 
J91),  à  cinq  heures  du  soir,  chez  M.  Lutrand,  rue  Porte-d' As- 
saut, 1,  en  face  le  Collège,  pour  procéder  à  l'installation  du 
nouveau  président.  Après  avoir  discuté  sur  divers  intérêts  de  la 
Société,  il  a  été  convenu  que  le  Conseil  d'Administration  se  réu- 
nirait le  dernier  jeudi  de  chaque  mois  à  2  h.  du  soir  chez  le  pré- 
sident pour  y  examiner  les  manuscrits  destinés  à  la  T^euwe  et  régler 
la  composition  du  numéro  suivant.  Le  Conseil  décide  d'accepter 
à  ses  réunions  tous  les  membres  de  la  Société. 


SituaHon  de  la  Caisse 

pour  Texercice  1910 

En  caisse  au  i"  janvier   19)0 24»    3o 

Reçu  pour  : 

I  i5  cotisations  de    1910 1  .  189  55 

Vente  de  collections  de  la  T^eiJue 5o      »      1.239  ^^ 

Total  des  Recettes 1  .480  85 

Dépenses  : 

Numéros  de  la  T\evue  Catalane,  de  jan- 
vier à  août,  (dont  5oo  exemplaires  du 
numéro  extraordinaire  de  La  Santo- 
Estello) 1.021    5o 

Fêtes  de  la  Santo-Hstello 

Voyage   du   trésorier    à    la    réunion    féli- 

bréenne  de  Carcassonne 21  » 

Circulaires  diverses,  correspondance,  affran- 

chissement-T^efwes 70  80 

Invitations  au  banquet 79  » 

Fournitures   diverses 74  80 

Impressions  des  diplômes 36  » 

3  écussons  félibréens 100  » 

Frais  correspondance  secrétaire-adjoint  et 

trésorier 22  » 

Frais  encaissement  cotisations 38  1  5      1  .  463   25 

Pour  Mémoire  :  Coût  de  la  cobla  de  jut- 
glars  «  Los  Mattes  »,  220  fr.  Cette 
somme  ayant  été  remise  par  un  géné- 
reux donateur. 

Solde  en  caisse  au    1"  janvier   1911 1  7   60 

II  reste  dû   364  fr.   75   pour    les  numéros  de  septem- 
bre à  décembre   1910  de  la  J(evue. 


Campanas  del  Pais 

Per  lluny  que  siguis,  pàtria,  ai  cor,  per  cada  fibra, 
tant  fortament  t'agarres  que,  no  mes  tanco  Is  ulls, 
vivent  me  tornes  ;  sembla  que  tinc  en  mans  un  Uibre 
i  n  miro  d'un  a  un  els  fulls. 

Sers  estimats,  velletes  cares  que  )s  anys  arruguen  ; 
casa  pairal  on  cada  cantô  té  son  recort  ; 
celler  fresc  ;  fosca  establa,  les  besties  que  remuguen  ; 
la  parreguera  i,  tôt  prop,  l'hort  ; 

l'hort,  la  paret  ronyosa,  l'amanida  figuera 
de  soca  baixa  i  branques  tocant  casibé  1  sol, 
i  Is    sarments  secs  en  pila  on,  sent  petit,  haguer 
passât  hores  com  dins  breçol  ; 

els  carrers,  regadures  amplissimes  que  neguen 
très  moles  d'aygua  ;  dôna  afenyada  a  rentar  ; 
cavalls  picant  de  potes  ;  carreters  que  reneguen  ; 
minyona  que  s  s  sent  a  cantar  ; 

la  plaça  i  son  rail  d'homes,  caps  abrandats,  veus  clares, 
pleidejant  si  ha  de  caure  1  Govern  a  la  fi, 
que  ell  ho  costa  que  totes  les  coses  van  tant  cares 
i  que  se  ven  tant  mal  el  vi... 

Quadros  que  tantes  voltes  alagrâreu  ma  vista, 
reviviu...  Mes  es  l'hora  llusca  que  j  sol  se  pon. 
Munta  un  sô  de  campana,  la  veu  trcmola  i  trista 

d'un  gong  que  tusten  qui  sab  on.  A 


i 


—  47  — 
Nong-nong-nong,  se  plany  el  gong 
de  clam  monôton  i  ronc, 

toca  que  toca. 
Vès  a  pregar,  bonze  groc, 
mentres  Uuu  en  la  llar  el  foc 

i  1  gall  s'ajoca. 

Solet  torno  a  ser  ;  que  sol  ! 
Ma  anima,  trencat  el  vol, 

capbuça  i  s  tomba, 
i,  matejx  que  1  batall  fort 
del  gong  anunciés  la  mort, 

sent  fred  de  tomba. 

Soc  com,  a  entrada  de  fosc, 
un  home  que  en  obscur  bosc 

se  desgarrîa... 
Mes  un  tritlleig  argentî 
m'arriba,  com  al  matî 

l'Ave  Mari'a. 

Les  campanes  del  paîs 
enllumenen  mon  cel  gris 

amb  sa  harmonîa. 
Tôt  dol,  de  cop  s'ha  enfugit. 
L'anima  m'ha  ressurgit, 

au  que  s  desnîa. 

Soneu,  'neu  sonant,  brandades  alegres  ! 
Porteu-me  ressons  de  ma  joventut  ! 
Feu  tots  endaurats  mos  somnis  mes  nègres, 
i  que  reviscoli  mon  ser  abatut  ! 

Ting-tinting-tinting.  Es  la  campaneta 
dant  la  benvinguda  al  nou-arribant, 
que,  amb  un  vagit  breu,  alça  sa  maneta 
vers  la  vida  fresca,  vers  el  sol  llevant. 


-  48  - 

Padrina,  padrî,  festivol  seguici 
van  a  batejar  ;  son  uns  vint  i  cinc. 
Dins  l'iglesia  espéra  el  rector  amb  desfici. 
El  nin  riu  i  plora.  Ting-tinting-tinting. 

Nenga-nenga-neng.  «  Casem  la  pubilja. 
«  Una  boda  aixî,  se  n'ha  de  parla  ! 
{(  VestJda  de  seda  ira  nostra  filla, 
«  amb  roba  de  cua  i  ample  farbalà. 

«  El  novj  :  Llestat  :  casa  apuntalada, 

«  pagesos  honrats,  terres  de  conreu, 

«  diners  ;  un  encert  !  Oi  !  Quina  taulada 

«  de  companys  de  gresca  hém  de  ser,  veureu  !...  » 

Boi  cajçant-se  els  guants,  tothom  s'aparîa, 
i,  com  a  l'escola  els  nins,  reng  per  reng,    , 
mentre  un  badoc  tira  une  tonterîa, 
«  a  dî  1  si  »  parteixen.  Nenga-nenga-neng. 

Nang-nang  i  nang-nang.  El  tercer  repica. 
A  vespres  avui  fan  la  gran  funciô. 
Au  î  Fora  pecat,  perdre-n  ni  una  mica  ; 
sera  une  bellesa  la  benedicciô. 

Un  nou  missionista,  a  dalt  de  la  trôna, 
fa  vola  el  randat  sobrepelliç  blanc  ; 
aixô  es  predicar  !...  L'orgue  esclata  i  trôna, 
L'altar  centelleja.  Nang  nang  i  nang  nang. 

Dong.  Ai  ai  !  Dong  dong.  Sentiu  ?...  Quina  porta 
rintrusa  ha  passât?...  Muts,  entorn  del  foc, 
escoltem  el  vent  glaçador,  que  ns  porta 
per  la  xamenella  el  funèbre  toc  î... 


I 


—  49  — 
Una  flamarada  i  pus...  una  estona... 
S'esmicola  i  eau  la  brasa  del  tronc... 
Acabat  caliu...  La  campana  sona 
un  vol  d'animeta.  Dong.  Ai,  ai  !  Dong  dong. 

Toca,  vés  tocant,  gong  de  la  pagoda  ! 
Amb  ton  plany  somort  mon  cor  va  a  compas. 
Tôt  se  torna  fosc,  vespres,  bateig,  boda. 
El  cel  de  ma  pensa  n'es  un  mar  de  glaç. 

Ai  si  !  sou  no  mes  tristes,  oh  folles  o  sévères 
veus  de  la  pàtria  absenta,  clamant  tant  lluny  de  mi. 
Que  me  duheu  ?  Imatges  de  belles  primaveres  ; 
i  ara  es  desflorit  mon  camî  ! 

Amb  tôt,  fervent,  us  crido,  com  a  bones  companyes 
de  desterro,  campanes  picant  senzills  acorts. 
Si  mentida  es  la  vida,  tu  sola  no  ns  enganyes, 
tristor  tenaç  dels  vells  recorts. 

Per  ma  tardô  ets  joguina,  com  al  nin  ses  patotes, 
com  a  la  fadrineta  son  pomet  d'ilusions. 
Soneu  doncs,  oh  campanes  !  Porteu-me  a  remolc  totes 
les  tant  volgudes  visions  !... 

Novembre  1910.  PaU   Berga. 

Proverbes  Catalans 

Lo  vell  qu'es  festejador 
De  l'hivern  es  una  flor. 

Castedat  y  hermosura 

Sempre  tendrân  guerra  segura. 


'^d(JcJc>(Jc)(Jûcf(Jc}û(JûiJûûdcJûcJû(J(Jc}c^cJc)cJû(JcJTrDcJûûOûc^cJû\ 

Textes  catalans 

1460.  —  Privilège  en  faveur  des  gens  de  la  Monnaie  de  Per- 
pignan. (Jean  Sola,  notaire;  Manuel  n°  1971,  feuillet  détaché, 
Archives  départementales.) 

Davant  la  presencia  de  vos  altres,  vénérables  los  batlles  e 
jutge  de  la  Ciutat  d'Elna,  personalment  constituit  En  Père  Catala, 
mercader,  Alcalde  l'any  présent  de  la  Seca  de  Perpenya,  intimant 
e  notiffiant,  diu  que  per  lo  molt  ait  e  excellent  senyor  lo  senyor 
Don  Johan,  per  la  gracia  de  Deu  Rey  de  Aragô,  vuy  personal- 
ment régnant,  es  novament  stat  consentit  atorgat  e  donat  al  Col- 
legi  de  la  dita  Seca  e  singulars  de  aquella  presens  e  sdevenidors 
spécial  privilegi  de  moites  e  specials  gracies  e  perrogatives,  segons 
en  aquell  es  largament  contengut,  entre  les  quais  es  aquesta,  so 
es  que  lo  dit  senyor  ha  constituits  posats  e  signats  tots  los  singu- 
lars del  dit  CoUegi  ensemps  ab  tota  lur  familia  e  servidors  comen- 
sals,  e  tots  lurs  camps,  vinyes,  orts  e  altres  qualsevol  terres  e 
possessions,  mercaderies  e  generalment  tots  e  singles  bens  lurs... 
sots  la  sua  protectio  custodia  e  salvaguarda  reaj,  volent  e  manant 
aquella  esse  publicada,  e  encara  donat  plena  facultat  a  cascu  dells 
dits  singulars,  per  lur  propria  auctoritat,  posarse  en  lurs  cases  lo 
senyal  real  de  la  dita  salvaguarda,  per  so  que  a  tôt  hom  genera- 
liter  sia  noticia  com  aquell  e  tots  sos  bens  son  en  la  dita  salva- 
guarda real  e  no  puga  aigu  ignoranciam  allegare. 

E  com  En  Bernât  Uteza,  notarius,  vuy  aturant  en  la  présent 
ciutat,  sia  Conservador  de  la  dita  Seca  e  legitimament  matriculat 
e  collegiat,  e  hun  principal  impetrador  del  dit  privilegi,  e  haia  en 
la  présent  ciutat  e  termens  propria  habitacio  e  terres  e  posses- 
sions, per  que  aigu  de  vostre  jurisdictio  e  encara  altres  qualse- 
vulla  no  sien  dessabuts  e  no  pugen  ignoranciam  allegare  :  Pertant 
lo  dit  Alcalde  vos  requer  que  tenint  e  servant  inconcussament  lo 
dit  real  privilegi,  loqual  es  direte  e  prenant  tots  officiais,  aixi  non 
reals  com  reals,  fassats  publicar  ab  veu  de  crida,  per  vostres  juris- 
dictions  e  lochs  acostumats,  la  dita  salvaguarda  per  lo  dit  Uteza, 
terres  e  possessions  e  altres  bens  seus. 


—  5i  — 

E  si  en  alguna  manera  coatrevindrets  o  aigu  de  vos  altres  con- 
trafara  a  les  gracies,  exempcio,  preheminencies  e  perrogatives  per 
lo  dit  e  altres  privilegis  al  dit  Uteza,  aixi  com  singular  collegiat 
de  la  dita  Seca,  consentits  e  atorgats,  lo  dit  Alcalde,  en  lo  dit 
cars,  e  ara  per  lavors,  acusa  e  denuncia  a  vos  altres  e  aquell  qui 
contrafara  e  en  vostres  o  lurs  bens  les  pênes  en  lo  dit  e  altres 
privilegis  e  provisions  contengudes,  protestant  de  la  mitât  en 
dites  pênes  al  Collegi  de  la  dita  Seca  pertinent,  exhibint  vos  lo 
dit  privilegi,  requerint  de  la  présent  carta  publica  per  vos  notari 
esse  fêta  e  als  alcayts  de  la  dita  Seca  o  aigu  d'ells,  o  al  dit  Uteza 
donada. 

(Requête  notifiée  par  acte  en  latin)  de  P.  Catala,  notaire,  du 
26  décembre  1460,  à  J.  d  OrtaflFa,  batlle  d'Elne  pour  TEvêque, 
avec  exhibition  du  susdit  privilège  royal,  en  date,  à  Barcelone, 
du  14  août  précédent.) 

R.    DE    LaCVIVIER. 

cJigfriÎj —. 


Lo  salser 


Cada  any  se  mort. 

Ses  entranyes  se  desfant  en  pois  y  los  vents  d'hivern  ara  xui- 
xuiejan,  ara  brunzînan  dins  los  forats  y  esquerdes  de  son  esque- 
leta.  Com  que  sembla  que  cada  ventada  ha  d'enrossegar-se 
aqueixa  soca  vella,  los  aucells  s'en  apartan  ;  sols  algiin  pit-rotj 
s'atreveix  a  buscar-hi  les  formigues  qui,  testudes  y  aprofitoses, 
s'encaparran  à  trobar  élément  de  vida  per  demés  de  les  despulles 
d'aqueix  mort. 

Y  cada  any  ressuscita. 

D'aquest  cadaver  neix  y  brota  â  bordolls  una  vida  nova.  No  se 
veu  per  hont  passa  la  sava  regenadora,  mes,  al  cim  d'aqueix  cos 
desencarnat,  s'enlaira  una  profusiô  de  branques  y  de  fuUâm.  Les 
papellones  ballan,  als  entorns,  ses  rondalles  silencioses;  los  aucells 
nian  y  pitejan  entremit)  de  les  branques  ;  y  à  sos  peus,  sobre 
l'herba  atepehida  y  molçuda  que  son  ombra  guarda  del  sol,  lo 
vinyaté  hi  xirrita  lo  vi  que  son  travail  cria. 

J.  B. 

(Salses  1 


Folklore  catalan 

Les  deux  chansons   que  nous   reproduisons    ci-dessous    ont   été 
recueillies  par  M.  Jean  Amade  dans  la  montagne  de  Céret. 

1.  La  canso  dels  Trabucayres  <>) 

L'any  desavuyt  cents  cuarante  y  cuatre 

Una  banda  se  va  format 

De  trabucayres  dins  Espanya 

Per  matar,  y  violar,  y  robar. 

Hi  ha  allî,  al  Plâ  de  la  Palla, 

El  Tocabens,  y  es  capità. 

La  diligencia  hi  va  passar  : 

Promptament  la  van  arrestar. 

Roger  Baybé  va  ser  robat, 

També  En  Massota  ; 
Per  'quella  banda  de  malvats 

Foren  lligats  î 
Rodan  per  boscos  i  montanyas 
Tota  aquella  dolenta  gent  ; 
Saltan  marges,  saltan  parets. 

Fêtas  dels  Moros, 
Saltan  marges,  saltan  parets, 

Per  los  déserts. 
Y  a  la  cova  de  Bassegoda 
Al  fill  Massota  varen  matar. 
Las  orellas  li  van  llevar, 

(  I  )  Cette  composition  remonte  à  1846,  année  du  procès  et  de  l'exécution 
des  Trabucayres.  On  en  trouvera  une  autre  version,  beaucoup  plus  longue 
et  beaucoup  plus  complète  d'ailleurs,  dans  un  curieux  petit  livre  de  M.  Joseph 
Gibrat,  Tocabens  et  C"  (Céret,  Ed.  L.  Roque,  1908  ;  p.  80  et  seq).  On 
pourra  ainsi  se  rendre  compte  directement  des  déformations  que  subissent, 
dans  1  imagination  et  la  mémoire  populaires,  toutes  ces  compositions  qui  cou- 
rent de  bouche  en  bouche  pendant  de  longues  années.  C'est  un  peu  dans  ce 
but  que  nous  avons  voulu  donner  notre  texte.        J.  A. 


—   53  — 

Cruels  Arabes, 
Las  orellas  li  van  Uevar, 

Juheus  malvats  ! 
Mireu  quin  desconso)  tant  gran 

Per  pares  y  mares, 
Tenir  als  fiDs  presos  en  mans 

D'aquells  brigans  !... 

2.  La  canso  dels  Contrabandistas 

Dotse  contrabandistas  —  rravessan  l'Ampurdâ. 
Cap  â  Banyuls  tiraban  —  per  poguer  carregar. 
Carregan  de  tabacô  —  de  fum,  també  de  pois. 

Y  avantes  de  partir,  —  nostres  parents  nos  deyan  : 
«  Minyons,  atenciô  !  —  Minyons,  atenciô  ! 

«  Mireu  que  dentre  l'Ampurdâ,  —  fera  de  mal  passar  !  » 
Cuan  carregat  n'hagueren,  —  tret  avans  de  marxar, 
El  un  deya  ambe  l'altre  :  —  «  Per  hont  podrem   tirar  ? 
«  Pel  Plâ  de  Barcelona,  —  que  bona  banda  hi  ha  !  » 

Y  â  la  font  de  Jordana,  —  mes  amont  de  Sant-Quirch, 

Y  â  la  font  de  Jordana  —  van  anar  reposar. 
Nos  sal  très  obriers,  —  nos  tiraban  très  très. 
Nosaltres  tôt  fugint,  —  tôt  salvant  els  paquets. 

S'hi  havîa  un  pobre  vell  —  que  Tamboret  s'hi  deya  ; 

També  hi  havîa  el  seu  fill  :  —  fins  '1  van  agafar  ! 

Cuan  el  seu  fill  vegé  —  qu'han  agafat  al  pare  : 

«  Minyons,  com  ho  farem  ?  —  Minyons  com  ho  farem  ? 

((  Nos  s'emmenan  al  pare,  —  y  may  mes  lo  veurem  ? 

((  Amichs  y  companys  meus,  —  vostre  socort  demani. 

«  Qui  me  vol  ajudar  —  y  al  pare  deslliurar  ?  » 

Hi  ha  hagut  d'aqueixa  colla  —  qu'es  un  dels  meus  amichs 

Eli  ha  mort  una  guarda  —  y. un  altra  de  ferit. 

N'hi  ha  un  de  Besalû  —  que  s'en  deya  Micalô  : 

Aquell  s'va  fome  â  fuge  :  —  may  ha  espérât  ningû. 

Cuan  ell  vegé  aixô  —  qu'els  guardas  se  fugîan  : 

«  Jo  '1  tabacô  '1  duré,  —  jo  '1  tabacô  '1  vendre, 

«  En  despit  de  las  guardas  —  y  malgrat  de  tots  ells  !  » 


Lvù^ùvù^ù^ùoUfù^L^ù^Loù^ùyLoù^ 


HISTOIRE  LOCALE 


Mathieu  MARON 

et  les  œuvres  d'art  de  l'église  de  Kéfiach 

Mathieu-Antoine  Maron  naquit  à  Bayonne  en  i665.  11  entra 
dans  les  ordres,  fut  reçu  docteur  en  théologie,  et  nommé  en  1690, 
chanoine  de  l'église  collégiale  du  Bourg-Saint-Esprit-les-Bayonne, 
alors  dépendante  de  l'évèché  de  Dax  ;^Landes  .  Devenu  en  1710, 
aumônier  dans  l'équipage  d'artillerie  de  l'armée  du  Roussillon,  il 
résigna  la  dignité  canoniale  en  faveur  de  Laurent  Lacaussade, 
prêtre  de  son  diocèse  d'origine.  Le  j3  janvier  J716,  Mathieu- 
Antoine  Maron  prit  possession  de  la  cure  de  Saint-Hippolyte, 
et  le  10  octobre  ijjS  de  celle  de  Néfiach.  11  dirigea  cette 
paroisse  jusqu'au  jour  de  sa  mort  survenue  le  12  mars  1754,  encore 
qu'il  eût  été  investi  du  titre  d'archiprêtre  d'ille  (1). 

Par  un  testament  en  date  du  lo  novembre  1752,  Mathieu- 
Antoine  Maron  fit  co-héritiers  universels  Honoré  Péroné,  docteur 
ès-lois  domicilié  à  Néfiach,  et  Joseph  Balanda-Sicart  (2),  avec 
charge  pour  eux  d'exécuter  ses  dernières  volontés. 

En  dehors  des  legs  pieux  qu'il  fit  en  faveur  des  paroisses  du 
Soler  et  de  Saint-Hippolyte,  Mathieu-Antoine  Maron  laissa  à  la 
disposition  de  ses  légataires  les  sommes  nécessaires  pour  mener 
à  bonne  fin  l'oeuvre  de  la  reconstruction  et  de  l'embellisement  de 
l'église  de  Néfiach.  11  eut  la  satisfaction  avant  sa  mort  de  passer 
un  contrat,  le  3o  octobre  1753,   avec  Joseph  Parisel,  menuisier  de 

())  On  sait  qu'avant  la  Révolution  le  titre  d'archiprêtre  était  personnel 
et  non  local. 

(2)  Joseph  Balanda-Sicart  naquit  le  24  août  1721.  Après  avoir  été  pre- 
mier juge  du  bailliage  de  Perpignan  et  de  la  viguerie  de  Roussillon,  lieute- 
nant à  1  amirauté  de  Collioure,  il  fut  nommé  professeur  de  droit  français  à 
l'Université  de  Perpignan  en  lySb.  11  mourut  le  12  décembre  1787  (Diction- 
naire de  biographies  roussillonnaises). 


—  55  - 

Saint-Paul-de-Fenouillet,  qui  s'engagea  à  construire  moyennant  la 
somme  de  trois  cent  livres,  le  retable  d'un  autel  dédié  à  Saint- 
Macaire. 

Après  son  décès,  Honoré  Péroné  et  Joseph  Balanda-Sicart  se 
mirent  en  devoir  de  continuer  l'œuvre  du  curé  Maron.  Le  29  juin 
1754  ils  passèrent  avec  Navarre,  sculpteur,  et  Paul  Courty,  menui- 
sier, un  contrat  par  lequel  ces  derniers  promirent  de  construire 
les  retables  du  maître-autel,  du  Rosaire  et  du  Crucifix,  moyennant 
la  somme  de  2400  livres,  affectées  à  la  main-d'œuvre.  Les  quatre 
colonnes  en  marbre  blanc  et  rouge  incarnat,  hautes  de  neuf  pieds, 
qui  encadrent  le  retable  du  maître-autel  furent  commandées  à  Pierre 
Premont  de  Caunes  et  placées  le  20  juillet  1755  ;  elles  coûtèrent 
)io3  livres.  Le  1"  mai  1756,  Navarre  et  Courty  firent  la  remise 
des  retables  du  maître-autel,  du  Crucifix  et  du  Rosaire,  aux  exécu- 
teurs testamentaires  de  Mathieu-Antoine  Maron.  Michel  Thomaza, 
doreur  d'ille,  dora  le  premier  de  ces  monuments  en   iy56. 

Le  29  novembre  de  cette  même  année,  le  sculpteur  Michel 
Nègre  promit  de  faire  le  retable  de  la  chapelle  de  l'Ange  gardien, 
au  prix  de  540  livres.  L'artiste  avait  achevé  son  œuvre  le  1"  mai 
1757. 

Le  7  juillet  1756,  Honoré  Péroné  et  Joseph  Balanda  firent  la 
commande  de  six  tableaux  au  peintre  languedocien  Rieudemont. 
Dans  l'espace  d'une  année,  celui-ci  exécuta  les  deux  toiles  placées 
sur  les  parois  du  sanctuaire  qui  représentent  la  mort  de  la  Vierge 
Marie  et  la  mise  au  tombeau  de  son  corps,  les  deux  tableaux  du 
portement  de  la  croix  et  de  l'Blévation  de  Jésus  sur  la  croix 
(réplique  du  sujet  peint  par  l'artiste  lui-même  dans  la  chapelle  du 
Christ  de  l'église  Saint-Jacques  de  Perpignan),  le  panneau  de  la 
chapelle  de  l'Ange  Gardien  et  le  tableau  de  saint  Honoré, 
évêque. 

Le  8  avril  1759,  Rieudemont  passa  contrat  avec  les  héritiers 
de  Mathieu  Maron  et  s'engagea  à  peindre  les  six  tableaux  de  la 
Nativité,  de  la  Présentation,  des  Epousailles,  de  l'Annonciation, 
de  la  Visitation  et  de  la  Purification,  qu'on  voit  encore  dans 
l'église  de  Néfiach. 


—  56  — 

Le   lo  juin   ijSj,    Honoré   Péroné  et   Joseph   Balanda    avaient 

remis  à  Albert   Bernard,    bijoutier  de    Perpignan,    la   somme   de 

1437  livres  pour  le  paiement  d'un  ostensoir  qu'il  avait  fabriqué  et 

qui    pesait    quinze    marcs    trois    onces.    L'épitaphe    suivante    (i), 

résumé  fidèle  des  vertus  et  des  travaux  de  l'abbé  Maron,  fut  gravée 

sur  sa  tombe  : 

Tiic  jacet 

7^.  "P.  Mathaeus  Maron  "Baionensis 

S.  T.  A.  Doctor,   archipreshiter,  Jiujus 

Paraeciae  T^eclor,  Tanta  Yirtute  T4t 

Cum  Yivens,  T(es  suas  Dei  Templa 

"Decorando,   "Pauperesque  Levando 

Dispersisset,  Pauper  Obire,  Et  141 

Jgnotus,  Ttumari  Volueril,  Obiil 

j  ]'  Mardi  jy54  Anno  JElalh 

Suae  8^  Muneris  Pastoralis  36 

Die  supra  dicta,  anniversarium 

ad  animae  éjus  requiem  celebretur. 

Abbé  Jean  Capeille. 

Archives  des  Pyr.-Or.  G.  824,  867,    loSî. 

(i)   Communication  obligeante   de  M.    Maxence    Pratx. 

Extrait  de  mil  y  un  pensaments 

Los  cegos   troban   totas   la    donas    guapas  ;    los    tontos    troban 
totas  las  ideas  bonas. 

Es   una  impropretat   dir  :    matar  lo  temps  ;  no  '1  matém  nosal- 
tres  â  ell,  sino  ell  à  nosaltres. 

-^^^ 

Estudiant  la  geografia  coneixerâs  tôt  lo  mon  ;  estudiant  la  his- 
toria  coneixerâs  tôt  lo  passât;  estudi?nte  â  tu  mateix  coneixerâs 
â  tots  los  homes. 


La  Langue  Catalane 

et  son  utilité  pédagogique 

C^S^i^^n  {Suite) 

5-^  LEÇON  —  Fam  y  Sanch  (1475)  [Suile) 

Diuhen.  —  Lo  cami-ral  de  pois,  de  sanch  oneja. 
A  l'iglesia  de)  Pont,  la  Tet  apiloteja 

Cossos  ab  son  sorral. 
Del  cjm  del  Castellet  s'ôu  un  crit  de  Victoria, 

Y  los  Perpinyanenchs,  lo  front  omplert  de  gloria, 

Entren  dins  llur  portai. 

Mes  del  Governador  lo  fill,  pie  de  bravesa, 
Es,  ay  !  fet  presoner  per  la  tropa  francesa, 

Com  deslJiurà  '1  cautiu  ? 
Ja  del  camp  enemich  una  veu  regullosa 
Diu  que  si  en  llur  poder  Perpinyâ  no  se  posa 

Pus  no  lo  veuran  viu. 

Lo  Consul,  Don  Blanca,  dret  sobre  una  alta  torra, 
Ofega  son  dolor,  ses  llâgrimes  esborra 

Y  son  arma  se  treu  : 
«  Miraula  aqui,  los  diu,  mon  espasa  honrada. 
Mateu,  mateu  mon  fill  !  mes  ma  pâtria  sagrada, 

Francesos,  no  l'haureu  !  » 

A  baix  de  les  parets,  una  ma  forastera 
Del  malhaurat  infant  la  rossa  cabellera 
Areu  descapdellà  : 

Y  eix  cap  tant  hermôs  reb  la  mortal  ferida. 
Mes  ans  de  se  tancar,  sa  boca  encara  crida  : 

«  Per  Deu  y  Perpinyâ  !  » 

J.    BONAFONT,  Ays. 


—  58  — 

Explication  du  Texte 

La  victoire  est  aux  Perpignanais  qui  rentrent  dans  la  ville. 
Mais  le  fils  de  Don  Blanca  est  fait  prisonnier  par  les  Français 
qui  déclarent  ne  vouloir  livrer  leur  capture  que  si  les  assiégés 
ouvrent  les  portes  de  Perpignan.  Le  consul  refuse  et,  montrant 
son  épée,  dit  aux  Français  :  «  Vous  pouvez  tuer  mon  fils,  mais 
vous  n'aurez  pas  ma  patrie  î  »  Le  fils  de  Don  Blanca  fut  déca- 
pité aussitôt  par  les  Français. 

Vocabulaire 

dihuen,  ils  disent,   ainsi  dirent-ils  poder,  pouvoir 

cami-ral,    pour   réal  (royalj,    grande       ofega,  étouffe,  fait  taire,  cache 

route  •  llâgrimes,  larmes 

pois,  poussière  esborra,  efface.  Ici  :   sèche,  essuie 

oneja.  ondoie  honrada,  honorée. 

apiloteja,  amoncelle  los  diu,  leur  dit-il 

cossos,  cadavres  pareis,  remparts 

sorral,  rivage,  terrain  sablonneux  forastera,  étrangère 

s'ôu,  se  fait  entendre  malhaurat,  malheureux 

omplert,  empli,  ouvert  cabellera,  chevelure 

bravesa,  bravoure  hermôs,  beau 

ay  !  hélas  descapdellâ  pour   descapdellar  signifie 
deslliurd,  pour  deslUurar,  délivrer  dévider  un  peloton.  Ici  :  décoiffer, 

cauUu,    captif  défriser.  On  dit  aussi  :   escabellar 

ja,  déjà  descabellar. 

regullosa  ou  rogallosa,  enrouée,  rau-       ferida,  blessure 

que  ans,  mis  pour  antes,  avant 

Exercices 

Traduction  française  du  texte.  —  Avoir  soin  de  choisir  dans  le 
vocabulaire  le  mot  français  qui  correspond  le  mieux  au  mot  cata- 
lan. Par  exemple,  le  mot  ofega,  doit-il  être  traduit  par  étouffe, 
fait  taire  ou  cache  ? 

Composition  catalane.  —  Résumer  le  texte  en  catalan  et  intro- 
duire dans  ce  résumé  quelques  expressions  énergiques  supplémen- 
taires si  possible. 

Composition  française.  —  Faire  la  traduction  libre  du  texte  en 
respectant  le  plan  adopté  par  l'auteur. 

Conjugaison  bilingue.  —  Verbe  dedliurar  et  verbe  délivrer  au 
futur  simple  et  au  conditionnel  présent.  Conjuguer  sur  ce  modèle 
le  verbe  se  posar  (se  mettre). 


-  59 


Indicatif    Futur 


Terbe  deslUurar 

deslliuraré 

deslliuraras 

deslliurarà 

deslliurarem 

deslliurareu 

deslliuraran 


Verbe    délivrer 

je   délivrerai 

tu   délivreras 

il   délivrera 

nous   délivrerons 

vous   délivrerez 

ils   délivreront 


Conditionnel   Présent 

"Verbe  deslUurar  "Verbe  délivrer 

deslliuraria  je  délivrerais 

deslliuraries  tu   délivrerais 

deslliuraria  il   délivrerait 

deslliurariem  nous   délivrerions 

desUiurarieu  vous  délivreriez 

deslliurarien  ils   délivreraient 

Remarque.  — La  i"  personne  du  singulier  du  futur  (je  délivrerai) 
est  souvent  confondue,  en  français,  avec  la  i'  personne  du  con- 
ditionnel [je  délivrerais).  Cette  confusion  n'est  plus  possible  lors- 
qu'on compare  avec  le  catalan.  Les  élèves  ne  mettront  donc  Vs 
finale  en  français  que  lorsqu'ils  pourront  traduire  par  le  condi- 
tionnel catalan. 

Notes  grammaticales 

L'élision  de  l'arHcle.  —  L'élision  de  l'article  el  a  lieu  lorsque 
le  nom  déterminé  commence  par  une  voyelle  ou  une  h  ;  et  l'apos- 
trophe se  place  tantôt  avant  tantôt  après  la  lettre  /. 

Elle  se  place  avant  si  le  mot  qui  précède  se  termine  par  une 
voyelle  et  si  le  mot  qui  suit  commence  par  une  consonne. 

Ex.   :  Com  deslliurâ  '/  cautiu  ? 
et  non  :  Com  deslliurâ  el  cautiu  ? 

Elle  se  place  après  si  le  mot  qui  précède  se  termine  par  une 
consonne  et  si  le  mot  qui  suit  commence  par  une  voyelle, 

Ex.  :  Com  deslliuraran  /'  infant  ? 
et  non  :  Com  deslliuraran  el  infant  ? 

On    ne   met   pas   d'apostrophe    et,  par  conséquent,  il  n'y  a  pas 
élision    si    le    mot  qui  précède  se  termiie  par  une  consonne  et  si 
le  mot  qui  suit  commence  par  une  consonne. 
Ex.  :  deslliurarem  el  cautiu. 


—  6o  — 

L'élision  de  l'article  la  est  facultative.  11  suffit  de  se  confor- 
mer à  l'usage. 

Voir  dans  le  texte  /'iglesia  del  Pont, 
que  l'on  pourrait  écrire  avec  la  :  la  iglesia  del  Pont. 

L'élision  de  l'article  eh  a  lieu  si  le  mot  qui  précède  est  terminé 
par  une  voyelle,  quelle  que  soit  la  lettre  qui  commence  le  mot 
suivant. 

Ainsi  l'on  doit  dire  : 

Com  desUiurà  7*  cautius? 
Com  deslliurâ  7s  infants  ? 
et  non  : 

Com  deslliurâ  eh  cautius  ? 
Com  deslliurâ  els  infants  ? 

parce  que   deslliurâ  se  termine  par  une  voyelle.    De  même  qu'on 
doit  dire  : 

Deslliuraran  els  cautius  ? 

Deslliuraran  els  infants  ? 

parce  que  deslliuraran  se  termine  par  une  consonne. 

11  est  juste  de  signaler  ici  que  certains  auteurs  catalans  placent 
quelquefois  la  préposition  à  devant  le  complément  direct  des  ver- 
bes actifs  quand  ce  complément  direct  est  un  nom  de  personne. 
De  sorte  que  :  deslliurâ  7  cautiu  ;  peut  être  mis  pour  :  deslliurâ 
el  ;  ou  pour  :  deslliurâ  al.  De  même  que  l'on  peut  dire  : 

Mateu,  mateu  mon  fill  (el  meu  fill)  ; 
ou  bien   :      Mateu,  mateu  a  mon  fill  (mateu  al  meu  fill). 

Mais  quand  le  complément  direct  n'est  pas  un  nom  de  per- 
sonne, cette  tolérance  n'existe  pas.  Ainsi  l'on  dit  : 

Ofega  son  dolor,  esborra  ses  llâgrimes. 

Ce  que  nous  venons  de  dire  est  la  cause  d'une  incorrection  que 
commettent  les  enfants,  lorsqu'ils  disent,  par  exemple  :  «  Jean  ! 
le  maître  t'appelle.  —  A  qui  ?  a  moi  ?  —  Oui,  à  toi  (i).  »  Nous 
reviendrons  d'ailleurs  là  dessus  au  chapitre  du  verbe. 

(i  )    Ou  bien  encore  :  Ane  qui  ?  Jlne  moi  ?  —  .^ne  toi  ? 


I 


6"^^  LEÇON  —  Lo  corb  y  la  guilla 

No  per  tu  sinô  pel  pâ 
Remena  la  cua  el  câ. 

Plantât  â  dalt  d'un  arbre  el  senyor  corb  estava, 
Sol  y  tôt  pensatiu  ;  mes  ténia  en  son  bech 
Un  formatge  oJorôs,  si  per  cas  un  poch  sech, 

Y  pel  trapar  millor  l'ensalivava, 

Y  mentrestant  se  l'ensumava. 

Una  guilla  traydora  y  fina  com  n'hi  ha  pas, 

Passant  y  flayrejant,  alsa  lo  nas, 
Veu  lo  formatge  y')  corb,  y  manyaga  se  posa  : 

«  Deu  vos  guard,  noble  senyô  1 

Que  sôu  rich,  hermôs  y  bô  ! 

No  so  pas  artificiosa, 

Que  us  ho  dich  de  bona  fe, 

Si  tinguès,  Vostre  Mercé, 

Veu  conforme  â  son  plomatge. 

Séria  elia,  —  que  li  dire  ?  — 

Lo  fenix  d'aquest  boscatge. 
Veyam  donchs,  cantâu  un  poch.  » 

Ohint  assô,  mestre  corb 

No's  pot  tenir  d'alegria  : 

Vol  mostrar  com  be  solfia, 

Obra  un  palm  de  boca,  y...  crach  ! 

L'altra  te  '1  formatge  al  sach. 

«  Molt  senyor  meu,  li  diu  llavors  aquesta, 

Calcom  vos  vol  aquell  que  vos  fa  festa. 

Guardâune  la  llissô.  »    Lo  corb,  gratantse  '1  cap 

Jura  com  jamay  pus  li  darian  tal  nap. 

Justin  Pépratx,  Pa  de  casa. 

Explication  du  Texte 
Cette  fable  étant  une  imitation  de  La  Fontaine,  nous  nous  dis- 
penserons d'en  donner  le  sens. 


—    62    — 

Vocabulaire 

corb,  corbeau  arlificioxa,    artificieuse,  rusée,   hypo- 

guiïla,  renard.    On  dit  aussi  :  guineu  crite 

remena,  remue  'F'ostra  Mercé,  Votre  Grâce 

à  daîl,  au  haut,  en  haut  alegria,    allégresse,     joie,    contente- 

el  senyor  corb.    Monsieur  le  corbeau  ment 

pensatiu,  pensif,  songeur,  rêveur  palm,  mesure  correspondant  à  la  lar- 

olorôs,  odorant  g^"^   de    îa    main,    les    doigts    en 

l'ensalivava,  l'imprégnait  de  salive  palme 

mentrestant,  pendant  ce  temps  llavors,  alors 

5e    t'ensumava,    il  le    flairait.   On    dit  moU  senyor  meu,  mon  cher  Monsieur 

aussi  :  se  l'enxumava.  calcom,  quelque  chose 

Iraydora,  traîtresse  guarddune,  gardez-en 

flayrejant,  flairant  grafantse,  se  grattant 

manyaga  se  posa,  inversion  :   devient  îi  darian  tal nap  ;  darian,  de  dar,  don- 
caressante  ner  et  nap,  navet.  Donner  un  navet 

Deu  vos  guard,  salutation  :  Dieu  vous  signifie  tromper 
garde. 

Exercices 

Traduction  française  du  texte.  —  Relire  les  conseils  pour  la  tra- 
duction à  la   ]"  leçon. 

Composition  catalane.  —  Résumé  du  texte  en  catalan. 

Composition  française.  —  Transposition  du  sujet  : 

j°  Le  corbeau,  honteux  et  confus,  rentre  chez  lui  et  raconte  à 
sa  femelle  ce  qui  vient  de  lui  arriver  ; 

2°  Le  renard  raconte  a  ses  petits  comment  il  s'est  emparé  d'un 
fromage  volé  par  un  corbeau. 

Conjugaison  bilingue.  —  Verbe  cantar  (chanter)  à  l'impératif. 
Conjuguer  sur  ce  modèle  remenar  (remuer). 

Impératif 

Verbe  cantar               ^  Verbe  chanter 

canta  (tu)  chante 

cantem  (nosaltres)  chantons 

canteu  ou  cantau  (vosaltres)  chantez 

Notes  grammaticales 

Emploi  et  suppression  de  l'article.  —  Dans  l'expression  :  et 
senyor  corb  (mot  à  mot  :  le  monsieur  corbeau)  correspondant  à 
M.  le  corbeau,  l'article  n'occupe  pas  en  catalan  la  place  qu'il 
occupe  en  français. 


-  63  — 

]1  en  est  de  même  chaque  fois  qu'en  parlant  de  quelqu'un  on   le 
désigne  par  sa  qualité  ou  sa  fonction. 

Ainsi  Ion  dit  ; 

el  senyor  ministre  pour  M.  le  ministre 

el  senyor  diputat  —  M.  le  député 

el  senyor  mestre  —  M.  l'instituteur 

el  senyor  rector  —  M.  le  curé 

el  senyor  président  —  M.  le  président 

Lorsqu'on  parlant  à  quelqu'un,  on  le  désigne  par  sa  qualité  l'ar- 
ticle ne  s'emploie  pas  en  catalan,  mais  on  le  conserve  en  français. 

Ainsi  l'on  dit  : 

Bon  dia,  senyor  ministre  pour  Bonjour,  M.  le  ministre 

senyor  diputat  —  M.  le  député 

senyor  mestre  —  M.  l'instituteur 

senyor  rector  —  M.  le  curé 

senyor  président  —  M.  le  président 

Lorsqu'on  parlant  de  quelqu'un  on  le  désigne  par  son  nom,  on 
n'emploie  pas  l'article  en  français  mais  on  l'emploie  en  catalan. 

Ainsi  Ion  dit  : 

el  senvor  Casadamont  pour      M.  Casadamont 

el  senyor  Vilallonga  —        M.  Villelongue 

el  senyor  Verdaguer  —        M.  "Verdaguer 

Lorsqu'e/i  parlant  à  quelqu'un  on  le  désigne  par  son  nom  on 
n'emploie  l'article  ni  en  catalan  ni   en  français. 

Ainsi  l'on  dit  : 

Bon  dia,  senyor  Casadamont-  pour     Bonjour,  M.  Casadamont 

senyor  Vilallonga  —  M.  Villelongue 

senyor  Verdaguer  —  M.  Verdaguer 

L'article  se  supprime  devant  les  mots  missa  (messe),  casa  (mai- 
son!, passeig  promenade),  palau  palais),  lorsque  ces  mots  sont  pris 
dans  un  sens  indéterminé  et  qu'il  y  a  avant  eux  un  verbe  indi- 
quant un  mouvement,  une  situation. 

Ainsi  l'on  dit  : 

irem  à  casa  et  non      irem  â  la  casa 

irem  â  missa  —         irem  à  la  missa 

irem  â  passeig  —  irem  al  passeig 

Si,  au  contraire,   ces   mots  sont  pris    dans  un    sens    déterminé, 


—   64  — 

s'il  s'agit  de  ia    casa  d'En  Père,  de  la  missa  de  la  T(al,  del  passeig 
d'hivern,  on  emploie  l'article. 

Ainsi  l'on  dit  : 

irem  a  la  casa  d'En  Père  et  non     à  casa 

irem  i  la  missa  de  la  Real  —         â  missa 

irem  al  passeig  d'hivern  —         â  passeig 

Cependant  on  emploie  aussi  les  expressions  :  à  can  Père  ('pour 
â  la  casa  d'En  Perei,  à  ca  la  ciulal  (  pour  :  d  la  casa  de  là  ciulal, 
à  la  maison  de  ville). 

(A  suivre)  Louis  Pastre. 

^cè^^- 

LIVRES  ^  REVUES 

En  Manel 

L'Albère.  —  Samedi  dernier,  en  présence  de  quelques  parents  et  amis, 
ont  eu  lieu  à  Saint-Martin-de-l'Albère,  les  obsèques  du  regretté  Emmanuel 
Coste,  dit  «  Manel  »,  berger  des  Albères,  connu  dans  tout  le  Roussillon. 

L'unique  chemin  était  rendu  impraticable  par  des  amoncellements  de  neige, 
comme  depuis  longtemps  on  n'en  avait  vu.  Le  zèle  déployé  par  de  courageux 
Albériens  et  par  le  Service  des  chemins  vicinaux  n'était  même  pas  arrivé  à 
tracer  un  sentier  praticable  :  ce  fut  donc  impossible,  la  veille,  de  faire  con- 
naître le  décès  de  «  Manel  »  à  ses  nombreux  amis. 

Tous  ceux  qui  l'ont  connu,  en  effet,  avaient  apprécié  son  obligeance  et  les 
services  qu'il  était  si  heureux  de  rendre  pour  leur  faire  connaître  le  Neiilous, 
la  «  Reyna  de  las  Founs  »,  nos  forêts  et  nos  points  de  vues  magnifiques. 

C'est  une  grande  perte  pour  nos  Albères  qu'il  se  plaisait  a  embellir. 

C'est  un  homme  de  bien  qui  disparaît,  dont,  pendant  de  longues  années, 
le  touriste  reconnaissant  et  ému  évoquera  le  souvenir  en  parcourant  nos 
montagnes.  ('Le  Courrier  de  Cérel) 

Esclarmonde  de  Foix 

A  l'occasion  de  la  prochaine  érection  d'une  statue  à  Esclarmonde  de  Foix, 
M.  Louis  Palauqui  a  publié  une  notice  historique  sur  cette  vaillante  prin- 
cesse, morte  pendant  le  siège  de  Montségur,  vers  i225. 

C'est  là  un  travail  des  plus  intéressants  pour  la  renaissance  de  la  patrie 
occitane. 

L'Estufat  y  'l  Picolaf 

Es  lo  titôl  d'una  bonica  cansô  perpinyanesa,  de  l'Antoni  Batlle,  un  entu- 
siaste  «  jaumet».  Lletra  y  musica  amb  acompanyament  de  piano,  son  de  lo 
mes  encertat. 

(Se  ven  à  ca  '1  nostre  amich  En  Pomès,  editor  de  musica  à  Perpinyâ.) 


Le  Gérant,   COMET.  — Imprimerie  COMET,  8,  rue  Saint-Dominique,  Perpigann. 


â 


5  Année  N°5l  15  Mars  1911. 

Les    Manuscrits  non  insères 
ic  sont  oas  renaus. 


Les  Articles  oarus  dans  la   Revue 


k 


REVUE 

CATALANE 

Le  Salpas 

^^^^-<  Per  Mossen  Vinyes, 

sempre  rector  de  Costahona. 

Son  aie  per  la  vall  bufa  la  primavera  : 

La  neu  es  fosa  y  '1  Costabona  es  espallit  ; 

Vora  'I  camj  floretas  novas  han  sallit 

Y  de  la  cura  verdeja  la  parraguera. 

Pascas  s'apropan.  Lo  rector,  —  sant  romiatge  !  — 
Estola  al  col),  â  montanya,  de  mas  en  mas 
S'en  va  ab  lo  marguiller  fidel  â  fer  '1  Salpas, 
Pels  senders  rabillant  las  perlas  de  l'ayguatge. 

L'aygua  beneyta  â  cada  porta  es  espargida, 

La  sal  gitada.  Entra  â  la  casa  y  beneheix 

Tota  la  sal  y  tôt  lo  pâ  ;  y,  de!  mateix, 

Lo  ramat,  lo  bestiar,  los  porchs,  l'aujâm  que  crida. 

La  mastressa  ha  apuntat  dotze  6us  y  llangonissa 

Y  botifarras  per  emplenar  lo  cistel) 

Que  porta  '1  marguiller  ;  li  carrega  '1  clatell 
D'un  sach  de  biat,  y  s'encomana  per  la  missa. 

L'Ermita  de  Cabrenç. 


mRmm&'^^sKmmiRmmKmM'i-mi 


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'éiv\  '  '^?f73i' 


N.  Emmanuel  Vergés  de  Ricaudy 

ET  SES  ÂlEUX 

I.  La  famille  Vergés 

A  la  veille  de  la  Révolution  française  de  1789,  la  famille 
Vergés  était  représentée  à  Perpignan  par  les  trois  frères  Raphaël, 
Emmanuel  et  Joseph,  issus  du  mariage  contracté  entre  Raphaël 
Vergés,  docteur  en  droit,  et  Marie  Carboneil.  Tous  les  trois 
occupaient  des  situations  honorables  au  sein  de  la  magistrature 
roussillonnaise. 

Raphaël,  connu  sous  le  nom  de  Vergés  aîné,  fut  avocat.  Ses 
talents  oratoires  lui  avaient  acquis  une  réputation  d'orateur  remar- 
quable. Les  membres  du  barreau  perpignanais  le  désignèrent,  le 
24  octobre  1788,  pour  être  l'interprète  des  voeux  de  leur  ordre, 
auprès  des  juges  du  Conseil  Souverain  qui  revinrent  s'asseoir,  ce 
jour-là,  sur  les  sièges  d'où  le  pouvoir  central  les  avait  chassés 
quelques  mois  auparavant.  Les  accents  de  Raphaël  Vergés  soule- 
vèrent en  cette  cir<:onstance  d'enthousiastes  acclamations.  A  la 
suite  de  graves  événements  survenus  à  Perpignan,  le  8  juin  J790, 
après  le  départ  du  colonel  de  Mirabeau,  comniandant  le  régiment 
de  Touraine,  Raphaël  Vergés  reçut  mission  de  la  commune  pour 
se  rendre  à  Paris.  11  fut  chargé  de  retracer  à  l'Assemblée  natio- 
nale le  tableau  exact  des  événements  et  d'obtenir  la  clémence 
du  roi  en  faveur  des  soldats  mutinés.  Le  26  juin  1790,  Raphaël 
Vergés  monta  à  la  tribune  de  l'Assemblée  nationale  et  prononça 
un  discours  qui  fit  une  telle  impression  sur  l'esprit  des  députés 
que  ceux-ci  en  votèrent  l'impression.  Raphaël  Vergés  avait  uni 
ses  destinées  à  celles  de  Mile  Malègue,  de  Pézilla-de-la-Rivière. 
De  cette  union  naquit  un  fils  unique,   mort  célibataire. 

Emmanuel  Vergés,  frère  du  précédent,  vint  au  monde  à  Per- 
pignan, le  i5  juillet  1759.  En  1788,  il  fut  chargé  de  professer 
un  cours  de  droit  civil  à  l'Université  de  Perpignan.  En  1792,  il 
recueillit  la  succession  du  célèbre  magistrat  Joseph  Jaume,  à  la 
chaire  de  droit  romain  et  ne  tarda  pas  à  être    nommé   successive- 


-  67  - 

ment  juge  du  Tribunal  et  administrateur  du  district  de  Céret. 
Emmanuel  Vergés  fut  désigné  en  1796,  pour  occuper  le  siège  de 
Président  du  Tribunal  civil  de  Perpignan.  Deux  ans  après,  il 
abandonna  cette  fonction  honorable  ;  il  avait  été  investi  de  la 
charge  de  conseiller  a  la  Cour  de  cassation,  à  Paris.  Sous  l'Em- 
pire, Emmanuel  Vergés  fut  élu  deux  fois  sénateur,  en  concur- 
rence avec  Augereau  et  Macdonald  que  Napoléon  i"  préféra.  En 
)8o8,  il  fut  chargé  de  promulguer  le  Code  Napoléon  en  Italie; 
il  fut  promu  officier  de  la  Légion  d'honneur  en  1814.  Emma- 
nuel Vergés  refusa  une  place  à  la  Chambre  des  Pairs  que 
lui  offrit  Louis  XVI 11.  11  faillit  de  nouveau  être  élevé  à  cette 
haute  fonction  en  i83o,  par  le  ministère  Laffite.  Emmanuel  Vergés 
mourut  à  Paris,  le  24  octobre  i835,  sans  laisser  de  postérité.  11 
avait  épousé  une  demoiselle  Conte  de  Bonet. 

Joseph  Vergés,  le  plus  jeune  des  frères,  fut  procureur  (avoué) 
prés  le  Tribunal  Civil  de  Perpignan.  11  se  maria  à  la  fille  du 
sculpteur  Navarre  qui  lui  donna  un  fils,  Emmanuel.  Celui-ci 
devint  le  seul  héritier  du  nom  patronymique  de  la  maison  Vergés; 
il  fut  créé  en  1808,  par  Pie  Vil,  comte  Palatin  et  chevalier  de 
la  Milice  d'or.  De  son  épouse,  Marie  Desboeufs,  Emmanuel 
Vergés  eut  une  descendance  nombreuse.  Le  fils  aîné  portait  le 
prénom  du  père  ;  il  embrassa  la  carrière  des  armes,  devint  capi- 
taine d'état-major  et  descendit  tout  jeune  dans  la  tombe.  Deux 
de  ses  frères  continuèrent  la  lignée  de  la  famille,  le  premier  en 
épousant  Alphonsine  de  Ricaudy,  fille  de  l'amiral  de  ce  nom,  et 
l'autre  en  se  mariant  à  Mlle  Bort-Julia. 

II.  L'amiral  de  Ricaudy 

Louis-Anselme-Alphonse  de  Ricaudy,  né  à  Sisteron  (Basses- 
Alpes)  le  4  juillet  1789,  était  fils  de  César  de  Ricaudy,  avocat  à 
la  cour  et  de  Césarine  de  Saizieu.  11  s'engagea  en  1801  comme 
mousse,  fut  nommé  aspirant  le  17  septembre  i8o3  et  bientôt  après 
officier  de  flotille  sur  la  frégate  Le  J{hin.  Louis  de  Ricaudy  fit  la 
campagne  d'Amérique  sous  les  ordres  de  l'amiral  de  Villeneuve, 
assista  à  plusieurs  engagements,  notamment  au  combat  des  esca- 
dres franco-espagnoles  contre  l'escadre  anglaise  de  l'amiral 
Calder  (juillet  i8o5)  et  à  la  célèbre  bataiHe  de  Trafalgar  (21  octo- 


—  b8  — 

bre  ]8o5).  La  frégate  Le  Jihin  que  montait  Louis  de  Ricaudy  put 
échapper  au  désastre,  mais  après  avoir  tenu  la  mer  quelque  temps 
encore,  elle  fut  capturée  par  les  Anglais  le  28  juillet  1806. 

Prisonnier  de  guerre  pendant  plus  de  cinq  ans  en  Angleterre, 
le  jeune  officier  de  marine  profita  des  loisirs  de  la  captivité  pour 
se  livrer  à  l'étude  et  étendre  son  instruction  dans  le  domaine  de 
la  littérature  et  des  sciences.  ]j  était  à  peine  de  retour  en 
France,  qu'il  subissait  avec  succès,  le  )3  novembre  1811,  des 
examens  qui  lui  valurent  le  grade  d'aspirant  de  1  "  classe.  Nommé 
enseigne  de  vaisseau  sur  la  goélette  La  Bacchante,  le  i"  juillet  181  5, 
Louis  de  Ricaudy  prit  dans  la  suite  le  commandement  du  J^amier 
et  du  "Loiret  et  fit,  sur  ces  navires,  des  croisières  sur  les  côtes  de 
l'Italie,  de  l'Algérie  et  de  la  Barbarie,  sous  les  ordres  de  son 
oncle  le  baron  de  Saisieu.  Lieutenant  de  vaisseau  le  22  avril  1821, 
il  fut  promu,  dans  la  même  année,  chevalier  de  la  Légion  d'hon- 
neur. Après  plusieurs  embarquements,  Louis  de  Ricaudy  prit  le 
commandement  de  la  goélette  L'Estafette  puis  celui  du  Dromadaire. 
Il  assista  à  la  bataille  de  Navarin,  livrée  le  20  octobre  1827,  et 
embarqué  sur  le  bâtiment  marchand -transport  La  Belle-Gabrielle  il 
fit  partie  de  l'expédition  d'Afrique.  11  assista  à  la  prise  d'Alger 
et  commanda  une  compagnie  de  débarquement  qui  opérait  sur  la 
plage  de  Sidi-Ferruch.  Sa  belle  conduite  durant  cette  campagne 
lui  valut  le  grade  de  capitaine  de  frégate,  que  le  gouvernement 
de  Juillet  lui  décerna,  le  2  octobre  i83o.  Le  capitaine  de  Ricaudy 
commanda  alors  la  corvette  de  charge  La  Meuse  puis  la  corvette 
de  guerre  VAriane.  Monté  sur  ce  dernier  navire,  il  fit  une  cam- 
pagne dans  l'Amérique  du  Sud,  d'une  durée  de  deux  ans  et  demi. 
Il  était  chargé  d'une  mission  aussi  délicate  qu'importante  :  donner 
protection  et  secours  au  commerce  français  sur  les  côtes  du  Bré- 
sil, de  la  Plata,  du  Chili  et  du  Pérou.  Dès  son  retour  en  France, 
Louis  de  Ricaudy  reçut  les  témoignages  de  satisfaction  les  plus 
flatteurs  de  l'amiral  Duperré,  ministre  de  la  marine.  Capitaine  de 
vaisseau  le  5  mars  1837,  il  fut  d'abord  placé  à  la  tète  des  équi- 
pages de  ligne  à  Rochefort  puis  chargé  de  diverses  inspections 
dans  le  4   arrondissement  maritime. 

Le  6  mai  ]83q,  Louis  de  Ricaudy  fut  appelé  au  commandement 
du  vaisseau  Le  Trident.  Le  10  juin  1841,  il  passa  à  Toulon  en  qua- 
lité de  directeur  des  mouvements  du  port,  et  remplit  ces  fonctions 


-  69   - 

durant  plus  de  six  années  avec  zèle,  dévouement  et  fermeté.  Le 
27  novembre  1847,  le  ministre  de  la  marine,  de  Montebello,  lui 
confia  le  commandement  du  Diadème;  le  i"  février  suivant,  il 
prit  la  direction  de  la  frégate  à  vapeur  YJlsmodée,  dans  l'escadre 
de  l'amiral  Baudin.  Louis  de  Ricaudy  fut  détaché  de  la  division 
pour  aller  commander  la  station  navale  qui  devait  représenter  la 
France  devant  Venise  assiégée  par  les  Autrichiens.  La  mission 
dont  il  fut  chargé  était  difficile.  Il  sut  la  remplir  avec  une  distinc- 
tion et  une  fermeté  telles,  que  le  gouvernement  voulant  récom- 
penser ses  services,  l 'éleva  à  la  dignité  de  contre-amiral,  le 
)6  octobre  1848,  L'amiral  de  Ricaudy  retourna  à  Toulon  et 
arbora  son  pavillon  sur  VMsmodée.  Plus  tard,  il  devint  successive- 
ment membre  de  la  commission  mixte  des  travaux  publics  à  Paris, 
et  major-général  de  la  marine  à  Brest. 

Sur  les  indications  fournies  par  M.  Passama,  officier  de  marine, 
l'amiral  de  Ricaudy  vint  aux  eaux  de  la  Preste  pour  y  soigner 
une  affection  des  voies  urinaires.  Le  mieux  qu'il  éprouva  à  la 
suite  de  son  séjour  en  Roussillon,  le  décida  à  se  fixer  à  Perpi- 
gnan, dés  la  fin  de  l'année  i85i.  Le  8  janvier  )853,  il  fut  classé 
dans  la  deuxième  section  du  cadre  des  officiers  généraux  de  la 
marine.   Il  mourut  à  Perpignan,  le   )6  février  j856. 

L'amiral  de  Ricaudy  avait  été  nommé  :  chevalier  de  la  Légion 
d'honneur,  le  28  avril  1821  ;  chevalier  de  Saint-Louis,  le  3o  octobre 
1829  ;  officier  de  la  Légion  d'honneur,  le  28  avril  1841  ;  com- 
mandeur du  même  ordre,  le  28  avril  1847.  11  était  en  outre 
commandeur  de  l'ordre  de  Sainte  Anne  de  Russie,  de  l'ordre  de 
Nitcham,  de  Tunis,  et  de  l'ordre  de  l'Epée  de  Suède.  Les  armes 
de  sa  famille  sont  :  d'azur  à  la  fasce  accompagnée  en  chif  de  trois 
étoiles  et  en  pointe  d'un  croissant,  le  tout  d'argent. 

L'amiral  de  Ricaudy  épousa  Suzanne  Mélin  et  eut  d'elle  trois 
fils  et  une  fille  qui   fut  l'épouse  de  Raphaël  Vergés,  propriétaire. 

III.  Emmanuel  Vergés  de  Ricaudy 

Christian-Marie-Louis-Emmanuel  Vergés  de  Ricaudy  naquit  à 
Perpignan  le  8  octobre  1857.  Il  était  le  troisième  enfant  d'une 
nombreuse  famille,  issue  de  l'union  de  Raphaël  Vergés  et  d'Alphon- 
sine  de  Ricaudy.  Le  jeune  Emmanuel  fit  de  solides  études  classiques 


—  70  — 

dans  des  établissements  d'instruction  secondaire  en  renom  :  le  Col- 
lège de  Perpignan,  l'Institution  Saint- Louis  de  Gonzague  de  la 
même  ville  ;  Sorèze,  l'Ecole  de  la  rue  des  Postes  à  Paris  et  la 
Seyne  (Var).  Après  avoir  conquis  son  diplôme  de  bachelières-scien- 
ces, Emmanuel  Vergés  de  Ricaudy  affronta  les  examens  d'admis- 
sion à  l'Ecole  spéciale  militaire  de  Saint-Cyr.  Deux  fois  il  subit 
avec  succès  les  épreuves  écrites  du  concours. 

J]  était  à  peine  âgé  de  vingt-cinq  ans,  lorsqu'il  entra  comme 
associé  dans  la  maison  de  banque  de  M.  Augustin  Vassal,  qu'il 
fit  prospérer  grâce  à  ses  capacités  et  aux  soins  persévérants  qu'il 
apporta  dans  l'exercice  de  ses  fonctions.  C'est  dans  les  travaux 
des  opérations  financières  que  se  sont  écoulées  trente  années  de 
l'existence  de  M.  Emmanuel  Vergés  de  Ricaudy. 

Son  activité  se  dépensa  aussi  bien  en  dehors  de  la  sphère  des 
occupations  professionnelles.  De  nombreuses  sociétés  de  bienfai- 
sance, plusieurs  groupements  intellectuels,  des  mutualités  sollici- 
tèrent et  obtinrent  de  M.  Emmanuel  Vergés  de  Ricaudy  le 
concours  de  sa  personne,  la  lumière  de  ses  conseils  ou  l'autorité 
de  sa  direction.  Déjà,  en  1880,  on  le  trouve  à  la  tête  de  la 
Société  Philharmonique  de  Sainte-Cécile.  En  1884,  il  fut  nommé 
Président  du  Club  Alpin  français,  section  du  Canigou.  11  occupa 
durant  cinq  années  cette  situation  et  devint  ensuite  administrateur 
de  l'Association.  "Les  Patriotes  du  J^oussillon  élurent  Emmanuel 
Vergés  de  Ricaudy  pour  leur  vice-président,  le  5  octobre  1890, 
et  la  Caisse  d'Epargne  de  Perpignan  le  compta  aussi  au  nombre  de 
ses  Directeurs,  avant  de  le  choisir  pour  son  vice-président.  A  la 
même  époque,  il  fut  nommé  président  de  la  société  chorale 
V Orphéon  de  Perpignan.  En  1897,  V Association  amicale  des  anciens 
élèves  de  Saint-Louis  le  plaça  à  sa  tête,  en  le  choisissant  pour  son 
président.  En  1904,  ce  groupe  renouvela  à  M.  Emmanuel  Vergés 
de  Ricaudy  le  témoignage  de  sa  considération  en  l'élevant  et  en  le 
conservant  à  la  présidence,  durant  quatre  années  consécutives.  A 
la  mort  de  M.  Albert  Passama,  président  de  la  société  Saint-Joseph, 
les  membres  de  cette  mutualité  ne  crurent  pas  faire  de  meilleur 
choix  qu'en  donnant  sa  succession  a  M..  Emmanuel  Vergés  de 
Ricaudy.  Et  lorsque,  en  1906,  la  Société  d'Etudes  Catalanes  se 
fonda,  M.  Emmanuel  Vergés  de  Ricaudy  se  chargea  de  la  prési- 
dence qu'on  lui  demandait  instamment  d'accepter.    La    J^oussillon- 


—  71   — 
naise,  fédération  des  sociétés  de  secours  mutuels  du  département 
lui  avait  confié  en   iqoy  la  charge  importante  de  trésorier-général. 

M.  Emmanuel  Verges  de  Ricaudy  ne  fut  pas  seulement  homme 
d'action.  11  consacra  ses  loisirs  aux  lettres  et  à  la  science.  L'his- 
toire locale  est  redevable  à  sa  plume  de  trois  ouvrages  dont  la 
facture  dénote  chez  l'auteur  une  réelle  compétence  technique  : 
J\otice  historique  sur  la  section  du  Canigou  depuis  sa  fondation  jusqu'à 
ce  Jour,  Perpignan,  Imprimerie  de  V Indépendant,  1906;  JMotice 
historique  sur  la  Caisse  d'Epargne  de  Perpignan,  Comet,  1908,  et  la 
Toponymie  du  J^oussillon  dont  nous  annonçons  à  la  J{evue  des  "Livres 
de  ce  même  numéro  la  récente  publication. 

M.  Emmanuel  Vergés  de  Ricaudy,  dont  la  constitution  physique 
et  les  talents  promettaient  de  riches  espérances,  a  été  soudaine- 
ment ravi  par  la  mort,  à  sa   famille   et  à   ses  nombreux    amis,    le 

18  janvier  191  ? . 

Abbé  Jean  Capeille. 

Textes  catalans 

26  février  i55o.  f Archives  départementales,  G.   110.) 

Reconnaissance  et  inventaire  devant  notaire  des  reliques,  trésor 
et  ornements  de  la  cathédrale  d'Elne,  en  présence  de  trois  délé- 
gués du  Chapitre  et  de  J.  F.  d'Oms,  seigneur  de  Villelongue- 
de-la-Salanque,  comme  mandataire  de  Rév'  Michel  d'Oms,  cha- 
noine et  sacriste  titulaire  d'Elne,  et  administrateur  perpétuel  de 
Tabbaye  d'Arles  ;  après  le  décès  de  J.  Damps,  prêtre,  qui  subs- 
tituait le  dit  sacriste. 

Et  primo  :  En  lo  armari  de  santa  Eularia  y  santa  Julia,  loqual 
es  dins  la  sacristia  de  dita  iglesia  afix  a  la  paret,  ab  dos  portes, 
la  una  de  fusta  e  l'altra  de  ferro,  tanchadas  ab  quatre  claus  y 
tanquadores. 

Un  reliquiari  de  santa  Eularia,  de  argent  sobre  endaurat,  ab  la 
cara  e  pits  de  santa  Eularia  encarnada,  ab  un  coxi  ab  vuyt  botons 
grossos  tôt  d'argent  sobre  endaurat,  demont  quatre  lahons  tôt 
d'argent  sobre  endaurat,  ab  les  reliquies  de  la   beneyta  Santa    en 


—  72  — 

lo  cap,  lesquals  se  demonstran  per  demont  del  cap,  ab  una  corona 
d'argent  sobre  endeurada  en  lo  cap,  ab  molta  padreria  de  diver- 
sos  colors  y  molta  perlaria,  ab  les  puntes  les  unes  com  a  flor  de 
lli  y  les  altres  mes  xiques,  totes  ab  molta  padreria  y  perlaria  : 
En  quai  corona  faltan  très  puntas  de  les  flors  de  lli  que  son  esta- 
des  rompudes,  y  s'es  trobat  que  falta  mes,  en  la  flor  de  lli  qu'esta 
frontera,  la  pedra  mes  alta  ques  la  mes  grossa,  ab  una  gandalla 
de  fil  de  or  demont  del  cap,  y  uns  granets  d'argent  sobre  daurats 
voltats  per  la  corona. 

Item,  en  lo  pits  de  dita  Santa,  un  caxal  de  dita  gloriosa  Santa 
enquastat  dins  una  rosa  ab  molta  padraria... 

En  laquai  Santa  son,  démons  d'ella,  les   presentalles  seguents  : 

Item,  un  libre  de  argent  sobre  endeurat,  tanquat  ab  una  per- 
leta  demont  un  forât  per  loqual  se  veu  un  osset  de  dita  beneyta 
Santa,  ab  una  cadena  d'argent  sobre  endaurada. 

Item,  un  gros  anell  de  or  groch,  de  bisbe,  ab  una  torquesa 
molt  grossa  y  de  molt  perfecta  color. 

Item  uns  saltiris  de  coral  en  que  y  ha  cinquanta  quoerns  de 
grans,  ab   un   gra   gros  de  casadoina,  y  una  cauquilla    de   gayeta. 

Item  altres  saltiris  de  olivetas  de  coral,  ab  cinquanta  quatre 
coherns  e  mig  de  grans,  ab  set  senyals  de  argent  y  ab  un  sanct 
Jaume  de  gayeta  al  cap,  y  una  oliveta  mes  grossa  de  coral. 

Item,  altre  fil  ab  setze  coherns  menys  un  gra,  tôt  de  argent. 

Item,  una  brancha  de  coral  molt  grossa  gornida  de  argent. 

Item,  unes  gargantilles  de  perla,  de  la  largaria  de  un  palm. 

Item,  quatre  fils  de  perles  menudes,  de  un  palm  y  un  quart. 

Item,  uns  sartiris  de  nacra,  ab  cinch  grans  de  crestall,  y  alguns 
de  coral  entre  mesclat,  ab  una  capseta  de  argent. 

Item,  una  almasistra  (i)  de  fil  de  or. 

Item,  très  pessas  de  collar  de  or,  a  modo  de  creuhetes,  ab  un 
agnus  de  argent. 

Item,  un  anell  de  or,  ab  un  capmeu  (2)  blanch. 

Item,  un  anell   de    or    gornit  ab   perles    y   una  pedra  vermella. 

Item,  una  peyroleta  de  or  smeltada  de  nègre. 

Item,  un  cavall  de  argent  (3). 

(i)   Brûle-parfums? 
{2)   Camée. 

(3)    Un  procès-verbal  de  visite  de    )5bi   mentionne  aussi    :    Una  eugua    ab 
son  polli,  de  argent  (G.   1  10). 


-  73  - 

Item,  set  ulls,  y  dos  cors,  y  una  mamella  de  argent. 

Item,  altre  reliquiari  de  santa  Julia,  ab  la  cara  y  pits  encar- 
nada,  (pareil  au  premier)  ab  la  corona  molt  rompuda  ;  es  ver 
que  y  son  totes  les  flors,  en  lesquals  flors  falten  algunes  per- 
les, y  assenyaladement  très  al  cap  de  les  flors  ;  a  la  una  flor  falta 
la  perla  mes  alta,  y  en  lo  rodedor  de  la  corona  falta  una  pedra 
grossa...  Ab  un  sant  Miquel  petit,  d'argent  sobre  endeurat,  ab 
una  pedra  vermella  a  modo  de  granat  o  robi,  loqual  esta  afix  ab 
un  fil  de  ferro  a  dita  corona. 

Item,  una  pedra  color  de  perdillo  (i),  larga,  gornida  de  or,  ab 
un  sant  Cebestia. 

Item,  uns  granets  d'argent  endeurats,  entremesclat  ab  la  corona. 

Y  son   en    dita  beneventurada  Santa   les  presentalles  seguents  : 

Et  primo  un  fil  ab  cinquanta  grans  de  argent. 

Item,  uns  saltiris  de  coral,  ab  vint  y  nou  quoerns  y  mig  de 
grans  rodons  de  coral. 

Item,  uns  saltiris  de  os  nègre,  a  modo  de  oliveta,  ab  un  agnus 
de  argent  sobre  endeurat. 

Item,  uns  saltiris  de  lambre,  ab  dotze  quoerns  y  mig  de  grans 
de  lambre,  ab  quatre  senyals  grossos  de  or,  y  un  gra  de  lambre 
mes  gros  de  tots  al  cap. 

Item,  altres  saltiris  de  lambre  blanch  ab  quinze  quoerns  y  très 
grans  de  lambre,  ab  nou  grans  de  gayeta,  ab  unes  steletes  dau- 
rades. 

Item,  una  brancha  de  coral  gornida  de  argent,  ab  una  cadeneta 
de  argent,  petita,  que  y  a  sis  malles. 

Item,  una  medalla  de  nacra  gornida  de  argent  ab  una  Nostra 
Dona  ab  lo  Jésus  al  bras,  y  de  altra  part  es  nacra. 

Item,  un  reliquiari  sobre  daurat,  a  modo  de  un  livret,  ab  unes 
reliquies  dintre,  que  penja  ab  una  cadena  de  argent. 

Item,  un  ull  d'argent. 

Item  un  stancha  sanch  xich. 

Item  una  gandalla  de  or  demunt  la  corona. 

Item  un  fermall  al  pits  de  Santa  Julia,  gornit  ab  perleria  y 
padraria,  ab  un  caxal  de  Santa  Julia. 

Item,    un    frontal   [i)   ab   très  peces    de   argent  sobre   endaurat 

(i)   Gris. 

(2)   Devant  d'autel. 


—  74  — 

scultat,  ab  molta  padraria  de  diverses  colors,  ab  noranta  y  nou 
botons  d'argent  sobre  daurats,  ab  flochs  de  seda  verda  que  y  ha 
en  dit  frontal  ;  es  asaber  a  la  primera  pessa,  cinch  madallas  scul- 
tades  ab  sants  y  santés,  v  entre  madalla  y  madalla  ha  una  creu 
de  sant  Andreu  ahont  ha  molt  pedres  y  la  del  mig  major,  y  una 
rosa  ab  una  pedra  grossa  al  mig  ;  y  son  (a)  la  primera  pessa 
quatre  creus  y  quatre  roses  :  Item  ha  en  dita  pessa  frontal,  ait  y 
bax,  uns  entorns  de  argent  sobre  deurat  gornits  de  padreria,  ço 
es  dos  pedres  petites  y  una  grossa,  per  orde,  tant  ait  com  bax, 
en  que  y  ha,  en  lo  ait  desesset  pareils  de  pedres  xiques,  e 
altres  tantes  bax...,  y  trenta  dos  pedres  grosses,  ço  es  setze  ait 
y   tantes  bax...    y  faltan    2/    pedres    xiques    y    7   pedres  grosses...) 

Item  un  bras  de  argent  ab  la  ma  incarnada,  ab  reliquies  del 
bras  de  sant  Genis. 

Item  una  custodia  xiqua,  de  argent  sobre  deurada,  ab  dos 
angels  y  una  cima  de  vidre  ait  en  lo  mig. 

Item  un  reli(.{uiari  de  argent,  xich,  ab  reliquies  de  sant  Lorens. 

Item,  una  custodia  de  argent  sobre  deurada,  ab  algunes  reli- 
quies, ab  una  creu  ab  un  crucifix  en  una  part,  y  de  l'altra  Nostra 
Senyora. 

Item  un  reliquiari  de  sant  Barthomeu,  xich,  de  argent,  ab  reli 
quies  de  dit  sant. 

Item  un  bras  de  sant  Inveni,  ab  reliquies  de  sant  Inveni. 

Item  una  custodia  de  argent,  ahont  sta  recondit  lo  Oleum  infir- 
morum,  per  combregar  los  ecclesiastichs. 

Item  la  calze  major,  sobre  endeurat  y  smaltat,  ab  sa  patena. 

Item  altre  calze  de  argent  sobre  deurat,  de  alfonsello  (?)  ab  sa 
patena. 

Item  lo  calze  de  sant  Père,  de  argent,  ab  sa  patena. 

Item  una  peyrola  xicha,  y  un  squalli,  y  un  izop,  y  una  pau 
smaltada,  tôt  de  argent. 

Item  dos  bacines  de  argent. 

Item  una  crossa  de  argent  sobre  deurada. 

Item  una  mitra  moilerna  gornida  de  perles  grossas,  ab  molt 
pessas  de  argent  smaltades,  ab  sos  penjants  en  losquals  ha  en 
quiscun  penjant  sis  cascavells  y  un  scut  (?)  y  un  aglan  blanc. 

Item  altra  mitra  ab  perles  menudes,  fêta    al    antigor,  ab  molta 


» 


-  75  - 

padraria,  y  sos  penjants  ab  cinc  cascavells...  ab  una  pedra  gran 
vermella  a  la  punta  de  la  mitra. 

Item  un  floch  de  capa  de  seda  de  grana  y  de  or,  gornit  de 
argent  sobrendeurat.  ab  sa  pedraria  molt  rich. 

Item,  un  cristal  gornit  de  argent  sobre  daurat  per  posar  lo 
Corpus  en  la  festivitat  del  Corpus. 

Item  dos  canalobres  y  dos  encessers  de  argent. 

Item,  la  naveta,  ab  una  cullera  de  argent. 

Item  un  plat  de  suro  (i)  ab  molts  vedrials,  y  al  mig  un  moris- 
cho  y  una  mora  quis  figuran  signats. 

Item  una  vera  creu  de  argent,  en  laquai  ha  de  Ligno  Crucis, 
y  falta  un  personage  de  argent,  en  loqual  ha  un  quaxal  de  santa 
Eularia  ab  quatre  leos  y  quatre  smalts,  que  senyalan  los  quatre 
Evangelistas. 

Item  una  creu  xicha  de  argent  qui  serveix  als  dobles  breus. 

Item  lo  Testament  vell  y  lo  Testament  nou  de  argent. 

R.  DE  Lacvivier. 

(i  )  Ce  plat  se  retrouve  ainsi  désigne  dans  un  procès-verbal  de  visite  de 
i568  :  «  Un  plat  gran,  ab  molts  personages  a  la  morisca,  anominat  lo  plat 
de  suro.  »  (G.    moi 

^i^^^ 

Extrait  de  mil  y  un  pensaments 


Surt  al  carré  y  trobarâs  :  una  persona  que  't  comunicarâ  qu'estas 
mes  magre  que  avans,  una  altra  que  t'assegurarâ  qu  estas  mes  gras 
y  una  altra  que  't  dira  qu'estas  del  mateix  modo.  Y  vés  fent  cas 
de  las  opinions  dels  homens  I 

Gracias  â  la  diversitat  dels  gustos  de  la  humanitat,  no  hi  ha 
extrenyesa  que  no  pugui  arribar  à  ser  tinguda  per  bellesa. 

La  ignorancia  y  la  supersticiô  van  sempre  pel  mon  de  brasset  ; 
si  las  separessin  se  moriri'an  de  anyoransa. 


Pour  la  Langue  Catalane 

Notre  distingué  confrère,  Monseigneur  de  Carsalade  du  Pont,  évèq  ;e  de 
Perpignan,  vient  de  faire  éditer  un  Abrégé  de  la  doctrine  chrétienne  ;  de  la 
lettre  pastorale  qu'il  a  publiée  à  ce  sujet,  nous  extrayons  volontiers  les 
passages  suivants  : 

«  Nous  l'avons  fait  imprimer  en  français  et  en  catalan,  suivant 
encore  en  cela  l'exemple  de  Mgr  de  Flamenville.  Grâce  à  Dieu, 
aujourd'hui  comme  alors,  la  langue  catalane  est  en  usage  dans  le 
diocèse,  et  malgré  les  efforts  tentés  par  les  partisans  d'un  unita- 
risme  impossible,  elle  y  est  encore  vivante  et  même,  à  l'heure 
présente,  très  active.  11  y  a  en  France,  disons-le  en  passant,  des 
intellectuels  qui  s'irriteiit  contre  l'ordre  établi  en  ce  monde  parla 
divine  Providence  et  qui  prétendent  modifier  cet  ordre  au  profit 
de  leurs  idées  personnelles.  Or,  sachez  que  Dieu  a  voulu  et  qu'il 
a  établi  la  diversité  des  peuples.  11  a  donné  à  chacun  d'eux  un 
caractère  particulier,  une  personnalité  propre  qui  est  le  reflet  de 
la  terre  qu'il  habite,  de  la  langue  qu'il  parle  et  qui  détermine  sa 
race.  La  terre  et  la  race  sont  inséparablement  liées  l'une  à  l'au- 
tre ;  elles  influent  l'une  sur  l'autre,  et  de  leur  union  est  née  la 
langue,  après  une  gestation  quelquefois  séculaire.  Tenter  de 
détruire  l'un  des  trois  termes  de  cette  trinité,  la  race  ou  la  langue 
même  sous  prétexte  d'unité  nationale,  est  une  œuvre  impie  et 
chimérique.  On  ne  peut  pas  plus  niveler  les  peuples,  qu'on  ne 
pourrait  niveler  toute  terre.  Le  catalan  est  une  langue,  il  vivra 
autant  que  la  terre  catalane,  et  que  la  race  catalane. 

«  Nous  sommes  heureux  de  cette  occasion  qui  nous  est  offerte 
d'exalter  devant  vous  la  vieille  langue  des  aïeux,  d'en  célébrer  les 
incomparables  mérites,  de  la  proclamer  avec  tous  les  savants  du 
monde,  la  fille  ainée  du  latin,  filla  primogenita  del  llali,  de  vous 
dire  enfin  qu'il  y  a  un  devoir  sacré  d'honorer  et  d'aimer  cette 
langue  si  belle,  si  sonore,  si  énergique  et  si  douce,  si  magnifique  et 
si  simple  et  qui  a  été  pendant  des  siècles  la  langue  unique  de  vos 
pères,  la  langue  des  chartes  de  vos  libertés  et  de  vos  coutumes, 
la  langue  de  vos  chroniques,  de  vos  poésies,  de  vos  chants  popu- 
laires, de  vos  goigs  si  pleins  de  foi  et  de  piété,  la  langue  surtout 
de  vos  admirables  prières.  Vous  nous  pardonnerez,  N.  T.  C.  F., 
cette  disgression  ;  elle  a  jailli  spontanément  de  notre  cœur  :  la 
bouche  parle  toujours  de  l'abondance  du  cœur 


L'Œuvre  d'Oun  Tal 


(Suite  et  "Fin) 


Albert  Saisset  poète  et  linguiste 


—    1  °    Meta  thèse    de    consonnes    ou    de 

barrejar    pour  rabejar 
priure         —    pruïr 
gavinet       —    ganivet 
gavina 
gavinetada 

Ce  mode  de  déformation  est,  du  reste,  très  en  faveur  chez  les 
enfants  et  dans  le  peuple. 

1°   Changement  de  préfixe  : 

emprès         pour  desprès  despatllar  pour  espatUar 

desgarriar    -  -     esgarriar 


Déformation  du  catalan. 

voyelles  : 

buldofa       pour  butllofa 
citrell  —    cetrill 

barguer        —    braguer 
carmallers    —     cremallers 
crompar       —    comprar 


desafrenar 


desenfrenar 


3'  Changement  de  consonne,  souvent  à  cause  de  la  ressemblance 
avec  d'autres  mots  : 

canyoca  pour  canyota 

tracera  —  drecera 

dingii  —  ningii 

esfonzar  —  enfonzar 

esbargini  —  alberginia 

estragina  —  trenyina 

culcusit  —  corcusit 

selbi  —  serba 

greixes  —  creixens 

roblegar  —  doblegar 

enxibornar  —  ensibornar 

4°  Assimilation.  —  Les  participes  passés  volgut,  calgut,  pogut, 
sapigut  ont  produit  les  infinitifs  barbares,  qui  sont  d'ailleurs  usités 
dans  le  peuple  de  certaines  parties  de  la  Catalogne  :  volguer,  cal- 
guer,  poguer,  sapiguer. 

On  dit  hagés,  au  lieu  de  bagués,  à  cause  du  subjonctif  présent 
hagi. 

5°  Changement  de  conjugaison,   —   Cette  confusion   de   conjugal- 


enxumar 

pour 

ensumar 

desmargar 

desmanegar 

frétât 

— 

fredat 

cotze 

— 

colze 

binvada 

— 

minvada 

alabanza 

— 

alabança 

centenat 

— 

centenar 

milenat 

— 

milenar 

argelat 

argelac 

eima 

— 

esma 

palcigar 

— 

calcigar 

-  78   - 

sons  existe  déjà  en  catalan  ;  ainsi   proviennent   de   la  conjugaison 
ère  ou  ère  latine  : 

Lluïr,  tenir,  concebir,  cusir,  dimitir,  elegir,  eregir,  supplir,  escondir, 
fugir,  fingir,  junyir,  omplir,  sofrir,  punyir,  quérir,  llegir,  resumir. 

Le  roussillonnais  dit  de  même  ;  corrir,  premir,  et  même  embru- 
Ur,  se  cuiiir  pour  embrutar,  se  cuitar  (de  cogilare). 

11  est  vrai  qu'il  rectifie  les  formes  non  étymologiques,  en 
disant  :  fiiger,  cûser,  du  latin  fugere,  culere  ;  et,  par  assimilation, 
ixer  de  exire,  ce  qui  est  mauvais.  La  forme  coller  ne  l'est  pas 
moins,  car  le  latin  est  colligere  qui  doit  donner  collir,  comme  dicere 
et  ducere  font  dir  et  dur. 

6°   Changement  de  diphtongue  en  voyelle  simple  : 

rure  pour  roure  llenga  pour  ilengua 

fena  —    faena  ou  feina  ega  —    egua  ou  euga 

die  fener,  di-fener  —    die  feiner  liuta  —    lluita 

calque  —    qualque  viam  !  viéu    —    veiam,veieu! 

aiga  —    aigua  Uega  —    Ueuga 

portavu,  deiu,  diguéssu  pour  portàveu,   deieu,  diguésseu 

Ainsi  le  Roussillonnais,  tout  en  employant  les  deux  formes 
ocell,  ozerda,  olendra,  orella  et  aucell,  auzerda,  aulendra,  aurella 
paraît  avoir  une  préférence  pour  la  première. 

Cependant  on  dit  pou,  pour  por  (peur). 

Parfois  la  diphtongue  est  décomposée,  comme  si  c'était  un 
Franchimand  qui  prononçât  :  ehina  pour  eina. 

7°  "Elision  de  syllabes  initiales  : 

'via  pour  havia 
'gès  —    hagès 

'quel  —    aquei 

'cabar         —    acabar 
'judar  —    ajudar 

8°  Addition  de  lettres  euphoniques  : 

—  soit  en  préfixe  (cette  déformation  est  précisément  l'inverse 
de  la  précédente). 

A.  —  agram,  aclap,  a/art,  arrella  pour  gram,  clap,  fart,  relia, 
ce  préfixe  a  est  très  fréquent  en  bon  catalan  ;  il  apparaît  pour 
former  une  diphtongue  dans  les  mots  aucell,  auzerda,  etc.,  déjà 
cités. 

Inversement  cet  a  du  catalan   a    disparu    dans   margar,    margall, 

nillar. 


'tat  ? 

pour  vritat  ? 

'xô 

—    aixo 

nhom 

—    un  hom 

gradar 

—    agradar 

—  79  — 

D.  —  (Jalt,  deixonsis,  dellonsis  pour  ait,  aixà,  alla,  et  même 
dingû  pour  ningti. 

ES.  —  eslenalles,  escoure,  esporuc,  escroces,  eshegina  pour  lenalles, 
coure,  poriic,  croces,  Irenyina. 
EN.  —  à  l'encop  pour  al  cop. 

— ■  soit  dans  le  corps  des  mots,   comme  un  infixe  : 

E.  —  L'intercalation  de  cette  voyelle  dédouble  des  monosyl- 
labes en  évitant  la  rencontre  de  deux  consonnes,  ou  d'une  diph- 
tongue et  d'une  consonne  : 

Rebes,  dormes,  perdes,  rompes,  prenes,  podes,  sabes,  remetes,  sentes, 
tenes,  pudes,  mores,  venes  ;  creues,  diues,  veues,  viues,  escriues,  beues, 
deues,  moues,  seues,  treues,  riues,  coues,  caues,  etc.. 

N.  —  unlrament,  de  l'espagnol  olramenle ;  deixonsis  dellonsis,  de 

aixà,  alla;  manglana  pour  magrana. 

Le  catalan  a  cet  n  euphonique  dans  ningû,  du  latin  neque  unum. 

—  soit  à  la  fin  des  mots,  comme  un  suffixe  : 

S.  —  aixis,  dingùs,  défais  {défait),  accens  (accent)  apetis  ;  et  les 
noms  propres  :  Vassals,  Canals,  Portais,  Tornols,  Yalls,  0ms, 
Prats,   Cornes,  Segols,  Cases,  Pains,    Tonis,   etc.. 

T.  —  apit,  escorpit  ;  et  la  plupart  des  mots  finissant  par  r  /  corl, 
ort,  mart,  durt,  purt,  cari,  segurt,  ahirt,  clart,  fert,  curt  (il  court), 
faburt,  etc.. 

E.  —   sere,  dire. 

—  soit  enfin,  entre  deux  mots  : 
T.  —  Eu  t  entrant 

N.  —  trapi  n'El  Père;  jutgeunen  :  il  y  a  plutôt  ici  double 
pronom  en  ;  anont. 

A.  —  que  fas  a  perci  ? 

L.  article  redoublé  :  —  hi  ha  \"En  Miquelô. 

9°   Influence  de  formes  semblables  : 

J\ut  au  lieu  de  nu,  à  cause  de  mut.  Cependant  crudum  latin  fait 
cru.  L'adjectif  bon  amène  la  forme  millon,  pour  millor. 

De  même  que  Vr  est  muette  dans  la  plupart  des  mots  en  ar,  er, 
ir,  or,  même  au  pluriel,  de  même  l'/i  ne  se  fait  pas  sentir  au  plu- 
riel des  mots  en  à,  é,  i,  6,  û,  et  Ion  dit  :  mds,  bés,  fis,  bas,  comûs, 
au  lieu  de  mans,  bens,  fins,  bons,  comuns.  Par  contre  on  dit  :  aixins, 
allabons,  au  lieu  de  aixis,  llavors.  Car  cette  terminaison  ns  ne 
répugne  pas/au  Roussillonnais,  exemple  les  mots  :  dilluns,  dedins, 
fins,  abans,  etc.. 


—  8o  — 

j  o°  J^emplacement  des  finales  ch,  tch  ou  11  par  i  : 

—  son  ch  ou  tch  :    aquei,  melei,  vai,   fui,    vei,    fai,   bai,  gret, 
fei  (fardeau)  ;  ces  formes  se  retrouvent  aux  Baléares, 

Cependant  on    dit  :   faig,     roig,    raig,    puig,    maig,    boig,    maix, 
gahatx. 

—  son  //  ;   vui,  vai,   pour  vull,    vall.   Aux   Baléares    on    dit 
même,  dans  le  corps  des  mots  :  fuia,  veia,  etc.. 

jT  Suppression  de  /'a  atone  entre  deux  consonnes  dont  la   seconde 

est  presque  toujours  r  et  plus  rarement  1  : 

vrema    pour  verema  carbaça      pour  carabaça 

esprit      —    esperit  cargo)  —    caragol 

fredat     —    feredat  carmell         —    caramel! 

brana      —    barana  fil  plomar    — -    fil  d'empalomar 
brallar     —     barallar 

Cependant  on  dira  parfois  : 

citerell  pour  citrell  (cetrill)  ;   poruner  pour  pruner 

1 1°  Affection  pour  certaines  voyelles  ou  consonnes  : 

—  son    a    clair    :    les    verbes   arrcncar,    rccar,     trcpar     font 

arrdinca,  r2.ca,  trapa. 

far  gués  pour  al  forges  granxoler  pour  gronxolar 

gatimell    —    gotim  la  un  — •    lo  un,  l'un,  un  d'ells. 

Cependant  on  dit  cadern  pour  cadarn 

—  son    a   atone  :   servecial  pour    servicial  ;  les   mots    dérivés 
du  français  fretar  (frotter),  beveta  (buvette),  faburt  (faubourg). 

1.  —  C'est  déjà  une  carastéristique  du   catalan  (i)  ;   le   roussil- 

lonnais  va  encore  plus  loin  dans  cet  emploi   de   1'/  ,•    ainsi    il    dit  : 

porti,  portavi,  portessi  au  lieu  de  porto,  portava,  portes 

il   prend  telles  quelles   au    français   les    terminaisons    en    ier,    qui 

devraient  devenir  er  en  bon  catalan  :  mestier,  fripier,  etc. 

1  change  en  eia  la  terminaison  française  ée  :    aleia,   riseia,  guineia. 

I  abuse  des  conjugaisons  en  ir  (voir  5°  ci-dessus)  ; 

1  forme  le  participe  présent  en  int  quand  l'infinitif  est  en  er  : 

creixint,  reixint,  ixint. 

/  remplace  e  dans  les  mots  suivants,  catalans  ou  français  : 

lligir  pour  Uegir  dixar         pour  deixar 

IJivar  —    llevar  pindré         —    futur  de  pendre 

Uixiu  —    llexiu  adiu  —    adeu 

(i)   En   latin  certains  verbes  facere,  jacere,  lacère,    capere,  tenere,   légère,    regere,    querere, 
premere,  changent  en   i,  dans  les  composés,  la  voyelle  radicale. 


8i   — 


sipi 

—    sepia 

distruïr      - 

-    destruïr 

albi 

—    àlber 

insi 

de  ainsi 

desvirgoi 

ridat 

de   devergon 

idé 

llivita 

de  lévite 

iretge 

—    heretge 

de  siguit    - 

en  seguida 

istiu 

—    estiu 

esquixar     ~ 

—    esqueixar 

sixanta 

—    seixanta 

dimusela 

de  demoiselle 

ginoll 

—    genoll 

gineral 

—    général 

i  remplace  o  dans  xicolata. 

i  remplace  a  dans  ximenella,  xirriiar  [pour  xarritar)  ;  libûla,  pussida, 

galimoix  (pour  gatamoixa)  ; 

i  est  explétif  dans  ciego,  beial,  eirola,  vieil; 

il  remplace  ei  dans  viam  !  vieu. 

O.  —  L'affectation  pour  le  son  o,  ou  plutôt  ou  français,  montre 
bien  la  rudesse,  la  rusticité  du  catalan  ;  le  roussillonnais  la  mani- 
feste dans  les  mots  : 

els  altros    pour  els  altres  poruner  pour  pruner 

aixorit  —    aixerit  potô  - —    petô 

boldofa         —    baldofa  purgami  —     pergami 

estorroçar  —    esterroçar  peu  runquot  de  ranquejar 

monyoc        —    manyoc  sonsuga  —    sangsuga 

oruga  —    eruga  vorruga  —    verruga 

et  les  mots  empruntés  au  français  :  votura,  futull,    mussurt,    madi- 
musela,  hurôs,  uberja,  etc. 

]  3°   Mffeclation  pour  le  son  ny  : 
ny  remplace  n  dans  granyola,  punyir,   (punir   afenyar,  soviny,  escu- 

pinya,  canyô  ; 
il  remplace  //  dans  parpanyol,  nyinyol  (llinyol)  : 

Le  roussillonnais  en  arrive  à  redoubler  ce  son  en  prononçaht 
vinynya,  llenynya,  au  lieu  de  vinya,  llenya. 

Cependant,  à  cause  sans  doute  du  languedocien,  on  dit  :  anïell 
au  lieu  de  anyell. 

j  4°  Répugnance  pour  certains  assemblages  de  consonnes  : 
dr  est  changé  en  r,  dans  l'infinitif,  le  futur  et  le  conditionnel  des 

verbes  en  dre  :  veure,  veurà,  veuria  ;  dans  l'adjectif  heure,  dans 

les  substantifs  .•  cenre,  Portvenres. 

Cependant  on  dit  ;  aulendra,  calandra,  mandra. 
pj,  ps,  pi,  et  se  changent  en  tj,  ts,  td  : 

catgirar,  catsa,  catdar,  retde  pour  capgirar,  capça,  captar,  recte 

Une  consonne  tombe  et  l'on  dit  : 


—    82    — 

vos        pour  vols  pe  'nosaltres  pour  per  nosaltres 

tabé         -  -    tambë  motô  —     moltô 

tapoc       —     tampoc  esgarraxada    — •     esgarranxada 

prensa  prempsa  propietat  —     proprietat 

mitdia      —     migdia  om  —    olm 

La  bonne  prononciation  catalane  supprime,  de  même,  la  con- 
sonne finale  dans  camp,  ail,  cant,  etc. 

On  dit  aussi  pam  et  palm  ;  coma  vient  du  latin  culmen. 

1  5°   Contresens  sans  déformation  proprement  dite  : 

baboïa,  charivari,  signifie  en  réalité  :  niais 

ronJinejar,  tourner  autour,  —  bougonner 

clap,  amas,  tas,  —  tache 

vella  raiera,  vieux  malin,  au  lieu  de  veîla  raia 
punla  (au  singulier)  dentelles,  —        punies  (au  pluriel). 

la  terminaison  en  o/^  n'indique  qu'un  diminutif:  homenot,  bestiota, 
alors  qu'elle  doit  conserver  un  sens  péjoratif,  comme  dans  le  mot 
pellot. 

i  (5°  Barbarismes  : 
crits    a    fer    tordir,  crits    à    assourdir  ;    prixa,  colme,  ptesse,  et    les 
mots  qui  n'ont  d'espagnol   que  l'apparence  :  berro,  butjo,  fonso, 
marso,  nyanyo,  pallago,  totxo,  vano,  xupapo. 

Toute  la  querelle  entre  les  catalanisants  des  Pyrénées-Orien- 
tales réside  dans  l'acceptation  ou  le  rejet  des  mots  et  des  formes 
que  je  viens  de  cataloguer  tant  bien  que  mal.  Adversaire  de  l'ac- 
ceptation, et,  je  l'avoue,  adversaire  résolu,  je  n'en  témoigne  pas 
moins  de  ma  loyauté  par  cet  exposé  complet  de  la  cause.  Saisset 
n'a  pas  osé  montrer  l'étendue  du  désastre  qui,  assurent  certains, 
doit  emporter  inéluctablement  notre  idiome.  J  "ai  ce  courage  et 
j'ai  celui  d'ajouter  :  Nous  sauverons  bien  mieux  cet  idiome  en 
amputant  qu'en  conservant  les  parties  malades  ;  car  il  s'agit  d'une 
gangrène.  Notre  patois  est  laid,  barbare,  sans  saveur  ;  ses  défor- 
mations, la  plupart  datant  d'hier  pourtant,  sont  vilaines  ou  inuti- 
les. On  me  dira  que  le  provençal  ne  se  portait  pas  mieux  quand 
le  septuor  de  Fontségurne  le  ressuscita.  Oui,  mais  ignore-t-on 
que,  pour  lui  faire  parler  d'emblée  le  langage  épique  ou  lyrique, 
Mistral,  Roumanille  et  Aubanel  le  rendirent  presque  méconnais- 
sable au  peuple  ?  On  le  leur  a  pourtant  assez  reproché.  Je  ne 
suis  pas  de  ceux-là  ;  car  j'estime  que  ce  n'est  pas  directement  pour 
le  peuple  que  1  on  écrit  ;  je  m  exprime  mal  :  oui,  c'est  bien  pour 


—  83  — 

le  peuple  qu'écrivent  le  journaliste  (hélas  !)  et  l'artiste  même. 
Mais,  comme  leur  rôle  n'est  pas  de  s'abaisser  jusqu'au  peuple, 
mais  de  l'élever  jusqu'à  lui,  ils  doivent  se  servir  de  sa  langue, 
comme  de  ses  idées,  en  l'épurant.  Ecrire,  c'est  créer  une  illusion, 
un  idéal  ;  Mistral,  le  bon  gentilhomme  campagnard,  le  futur 
empereur  d'Arles,  écrivait  bien  pour  le  sien,  dès  son  premier 
chef-d'œuvre  : 

Car  cantan  que  pèr  vautre,  o  paslre  e  gent  di  mas. 

Formule  généreuse  du  droit  de  tous  au  grand  art  !  Comme  elle 
fait  pâlir  la  formule  égoïste  d'Horace  : 

Odi  profanum  vulgus  ei  arceo  ! 

D'ailleurs,  qu'il  le  veuille  ou  non,  l'artiste  travaille  pour  la 
masse.  Ce  n'est  pas  à  dire  qu'il  doive  en  être  l'esclave.  Certains 
dramaturges  modernes  ont  montré  les  limites  de  l'art  en  faisant 
parler  à  des  gens  du  peuple  leur  langue  propre  (ce  mot  gardant 
toutes  ses  acceptions),  tout  en  idéalisant  le  dialogue  et  le  sujet. 
«  Le  voituricr  Henschel  »,  de  l'allemand  Hauptmann,  et  «  Els 
Vells  »  du  catalan  Iglesias  sont  situés  aux  antipodes  des  tragé- 
dies classiques  et  sont  pourtant  des  chefs  d'oeuvre  au  même  titre. 
Entre  leur  dialogue  simple  et  les  tirades  simples  de  Schiller  et 
de  Corneille  s'étend  le  champ  de  l'art,  champ  immense.  Tout  est 
bon  pour  l'artiste  ;  c'est  une  abeille  qui  tirera  du  miel  d'un  caillou. 

Au  point  de  vue  de  la  langue,  il  atteindra  l'art  suprême  en 
idéalisant  sans  presque  déformer.  De  sorte  que,  si  Ion  prétend 
(et  cela  a  été  professé  récemment  dans  cette  même  Revue)  que 
l'écrivain  ne  doit  employer  que  le  vocabulaire  du  peuple,  on  a 
bien  l'air  de  rogner  les  ailes  au  pauvre  écrivain,  mais  l'air  seule- 
ment ;  car  il  y  a  tout  dans  le  peuple,  forme,  idée,  art  ;  le  diffi- 
cile est  de  l'y  trouver.  Le  peuple  est  toute  prose  et  toute  poésie, 
tout  vient  de  lui,  tout  doit  être  pour  lui.  Mais,  si  quelques  pri- 
vilégiés parviennent  à  charmer  en  écrivant  presque  comme  il 
parle,  il  ne  faut  pas  oublier  les  raffinés  (Mistral,  quoi  qu'il  en 
dise,  fut  un  de  ceux-là)  ;  à  ces  aristocrates  de  l'idée  et  du  style, 
il  faut  un  vocabulaire  autrement  vaste.  Qu'aurait  fait  l'auteur  de 
«  Calendau  »  et  de  «  Miréio  »  avec  le  lexique  populaire  si  étri- 
qué de  la  Provence  ?  Que  fera  un  Roussillonnais  réduit  à  la 
pauvre   contribution    de   son    patois  populaire  ?  Je  lui  souhaite  de 


—  84  — 

nous  donner  des  monologues  valant  ceux  d'Oun  Tal,  mais  ne  lui 
conseille  pas  d'imiter  les  essais  lyriques  ou  épiques  de  nos  com 
patriotes  roussilhnisants  enfin,  voilà  que  le  mot  venu  !).  Des  peti- 
tes blagues  pour  le  peuple,  telle  est  toute  la  ressource  du  voca- 
bulaire roussillonnais  !  Et  encore  qui  égalera  Saisset?...  Voici  un 
critérium  de  la  valeur  de  notre  patois  ;  tout  le  monde  peut  l'é- 
prouver, comme  je  l'ai  fait  :  prenez  le  «  Songe  d'Athalie  »  et 
traduisez-le  franchement,  sans  tricher,  en  roussillonnais  ;  vous 
constaterez  que  presque  tous  les  mots  français  ont  été  catalanisés 
affreusement  ;  vous  devez  les  employer,  ces  affreux  mots.  Quand 
vous  aurez  fini,  relisez  '...  Oserez-vous  appeler  langue  originale, 
langue  catalane,  ce  plagiat  innommable  ?  Allez,  allez,  que  vous 
le  vouliez  ou  non,  quelque  soit  votre  engouement  pour  le  com- 
pléter, ce  vocabulaire  miséreux  et  loqueteux,  il  faut  aller  à  l'ar- 
moire bien  remplie  du  vieux  catalan.  Et  le  vieux  catalan,  qu'est-ce 
autre  chose  que  le  catalan  moderne  de  l'autre  côté  des  Pyrénées? 
Vous  préférez  ressusciter  l'ancienne  langue  du  Roussillon?  Où 
est-elle,  cette  langue  ?  Quels  sont  les  chefs-d'œuvre  qui  la  consa- 
crent langue  particulière  au  Roussillon  ?  Mais  je  ne  répéterai 
aucun  des  arguments  de  ma  préface  des  Fables  de  La  Fontaine. 
Je  rappellerai  simplement  une  proposition  lumineuse  que  fit 
Milâ  y  Fontanals,  le  grand  Milà,  comme  on  dit  en  Catalogne,  à 
l'origine  de  la  Renaixensa,  à  cette  période  difficile  où  le  catalan 
cherchait  sa  voie,  comme  fait  aujourd'hui  le  roussillonnais.  Milâ 
proposait  d'adopter  une  langue  écrite  commune,  langue  savante 
évidemment,  à  côté  des  divers  dialectes  parlés.  Cette  solution  a 
prédominé  dans  tous  les  pays  :  en  France,  en  Allemagne,  en  Ita- 
lie, en  Espagne,  et  finalement  même  en  Catalogne,  partout  un 
dialecte  particulier  a  pris  de  l'empire  sur  les  autres,  grâce  aux 
chefs-d'oeuvre  de  quelques  écrivains  et,  une  fois  le  sceptre  en 
main,  il  l'a  gardé  définitivement.  Mais  tout  roi  a  son  Conseil.  La 
langue  officielle  a  ses  dialectes  qui  l'enrichissent,  la  guident,  la 
font  évoluer.  Le  roussillonnais  doit  avoir  son  rôle  à  côté  du  cata- 
lan classique.  Une  fois  le  sacrifice  fait  (c'est  le  plus  dur)  de  ses 
formes  grammaticales  bâtardes,  il  aura  son  contentement  d'amour 
propre  en  apportant  sa  contribution  de  mots,  et  de  locutions  de 
bon   aloi  ;   et   cette  cont'-ibution  originale  de  mots  peut  être    fort 

honnête. 

Paul  Bergue. 


La  Langue  Catalane 

et  son  utilité  pédagogique 

CS5»$'^2r^  {Suite) 

Une  erreur  de  composition  s'étant  glissée  dans  le  premier  paragraphe  des 
notes  grammaticales  de  la  5""  leçon,  nous  nous  empressons  de  rectifier  et 
voici  comment  il  faut  lire  : 

«  L  élision  de  l'article  el  a  lieu  lorsque  le  nom  déterminé  commence  par 
une  voyelle  ou  une  /?  ;  il  y  a  également  élision  lorsque  le  nom  déterminé 
commence  par  une  consonne  autre  que  h,  mais,  dans  ce  dernier  cas,  il  faut 
que  le  mot  qui  précise  se  termine  par  une  voyelle.  L'apostrophe  se  place 
tantôt  avant  tantôt  après  la  lettre  /. 

7""^  LEÇON  —  Metges  y  Cirurgians 

EJs  metges  els-e  cal  pagar  y  ben  pagar.  Y,  ben  mirât, 
que  voleu  qu'hi  sapiguin  els  metges  de  la  vila  amb  els  mais 
dels  pagesos  ? 

Desseguit  vos  parlen  de  begudes  qu'amarguen  corn  un 
fel,  de  purgues  que  vos  escorreganten  y  de  vesicatoris  que 
vos  s'emporten  la  pell...  Y  per  mes  desgracia  vos  parlen  un 
francès  tant  recargolat  !  ! 

Ah  !  si  eren  els  cirurgians  d'anvantes  ?  encara,  encara... 
AquelJs  amb  una  sangria  y  un  pareil  de  pegats  vos  enlles- 
tien  un  malalt  ;  enrahonaven  com  hom  y,  per  paga,  se  con- 
tentaven  d'un  amarell  de  segle  6  d'un  xayet  ben  tendre. 
Hom  n'era  ben  servits  y  may,  amb  ells,  calia  treure  diners 
de  la  butxaca.  Y,  si  els  hi  demanaveu  de  quin  mal  patia  el 
malalt,  al  lloch  d'anar  cercar,  com  els  metges  saberuts  del 
dia  d'avuy,  unes  paraules  que  ningù  no  enten,  vos  responien 
ambe  tota  franquesa  :  «  El  fetge  se  li  menja  la  frixa  »  6 
«  La  sanch  se  li  rabeja  amb  els  nervis  ». 

La  gent  se  morîa,  mes  hom  sabîa  com  y  pcrqué. 

E.  Caseponce,  Contes  vallespirenchs. 


—  86  — 


Explication  du  Texte 

Après  avoir  constaté  que  les  médecins  d'aujourd'hui  se  font 
payer  fort  cher,  qu'ils  ne  connaissent  rien  aux  maladies  des  pay- 
sans, qu'ils  donnent  des  remèdes  désagréables  et  enfin...  qu  ils 
parlent  français,  l'auteur  fait  l'éloge  des  médecins  d'autrefois  qui 
avaient  vite  fait  de  guérir  un  malade,  qui  parlaient  comme  tout 
le  monde  et  qui  se  contentaient  de  recevoir  en  paiement  une 
mesure  de  seigle  ou  un  petit  agneau  bien  tendre.  Naturellement 
les  gens  mouraient  comme  aujourd'hui,  mais  on  savait  comment 
et  pourquoi. 

Vocabulaire 


metges,  médecins 

pagesos,  paysans 

desseguit,  tout  de  suitz 

begudes,   boissons,   remèdes,   potions 

amarguen,  de  amargar,  être  amer 

fel,  fiel 

escorreganten,  vous  donnent  des  coli- 
ques. 

z^esicatoris,  vésicatoires 

desgracia,  infortune,  malheur.  Per 
mes  desgracia,  peut  se  traduire 
par  :  Pour  comble  de  malheur. 

recargolat,  de  cargol,  caragoî,  vis. 
Peut  se  traduire  par  :  serré,  diffi- 
cile à  comprendre. 

d'anvantes,  d'autrefois 

sangria,  saignée 

pegats,  emplâtres 

enllestir  un  malaît,  guérir  rapidement 
un  malade  ;  expédier  ;  terminer  la 
guéri  son. 


Exercices 

Traduction  française  du  tcxïc  —  L'expression  catalane  «  ben 
mirât  »  peut  être  traduite  en  français  de  plusieurs  manières. 
L'élève  recherchera  toutes  les  expressions  françaises  correspon- 
dantes et  choisira  la  meilleure. 

Composition    catalane.  —    Rédiger   en  catalan  deux  petits  de- 


enrahonaven,  ils  parlaient 

hom,  que  l'on  écrit  quelquefois  un 
hem,  correspond  au  pronom  indé- 
fini français  on  et  signifie  un  homme 
comme  tothom  signifie  tous  les 
hommes,  tout  le  monde 

amarell,  double  décalitre,  mesure 

xayet,  petit  agneau 

ireure  diners,  sortir  de  l'argent 

butxaca,  poche 

patia,  souffrait 

saberuts,  savants 

unes  paraules,  des  paroles 

ningù,  personne 

feige,  foie 

frixa,  mou,  poumon 

sanch,  sang 

nervis,  nerfs 


-  87  - 

voirs  dont  l'un  aura  pour  titre  :  Els  melges  d'avuy  ;  et  l'autre  : 
E/s  cirursians  d'anvantes. 

Composition  française.  —  Supposer  que  l'on  a  rencontré  un  de 
ces  vieux  médecins  d'autrefois  qui  «  amb  una  sangria  y  un  pareil 
de  pegats  vos  enllestien  un  malalt  »  et  le  faire  parler. 

Conjugaison  bilingue.  —  Subjonctif  présent  du  verbe  pagar  et 
du  verbe  paver.  Conjuguer  sur  ce  modèle  cercar  et  chercher. 

Subjonctif  présent 

"Verbe  pagar  'Verbe  payer 

Que  pagui  Que  je  paie 

Que  paguis  Que  tu  paies 

Que  pagui  Qu'il  paie 

Que  paguem  Que  nous  payions 

Que  pagueu  Que  vous  payiez 
Que  paguin  Qu'ils  paient 

Notes  grammaticales 

L'article  partitif.  —  E"   général    l'article   partitif  ne  s'emploie 

pas  en  catalan. 

Ex.  :  Vetaqui  monjes,   pâ  y  vi 

Voici  des  haricots,  du  pain  et  du  vin 

Voir  dans  le  texte  :  may  calia  heure  Jiners  (de  l'argent). 

C'est  ce  qui  explique  la  faute  fréquente  que  commettent  les 
élèves  dans  des  phrases  comme  celle-ci  :  «  Monsieur,  il  n'y  a  pas 
encre.  » 

Cependant  l'article  partitif  s'emploie  lorsque  le  nom  est  pris 
dans  un  sens  déterminé  : 

Doname  de  les  monges  que  tenes 

Lorsque  l'article  partitif  est  pris  dans  le  sens  de  un  peu  de  ou 
de  quelques,  on  le  traduit  par  un  poc  de,  una  mica  de,  uns,  unes, 
alguns,  algunes. 

Voir  dans  le  texte  :  unes  paraules  que  ningû  no  enlen  des 
paroles). 

L'article  personnel.  —  11  y  a  en  catalan  un  article  spécial  qui 
se  place  devant  les  noms  propres  de  personnes  et  que,  à  tort  ou  à 
raison,  on  nomme  article  personnel.    " 


—  88  — 

L'article  personnel  prend  deux  formes  : 
i'   "En  devant  les  noms  d'homme. 

Ex.  :   En  Père,  En  Joan,  En  Jaume 

2°  TVa  devant  les  noms  de  femme. 

Ex.  :  Na  Maria,  Na  Clara,  Na  Guideta 

Certaines  rues  de  Perpignan  portent  encore  des  noms  de  per- 
sonnes précédés  de  l'article  personnel  :  rue  d'En  Cake,  place  du 
Pont  d'En  VesHt,  rue  Fontaine  TVa  'Pincarda.  11  y  a  aussi  lo 
serrât  d'En  Vaquer. 

Nous  trouvons  encore  à  Banyuls-sur-mer,  par  exemple,  el  pou 
d'En  Jordi,  la  coma  d'En  Perota,  l'hort  d'En  T^amonet,  la  mata 
d'En  Galy,  lo  coral  d'En  7{eig  ;  à  Port-Vendres,  la  serra  del  hort 
d'En  Malacara,  lo  coll  d'En  Llaurens,  etc. 

C'est  par  centaines  que  nous  pourrions  citer  de  pareils  noms 
dans  toutes  les  communes  du  département. 

Devant  les  noms  d'homme  commençant  par  une  voyelle  ou  une 
h,  En  se  change  en  /'. 

Ainsi  l'on  dit  : 

l'Anton,  l'Oller,  l'Honoré 
et  non  :  En  Anton,  En  Oller,  En  Honoré 

Devant   les   noms  de    femme   commençant   par  une  voyelle   ou 

une  h,  JNa  se  change  en  TV'. 

Ainsi  l'on   dit  : 

N'Amelia,  N'Antonieta 
et  non  :  Na  Amelia,  Na  Antonieta 

Mais  on  dit  aussi  YAmelia,  ïAntoniefa,  VEularia  (pr.  :  leoulâri), 
de  même  qu'on  dit  couramment  aujourd'hui  la  Teresa,  la  Tere- 
seta,  la  Teresô,  la  Caterina,  la  Caterineta,  la  Francisca,  la  Xica, 
la  Francisqueta,  la  Xiqueta,  la  Xiquetona,  la  Tona,  la  Margarida, 
la  Guida,  la  Margarideta,  la  Guideta,  au  lieu  de  Na  Teresa,  Na 
Tereseta,  etc. 

Remarque.  —  On  prononce  Tresa,  Treseta,  Catrina,  Catri- 
neta,  Margrida.  Margrideta  (voir  les  notes  sur  la  prononciation). 


-  89  - 

S*"'  LEÇON   —  Passades  alegries 

Quant  poch  han  durât,  mon  cor, 
Tes  passades  alegries  1 
Dels  festejgs  y  de  l'amor 
Quant  curts  han  sigut  los  dies  ! 

Jo'm  pensava,  trist  de  mi! 
Que  aqueix  temps  may   finiria. 
Que  de  la  vida    1  cami 
Sempre  mes  planer  séria  ; 

Que  guardarian  les  flors 
Ab  que  cenyîa  ma  testa 
Sos  perfums  y  sos  colors 
En  una  perenna  festa  ; 

Y  que  '1  nectar  exquisit 
Que  mon  seny  embadalia, 
Ab  delicia  assaborit, 
Aspre  may  se  tornaria. 

Tras  de  les  flors  han  vingut 
Espines  y  mes  espines  ; 
Tras  de)  nectar  he  begut 
Unes  amargues  metzines. 

Antoine  Puiggari,  Venediment. 

Explication  du  Texte 

«  Ah  !  s'écrie  le  poète,  que  les  beaux  jours  sont  courts  !  Je 
croyais  que  le  chemin  de  la  vie  serait  de  plus  en  plus  agréable  a 
suivre,  que  les  fleurs  ^[arderaient  leurs  parfums  et  leurs  couleurs 
et  que  le  nectar  serait  toujours  exquis.  Mais  hélas  !  les  fleurs  ont 
bientôt  cédé  la  place  aux  épines  et  le  nectar  exquis  à  l'amer 
venin. 


—  90  — 

Vocabulaire 

quant,  combien  exquisit,  exquis 

alegries,  joies  seny,  sens,  raison,  jugement 

festeigs,  de  festejar,  faire  la  cour.  Ici,  embadalia,   imp.   du  verbe  embadalir, 

galanteries  charmer,  ravir 

pensava  ;  en  Roussillon  on   dit  :  pen-  assaborit.  savouré 

.  savi  et  non  pensava  aspre,  âpre,  amer,  acre 

trisl  de  mi,  expression  qui  n'a  pas  de  se  tornana,  deviendrait 

correspondante  en  français  tras,  derrière,  après 

mes  planer,  plus  uni  amargues,  amères 

cenyia,  de  cenyir,  ceindre  melzines,    médecines,   poisons,   venins 

perenna,  continuelle,  perpétuelle  penediment ,  repentir 

Exercices 

Traduction  française  du  texte.  —  L'expression  catalane  trist  de 
mi  peut  se  traduire  de  plusieurs  manières.  Chercher  les  expres- 
sions équivalentes  et  choisir  celle  qui  se  rapproche  le  plus. 

Composition  catalane.  —  Supposer  que  l'on  écrit  à  l'auteur  en 
le  tutoyant  et  en  commençant  par  l'imparfait  de  l'indicatif  :  pen- 
saves  que... 

Composition  française.  —  Rédiger  en  français  un  petit  devoir 
que  l'on  intitulera  :  «  La  jeunesse  n'a  qu  un  temps  ».  Suivre  le 
plan  du  texte. 

Conjugaison  bilingue-  —  Imparfait  du  subjonctif  du  verbe  pen- 
sar  et  du  verbe  penser.  Conjuguer  sur  ce  modèle  durar  et  durer. 

Imparfait  du  Subjonctif 
"Verbe  pensar  Verbe  penser 

Que  pensés  Que  je  pensasse 

Que  penséssis  Que  tu  pensasses 

Que  pensés  Qu'il  pensât 

Que  penséssim  Que  nous  pensassions 

Que  penséssiu  Que  vous  pensassiez 
Que  penséssin  Qu'ils  pensassent 

Notes  grammaticales 

Le  genre  des  noms.  —  On  a  dû  remarquer  en  traduisant  le 
texte  que  le  mot  color  (i)  est  masculin  alors  que  son  correspon- 
dant français  couleur  est  féminin.    Cette  différence  de  genre  exis- 

()  )    Le  mot  color  est   cependant  employé  au   féminin   par  le  poète  rousslllonnais  Saisset  (voir 
2'  leçon)  et  par  certains  écrivains  de  Catalogne  comme  Costa  y  LIobera  (voir  plus  loin). 


—  9'   — 

tant  pour  un  assez  grand  nombre  de  noms,  il  en  résulte  que  les 
élèves  éprouvent  une  certaine  difficulté  dans  l'emploi  de  ces  noms. 
Nous  avons  cru  utile  d'en  donner  ci-dessous  une  liste. 

r  Noms  masculins  en  catalan  et  féminins  en  français. 


Masculin 

Téminin 

Masculin 

Féminin 

color 

couleur 

caragol 

vis 

armari 

armoire 

enciam 

salade 

pressech 

pèche 

ruxat 

averse 

esparrech 

asperge 

Dabi 

lèvre 

toronjo 

orange 

xirimpiu 

rougeole 

sentinella 

sentinelle 

parèntesis 

parenthèse 

vidre 

vitre 

oli 

huile 

rellotge 

montre 

sant 

image 

2°  Noms 

féminins  en  catalan  et  masculins  en 

français. 

"Féminin 

Masculin 

"Féminin 

Masculin 

dliga 

aigle 

escala 

escalier 

carfoxa 

artichaut 

monja 

haricot 

mitja 

bas 

parafa 

paraphe 

seba 

oignon 

Uebre 

lièvre 

espiga 

epi 

senyal 

signe 

col 

chou 

nau 

navire 

paret 

mur 

pinta 

peigne 

mentida 

mensonge 

coliflor 

chou-fleur 

serp 

serpent 

carrossa 

carrosse 

guilla 

renard 

ungla 

ongle 

tarda 

soir 

llar 

foyer 

sal 

sel 

edat 

âge 

sort 

sort 

mel 

miel 

sanch 

sang 

llet 

lait 

mantega 

beurre 

merla 

merle 

quaresma 

carême 

On  arrive  très  facilement  par  l'usage  à  reconnaître  le  genre 
des  noms  catalans  sans  qu'il  soit  nécessaire  d'apprendre  des  règles 
qui  comportent  de  très  nombreuses  exceptions  et  qui  ne  peuvent, 
d'ailleurs,  s'appliquer  à  tous  les  dialectes  catalans. 

(A  suivre)  Louis  Pastre. 


w^f^S^^*iSfÊ^-^^    VSPméf^éi^    VifjtfU:ij^    Vf'-^^^Ê^     V^f.Jtf^&^    VÎ^-^Ke^    ^iiP.^£i£^ 

L'enfant  au  foulard 


.-•"•v 


1.    Sous  LES  Acacias  de  la  Place 

Lorsque,  sous  les  acacias  de  la  place,  je  vois  les  danses  du 
soir,  ma  chanson  intérieure  est  grave  et  recueillie,  parfois  même 
douloureuse.  Et  je  ne  saurais  guère  en  démêler  la  cause. 

Je  voudrais  que  chacune  des  filles  de  mon  pays  possède,  avec 
1  eurythmie  du  visage,  de  la  démarche  et  de  la  voix,  ce  parfum 
du  sentiment  qui  s'exhale  de  toutes  nos  poésies  populaires.  La 
musique  des  jutglars  berce  la  naïveté  de  mon  rêve,  dans  la  nuit 
inexprimablement  douce  et  pleine  d'étoiles. 

On  danse.  On  danse.  Je  suis  des  yeux  une  jeune  fille  fluette. 
Elle  a  de  la  gravité  dans  son  maintien.  C'est  une  ouvrière  de  la 
magnanerie.  Le  tourbillon  passe,  et  la  sourde  contrebasse  en  sou- 
ligne régulièrement  la  frivolité.  Comme  je  la  sens  difiPérente  de 
la  mienne,  la  vie  de  ces  jeunes  filles,  et  de  ces  femmes  en  bonnet 
blanc,  qui  regardent,  et   dont  la  jeunesse  envolée  fut  pareille  !... 

Mes  yeux  cherchent  l'ombre.  Je  les  vois  assises,  à  l'écart, 
celles  qui  ne  dansent  pas.  Est-ce  de  l'indifférence?  de  la  lassi- 
tude ?  Ces  couturières  ont  toutes  leur  histoire.  Sans  doute,  cer- 
taines ont  un  passé  qui  leur  conseille  cette  attitude.  Je  puis 
croire  que  c'est  le  cas  de  Marie.  Je  me  suis  approché  de  Marie. 
Je  ne  sais  si  elle  a  une  âme  délicate.  Mais  cette  fille  souple,  ner- 
veuse, blonde,  qui  s'habille  parfois  comme  une  jeune  dame,  est 
vraiment  une  fille  de  chez  nous.  Je  l'aime  pour  sa  pâleur,  pour 
ses  yeux  verdàtres,  pour  sa  voix  légèrement  rauque,  dont  je 
saisis  avec  avidité  les  inflexions,  pour  ses  lèvres  qui  sont  deux 
longs  fils  rouges. 

Je  ne  l'ai  jamais  interrogée  sur  son  aventure.  On  la  connaît 
bien  ici.  On  a  joué  du  couteau  pour  elle.  Elle  nous  quitta  un 
beau  jour  :  elle  avait  vingt  ans.  Elle  était  allée  rejoindre  son 
brun  qui  avait  déserté  en  Espagne.  Mais  le  roman  a  eu  sa  fin  ; 
elle  a  été  abandonnée. 


—    C)3    — 

Marie  doit  se  plier  maintenant  à  la  monotonie  de  la  petite 
ville.  Je  sais  qu'elle  rêve  d'être  demoiselle  de  magasin  et  de  para- 
der sur  la  Rambla  des  Fleurs,  où  frissonnent  les  roses  et  les 
glaïeuls.  Nous  causons  ensemble  de  cette  Catalogne  douce  et 
lumineuse,  et  dont  l'amollissant  vent  de  Rosas,  qui  vient  du  large 
et  de  l'Albêre,  nous  apporte  le  souvenir. 

En  avril,  Marie  m'annonce  qu'elle  ira  aux  fêtes  de  Santa- 
Creu,  à  Figueras.  Elle  partira  avec  la  tartane  de  l'Espagnol,  du 
marchand  de  mandarines,  d'oignons  entrelacés,  de  cruches  en 
terre  blanche  et  poreuse.  Elle  traversera  le  col  du  Perthus  et  les 
chênes-liège  drus  de  la  Junquera.  En  septembre,  elle  m'accueille  : 
«  Venez-vous  à  Barcelone,  aux  fêtes  de  la  Merced?  J'assisterai 
à  la  corrida...   » 

Ce  soir,  Marie  a  son  enfant  sur  ses  genoux.  Isabelet  est  blonde 
comme  sa  mère.  Elle  porte  un  foulard  sur  la  tête,  à  la  façon  des 
nenes  de  l'Ampurdân.  C'est  ce  même  foulard  que  nos  jeunes  filles 
laissent  flotter  derrière  leurs  visages  brunis,  au  retour  des  champs 
et  des  jardins.  Je  le  préfère  à  la  coiffe  de  dentelles,  qui  enserre 
et  étouffe  les  cheveux.  Aussi,  je  félicite  Marie  de  donner  à  sa 
fille  l'air  d'une  petite  ampurdanaise.  Et  il  me  plaît  que  l'on  vive 
ainsi  dans  le  souvenir. 

Mais  Marie  me  répond  avec  un  sourire  triste  :  «  Oh  !  non... 
Isabelet  est  malade.  Elle  souffre  de  la  gorge.  » 

—  Ce  ne  sera  rien  ? 

—  Nous  espérons.  Si  demain  cela  ne  va  pas  mieux,  nous  appel- 
lerons le  docteur,  me  répond  h  sœur  de  Marie  qui  sait  si  bien 
broder. 

On  danse.  On  danse.  Les  acacias  sont  baignés  de  lumière. 
Lorsque  je  me  suis  couché,  dans  ma  chambre  nue,  où  un  grand 
Christ  me  regarde  étrangement,  j'ai  longtemps  entendu  cette 
musique  du  dimanche,  si  triste... 

11.  Au  Crépuscule 

Quelques  jours  après,  j'étais  sur  le  seuil  de  ma  porte.  Je 
regardais  le  crépuscule  de  septembre.  Le  bleu  du  ciel  s'atténuait 
et  se  glaçait  d'une  vapeur  mauve.  Des  bœufs  traînaient  leur  cha- 
riot de  luzerne,  levant  leurs  sabots  avec  mesure,  la  queue  bal- 
lante.   Au   tournant    de    la    route,  des   sonnailles   annonçaient  un 


—  94  — 

instant  la  rentrée  du  troupeau,  et  on  les  voyait  bientôt  arriver,  les 
brebis  piétinantes,  balançant  leur  blanc  museau  de  droite  et  de 
gauche.  Puis,  on  entendait  l'appel  d'une  cloche.  Un  prêtre  pas- 
sait. Des  nuages  gris-bleu  traversaient  le  ciel. 

Je  m'amusais  de  ces  images  et  j'en  savourais  la  douceur.  La 
route  était  déjà  déserte.  J'allais  rentrer,  lorsque  je  vis  Anne-Rose 
venir  à  moi.  Anne-Rose  ne  manque  jamais  de  s'arrêter  à  son 
retour  de  l'atelier.  Cela  fait  bien  chuchoter  les  bonnes  gens^ 
mais  Anne-Rose  n'y  prend  pas  garde,  et  elle  reprend  sa  marche, 
insouciante,  sereine  et  rythmique. 

Ce  soir-là,  Anne-Rose  paraissait  avoir  Tair  préoccupé.  Je  le 
lui  fis  observer  : 

—  11  est  tard.  Tu  t'es  amusée  en  route... 

—  Je  viens  de  faire  une  visite...  une  visite  triste...  L'enfant 
de  Marie  est  morte. 

—  Je  le  sais.  Je  l'avais  vue  dimanche.   Elle  avait  un   foulard... 

—  Pauvre  Isabelet  !  Elle  était  intelligente,  cette  enfant... 
intelligente...  Non,  je  n  aime  pas  ces  visites  Cela  me  fait  mal. 
Mais  pourtant,  il  faut  bien  les  faire.  C'est  un  devoir.  On  se 
connaît,  n'est-ce  pas  ?  Mais  son  père... 

—  11  n'est  pas  allé  la  voir? 

—  Non.  Comme  ils  sont  méchants  les  hommes  !  Devant  ce 
malheur... 

Anne-Rcse  parle.  J'imagine  la  chambre  blanchie  à  la  chaux  où 
des  femmes  doivent  pleurer  à  cette  heure,  de  pauvres  femmes 
affaissées  sur  des  chaises,  la  mère  et  la  sœur  et  la  grand'mère.  Et 
le  petit  corps  raide  d'Isabelet  sous  la  mousseline.  La  présence  du 
cercueil  que  l'on  prépare  dans  une  chambre  voisine.  La  voix 
sonore  du  menuisier  donnant  des  ordres  à  ses  aides.  Puis,  du 
silence,  des  sanglots.  Et  ce  père  qui  ne  vient  pas,  qui  ne  vient 
pas,  qui  ne  viendra  jamais... 

Anna-Rose  s'est  tue.  Elle  me  quitte  soudain,  et  je  la  suis  du 
regard,  dans  l'ombre.  Maintenant,  du  haut  du  clocher,  le  glas 
rude  et  ferme  s'étend  dans  toutes  les  rues. 

C  est  le  glas  de  la  petite  Isabelet,  de  l'enfant  au  foulard,  de 
l'enfant  qui  devait  être  passionnée  comme  sa  mère. 

Et  ce  glas,  le  père  l'entend-il? 

Je    l'ai    rencontré    dans    la    nuit,    ce    morne    aventurier.    Cœur 


-  95  - 

vide  !  Le  passé   n'a  pas    de  voix  pour    lui.    De    temps  à  autre,  il 
respirait  un  flacon  d'éther,  par  manie... 

Et  dans  cette  nu't  puissamment  étoilée,  les  platanes  se  grou- 
paient en  masses  d'ombre.  Au  ciel,  un  grand  cyprès  somnolent  se 
balançait  à  peine... 

111.    Au   Retour  des  Fontaines 

Sous  les  micocouliers,  les  lierres  et  les  lauriers-roses,  le  rire 
perlé  des  fontaines  s'éternise.  La  buée  vespérale  enveloppe  les 
jardins  du  Riberal.  Et  c'est  la  même  douceur,  sur  la  garrigue 
saignante  où  frissonnent  les  olivettes,  sur  les  montagnes  bleutées 
du  lointain,  dans  la  moire  du  soir.  Le  canal  d'arrosage  m'accom- 
pagne avec  sa  bordure  de  platanes. 

J'ai  rencontré  la  grand'mère  d'isabelet.  Agenouillée,  elle  lavait 
dans  l'eau  courante.  J'ai  tout  compris. 

Elle  a  laissé  son  battoir  et  s  est  dressée  sur  ses  genoux. 

—  11  faut  bien. .. 

La  grand'mère  peut  à  peine  parler.  Ses  yeux  sont  si  humides 
dans  sa  face  pâle  î 

—  Pauvre  Isabelet  !  Elle  était  jolie,  blonde  comme  les  paillet- 
tes de  l'or...  et  luisante  !  on  aurait  dit  qu  elle  avait  été  ointe 
d'huile...   (j) 

Elle  n'avait  que  quatre  ans...  quatre  ans...  et  elle  comprenait 
tout.  Elle  avait  un  pressentiment...  oh  !  oui...  Je  lui  dis  :  Fais 
une  prière  à  la  Vierge  santissim,  elle  te  sauvera  peut-être. 

Elle  répondit  :  Non,  ce  n'est  pas  la  peine.  La  Vierge  ne  veut 
pas  me  sauver. 

Et  puis,  elle  est  morte  tout  doucement... 

Dans  la  corbeille,  parmi  les  petits  vêtements  tièdes  et  froissés, 

j'ai  reconnu  le  foulard  de  l'autre  dimanche.  Le  ciel  était  calme  et 

bleu.    Un    vannier  assis  sur   le  sol    faisait   sa  dentelle  d'osier.  En 

face,    les    cyprès  qui    cachent    un   jardin    avaient    des  couleurs  de 

velours  vert. 

Joseph  Pons. 

(i)  Phrase  traduite  du  catalan. 


LIVRES  ^  REVUES 

Légende  de  tous  les  cols,  ports  et  paysages  qui  vont  ' 
de  France  en  Espagne,  par  De  La  Blottière.  —  1725 

A  cette  date,  les  sieurs  de  la  Blottière  et  Roussel,  ingénieurs  du  roi, 
furent  chargés  de  faire  un  travail  d'ensemble  pour  toute  la  frontière,  de 
Banyuls  à  l'embouchure  de  la  Bidassoa.  De  la  Blottière  fut  chargé  de  la 
partie  orientale.  C'est  ce  qui  nous  intéresse  plus  particulièrement.  Le 
mémoire  est  accompagné  d'une  grande  carte  (j5  X  ^^)  f^*"*  bien  gravée, 
mais  inversée.  Le  pays  est  vu  par  un  observateur  placé  en  France,  tourné 
vers  les  Pyrénées,  et  ayant  par  conséquent  la  mer  à  sa  gauche. 

C'est  ce  mémoire  que  la  section  du  Canigou,  du  Club  Alpin,  a  publié  dans 
son  Bulletin  Trimestriel  et  dont  elle  a  fait  un  tirage  à  part  fort  bien  pré- 
senté. 11  ne  contient  que  la  partie  intéressant  notre  pays  ;  c'est  donc  un 
ouvrage  purement  roussillonnais  et  catalan.  Dans  la  préface,  M.  Escarra  le 
présente  comme  le  plus  ancien  document  sur  les  Pyrénées,  établi  dans  le 
commencement  du  xyiiT  siècle. 

M.  Vergés  de  Ricaudy  avait  entrepris  le  commentaire  du  travail  de 
La  Blottière.  Il  débute  par  un  exposé  clair  et  succinct  de  la  cartographie  des 
Pyr.-Or.  depuis  Louis  Xlll  jusqu'à  nos  jours.  Puis,  entrant  dans  le  cœur 
de  l'ouvrage,  il  analyse  chaque  note  de  lieu,  col,  pic  ou  localité,  au  point  de 
vue  historique  et  étymologique,  travail  des  plus  intéressants  et  plus  étendu 
encore  que  celui  de  La  Blottière. 

M.  Vergés  de  Ricaudy  avait  suspendu  ses  études  pendant  quelque  temps, 
espérant  les  reprendre  après  de  nouvelles  recherches.  La  mort  brutale  l'a 
arrêté.  La  section  du  Canigou  a  cru  devoir  publier  le  dernier  travail  de  son 
ancien  président,  dans  l'intérêt  des  Alpinistes  et  des  Catalanistes.  La  T^evue 
Cataîiine,  cruellement  frappée  aussi,  ne  peut  laisser  passer  cette  publication 
sans  la  signaler  à  ses  lecteurs,  dernier  hommage  rendu  à  son  regretté  pré- 
sident. (Voir  les  conditions  de  vente  aux  annonces.) 

Le  catalan  en  Italie 

Notre  confrère,  signor  Venanzio  Todesco,  ancien  professeur  à  l'Alguer 
(Sardaigne  catalane)  vient  de  donner  à  l'impression  une  grammaire  catalane 
à  l'usage  des  italiens. 

La  langue  catalane  on  le  voit  continue  à  intéresser  les  milieux  philologiques 
de  l'Europe  ;  tant  millor,  et  nous  adressons  nos  félicitations  à  l'enthousiaste 
signor  Todesco. 

Jeux  floraux  de  Lleyda 

Les  jeux  floraux  annuels  de  Lleyda  seront  célébrés,  cette  année,  pendant 
la  fête  patronale  de  cette  capitale  catalane,  du  i  i   au   i  5  mai  prochain. 

Adresser  les  communications  au  secrétaire,  D.  Felip  Pleyan,  carrer  del 
Carme,  4,  Lleyda  (Catalunya). 

Le  Gérant,   COMET.  — Imprimerie  COMET,  8,  rue  Saint-Dominique,  Perpignan. 


0  '/ 


5  Année  N  52  15  Avril  1911. 

Les    Manuscrits  non  insères 


TC  sont  oas  rcnaui. 


Les  Articles   oarus  dans  la  Revue 


REVUE 

CATALANE 


lïgOv^  :?gTNi.cî§'?vi.c^Tsicî§TN^  cîg'îsi.cî§'3si.<^Qsi.  c^-ïv^,  cïg'Svi.c^TN^c^'îsi.  <î§'5Nic^'asitï§'>«£,c^TN^ctg'3sS, 


Pirineu  d'Orient 


f 


Parlamenf  al  senyor  ministre,  Jules  Pams, 
à  n   una  dinada  de  rossellonesos  de  Paris. 


Ministre, 

Avuy  se  brinda  assi  à  ta  gloria,  perque,  lo  primer  de  la  Repu- 
blica  tercera,  portes  ai  front  del  pays  la  bandera  de  las  cuatre 
barras  ; 

Avuy  se  brinda  assi  â  la  gloria  del  nostre  Rossellô  que  's  des- 
perta,  pochs  anys  ha,  de  la  son  matadora  que  l'ensopegava,  y 
que  's  desclôu,  tornar,  cap  uns  dias  de  bellesa  y  de  félicitât  ; 

Avuy  se  brinda  assi  â  la  gloria  de  l'Esperit  catalâ,  que  val 
tots  los  altres,  sine  mes,  y  que  ja  '1  sabras  mostrar  altiu,  sâbi  y 
poderos  à  tota  la  gent  de  França. 

Avuy  brindaré  jo  a  TAmor  que  tenes  tu,  com  tots  los  que  sem 
aqui,  â  la  nostra  terra  llunyana,  y  que  '1  sento  tôt  â  l'entorn  â 
brollar  com  un  ressô  de  la  nostre  mar  Mitjterrana.  —  Brindaré  al 
teu  régionalisme  —  no  t'espantis  de  la  paraula  1  —  que  't  consûm 
aixi  mateix  que  'ns  consùm  a  tots,  y  que  consûm  qualsevol  té  un 
campanar  y  un  parlar  qu'es  una  llengua,  y  que  's  haja  guardat  al 
vell  fons  de  son  cor  la  remembrança  dolça  d'una  casa  payral, 
d'uns   dias    de  jovent  y  de  la  tomba  dels  avis. 

Y  per  aixô  te  vuU  dir  algûns  versos  que  'Is  havia  dedicats... 

A  n' un  Ministre  que  volia  tornar  fer  vivas  las  provincias  vellas 
de  la  França,  esborrant  las  ratllas  artificials  qui  en  cent  parts 
engronadas    comparteixen   lo  territori.    —    Per    supplicar-lo    que 


-  98  - 

deixès,   fora    de   tota    altra,  encara    que    sigui    de  poca    amplaria, 
nostra  antich  Rossellô. 

Donchs  voidrjas,  plegats  ensemps  pobles  y  pobles, 

d'unas  comarcas  grans  fer  la  fitas  de  nôu, 

d'cixos  trossos  sens  anima  (i)  fer  terres  nobles,  1 

hont  rebrôti  la  rassa  y  la  sanch  que  se  mou  ? 

Tothom  de  cap  à  cap  de  la  Pâtria  nostra, 

alabarà  ton  nom  de  t'haver  recordat 

que  a  per  tôt,  per  la  terra  de  França  se  mostra  j 

cada  terra  mes  vella  de  l'antigua  edat. 

Alvernyats,    Provensals,    Gascons  son   vius  encara, 
y  Nortmans  y  Bretons  y  Catalans  també, 
que  's  guardan,  cadahû,  son  parlar  y  sa  cara, 
son  carâcter,  sas  lleys,  sas  costums  y  sa  fé. 

Aixî  d'un  hort  immens  las  flors  no  son  pariunas  : 
de  Ycrmellas  y  blancas  n'hi  ha...  de  tots  colors  ; 
encantats  son  los  ulls  al  veûre  altres  y  unas, 
y  l'ayre  embalsamat  de  totas  sas  olors. 

Mes  aquella  es  mes  ampla,  aquesta  mes  xiqueta, 
y  no  es  la  mes  gran  la  del  dibuix  mellor. 
No  barrejas,  fent  toyas,  la  margarideta 
ab  la  pentecostera,  flor  de  vermellor  ! 

Ni  '1  balsam  es  igual  que  de  totas  s'esbrava  ! 
Soleta  's  vol  estar  la  viola  en  un  pom  ; 
que  si  la  rosa  altivola  o  l'hisop  blava 
Ij  fan  costat,  arreu  se  li  mor  lo  perfum. 


(i)  Les  départements. 


—  99  — 
Viola  es  mon  païs,  gobernador  !  Com  ella 
té  perfum  régalât  que  d'altres  es  gelés  ; 
té  mes  fina  color,  qu'es  una  maravella  ; 
mes  tôt  s'esborrarîa  arreu  sentintse  dos. 

De  l'arbre  catalâ  n'es  branca  poderosa 
que  del  mont  Pirineu  la  cresta  ha  traspassat. 
Un  ventijol,  lleuger  com  un  bes  d'amorosa, 
sas  fullas  falaguant,  per  sempre  l'ha  abrassat. 

De  la  França  immortal  ara  n'es  filla  bona  ; 
empaltada  ab  lo  tronch  grandissim,  ha  crescut  ; 
mes  té  tanta  color  la  fruyta  que  li  dona, 
y  tal  gust,  que  se  li  coneix  hont  ha  nascut. 

Ay  !  no  'ns  barrejis,  no  !  ab  provincia  vehina, 
que  amb  ella  no  tenim  qualsevol  cosa  igual, 
o  cos  o  esperjt  !  No  mes  que  sarrahina 
es  Catalunya,  orgull  d'Espanyol  casual. 

Sem  la  joya  de  França  que  penja,  mes  rica, 
baix  son  collar,  en  tots  espargint  sa  claror. 
La  perla  d'un  penjol  mes  fina  y  mes  bonica 
siguent  sola,  fogueja  ab  tota  resplendor. 

Mira  !  Tôt  ho  tenim  :  plana,  mar  y  montanya  I 
Sem  Pirineu  d'Orient,  reaime  per  de  bô, 
ab  cinch  provincias,  de  Vallespir  â  Cerdanya  ; 
y  jâ  tenim  un  rey,  qu'es  lo  gran  Canigô  ! 

Perqué  no  portem  mes  barretina  vermella, 
ni  faixa,  ni  vestit,  ni  cofa  de  brodât, 
perqué  se  parla  poch  nostra  llengua  tan  bella, 
te  creuhas  tôt  aixô  que  l'hajem  descuydat  ? 


)  oo    

De  sas  torras,  adins  l'anima  catalana 
lo  foch  vîu  ha  passât  que  l'umpla  de  valor  ; 
y  de  guerra  ô  de  pâu  que  la  França  nos  mâna, 
la  servint  catalans,  la  servirem  melJor! 

Prôu  sa  claror  gegânt  il-luminâ  la  França  î 
Des  que  va  dir  un  rey,  il-lustre  pels  edats, 
«  Ets  meu  î  »,  lo  Rossellô  de  parir  no  descansa 
sâbis,  pintors,  sculptors,  mariners  y  soldats  ! 

Eix  foch,  atudarlo  segles,  segles  encara 

no  podran,  qu'es  ardent   mes  que  foch  de  l'infern  ! 

Al  peu  del  Canigô  sali  de  la  terra  mare  : 

Es  l'Amorpâtria  sant  :  Com  l'Amor  es  etern  ! 

Y  ara,  minyons,  tots  alseuvos,  que  cantarem  plegats.  En  Sine 
fent  de  cap  de  colla,  nostre  cansô  tan  aymada,  nostre  himne 
sagrat  del  Canigô  :  Montanyas  J^egaladas  ! 

L'Ermita  de  Cabrenç. 


ERRATUM.  —  Dans  le  dernier  numéro,  poésie  Lo  Salpas, 
corriger  le  vers  :  «  Y  de  la  cura  verdeja  la  parraguera  »,  par 
«  Y  verdeja  à  la  rectoria  la  figuera  ». 


Les  fêtes  de  Céret 


A  l'occasion  du  25'  anniversaire  de  la  fondation  de  YHarmonie 
du  Yallespir,  un  grand  festival  musical  aura  lieu  à  Céret,  le 
dimanche  2  juillet  prochain. 

On  y  exécutera  la  cantate  Lo  canl  del  Yallespir,  poème  en  catalan 
de  M.  Jean  Amade,  musique  du  maestro  Déodat  de  Séverac. 

Ce  sera  là  une  belle  manifestation  d'art  roussillonnais. 


Textes  catalans 

Maintenant  que  voici  terminée  la  série  d'actes  en  catalan 
rencontrés,  pour  la  majeure  partie,  parmi  le  fatras  latin  des 
anciens  notaires  d'Elne,  aux  Archives  départementales,  une  nou- 
velle série  de  petits  documents,  à  peu  près  de  la  même  nature 
et  du  même  intérêt  pour  l'histoire  locale  et  la  langue,  se  pré- 
sente à  nous. 

]1  subsiste  encore,  à  la  mairie  d'Elne,  quelques  anciens  regis- 
tres de  comptes  et  délibérations,  classés  dans  la  série  B  B,  mais 
qui,  jusqu'à  présent,  n'ont  pas  été  analysés,  même  sommaire- 
ment. Parmi  eux,  le  plus  ancien,  mais  aussi  le  plus  délabré,  est 
celui  qui,  primitivement,  allait  de  159J  à  ibîi  (ainsi  que  le 
montre  une  rubrique  de  1721  jointe  à  ce  registre),  mais  qui  ne 
va  plus  maintenant  que  de  1597  à  1617,  par  suite  de  la  perte  des 
73  premiers  feuillets  et  d'un  certain  nombre  des  derniers.  De 
plus,  il  a  du,  depuis  17ÎI,  faire  un  séjour  assez  prolongé  sous 
quelque  gouttière  municipale,  qui  a  lavé,  effacé  et  rendu  illisible 
une  partie  de  son  contenu. 

Tel  qu'il  est,  cependant,  et  surtout  jusqu'en  1612,  tant  qu'il  a 
été  tenu  et  rédigé  par  M'  Mathieu  Cazadamont,  nolari  publich  y 
secretari  de  la  Ciutat,  il  mérite  les  honneurs,  non  pas  d'une  publi- 
cation, ce  qui  serait  trop,  mais  au  moins  d'une  analyse,  plus  ou 
moins  rapide,  encadrant  des  citations  ;  il  touche,  en  effet,  non 
seulement  aux  affaires  locales,  (qui,  du  reste,  pouvaient  encore 
avoir,  à  Elne,  leur  degré  d'intérêt),  mais  aussi,  de  plus  ou  moins 
loin,  à  quelques-uns  des  événements  de  l'époque,  et  le  secré- 
taire y  a  parfois  consigné  ses  impressions  particulières  et  per- 
sonnelles. 

Nous  nous  proposons  donc  d'y  puiser  et  d'en  extraire,  malgré, 
peut-être,  quelques  lacunes  inévitables,  certains  fragments. 

11  n'est  pas  entièrement  écrit  en  catalan  ;  il  est  mêlé  de  latin, 
langue  officielle  dont  les  notaires  faisaient  volontiers  parade, 
même  hors  de  propos.  Nous  laisserons  de  côté,  sauf  à  l'ana- 
lyser  au   besoin,    tout  ce   latin  ;   quant  au  texte  catalan,   qui  con- 


I02 


tient  des  longueurs,  des  redites  et  beaucoup  de  formules  inutiles, 
nous  n'hésiterons  pas  à  l'élaguer,  pour  alléger  d'autant  nos  cita- 
tions ;  de  même  que,  pour  en  rendre  la  lecture  plus  courante, 
nous  ne  suivrons  pas  toujours  aveuglément  le  rédacteur  dans  ses 
variations  orthographiques  et  ses  graphies  arbitraires  et  parfois 
déconcertantes. 


Le  premier  de  ces  documents,  presque  tout  latin,  est  le  pro- 
cès-verbal d'une  'Extractio  dels  officis  y  carrechs  de  la  Ciutat.  Comme, 
ces  fonctions  ne  duraient  qu'un  an,  l'opération  se  renouvelait  chaque 
année,  toujours  le  jour  de  l'Ascension.  Aussi  l'on  retrouve  à  ce 
sujet,  au  cours  du  registre,  toute  une  série  de  procès-verbaux, 
presque  calqués  les  uns  sur  les  autres.  Pour  ne  pas  y  revenir, 
nous  nous  arrêterons  un  peu  plus  longuement  sur  ce  premier,  à 
l'occasion  duquel  nous  relèverons  les  points  saillants  de  quelques 
autres. 

Nous  entrerons  ainsi  de  plain-pied  au  milieu  même  de  la  vie 
municipale  de  cette  époque.  Sans  vouloir  en  rien  faire  une  étude, 
même  superficielle,  du  régime  municipal  d'alors,  nous  devons  pour- 
tant rappeler  brièvement  que  le  système  en  vigueur  était  celui  de 
Vlnsaculatio  et  de  VExlractio,  ou  tirage  au  sort.  Les  noms  des 
habitants  (ou  du  moins  ceux  des  prohoms),  écrits  sur  des  bulletins 
de  forme  particulière  (rodolis),  étaient,  après  une  série  de  votes 
et  suivant  des  règles  établies  de  long  temps,  répartis  [matriculah) 
dans  un  certain  nombre  de  bourses  closes,  celle  des  Consols  en 
cap,  celles  des  Consols  segons,  des  Consols  tersos,  des  Concellers, 
des  Clavaris  (délégués  à  la  police  urbaine),  des  Sobreposats  delà 
horta  (prévôts,    sorte    de   juges   champêtres),  des   7{ecepiors  (tréso-  % 

riers),  des  Oydors  de  comptes  (contrôleurs  financiers),  des  Tiospitalers 
(administrateurs  de  l'Hôpital). 

Ces  bourses  étaient  révisées,  et  pour  ainsi  dire,  mises  au  cou- 
rant, tous  les  trois  ans,  par  le  Conseil  et  la  Senyoria  (dont  nous 
parlerons  tout  à  l'heure)  ;  on  y  ajoutait  alors  les  noms  nouveaux, 
on  faisait  les  mutations  reconnues  légitimes  d'une  bourse  à  une 
autre  supérieure  {Puj'a  de  boisa),  et  l'on  supprimait  les  indignes, 
ainsi  que  nous  le  montre  l'exemple  typique  suivant  (1597)  :  a  Et 
de  ordinatione    Dominationis  {la  Senyoria)  Elnensis,  fuit  fracta  la 


lO 


3  — 


boisa  de  Hycronim  Valcnti,  attcs  en  lo  temps  de  la  pesta  (on 
a  omis  d'ajouter,  comme  d'habitude  :  Deu  nos  en  préserva),  essent 
consol  ters,  sen  ana  fora  de  la  Ciutat,  y  aixi  s'es  déterminât  que 
la  boisa  de  pregami  en  laquai  dit  Valenti  esta  descrit  y  conti- 
nuât sia  rompuda  y  fet  inhabil  dels  carrechs  honrosos  de  la 
Ciutat,  per  lo  que  sen  ana  sens  orde  aigu,  dexant  d»  Ciutat 
déserta  y  desemparada  de  son  favor  y  auxili  y  del  socorro  que  ell, 
juntament  ab  los  demes  sos  companyons,  podia  fer  y  ajudar.  » 
C'était  là  une  punition  publique  de  nature  à  impressionner  les 
futurs  dépositaires  de  l'autorité  pour  le  cas  de  retour  du  fléan, 
dont  la  menace  était  alors  constante. 

Ces  mesures  préliminaires  accomplies,  on  tirait  au  sort,  dans 
chaque  bourse,  les  nouveaux  magistrats  municipaux  et  conseillers 
de  l'année  à  courir  jusqu'à  la  prochaine  fête  de  l'Ascension. 


C'est  à  l'une  de  ces  opérations  qu'allait  procéder  le  Conseil  le 
i5  mai  1597,  ^^^^  ^^  l'Ascension  et  date  de  notre  document  : 
Jnseguint  la  aniiquissima  consuelut,  ajoutent  d'autres  procès-verbaux. 

Elle  avait  lieu  avec  l'intervention  et  en  présence  (ce  qui  veut 
dire:  sous  la  présidence  et  le  contrôle)  de  la  Senyoria,  c'est-à-dire 
des  deux  Cosseigneurs  ou  Seigneurs  par  indivis  de  la  Cité  :  d'une 
part,  l'Evêque  (représenté  le  plus  souvent  par  son  grand-vicaire) 
et,    d'autre  part  le    Chapitre,   représenté  par  le   chanoine  régent. 

La  Caixa  de  la  Matricula,  dita  de  très  claus,  était  apportée  et 
ouverte  solennellement  :  on  y  prenait  d'abord  la  bourse  des 
premiers  Consuls,  et  de  celle-ci,  on  extrayait  un  rodoli  (c'était 
parfois  un  petit  minyo  qui  opérait  le  tirage),  et  l'on  annonçait  le 
nom  qui  s'y  trouvait  inscrit  :  si  aucun  empêchement  n'était  relevé, 
le  mot  :  Potest  consacrait  la  désignation  du  sort. 

Dans  le  cas  contraire,  c'était  :  ncn  potest  :  l'un  était  mort,  et 
non  potest  ;  l'autre  n'avait  pas  encore  purgé  les  trois  ans  avant 
lesquels  on  n'était  pas  rééligible,  et  non  potest;  un  autre  était 
débiteur  de  la  Cité,  et  non  potest;  un  autre,  familier  de  l'Inquisi- 
tion, et  non  potest  ;  un  autre,  alcalde  du  Château,  et  non  polesl... 
etc.  Et,  chaque  fois,  l'on  extrayait  un  nouveau  rodoli  de  la 
bourse,  jusqu'à  ce  que  toutes  les  charges  fussent  pourvues  de  leurs 
titulaires. 


—    I04  — 

11  y  avait  parfois  des  incidents,  notamment  lorsque  les  élus  du 
sort  refusaient  d'accepter  la  fonction  qui  leur  incombait  :  cas 
prévu  et  puni  par  l'ordonnance  de  la  Seigneurie,  en  date  du 
9  mai  1499,  transcrite  au  L/ure  x;er^(i)  de  l'Université,  au  folio  41  : 
«  Manam,  provehim  y  ordenam  que  quai  se  vulla  de  dits  em 
borsats  qui  hixiran  en  consol  ho  altro  qualsevol  offici  haie  de 
acceptar  lo  offici  en  loqual  hixira,  he  aquell  régir  v  governar 
per  tôt  un  any  :  he  si  non  fa,  ara  per  lavors  y  lavors  per 
ara,  aquell  tal  renitent  declaram  per  inhabil  de  tota  sa  vida  de 
tôt  offici  he  govern  de  d^  Ciutat,  y  que  sie  tret  de  dites  boises  ». 

En  1601  l'on  trouve  l'application  suivante  de  cette  disposition  : 
«  Y  ates  que  lo  die  présent  Mestre  Antoni  Franquesa,  fuster, 
es  stat  extret  en  consol  de  l'orde  primer,  he  no  ha  volgut 
acceptar  lo  offici  consolar,  perso,  inseguint  la  dita  ordinatio, 
provahim  que  sia  déclarât  per  inabil,  com  de  fet  lo  declaram,  v 
que  sie  extret  de  les  boises  del  bon  govern  de  la  Ciutat,  ara  per 
lavors  y  lavors  per  ara.  —  De  quibus...  etc.  Testes  J.  Forment, 
stadans  Elne  et  M.  Sala,  majordomus  hospilalis  pauperum  dicte 
Civitatis  et  ego  Matheus  Cazadamont,  notarius.    » 

,  Et  le  même  jour,  comme  il  y  a  pénurie  de  noms  dans  la  bourse, 
il  est  pris  une  décision  spéciale  :  Pierre  Delsol,  extrait  en  rem- 
placement de  Franquesa,  est  habilité  bien  que  n'ayant  pas  encore 
purgé  trois  ans  depuis  son  précédent  consulat. 

Une  fois  tout  réglé,  les  nouveaux  titulaires  prêtaient  le  serment 
d' homenaige  (en  latin)  entre  les  mains  de  la  Seigneurie. 

LEvêque  et  le  Régent  signaient  parfois  au  registre  (2)  :  cette 
exception,  à  une  époque  où  les  registres  ne  comportaient  pas  la 
signature,  inutile  pour  1  authenticité  de  leur  contenu,  était  une 
marque  d'honneur  pour  la  cité. 

Enfin  venait  la  remise  du  service.  Les  consuls  sortants  livraient 
aux  nouveaux  :  La  massa  de  plata,  las  robas  y  insignias  consulars, 
las  claus  dels  portais  de  la  Ciutat,  las  claus  de  las  caixetas  6  tum- 

(i)  C'est  ce  /l'wrc  vert  (et  non  le  Cartulaire)  qui  est  signalé  comme 
existant  encore  à  la  Mairie  en  1  8 1 9  '  V  Registre  de  cette  date  ,  et  qui  a 
disparu  depuis  lors. 

(  2)  Notamment  en  1684,  la  signature  de  Mgr  de  Montmort  [Louis  évesque 
d"Elne)  et  de  Besombes,  régent. 


—   io5  — 

bas  de  las  Santas  (i),  las  claus  de  l'arxiu,  papers,  llibres  y  privi- 
legis  de  la  Ciutat  ;  et  enfin  l'armement  appartenant  à  la  Cité,  dont 
nous  aurons  à  reparler  :  Quatre  ou  cinq  canons,  un  certain  nom- 
bre d'arquebuses,  des  piques,  et  un  ou  plusieurs  barils  de  poudre. 
En  même  temps  le  Clavaire  recevait  de  son  prédécesseur  :  La 
cabria  de  ferro  (2)  la  meytat  y  mitja  meytat  de  mesurar  vi,  y  mitja 
meytadella,  mesuret  y  mig  mesuret  de  mesurar  olis,  tôt  de  aram. 
Nous  trouvons  encore,  en  iScfj,  ce  détail  :  Y  axibe  sta  déter- 
minât per  la  Senyoria  de  d=»  Ciutat  y  hon.  Conseil  d'aquella,  que 
se  fassa  (pour  les  consuls)  un  caparo  de  raxia  (3),  com  era  d'esta- 
menia,  a  fi  que  la  Senyoria  de  la  Ciutat  sia  mes  illustrada  :  y 
perso  sels  ajusta  del  salari  que  sels  donava,  que  era  quaranta 
lliures,  s'es  déterminât  que  d'esta  hora  al  devant  sels  do  a  quiscu 
dels  consols  quaranta  y  una  lliura,  compresa  la  raxia  y  grana  (4) 
acostuma  dita  Ciutat  donar  quiscun  any  als  dits  hon.   Consols. 


Voilà  donc  la  municipalité  et  le  conseil  constitués  et  installés 
Nous  allons  les  voir  de  suite  en  fonctions. 

(^  suivre)  R.  de  Lacvivier. 


(})   Sainte  Eulalie  et  sainte  Julie,  patronnes  de  la  cité. 

(2)  Un  inventaire  de  i5o5  dit  :    Unes  balanses  ab  lo  peu  de  cuhrz  {J^evue 
d'Histoire  et  d'Archéologie  du  f^oussiïlon ,  juin  1901  ). 

(3)  Sorte  de  drap  ou  étoffe  de  laine. 

(4)  Garance. 

«^^â^ 

Proverbes  Catalans 


Lo  vell  qu'es  festejador 
de  l'hivern  es  una  flor. 

Castidat  y  hermosura 

sempre  tendrân  guerra  segura. 


'^a/lû^û  ^  fJ  fJ  r)  rJ  û  tJ  fj  ar)  rJ  rJ  rJ  û  n  ûTJJlJl^  '^  ^  '^  '^^  '^  '^  '^  ^  '^  '^  ^  ^  '^  ^  ^  ^  '^^^ 


Fcsta-Major 


— «•"-i' 


Pel  cjutadà  replé  que  fa  negoci, 
die  fejnê  i  diumenge  al  seu  taulel), 
pe)  rende  embarbostit  de  mandra  i  d'ocj, 
santificâ  una  festa  es  cosa  de)  temps  vell. 

Aparedat  en  casa  sens  finestra, 
l'un  sent  no  mes  la  gana  de)  diner; 
i  l'altre,  assegurat  de  la  minestra, 
passa  leshores  d'una  a  una,  gansoner. 

Aixô  no  es  vida.  Els  pulmons  volen  aire, 
i  a  l'home  cal  treball.  Millô  el  pages, 
el  boer,  l'hortolà,  l'escocellaire 
saben  fruir  llur  existencia  que  1  burgès. 

La  gleva  es  dura  i  baixa,  prou  ;  no  s  planta 
el  bigoç  ni  la  pea  sens  braç  robust. 
Mes  el  camp  es  espai,  llum  ;  tôt  hi  canta, 
riu,  embauma,  aleteja  ;  i  tôt  hi  dôna  gust. 

l  Que  s  sab  mes  bell  qu'una  catifa  verda 
de  blat  tôt  picallat  de  gallerets  ? 
I  Quina  olor  pura  i  forta,  un  dall  d'auserda  ! 
I  1  quin  coratge  s  té  per  comportar  les  freds, 

al  pensar  que  1  grà  aquî  grilla  i  fornyiga, 
sent  a  punt  de  traucar  pèsol,  fasol, 
que  ja  s  veu  de  carxofa  alguna  espiga, 
un  cap  d'espàrrec  blanc,  un  pinyonet  de  col  ! 


—    1 07   — 

Pot  ardre  la  calor,  quan  dins  la  vinya 
el  raîm  mig-madur  ha  près  son  tel. 
î  Amb  quin  goig  sots  la  fulla  s'escodrinya, 
boi  percaçant  l'agram  tenaç  d'arrel  a  arrel  ! 

Ve  1  dîe  del  Senyô.  El  paisà  descansa 
una  estoneta  ;  i  prest  torna  al  jornal, 
com  si  del  temps  perdut  tingués  recansa. 
Perô  amb  tôt  son  daler  guinyia  la  festa  anyal. 

Oi  !  Sa  festa  major  !  Festa  sagrada, 
qu'ha  perpétuât  l'antiga  tradiciô  ! 
Aixô  S)  qu'es  repos  que  a  tots  agrada, 
i  tothom  s'hi  prépara  amb  ardent  aficiô. 

Très  dîes  al  rastell  l'aixada  penja. 
Per  très  dîes  el  camp  es  descuidat. 
Très  dîes  que  Deu  fa  se  beu,  se  menja, 
,  se  fa  vida  de  rie,  se  passeja  mudat. 

Prq)aratius 

—  «  Ara  veurem  si  te  lluïras,  dôna. 
•Cal  que  s  torni  un  espill  el  parador. 
Sobretot,  que  la  cuina  sigui  bona  ! 
Mata,  pare!la-ho  tôt.  Sem  en  temps  d'abundor. 

«  Vaig  dir  anit  passada  un  mot  al  pastre 
per  un  anyell  de  llet;  soc  enaigat 
de  blanqueta.  Es  carot  dius  ?  Ap  !  que  diastre  ! 
Puix  cal  gastar,  gastem.  Blat  madur,  blat  segat. 

«  Prou  estalvis.  Paras  pollastre,  llebre, 
a  plena  coquelada,  a  corrontom  ; 
amb  olives  verdals.  1    pensa  al  pebre, 
que,  sens  pebre  o  pebrina,  un  cuinat  no  té  nom. 


—    jo8  — 

«  Vaia,  esta  bé...  Que  mes  ?...  Digam,  les  boles 
de  picolât?  Posa-n,  i  posa-n  prou... 
l  Quina  festa  hem  de  fer  î  Quines  tibolcs  !.,. 
1  la  plaça,  l'has  vista  ?  Es  plena  com  un  ou. 

«  Un  bé-de-Deu  de  boniques  botigues  ; 
tôt  repintat  de  fresc,  tôt  endaurat. 
Hi  ha  un  gegant,  un  mal  despenja-figues. 
Fins  se  diu  que  s  pot  veure  1  die  en  un  forât. 


«  I  quants  marxants  de  cosetes  de  sucre, 
confits,  croquants,  fogaces,  marlingôs  î... 
Que  enginys  pcr  guanyâ  1  pa  diari  !...   El  lucre 
bé  fa  rodar  la  gent,  mai  li  deîxa  repos... 

«  Que  men  dius  ?  Par  tindrem  un  temps  de  festa. 
Tôt  el  cel  s'ha  aclarit,  que  ni  un  mirall. 
Es  llis  el  Canigô  de  peu  a  cresta... 
Anem  !  Fes-nos  sopar,  que  vull  anar  al  rail.  » 


El  passa-vila 


Tôt  s'apunta  pel  passa-vila. 
Els  joglars  s'han  posât  en  fila. 
La  mainadeta  aprop  s'anguila. 
Tothom  belluga,  s'espavila... 

s'alça  un  bastô, 
eau.  Peus  i  musica  parteixen. 
Els  crits  joiosos  ensordeixen. 
Joglars,  porta-atxes  s'enllesteixen, 
ramat  d'ovelles  que  segueixen 

l'ull  del  pastô. 


—   109  — 
;  Corn  fan  tritllar  la  Marsellesa  1 
Eixa  cobla  es  una  raresa  ; 
unânim,  el  poble  sen  presa. 
D'alegrîa  una  flama  encesa 

lluu  en  cada  front. 
Sembla  que  Is  ix  una  fortuna. 
Cada  carrer  s'omple  tôt  d'una. 
Hasta,  alla  dalt,  somriu  la  lluna... 
Arriben  prompte  a  la  Comuna, 

vora  la  font. 

Tôt  el  seguici  en  sec  se  para. 
Fan  rotllo  ;  els  musics  cara  a  cara. 
Cadahû  el  paperet  prépara. 
De  sopte  s  torna  alçar  la  vara  ; 

munta  un  acort. 
A  escoltar  bé  la  gent  s'aplica, 
com  quan  el  rector  nou  predica. 
Ai  I  quina  mes  bella  musical 
«  Es  ôpera,  aîxô  —  l'un  esplica  — 

calcom  de  fort  !    » 

Una  pauseta  i  s  recomença. 

Creix  la  corrua,  creix,  immensa. 

Mut,  catxo,  ull-pres,  tothom  se  pensa  : 

((  Qu'es  belP.  »  Bravos  valents  se  llença... 

1  ara  que  fan  ? 
Que  pleguen  ram  ?   —    No.  Es  falsa  eixida, 
Solen  fè  Is  joglars  bona  mida  ; 
mes  volen  seure  ;  i  la  pepida 
vé  del  bufar,  dit  sens  mentida. 

Doncs  dret  sen  van... 


1  lO 


Concert 


Al  café...  Mal  fum  !  mal  desorde  ! 
Taules  a  munts.  Brugit  qu'aixorda. 
La  cobla  s  seu.  De  nou  s'acorda 
clarjnet  i  violî  ;  una  corda 

peta,  fent  clac. 
Ben  estiflat  en  sa  cadira, 
cada  joglâ  cl  veire  se  mira, 
carinyôs,  i  al  canyô  sel  tira  ; 
treu  fulls  d'un  sac,  gira,  régira, 

i  Is  torna  a)  sac. 

Ditxosa  ha  de  ser  la  vetllada. 
La  mar  de  gent  que  s'ha  arrotllada 
es  un  flux,  una  forrollada, 
tant  aviat  bruzint  com  callada 

quan  es  précis. 
L'anima  mes  simple  i  grollera 
per  tôt  cantar  té  sa  fatlera, 
sent  l'armonîa  a  sa  manera, 
sens  discutî  s  dôna  sencera 

i  reb  l'encîs. 

Els  joglars  ni  pensen  a  jaure. 
Corpores  que  son  no  pqt  raure, 
mes  que  pel  sou  joguen  per  plaure. 
Tantost  l'aigatge  s  posi  a  caure, 

la  cobla  ira 
a  tocar  alguna  albadeta 
a  la  fadrina  adormideta, 
que  espanyirâ,  mig-cofadeta, 
la  ventalla,  i  d'una  ulladeta 

els  pagarâ. 


1  1  1 


A  taula 


Quan  l'aurora  abranda 

l'Orïent  tôt  roig, 

la  casa  s'allanda 

al   batall  de  goig. 

Vers  missa  primera, 

a  passes  cuitats, 

sen  va  la  cuinera, 

tots  mjnuts  comptats  ; 

que,  durant  l'Ofici, 

sera  a  son  treball, 

pobreta,  amb  desfici 

picant  ceba  i  ail, 

fent  amb  ast  énorme 

rostit  per  gegant, 

enfadada  morma 

al  nin  engegant, 

que  tôt  ho  voldrîa, 

mai  esta  bé  enlloc, 

i  si  cas  caurîa 

al  bell  mig  del  foc. 

Desprès  sent  a  taula, 

tôt  s'aclarirâ. 

Fent  la  gata-maula, 

al  marit  dira  : 

—  «  Veyam  si  t'agrada 

la  salça.  »   —  «  Renom  ! 

es  d'allô  enllardada  !  » 

li  respondrà  l'hom. 

El  nin,  plé  de  gana, 

civet  i  estufat 

dos,  très  cops  demana, 


sens  ser  embafat. 

—  «  Jo  t  reflic,    pallago  ! 

Ja  reventaras  ! 

Té  aquî  :  veu  un  trago, 

i  aixeca  bé  1  braç  !... 

Malaguanyat,  dôna, 

no  ho  hagis  oït  ! 

De  dalt  de  la  trôna 

un  rectô  instruit 

i  jove  tant  brava 

• 

prédica  ens  ha  fet 

que  tothom  n'estava 

a  curt  de  bufet. 

I  Is  cantaires,  xica  ! 

Ja  sen  pot  tria  ! 

Sens  saber  musica, 

Kyrie,  Gloria 

mes  trempats    t'emprenen 

i  de  cap  a  cap 

com  capdell  t'ho  trenen, 

que  ni  un  fil  n'escap'... 

Ara,  si  m  vols  creure, 

per  bastâ  al  nivell, 

ens  caidrîa  veure 

un  poc  de  vi  vell. 

S'acaba  la  bota, 

prô  n    faig  d'altre.  Un  dit 

d'aixô  te  desbota 

i  guarda  d'enfit.  » 


I  1  2 


A  passeig 

Les  vespres  rcpiquen. 
Els  joves  companys 
avui   no  s'hj  fiquen  ; 
son  a  altres  afanys. 
Si  les  dônes  velles 
hi  solen  dormî, 
mjnyons  i  minyones 
fan  altre  cami  : 
n'esperen  les  balles 
sus  la  ruta,  lluny. 
Que  cants  !  que  rialles  ! 
1  quin  cop  de  puny, 
de  puny  de-per-riure, 
quan   de  forta  ma 
la  nina  s  deslliura  ! 
Mes  té  1  cor  huma  : 
el  foc  a  la  galta, 
ja  li  torna  aprop  ; 
ell  sen  riu,  i  salta 
son  pjt,  cop  per  cop. 
Les  xjques  mes  joves, 
cabells  solts  suis  fronts, 
proven  dances  noves, 
mostren  els  garrons. 
Mentres  volten,  folles, 
perduts  els  sentits. 


les  segueixen  colles 

de  bogiots  petits, 

que  d'amagat  guinyen 

una  flô  en  llur  pit 

i,  prest,  la  grapinyen 

d'un  gest  atrevit. 

Son   guisquets,    baralles  : 

—  «  Ali,  vès,  frontat!  »... 

s'ou  un  crit  :  «  Les  balles  !  » 

El  jovent,  soptat, 

renys,    festeigs    descuida. 

En  un  clucar  d'ull 

la  ruta  se  vuida. 

Voleu  un  garbull, 

un  fugir,  un  côrre, 

un  esbufegar  ? 

Un  xiquet  s'amorra  ; 

vingui  gemegar. 

L'alcen  prompte  ;  el  renyen 

Pels  carrers  estrets 

se  llencen,  s'empenyen 

contra  les  parets, 

se  prempsen,  se  tiben, 

se  dan  espantaç. 

A  la  plaça  arriben, 

com  desfet  botaç. 


La  plaça 

La  plaça  es  curulla. 
Pot  recremà  1  sol  ; 
si  s  tira  una  agulla, 
no  aplega  pel  soi. 


Quin  floret  de  cofes, 
gorres  i  berrets  ! 
Tiren  les  estofes 
els  cossos  estrets. 


—  ii3    — 

La  mare  sorruda  roges  les  orelles, 

seu  al  primer  rang  ;  fronts  mig-acatats. 

dintre  sa  ma  ruda  Eli  diu  que  li  triga 

té  un  mocador  blanc  ;  d'apretar-se  un  xic  ; 

vetlla  ses  minyones  amb  la  ma  que  1  lliga, 

ullant  els  fadrins,  li  fa,  ella,  un  pessic. 

que  a  les  polies  bones  De  dalt  del  prestatge 

no  cal  galls  ruïns.  els  trenquen  l'enllaç  : 

Al  centro,  parelles  toquen,  malviatge  ! 

fan  passos  comptats,  el  vell  contrapas. 

[Seguird)  Pau  Berga. 

Les  jours  de  la  vieille 


Depuis  longtemps  déjà,  j'ai  détaché  de  journaux,  que  je  ne 
puis  plus  préciser,  les  deux  notes  suivantes  : 

«  Les  Saintes-Maries-de-la-Mer.  —  Tout  le  monde  connaît  la 
légende  méridionale  de  la  vieille  qui  perdit  toutes  ses  vaches 
pour  s'être  moquée  de  la  clémence  de  Mars  ;  depuis  cette  aven- 
ture, les  quatre  derniers  jours  de  mars  et  les  trois  premiers  d'avril 
amènent  régulièrement  des  temps  plus  ou  moins  épouvantables.  » 

«  De  Mireio.  —  Une  vieille  gardait  ses  brebis  ;  c'était  la  fin  de 
février,  qui  cette  année-là  n'avait  pas  été  rigoureux  ;  la  vieille  se 
croyant  échappée  au  danger,  se  permit  de  narguer  Février. 
Février,  courroucé  de  la  moquerie  de  la  vieille,  va  trouver  Mars  : 
«  Mars,  prête-moi  trois  jours,  et  trois  que  j'en  ai,  je  ferai  peaux 
et  pelées  de  la  vieille.  » 

11  y  a  de  suite  à  remarquer  deux  choses  :  Que  ces  notes  se 
rapportent  toutes  les  deux  à  la  Provence  ;  mais  que  l'une  parle 
de  février-mars,  et  l'autre  de  mars-avril. 

11  serait  intéressant  de  connaître  exactement  et  de  fixer  ici,  la 
version  catalane  relative  à  cette  tradition  ;  c'est  ce  que  la  J^evue 
Catalane  demande  à  ses  lecteurs.  Elle  les  prie  de  rechercher  les 
diverses  versions  (car  il  y  en  a  plusieurs),  et  de  lui  faire  connaître 
le  résultat  de  leur  chasse.  R.  L. 


HISTOIRE  LOCALE 

Joseph  de  MARGÂRIT  de  BIURE 

Marquis  d'Jlguilar  (  1 602- 1 685) 

Joseph  de  Margarit  de  Biure  naquit  à  Castello-d'Empurias,  le 
10  février  i  J02.  Son  père,  Philippe,  était  seigneur  de  ce  lieu  et 
sa  mère,  Béatrix  de  Biure,  appartenait  à  la  famille  des  barons  de 
Vallespinosa,  fief  situé  dans  les  environs  de  Tarragone.  A  la 
suite  d'un  long  procès  qui  avait  surgi  entre  les  deux  familles 
alliées,  Joseph  de  Margarit  passa  sa  jeunesse  dans  les  propriétés 
du  domaine  maternel. 

11  était  âgé  de  trente-huit  ans,  lorsqu'éclata  le  soulèvement  de 
la  Catalogne  qui  se  disposait  a  secouer  le  joug  de  Philippe  IV, 
roi  d'Espagne.  Joseph  de  Margarit,  à  la  tète  dun  petit  nombre 
de  soldats,  dut,  d'après  les  ordres  de  la  Députation  et  des  Etats, 
harceler  la  grande  armée  que  le  cabinet  de  Madrid  envoya  contre 
Barcelone,  retarder  sa  marche,  donner  ainsi  le  temps  de  lever  des 
troupes  et  de  pourvoir  à  la  sûreté  de  la  ville.  Il  réussit  complè- 
tement dans  cette  mission  difficile. 

Ce  fut  lui  qui,  après  le  siège  de  Tarragone,  fut  envové  vers 
Louis  XII],  pour  le  supplier  d'établir  un  vice-roi  en  Catalogne 
et  pour  démontrer  h.  nécessité  d'assiéger  Perpignan. 

Joseph  de  Margarit  eut  de  fréquentes  entrevues  avec  le  cardi- 
nal Mazarin,  dans  le  palais  de  Ruel.  Dans  une  circonstance,  le 
ministre  de  Louis  XI 11  émit  des  craintes  sur  l'alliance  de  la  Cata- 
logne avec  la  France.  11  alla  jusqu'à  prédire  un  rapprochement 
de  la  province  annexée  et  de  l'Espagne.  Au  seul  énoncé  de  cette 
hypothèse,  Joseph  de  Margarit  bondit  de  son  siège  et,  s'expri- 
mant  en  catalan,  dit  à  Mazarin  :  «  Senyor,  Vostre  Eminencia 
saber  desitja,  com  es  just,  si  "Is  catalans  faltaran  a  llur  promesa  : 
sobre  lo  que  obligat  me  veig  a  dirli  que  'Is  catalans  saber  desit- 
jan   tambe    si    la    Fransa    mancara   a   lo  capitulât  ;  assegurantli  de 


—   m5  — 

part  de  tota  la  provincia  que  si  la  Fransa  no  falla,  tampoch  Cata- 
lunya  faltara...  »  Margarit  s'engagea  à  donner,  comme  témoignage 
de  fidélité  au  gouvernement  français,  les  membres  de  sa  famille 
en  otage.  «  Fort  bien,  répliqua  Mazarin  en  prenant  les  mains  de 
Margarit.  Puisque  les  catalans  tiendront  leur  engagement  comme 
vous  vouiez  me  l'assurer,  pour  ma  part,  je  vais  maîtriser  l'Espa- 
gne comme  le  cavalier  qui  impose  le  mors  à  un  coursier...  Je  lui 
imposerai  ma  loi,  et  puisqu'il  y  a  de  réels  avantages  pour  Sa 
Majesté  d'occuper  la  Catalogne,  cette  province  nous  ouvrira 
les  portes  pour  circonvenir  le  roi  dEspagne  dans  son  palais  de 
Madrid.   » 

Dés  'lors,  Joseph  de  Margarit  obtint  tout  ce  qu'il  sollicita  de 
Louis  XIll.  Le  prince  vint  en  personne  attaquer  la  capitale  du 
Roussillon  et  nomma  Margarit,  gouverneur.  Ce  fut  ce  dernier 
qui  empêcha  le  marquis  de  Pobar  de  porter  secours  à  la  ville  de 
Perpignan.  Promu  maréchal  de  camp,  en  1642,  il  reprit  posses- 
sion de  la  vallée  d'Aran  au  coeur  de  Ihiver  de  1643,  commanda  à 
Barcelone  et  maintint  cette  place  au  pouvoir  des  Français,  malgré 
les  défaites  de  d'Harcourt  et  de  Condé.  Ce  fut  lui  qui  se  char- 
gea, en  i65o,  d'arrêter  Marchin,  devenu  suspect  au  cardinal 
Mazarin,  et  de  le  conduire  à  Perpignan.  Sa  fermeté  ainsi  que  les 
nombreux  sacrifices  personnels  qu'il  ne  cessait  de  faire  à  la  cause 
française  lui  valurent,  en   i65],   le  grade  de  lieutenant-général. 

Cependant,  dès  cette  époque,  tout  espoir  était  perdu  pour  les 
Français  d'occuper  plus  longtemps  la  Catalogne.  Privé  de  secours 
et  réduit  à  une  garnison  déjà  afTaiblie  par  de  perpétuels  combats, 
Margarit  n'hésita  pas  à  défendre  Barcelone  jusqu'à  la  dernière 
extrémité.  En  ce  temps,  une  maladie  contagieuse  jonchait  de  morts 
les  rues  et  les  places  de  la  cité.  Cinquante  mille  catalans  avaient 
succombé.  La  ville  n'avait  plus  de  troupes.  Margarit  qui  avait  vu 
périr  autour  de  lui  quarante  de  ses  domestiques,  frappés  par  le 
fléau,  voulut,  du  moins,  retarder  la  soumission  de  Barcelone.  11 
retira  des  hôpitaux  quatre  mille  hommes  échappés  à  la  peste,  qui 
avait  décimé  autour  de  lui  les  populations  effrayées  ;  il  renforça 
tous  les  postes,  et  se  prépara,  avec  le  comte  d'ille,  à  une  résis- 
tance opiniâtre.  La  flotte  ennemie  parut  à  la  vue  du  port  et  en 
ferma  l'entrée.  Du  côté  de  la  terre,  une  armée  nombreuse  pres- 
sait la  place:  on  vit  que  celle-ci  ne  pouvait  être  secourue.  Cepen- 


—   ii6  — 

dant  Margarit  repoussa  les  sommations  du  général  ennemi,  comme 
il  repoussa  ses  attaques  vives  et  prolongées.  Quinze  mois  s'écou- 
lèrent et  durant  ce  long  intervalle  le  héros  catalan  se  multipliait 
partout  :  hors  des  murs,  pour  commander  les  sorties  ;  sur  les  rem- 
parts, pour  les  défendre;  dans  les  hôpitaux,  pour  y  secourir  les 
blessés.  Enfin,  toute  résistance  devint  impossible.  Le  peuple  mur- 
mura, une  sédition  allait  livrer  les  portes  à  l'ennemi  qui,  déjà, 
déjà,  proclamait  le  pardon  de  tous,  à  l'exception  de  celui  de 
Margarit.  Satisfait  d  avoir  rempli  toutes  ses  obligations  envers  le 
roi  et  d'avoir  vu  quarante  mille  Espagnols  perdre  la  vie  au  pied 
des  murs  dont  la  défense  avait  été  confiée  à  son  courage  et  à  sa 
loyauté,  Margarit  se  jeta  dans  une  frêle  embarcation,  traversa  la 
ffotte  ennemie  et  arriva  sain  et  sauf  à  Perpignan. 

Là,  il  reçut  de  Louis  XIV  la  récompense  de  sa  bravoure  et  de 
sa  fidélité.  La  terre  d'Aguilar  fut  érigée  en  marquisat  pour  lui. 
11  avait  perdu  en  Espagne  son  immense  fortune  ;  ses  châteaux 
avaient  été  incendiés  ;  sa  tête  avait  été  mise  à  prix.  Le  traité  de 
1659  lui  rendit  une  partie  de  sa  fortune,  et  lorsque  Philippe  V 
monta  sur  le  trône  des  Espagnes,  la  famille  de  Margarit  recou- 
vra toutes  les  possessions  que  lui  avaient  léguées  ses  pères. 

Margarit  obtint,  en  outre,  le  18  juin  j653,  les  biens  de  Tho- 
mas de  Banyuls,  d'Antoine  de  Génères  et  du  vicomte  d'Evol.  Le 
8  novembre  de  cette  même  année,  il  reçut  concession  de  rentes 
sur  les  domaines  de  Gabriel  et  Emmanuel  de  Llupia,  père  et  fils. 
Par  une  lettre  datée  de  Paris,  le  26  janvier  1658,  le  roi  de 
France  le  nomma  vice-roi  et  lieutenant-général  de  Catalogne,  en 
remplacement  du  duc  de  Candale.  Joseph  de  Margarit  occupa 
cette  haute  situation  jusqu'à  la  paix  qui  fut  conclue  au  Traité  des 
Pyrénées.  Dans  le  cours  du  mois  de  juillet  1667,  des  lettres 
patentes  de  Louis  XIV  lui  concédèrent  la  jouissance  des  villes  de 
Thuir  et  de  Toluges  pour  lui  et  ses  enfants  mâles  ;  mais  le 
11  avril  1669,  de  nouvelles  instructions  royales  ordonnèrent  que 
ces  deux  villes  feraient  retour  au  Domaine.  Le  marquis  d'Aguilar 
reçut,  en  dédommagement,  la  baronnie  de  Brens,  en  Languedoc, 
avec  la  métairie  de  la  Grange.  Il  mourut  en   i685. 

Du  mariage  qu'il  avait  contracté  avec  sa  cousine  Marie  de  Biure, 
Joseph  de  Margarit  avait  eu  sept  enfants  :  Hyacinthe,  qui  mou- 
rut à  onze   ans  ;    Gaspard,   né  en   i63i,  qui  combattait  aux  côtés 


—   117  — 

de  son  père,  dès  l'âge  de  dix-huit  ans  et  qui  mourut  à  Perpignan 
en  ]656,  étant  colonel  de  cavalerie;  Jean,  l'héritier  du  nom,  des 
titres  et  des  biens  de  la  famille  ;  Joseph,  qui  Fut  abbé  de  Saint- 
Martin  du  Canigou  depuis  1692  jusqu'en  1698  et  qui,  ayant  rési- 
gné cette  prélature  pour  une  autre  dignité  ecclésiastique  de  Nar- 
bonne,  mourut  en  1701  ;  Jacques,  qui  épousa  une  demoiselle 
Castello,  décédée  sans  postérité  ;  Raphaëlle,  qui  se  maria  à  Gal- 
cerand  de  Cruilles,  comte  de  Montagut,  et  Béatrix,  qui  unit  ses 
destinées  à  celles  de  Jean-François  de  Gléon,  vicomte  de  Durban. 
Vincent  de  Margarit,  frère  du  marquis  d  Aguilar,  qui  fut 
nommé  évèque  d'Elne  en  1669,  mourut  à  Perpignan,  le  21  décem- 
bre 1672. 

Archives  des    Pyr.-Or.,    394,    399,   401.    —    Pella  y  Forgas,  ïln  calala 
il-luslre,  "Biografia  de  D.  Joseph  Margarit  y  de  Siure,  Gérone,  in-4°,   1876. 

.^2^.^ 


Extrait  de  mil  y  un  pensaments 


~>iX 


En  dias  de  pluja,  la  dona  que  no  s'alsa  '1  vestit  es  perque  té 
las  pantorrillas  ma!   fêtas. 

Lo  parayguas  es  un  aparato  que  'ns  permet  pensarnos  que 
no  'ns  mullém  lo  cap,  y  'ns  dona  la  seguretat  de  que  'ns  enfan- 
guém  los  peus. 

Fuig  dels  plets  com  de  la  peste.  Si  algii  't  fa  victima  de  las 
séuas  malas  arts,  considéra  que,  per  mes  que  t  peli,  may  ne  sor- 
tiras tant  pelât  com  si  t'entreguessis  à  advocats  y  procuradors. 

L'enamorament  es  un  desafio  â  primera  sanch  ;  lo  casament 
un  desafio  â  mort. 

Quan  te  demanan  un  favor,  si  vols  guanyarte  un  enemich, 
négal  ;  si  vols  guanyarte  un  ingrat,   fèslo. 


Las  très  ÂritméHques 

(Conte  maîlorqui 

—  Bon  dia,  Andreuet  !  Corn  te  va,  Felip  1  Voltros  dos  ja 
no  'm  veniu  à  veure  may.   Digaume  :  qu'heu  mudat  d'escola? 

—  Jo  li  dire,  don  Toni.  Mon  pare  troba  que  es  hora  de  que 
aprenga  ofici,  y  m'ha  posât  d'aprenent  à  una  imprenta. 

—  Molt  bé,  molt  bé  ;  y  tu,  Félip  ? 

—  Jo,  per  semblant  motiu,   estich  de  mosso  a   una   rellotjeria. 

—  Vamos,  n'estich  content.  Procurau  esser  aplicats,  y  no 
olvideu  per  aixo,  de  repassar  de-siara  la  poca  lletra  que  vos  hc 
ensenyada  ;  per  que  heu  de  sebrer  que  l'homo,  en  cualsevol 
carrera  que  prenga,  nécessita  tant  com  el  pa,  el  lletgir  bé  y 
l'escriure  corrent. 

—  En  tant  no  mos  loblidam,  don  Toni,  en  cuant  are  tots  dos 
volem  venir  les  vetlades  perqué  mos  ensenya  la  aritmétîca  ;  els 
mestres  diuhen  que  nos  es  tant  necesari. 

—  Tenen  moltissima  de  rahô.  Seys  idô  un  ratet,  y  vos  faré 
cuatre  preguntes  per  sebrer  à  quina  altura  vos  trobau  de  la  pri- 
mera régla,  que  es  diu  sumar. 

—  Comensa  tu,  Andreuet:  un  y  un,  cuant  fan? 

—  Cuatre. 

—  Qu'es  axo  ?  No  estigas  distret,  qu'are  has  dit  un  solennc 
desbarat. 

—  Jo  crech  que  no,  senyor  mestre. 

-    Com   no  !    si  tu   trobes   que  un  y    un   fan  cuatre,  que   faran 
dos  y  dos? 

—  Dos  y  dos,  faran  sis. 

—  L'erras  de  cap  à  peus.  Aixo  es  un  altre  desbarat  mes  gros 
qu'unes  cases.  Lo  que  fa  sis,  son  très  y  très. 

—  Perdon,  senyor  mestre  ;  très  y  très  fan  vuyt. 

—  Jésus,  Jésus  !  Andreuet  !  Escoltam  bé  :  jo  no  t'he  demanat 
cuant  feyan  cuatre  y  cuatre,  sino  très  y  très. 

—  Ja  ho  he  entés,  senyor  mestre.  Si  m'hagués  preguntat  cuant 
feyan  cuatrz  y  cuatre,  li  hauria  contestât  que  dotse. 


—    "9  — 

—  Per  amor  de  Deu  !  Y  com  esta  tan  desgavellat  lo  teu  cap 
Tu  has  estât  sempre  un  poch  massa  viu,  y  en  tôt  hi  veus  mes  que 
no  hi  hà.  Segons  els  teus  contes  pessims,  si  cuatre  v  cuatre  fessen 
dotse,  vuyt  y  vuyt  farian  vint  y  cuatre,  y  ja  veus   qu'axo   no  pot 
esser. 

—  Te  raho,  senyor  mestre,  perqué  vuyt  y  vuyt  no  fan  mes 
que  vuyt. 

—  Vaja,  un  enfilay  de  contradiccions  y  embusteries.  Que  hi 
dius,  tu,  Felip  ?  No  trobas  que  el  teu  amich  no  contesta  avuy 
gayre  bé ? 

—  Massa  que  ho  trob,  senyor  mestre  ;  cap  mica  bé. 

—  Idô,  vejam  tu,  si  acertaràs  mes  qu'ell.  Cuant  fan  vuyt  y  vuyt. 

—  Vuvt  V  vuvt,  cuatre. 

—  Altre  bony  m'ha  eixit,  y  un  que  'n  ténia,  son  dos.  Y  cuatre 
y  cuatre,  que  seran  ? 

—  Vuyt. 

—  En  nom  del  Esperit  sant  qu'ai  manco  n'has  endevinada  una. 
Reflexion  idô,  que  si  cuatre  y  cuatre  fan  vuyt,  no  pot  ser  may 
que  vuyt  y  vuyt  fassen  cuatre. 

—  Vosté  tendra  que  perdonar,  senyor  mestre,  vuyt  v  vuvt  no 
son  mes  que  cuatre. 

—  Vaja  una  casta  de  sumar  !  Y  set  y  set,  que  faràn  ? 

—  Dues. 

—  Pareix  que  mos  componem  !  Y  nou  y  nou  ? 

—  Son  sis. 

—  Com  mes  va,  mes  vêla.  N'  Andreuet  se  perd  sempre  per 
fer  llarch,  y  tu  per  fer  curt.  En  les  matematiques  no  hi  pot  haver 
llarch  ni  curt,  sino  lo  exacte  y  res  mes.  Deu  y  deu  fan  vint,  y 
sempre  faran  vint,  y  ningu  pot  dir  lo  contrari. 

—  Don   Toni,    perdon,  que   deu  y  deu  no  son   mes  que  vuyt. 

—  Ja  tornem  en  lo  vuyt. 

—  Y  tu,  que  hey  dius,  Andreuet. 

—  Jo  dich  que  no  son  mes  que  sis. 

—  Callau,  callau,  y  no  digueu  mes  ximpleses.  Tots  aquest 
desbarats  heu  apresos  d'ensâ  qu'heu  dexada  l'escoJa  ? 

—  Senyor  mestre,  jo  no  veix  que  sian  desbarats  sino   veritats. 

—  Bona  casta  de  veritats. 

—  Jo    li    puch    provar   que    totes  les  meues   contestaciôns  son 


1  20 


certes.  Ja  sab  que  jo  fâs  de  rellotjer  ;  lo  que  cont  sempre  à  ca  '1 
mestre  son  hores  y  per  lo  mateix,  si  demunt  las  vuyt  ni  'n  posa 
altres  vuyt,  serân  les  cuatre  ;  si  demunt  les  set  ni  "n  posa  altres 
set,  seràn  les  dues  ;  y  si  demunt  les  nou  ni  'n  posa  altres  nou, 
serân  les  sis. 

—  Are  t'entench,  y  mirât  baix  d'aquet  punt  de  vista,  tens 
rahô  ;  segons  les  teues  matematiques  aplicades,  très  y  sis  farân 
nou,  y  sis  y  nou  farân  très. 

—  Just  y  cabal. 

—  y  es  una  veritat  segons  l'aritmética  rellotjera,  qu'es  fundada 
demunt  el  sistema  duodécimal,  y  no  conta  may  les  decenes  ;  pero 
no  per  axo  contradiu  la  vertadera  aritmética,  que  es  que  tu  deus 
aprender  primer  que  cap,  per  contestar  de  manera  que  ningu 
puga  creure  que  dius  un  desacert. 

Anem  â  veurer  are  si  corretjirem  els  disbarats  de  n'Andreu, 
que  els  ha  dits  dels  mes  garrafals  que  se  coneixan  :  Recordat  que 
m'has  dit  qu'un  y  un  eran  cuatre  ;  dos  y  dos,  sis  ;  très  y  très, 
vuyt  ;  y  cuatre  y  cuatre,  dotze. 

—  Si  senyor,  es  cert,  per  que  jo  com  â  bon  estampador  mir 
les  Hêtres  qu'entran  en  les  paraules  ;  que  les  cont  y  veurâ  si  he 
dit  la  veritat. 

—  Efectivament,  tu  tens  també  moltissima  de  rahô  ;  de  manera 
que  segons  la  teua  aritmética  aplicada  dos  y  dos  fan  sis  Hêtres; 
sis  y  sis,  en  farân  sis  ;  y  deu  y  deu,  en  farân  també  sis. 

—  Si,  senyor  mestre;  y  que  no  es  aixi  ? 

—  Mirât  baix  d'aquest  punt  de  vista,  es  una  cosa  certa,  pero 
te  repetesch  lo  que  he  dit  suare  â  n'en  Felip,  per  que  has  de 
sebrer  diferenciar  les  coses,  perque  qui 't  senta  parlar  no  diga  que 
ets  un  ase. 

Are  voltros  ab  axo  podreu  veure  lo  que  son  les  coses  d'aquest 
mon  ;  jo  dich  y  prov  que  deu  y  deu  son  vint,  tu  que  deu  y  deu 
son  sis,  y  en  Felip  que  deu  y  deu  son  vuyt.  Ninguns  nos  ave- 
nim,  y  tots  tenim  rahô.  Y  si  axo  succeyeix  amb  una  ciencia  que 
es  la  mateixa  ecsactitut,  que  succehira  amb  aquelles  ciencies  iJeals, 
que  no  poren  demostrar  ab  nombres  la  certesa  dels  seus  fona- 
ments  î 

Oh,  Senyor  !  Lo  mateix  passa,  avuy  en  dia,  ab  molts  de  sabis 
que  hi  ha  en  la  terra!  Père  d'A.  Penya. 


La  Langue  Catalane 

et  son  uHlité  pédagogique 

{Suite) 


9'"^  LEÇON.  —  Els  rcys  d'Orient 

Vaig  baixar  l'escala  tant  apulit  com  vaig  poguer,  vaig 
obrir  la  porta  sensé  fer  fressa,  la  vaig  tornar  tancar,  y 
carrer  avail,  cap  al  camiral  per  hont  tenien  de  venir  els 
reys  d'Orient. 

Els  companys  ja  m'hi  esperaven.  Quan  els  reys  van 
arribar  quitllats  sus  de  cavalls  tots  enflocats  qui,  â  cada  pas, 
feyen  sonar  un  sensfi  d'esquellins,  tots  els  nins  qui  'Is 
esperaven  van  cridar  :  «  Visquin  els  reys  d'Orient  î  » 

Eren  très  :  un  de  vell,  amb  uns  cabeJls  blanchs  que  li 
baixaven  finse  mitja  esquena  ;  un  de  mes  jove,  amb  una 
barba  rossa  com  el  blat  de  juny,  y  un  altre,  qui  era  ni  vell 
ni  jove,  mes  qui  era  nègre  com  un  Môro  de  la  Moreria. 

Tots  très  anaven  vestits  de  unes  capes  riquissimes  hont 
se  veyen  flors  pintades  y  pedres  y  diamants.  El  blanch 
portava  una  boisa  plena  de  lluises  ;  el  ros  un  encenser  de 
plata  y  '1  nègre  una  caixeta  tapada. 

De  dintre  de  les  alfarges  que  tenien  sus  del  cavall  ne 
van  treure  coques  endaurades  y  ne  van  donar  una  â  cadun 
dels  qui  eren  vinguts  â  'Is  esperar. 

E.  Caseponce,  Contes  vallespirenchs. 

Explication  du  Texte 

L'auteur  nous  raconte  la  sortie  furtive  de  la  maison  paternelle, 
puis  voici  la  description  : 

r  Description  d'ensemble;  ce  qui  frappe  tout  d'abord  (les 
chevaux,  les  grelots)  ; 

2'   Portrait  de  chaque  roi  ;  ce  que  chacun  a  de  particulier  ; 

3"  Description  des  costumes  :  la  bourse,  l'encensoir  et  le  coffret. 

11  termine  par  la  distribution  des  gâteaux  à  ceux  qui  sont  venus 
attendre  les  rois. 


122 


OCABULAIRE 


apulit,  doucement  Môro    de    la  Moreria,  Maure    de  la 

fressa,  bruit  Mauritanie,  c'est-à-dire   un  vëri- 

enftocats,   parés,   ornes   de  rubans  et  table  Maure 

de  franges  anaven   vesiiis,    allaient  vêtus  pour  : 

un  sensfi  J'esquellins,  d'innombrables  étaient  vêtus 

grelots  boisa,  bourse 

finse,    jusqu'à.    On  écrit  aussi  fins    à  encenser  de  plata,  encensoir  en  argent 

ou  simplement  fins.  alfarges,  sacoches 

Exercices 

Traduction   française  du   texte  —  Aucune  difficulté. 

Composition  catalane.  —  Un  enfant  qui  a  vu  passer  les  rois 
d'Orient  l'an  dernier  se  propose  d'aller  les  voir  cette  année  avec 
son  petit-frère  et  à  l'insu  des  parents.  Faites-le  parler.  (11  suffit 
de  remplacer  le  passé  par  le  futur  :  Baixarem  Vescala  tant  apulit 
corn  podrem,  ohrirem  la  porta,  etc.) 

Composition  française.  —  Faites  le  portrait  des  trois  rois 
d'Orient  et  développez  à  votre  guise. 

Conjugaison  bilingue.  —  Verbe  baixar  et  verbe  descendre  au 
prétérit  composé.  Conjuguer  sur  ce  modèle  arribar  et  arriver. 

Prétérit  composé 

Terbe  baixar  Verbe  descendre 

Vaig  baixar  je  descendis 

Vas  baixar  tu  descendis 

Va  baixar  il  descendit 

Varem  ou  Vam  baixar  nous  descendîmes 

Vareu    ou  Vau  baixar  vous  descendîtes 

Varen  ou  Van  baixar  ils  descendirent 

Le  catalan  a  deux  prétérits (i)  :  le  prétérit  simple,  que  nous 
verrons  plus  loin  et  le  prétérit  composé.  C'est  là  encore  une 
cause  d'incorrection  :  il  n'y  a  pas,  dans  tout  dans  le  Roussillon, 
une  seule  école  où  l'on  n'ait  entendu  le  dialogue  suivant  entre  le 
maître  et  les  élèves  : 

Le  maître.  —  Est-ce  que  Jean  vint  en  classe  hier  ? 

Les  élèves.  —  Oui  monsieur,  il  va  venir   pour:  il  vint). 

Le  MAITRE.  —  Et  Pierre? 

Les  élèves.    —  Non  monsieur,  il  va  manquer  {pour  :  il  manqua). 

(  1  )   Louis  Pastre,  Les  prétérits  catalans. 


Ex 

2" 

en 

ina  : 

Ex 

3- 

en 

essa  : 

Ex 

4' 

en 

Mu  : 

~     123    — 

Notes  grammaticales 

Formation  du  féminim  des  noms.   —    En  général,   on   forme  le 
féminin  des  noms  catalans  en  ajoutant  a  au  masculin. 

Ex.  :  Company,  camarades,  fait  au  féminin  companya 

Mais  les  exceptions  sont  excessivement  nombreuses.  C'est  ainsi 
que  certains  noms  forment  leur  féminin  : 

r  en  na  : 

rey,        roi  fait  reyna,        reine 

gall,       coq         —    gattina,       poule 
comte,    comte     —    comtessa,   comtesse 

Ex.  :      actor,    acteur    —    actriu.  actrice 
5*  en  changeant  leur  lettre  finale  e  en  a  : 

Ex.  :  un  nègre,  un  nègre;  una  negra,  une  négresse 
6*  en  changeant  leur  lettre  finale  o  zn  a  : 

Ex.  :  un  Môro,  un  Maure;  una  Mora,  une  Mauresque 

7*  en  redoublant  Vs  : 

Ex.  :  colas,  colosse  ;  cotossa,  colosse 

8'  en  changeant  t  en  Ja  : 

Ex.  :  cunyat,  beau-frère  ;  cunyada,  belle-sœur 
9"  en  changeant  ch  en  ga  : 

Ex.  :  un  Grech,  un  Grec  ;  una  Grega,  une  Grecque 
1  o'  en  changeant  ig  en  j'a  : 

Ex.  :  un  boig,  un  fou  ;  una  boja,  une  folle 

Comme    en    français,    certains    noms   catalans    ont    un     féminin 
complètement  différent  : 

Ex.  :   mascle,  mâle  fait  femetta,  femelle 

moltô,  mouton  —  ovella,  brebis 

porch,  porc  —  iroja,  truie 

boch,  bouc  —  cabra,  chèvre 

cavall,  cheval  —  euga,  jument 

pare,  père  —  mare,   mère 

home,  homme  —  dona,  femme 

gendre,  gendre  —  nora,  belle-fille 

oncle,  oncle  —  tia,  tante 

padaslre,  parâtre  —  madastra.  marâtre 

Comme  en  français  aussi,  certains  noms  restent  invariables  : 
Ex.  :  un  Belga,  un  Belge  fait  una  Belga,  une  Belge 


J24 


lo*"'  LEÇON   —  RecorU 

Vallespjr, 

Dois  sospir  ! 

Quina  alegria  ! 

Mon  cor  somia 
Qu'un  dia  hauré  per  darrer  Dit 
Quatre  Doses  de)  teu  granit. 
Si  'm  nega  Deu  eixa  esperança, 
Si  sota  un  aJtre  cel  de  França, 
Mon  jorn  suprem  ha  de  venir, 
De  mi  conserva  est  sovenir  : 
No  moriré  pas  de  vellesa  ; 
Ay  no  !  moriré  de  tristesa, 

Vallespir, 

Dois  sospir  1 

Al  murmuri  de  tes  rieres, 
Al  dois  xiuxiu  dels  faigs,  dels  poils, 
Dels  castanyers,  de  les  sureres, 
Al  cant  dels  grills  en  los  rostolls, 
Quin  pler,  quina  delicia  m'era, 
Mirar  ta  nit,  per  temps  suau, 
Sembrant  dels  estels  l'arenera 
Sobre  '1  désert  de  ton  cel  blau. 
Nit  estrellada,  nit  serena, 
Nit  amorosa,  tan  amena, 
Qui  no  t'ha  vist 
Per  ell  sô  trist  !... 

Pierre  Talrich,  7(ecorts  de  T{ossellô. 

Explication  du  Texte 

Dans  la  première  strophe,  le  poète   se    sent   tout    joyeux    à   la 
pensée  qu'un  jour  il  ira  mourir  au  pays  natal  ;  et  c'est  cet  espoir 


I 


—   .i5  — 

seul  qui    l'empêche  de  mourir  de   tristesse  «  sota  un  altre  cel    de 
França  ». 

Dans  la  seconde,    il    se   plaît  à  évoquer  le  souvenir  d'une   belle 
nuit  d'été  en  Vallespir. 

Vocabulaire 


somiar,  songer,  rêver 

lloses,  dalles 

rieres,  rivières 

faigs,  hêtres 

polts,  peupliers 

sureres,  chênaies  (chênes-lièges) 


rostoUs,  chaumes 

suau,  suave,  doux 

arenera,  arène,  sable,  poussière,  dé- 
sert de  sable  ;  on  dit  aussi  :  arenar, 
areny 


Exercices 

Traduction  française  du  texte.  —  La  traduction  du  i\'  et  du 
11'  vers  exige  beaucoup  d'attention. 

Composition  catalane.  —  Una  nit  d'istiu  (penser  en  catalan  et 
s'inspirer  des  détails  du  texte). 

Composition  française.  —  Une  nuit  d'été  (penser  en  français). 

Conjugaison  bilingue.  —  Verbe  niirar  et  verbe  regarder  au  pré- 
térit simple.  Conjuguer  sur  ce  modèle  sembrar  et  semer. 


Prétérit   simple 


Verbe  mirar 
miri 
mirâres 
mira 
mirârem 
mirâreu 
mirâren 


Verbe  regarder 

je  regardai 

tu  regardas 

il  regarda 

nous  regardâmes 

vous  regardâtes 

ils  regardèrent 


Notes  grammaticales 

Formation  du  pluriel  des  noms.  —    En    général,    on    forme    le 
pluriel  des  noms  catalans  en  ajoutant  s  au  singulier. 

Ex.  :    et  casfanyer,  le  châtaignier  ;   els  castanyers,   les   châtaigniers. 

Les  noms  catalans  féminins  terminés  par  a  changent  a  en  es  (i). 

Ex.  :   la  fiera,  la  rivière;  les  rieres,  les  rivières 

la  surera,  la  chênaie  ;  tes  sureres,  les  chênaies 


(i)   Quelques  écrivains  catalans  adoptent  la  terminaison  at.  Elle   «   est  contraire  au  génie  de  la 
angue  catalane.  Voir  Alart,  Documenh  sur  la  langue  catalane. 


—   jî6  — 

d'où   il    résulte  que   les   noms    féminins  en  ca  et   en  ga    forment 
leur  pluriel  en  ques  et  en  gués. 

Ex.  :  la  vaca,  la  formiga ;  les  vaques,  les  formigues 

Certains    noms    aigus    terminés    par  une   voyelle    forment  leur 

pluriel  en  ns. 

Ex.  :  ma,    main  ;    cd,  chien  ;  camt,    chemin  ;  moti,  moulin  ;  germa, 
frère  ;  font  au  pluriel  :   mans,  cans,  camins,  moUns,  germans. 

Certains  autres  terminés  par  s,  x,  sch,  sf  forment  leur  pluriel 

en  os  ou  en  sos. 

Ex.  :  vas,  vase;  pas,  pas;  peix,  poisson;  bosch.  bois  ;  mosi,  moût; 
font  au  pluriel  :  vasos,  passas,  peixos,  boscos,  mostos. 

Les  noms  terminés  par  ig  précédé  d'une  voyelle  forment  quel- 
quefois leur  pluriel  en  j'os  ;  mais  on  peut  leur  appliquer  la  règle 
générale. 

Voir  dans  le  texte  le  mot  faigs,  pluriel  de  faig 

Cependant  lorsque  la  finale  ig  est  précédée  d'une  consonne,  on 
change  au  pluriel  g  en  tjos. 

Ex.  :  el  desig,  le  dësir  ;  ets  desitjos,  les  désirs 

Certains  noms  ne  changent  pas  au  pluriel. 

Ex.  :  la  fais,  la  faux;  les  fais,  les  faux 

el  temps,  le  temps  ;   eh  temps,  les  temps 

Certains  autres  ne  s'emploient  qu'au  pluriel. 
Ex.  :  les  calses,  le  pantalon. 

(A  suivre)  Louis  Pastre. 


ERRATUM.  —  Dans  la  note  rectificative  du  dernier  numéro,  lire  a  pré- 
cède »  au  lieu  de  <(  précise  ». 


LIVRES  ^  REVUES 

La  rame  de  vingt  pieds- 

Notre  confrère  et  collaborateur,  M.  de  Lacvivier,  vient  de  publier,  en 
brochure,  la  nouvelle  qu'il  a  traduite  du  catalan,  "La  rame  de  vingt  pieds,  pré- 
cédée d'une  lettre  de  l'auteur,   J.  Ruyra,  comme  préface. 

Nous  n'avons  pas  à  faire  l'éloge  ici,  ni  de  l'auteur,  ni  de  la  traduction  ; 
cette  dernière  a  paru,  du  reste,  en  feuilleton,  dans  le  journal  Le  T(oussillon, 
où  chacun  a  pu  l'apprécier  :  les  erreurs  typographiques  qui  s'y  étaient  glis- 
sées ont  été  soigneusement  corrigées. 

Cette  brochure,  au  sujet  des  plus  intéressants  et  d'une  lecture  agréable, 
est  mise  en  vente  à  un  nombre  restreint  d'exemplaires.  On  la  trouve  aux 
bureaux  de  la  J{evue  Catalane.  Prix  :  2  francs. 

La  llengua  catalana  iiteraria. 

Sem  rebut  lo  text  de  la  conferencia  que  sobre  aqueix  assumpte,  ha  donat 
à  Barcelona,  mossen  Casadessus  (estampa  Escola  tipografica  Salesiana,  Bar- 
celona). 

L'autor  hi  tracta  com  â  punts  de  vista  especials  :  Estât  castich  de  la  llen- 
gua catalana  —  Es  un  bé  6  es  un  mal  ?  —  Pot  remediar-se  el  mal  ?  —  Esfor- 
sos  y  fracasos  —  Lo  diccionari  de  mossen  Alcover  -  -  L'obra  de  la  llengua 
catalana  literaria  —  Orientaciôns. 

Hi  ha  molt  â  apendrer,  dins  d'aquesta  obreta. 

Lo  Rat-Penaf 

(Valencia,   plassa  de   Menisses) 

Es  una  Revista  mensual,  publicada  per  la  Societat  de  «  Amadors  de  les 
glories  valencianes  ».  Lo  primer  numéro  de  jener  de  191  i,  té  aquest  su- 
mari  : 

Senyor  Don  Vicent  Dualde,  président  de  Lo  J(at-Penat,  per  Teodor 
LIorcnte.  —  La  iglesia  parroquial  de  Sant-Martin,  de  Valencia,  per 
J.  Sanchis  Sivera.  —  Felicitaciô  à  En  Juan,  En  Rodriguez,  En  Condesa, 
poesia  de  Jenaro  Genovés.  —  Estudi  sobre  filologia  valenciana,  per  Fray 
Ll.  FuUana  Mira.  —  Les  alfabegueres,  cuento  de  P.  Bonet  Alcantarilla.  — 
Lo    J{at-Penat    en   Alacant,    per    S.   Cebrian    Ibor.   —  Cantars,   poesia   de 

C.  Pascual  y  Genis.  —  Cronica.  —  Nostres  intenciôns. 

Conté,  de  mes,  dos  fascicles  d'obres  de  biblioteca  :  Historia  de  la  Pasio 
de  Nostre  Senyor  Deu  Jesus-Christ,  per  mossen  Bernât  Fenoller  y  Père 
Martinez.  —  Resena  de  las  antiguedades  valencianes  anteriores  à  la  domina- 
cion  cartaginesa,  per  lo  R.  P.  N.  Bertomeu  Ribelles. 


—     128    — 

Poésies,  de  Maria-A.  Salva. 

La  distinguida  poétisa  donya  Maria-Antonia  Salvâ,  de  Mallorca,  vé  d'es- 
tampar  un  llibre  de  Poésies  ;  imprempta  de  les  Filles  d'En  Joan  Colomar,  à 
Palma-de-Mallorca).  Es  tota  una  florida  garbe  ;  n'hi  ha  una  xeixantena, 
qu'ha  aplegades  amb  los  titols  de  Del  cor,  De  la  pagesia,  T^eligioses,  Taries. 

Qu'en  direm,  que  no  se  sapigui  ja  :  que  la  Salvà  es  un  poeta  de  cap  de 
brot,  ayros,  sensill,  de  bon  llegir,  y  tant  saboros  amb  la  seua  parla  mallor- 
quina  ?  De  mes,  la  poesia  Jochs  de  nins,  no  sembla  treta  d'un  mas  de 
Rossellô  1 

La  presentacio  n'es  fêta  amb  una  interessanta  Ititroducciô  de  mossen 
Miquel  Costa,  lo  mestre  en  Gay  saber  de  Sant-Marti-del-Canigô. 

Concours  de  Romans- 
Dans  un  but  de  décentralisation  littéraire,  "La  "Vie  Montpellier  aine  organise 
un  grand  concours  de  romans  inédits  —  écrits  en  prose  et  en  langue  fran- 
çaise, et  ne  dépassant  pas  la  matière  d'un  ouvrage  ordinaire  à  3  fr.  5o,  soit 
3oo  à  35o  pages  environ  —  dont  l'action,  avec  peinture  de  nos  mœurs 
méridionales,  devra  se  passer  sur  une  partie  du  territoire  qui  composait  les 
anciennes  provinces  du  Languedoc  et  du  Roussillon,  c'est-à-dire  les  départe- 
ments de  la  Haute-Garonne,  Tarn,  Aude,  Hérault,  Gard,  Lozère,  Ardè- 
che,  Haute-Loire  et  les  Pyrénées-Orientales. 

Toute  oeuvre  à  tendances  politiques  ou  confessionnelles  sera  impitoyable- 
ment écartée. 

Un  jury,  composé  de  hautes  personnalités  littéraires  et,  le  plus  possible, 
méridionales,  examinera  les  manuscrits  envoyés.  Le  lauréat  choisi  par  lui 
aura  son  oeuvre  imprimée  et  éditée  par  les  soins  et  aux  frais  de  la  "Vie  JHontpel- 
liéraine,  ce  qui  constitue  un  appréciable  avantage  quand  on  sait  qu'il  est  peut- 
être  plus  diffici'.:  de  trouver  un  éditeur  de  romans  qu'un  directeur  de  théâtre 
consentant  à  jouer  la  pièce  d'un  auteur  inconnu. 

Les  manuscrits  envoyés  ne  seront  pas  signés.  Ils  porteront  seulement,  en 
tête  de  la  première  page,  une  devise  qui  sera  reproduite  sur  une  enveloppe 
cachetée  contenant  les  noms  et  prénoms  ainsi  que  l'adresse  de  l'auteur.  Ils 
devront  parvenir  franco  de  port  et  ne  seront  renvoyés,  le  classement  opéré, 
que  si  les  frais  de  retour  sont  fournis  par  l'intéressé. 

Ouvert  à  la  date  du  i  "  mars  1911,  le  concours  sera  clos  le  1  5  juillet  pro- 
chain et  l'ouvrage,  classé  premier,  imprimé  et  mis  en  vente  dès  la  rentrée 
d'octobre. 

Les  manuscrits,  comme  toutes  les  demandes  de  renseignements  complé- 
mentaires, devront  être  adressés  à  M.  le  Directeur  de  la  "Vie  JHontpelUéraine 
et  T{égionale,   \\,  rue  du  Faubourg-de-Lattes,  Montpellier. 


Le  Gérant,   COMET.  — Imprimerie  COM ET,  8,  rue  Saint-Dominique,  Perpignan. 


5- Année    N-53  15  Mai  1911. 


Les    Manuscrits  non  insères 
■\c  sont  oas  renau». 

Les  Articles   oarus  dans  la   Revue 
T  ensapent  aue  leurs  auteurs. 


REVUE 

CATALANE 


A  nos  lecteurs 

La    T{evue  Catalane   en    est    déjà    à  sa   cinquième  année. 
Depuis    qu'elle   paraît,    c'est-à-dire    depuis   que  la    Société 
d'Etudes     catalanes,     dont    elle    est    l'organe    mensuel,    a 
entrepris  dans  tout  le  Roussillon  son  oeuvre  de  propagande 
en  faveur  de  l'idée  catalane,  il  y  a  quelque  chose  de  changé 
chez  nous.  On  s'intéresse  de  plus  en  plus  aux  manifestations 
régionalistes,   on    devient   de  moins  en   moins  indifférent  à 
tout  ce  qui  a   trait  à  notre  race  et  à  notre  province.    Nous 
avons    réussi    à    réveiller    non    seulement   la  curiosité,  mais 
encore,  ce  qui  est  mieux,  la  sympathie.    Sans  vouloir  exa- 
gérer ici  les  résultats  obtenus,  nous  pouvons  dire,  en  toute 
sincérité,   que   nous   avons    lieu  d'être  satisfaits   et  de  nous 
montrer  de  plus  en  plus  confiants. 

Certes,  nous  avons  été  aidés  dans  notre  campagne  par 
le  développement  constant  des  idées  de  décentralisation  et 
de  régionalisme,  qui  caractérise  l'évolution  la  plus  récente 
de  l'esprit  français.  Mais  le  Roussillon  est  une  des  parties 
de  la  France  où  ces  idées,  trouvant  un  terrain  particuliè- 
rement favorable,  se  sont  développées  tout  de  suite  avec 
le  plus  de  force  et  d'ampleur.  Il  faut  remarquer,  en  effet, 
qu'en  terre  roussillonnaise  le  sentiment  ethnique  et  la 
tradition  de  la  race  ont  toujours  gardé,  malgré  les  forces 
de  destruction   ou   d'affaiblissement  venues  du  dehors,   des 


—    .3o  — 

assises  assez  fermes  pour  qu'il  soit  permis  de  reconstruire. 
]]  faut  noter,  d'autre  part,  que  l'organisation  économique 
et  le  perfectionnement  des  conditions  matérielles  de  la  vie 
de  notre  province  ont  pris  leur  élan  et  leur  direction  dans 
le  temps  même  où  s'annonçait  aussi  et  se  préparait  notre 
campagne. 

Le  mouvement  est  donné  ;  nous  ne  craignons  plus  les 
obstacles.  Avec  nous  ou  avec  d'autres,  ces  belles  et  géné- 
reuses idées  suivront  leur  chemin.  Mais  c'est  un  plaisir 
pour  nous  de  constater  la  marche  en  avant.  Chaque  jour 
amène,  en  effet,  une  conquête  nouvelle.  Ceux-là  mêmes 
qui  ne  prêtaient  aucune  attention  aux  premières  tentati- 
ves, ou  feignaient  de  les  juger  inutiles  et  enfantines,  sont 
devenus  les  plus  actifs  peut-être,  ou  les  reprennent  pour 
leur  propre  compte  avec  une  ardeur  qu'on  ne  saurait  trop 
encourager. 

Notre  J{evue  Catalane  nous  a  permis  de  grouper  les 
militants  et  de  rendre  l'action  de  la  Société  d'Etudes 
catalanes  plus  régulière  et  plus  méthodique.  Nous  avons  vu 
ainsi  de  mieux  en  mieux  ce  qu'il  y  avait  à  faire,  l'expérience 
quotidienne  nous  apportant  de  précieuses  indications  dont 
nous  ne  manquerons  pas  de  tenir  compte.  Nous  deviendrons 
encore  plus  pratiques  et  plus  clairvoyants.  On  ne  nous 
reprochera  pas  de  nous  enfermer  dans  un  monde  d'abstrac- 
tions et  de  chimères  où  la  vérité  des  choses  ne  pénètre 
point  :  car  nous  voulons  prendre  part  à  tout  ce  qui  sera  fait 
dans  le  Roussillon  pour  fortifier  l'idée  catalane,  et  notre 
énergie  ne  se  lassera  jamais. 

Pour  commencer,  nous  allons  nous  efforcer  de  donner  à 
notre  Revue  plus  de  vie,  plus  de  variété,  plus  d'unité  aussi. 
11  faut  qu'elle  devienne  entre  nos  mains  une  arme  puissante 
et  sûre.  Le  nombre  de  nos  collaborateurs  va  augmenter  : 
Nous    ferons    appel    à  tous  les  Roussillonnais  de  talent  qui 


—   i3)   — 

peuvent  avoir  quelque  chose  d'utile  et  d'intéressant  à  dire 
sur  des  sujets  que  nous  laisserons  toujours  au  premier 
plan  :  un  article  sera  donc  consacré  chaque  fois  à  ces  sujets 
et  occupera  la  place  importante.  Pour  renouveler  et  enri- 
chir constamment  le  fonds  commun  de  nos  idées,  nous 
irons  chercher  dans  les  provinces  voisines  ceux  qui  défen- 
dent le  même  idéal  et  mènent  chez  eux  la  même  campagne. 
Cela  nous  permettra  d'entrer  en  relations  avec  les  autres 
groupements  régionalistes  et  de  contribuer  plus  efficacement 
à  l'œuvre  de  reconstitution   des   forces  de  la  grande  patrie. 

Nous  nous  sommes  assuré,  d'autre  part,  pour  les  numé- 
ros à  paraître,  un  bel  approvisionnement  en  contes,  nou- 
velles, récits,  impressions,  poésies.  La  partie  historique  et 
bibliographique  sera  remplie,  à  son  tour,  avec  le  plus  grand 
soin,  et  des  travaux  sur  notre  langue  apporteront  leur  con- 
tribution aux  recherches  des  catalanophiles.  Nous  espérons 
même  pouvoir  reproduire  de  temps  à  autre  quelques  clichés, 
afin  de  rendre  plus  captivante  la  lecture  des  oeuvres  publiées. 
Tel  sera  l'effort  de  notre  comité  de  rédaction. 

Nous  attendons  maintenant  de  nos  lecteurs  un  effort  de 
même  nature.  Comme  nous  avons  tous  intérêt  à  être  de 
plus  en  plus  nombreux,  nous  les  prions  de  vouloir  bien 
faire  connaître  autour  d'eux  notre  Revue,  gagner  de  nou- 
veaux adhérents  à  notre  entreprise.  Nous  espérons  pouvoir 
récompenser  par  des  envois  de  brochures  diverses  ceux  qui 
se  distingueront  ainsi  par  leur  zèle  et  leur  amabilité.  Nous 
sommes,  en  effet,  convaincus  qu'il  y  a  dans  le  Roussillon 
beaucoup  de  personnes  qui  viendraient  à  nous  si  on  le  leur 
demandait  et  si  on  leur  donnait  les  renseignements  néces- 
saires. Nos  lecteurs  nous  y  aideront  sans  aucun  doute.  A 
l'œuvre  donc,  des  deux  côtés,  pour  notre  terre  et  notre 
langue  !  Le  Secrétaire  général, 

Jean  Amade. 


Un  livre  de  vers  catalans 

Notre  ami  et  collaborateur  M.  Joseph  Pons  vient  de  publier 
chez  M.  Cornet,  en  une  élégante  brochure  (collection  de  la 
Bibliothèque  Catalane)  une  série  de  poèmes  catalans  auxquels  il 
a  donRé  le  nom  de  IRpses  y  "Xiprers.  Nous  offrons  à  nos  lecteurs 
une  des  plus  belles  parmi  les  pièces  du  recueil  ;  mais  M.  Jean 
Amade  se  propose  de  publier  ici  même  très  prochainement  un 
compte  rendu  littéraire  de  ce  volume  de  vers  qui  est  mis  en 
vente  dès  maintenant. 

Xiprers   adormits 

Dcls  xiprers  envellutats, 
verdosencs,  assoleyats, 
la  somniosa  renglera 
cntorneja  la  ribera 
y  les  hortes  y  los  prats. 

Xiprers  adormits,  vos  gardeu  els  horts, 

y.  'Is  lleujers  trésors 
dels  aybres,  riquesa  blanca  de  la  plana, 
y  am  vostre  silenci  de  la  tramontana 

ne  burleu  l'esfors. 

Altius  y'solius,  am  vostre  barrera, 

s'aixecant  austera, 
guardeu  el  mistcri  de  l'hort  encantat, 
y  ningû  veurâ  si  'n  l'hort  amagat 

riu  la  primavera. 

Xiprers  adormits,  ben  atapahits, 
jo  vindré  de  nits 


—   i33  — 

me  seure  'n  els  prats  que    molla   l'ayguatje, 
camjnant  que  cerca,  desprès  del  viatje, 
la  font  del  oblit. 

A  l'hora  tranquil-la  y  de  gran  puresa 

hont  la  lluna  estesa 
pertot  dju  son  cant  d'un  ritme  divî, 
en  la  clarjayna  que  sab  endolsir 

la  mes  gran  tritesa. 

El  cor,  el  meu  cor,  vull  amurallar 

d'un  nègre  llindar, 
d'un  semblant  qu'aturi  mirades  blavoses, 
llavis  molçudets  y  dents  verinoses 

que  '1  fan  sancnejar. 

Aixis  no  sabrân  quines  blanques  roses 

ne  sont  mitj-descloses 
derrera  '1  fullâm,  sota  '1  cel  d'argent  ; 
aixîs  no  veuràn  del  meu  sentiment 

les  flors  misterioses. 

Xiprers  adormits,  verdosencs  y  forts, 

gardeu  sempre  'Is  horts 
de  les  rufacades  y  maies  ventades  ; 
d'un  amor  passât  guardeu  les  pensades 
com  en  la  nit  clara  vetllau  tots  els  morts... 


Joseph  Pons. 


Roman  du  IX^  siècle 
et    Catalan    du    XX^ 


«*^^*^ 


La  morphologie  nous  a  appris  que  les  langues  romanes  sont 
surtout  issues  du  latin  populaire  que  parlaient  les  soldats  romains. 
Dans  les  diverses  régions  occupées  par  Rome,  le  latin  s'altéra 
encore  d'avantage  au  contact  des  langues  aborigènes  et  celles  des 
troupes  étrangères  à  la  solde  de  Rome.  11  en  résulta,  après  le 
passage  des  barbares,  une  infinité  d'idiomes  plus  analytiques  que 
le  latin.  Les  principaux  furent  :  langue  d'oc,  langue  d'oïl, 
langue  de  si,  galicien  ou  portugais,  castillan. 

Le  catalan  est  classé  généralement  parmi  les  dialectes  de  la 
langue  d'oc  dont  font  aussi  partie  le  gascon,  le  languedocien,  le 
limousin,  le  provençal  actuel,  le  dauphinois,  le  lyonnais,  !  auvergnat. 

La  langue  d'oc  (dénommée  aussi  piovcnç"!)  était  encore  parlée 
dans  le  royaume  d'Aragon  au  xiu'  siècle,  et  ce  n'est  que  sous 
Jacques  1"  de  Majorque  que  le  catalan  devînt  une  langue 
officielle  et  littéraire.  Est-ce  à  dire  que  le  catalan  ne  serait  pas 
une  langue  ?  Le  seul  fait  de  voir  nationaliser  le  catalan  prouve 
que,  parallèlement  au  provençal,  s'était  développé  un  autre  idiome 
aussi  robuste.  Cet  idiome,  qui  est  encore  parlé  en  Roussillon, 
Catalogne,  Baléares,  Algher,  a  su  conserver  le  mieux  de  toutes 
les  langues  romanes  le  vocabulaire  primitif  malgré  les  infiltrations 
étrangères  surtout  italiennes  et  castillanes.  A  l'origine,  cette 
langue  catalane  ne  pouvait  être  que  populaire.  Comme  elle 
devint  officielle,  les  écrivains  s'avisèrent  de  créer  une  langue 
littéraire,  une  langue  dans  la  langue. 

Comme  la  langue  d'oc  avait  vu,  dès  ]35o,  son  développement 
s'arrêter  en  France  devant  l'autorité  centralisatrice  du  Nord  et 
était  tombée  au  rang  de  patois,  de  même  le  catalan  sous  le  poids 
officiel  du  castillan  se  serait  transformé,  en  Espagne,  en  un  patois 
castillan  si  la  renaissance  du  milieu  du  xix'  siècle  n'était  venue 
rappeler  que  la  littérature  catalane  avait  eu  ses  œuvres  qu'il 
fallait  continuer.   Les  rénovateurs  ont-ils  entièrement  réussi? 


—   i35  — 

]]  est  à  remarquer  ainsi  que  les  mêmes  phénomènes  se  sont 
produits  en  France  et  en  Espagne.  Chez  la  première  :  effacement 
de  la  langue  d'oc  devant  celle  d'oïl  et  renaissance  plus  tard  de 
tous  les  idiomes  méridionaux.  Chez  la  seconde  dans  laquelle, 
encore  au  milieu  du  xm'  siècle,  Tolède,  Cordoue,  Séville,  toute 
l'Andalousie,  parlaient  l'arabe  :  remplacement  des  idiomes  locaux 
par  le  castillan  et  mouvement  de  renaissance,  au  xix°  siècle,  de 
l'idiome  catalan. 

Le  Roussillon,  pays  de  langue  catalane,  essaie  à  l'entrée  du 
xx'  siècle  d'avoir  aussi  sa  renaissance. 

Mais  le  catalan  roussillonnais  a-t-il  vraiment  dégénéré  ?  Que 
l'on  restitue  à  ce  catalan  son  vocabulaire  initial  et  il  paraît  être 
au  contraire  une  langue  très  claire  et  très  logique  ayant  progressé 
parallèlement  aux  idiomes  du  midi  de  France,  ses  frères.  Comme 
l'a  dit  Demogeot  :  «  Les  langues  ne  naissent  pas,  elles  se  trans- 
forment ».  Ça  serait  donc  une  erreur,  chez  un  roussillonnais,  dz 
revenir  à  la  syntaxe  ancienne  ou  à  celle  d'outre-monts.  De  nou- 
velles constructions,  conformes  aux  formules,  modernes  peuvent 
très  bien  se  marier  avec  les  pittoresques  expressions  typiques  qui 
forment  le   fonds  original  de  la  langue. 

Les  historiens  donnent  la  date  du  xn'  siècle  au  premier  mo- 
nument connu  de  la  langue  italienne  et  la  date  du  xi'  siècle  au 
premier  monument  de  langue  espagnole.  Le  premier  monument 
cité  de  la  langue  française  date  du  14  février  842.  C'est  le 
serment  prêté  par  Louis  le  Germanique  à  son  frère  Charles  le 
Chauve.  Ainsi  que  nous  allons  le  voir,  ce  document  peut  être 
considéré  aussi,  et  certainement  plus  logiquement,  comme  le 
premier  document  de  la  langue  catalane.  Comme  ce  document 
est,  en  tant  que  vocabulaire,  plus  près  du  catalan  contemporain 
que  du  français  actuel,  cela  nous  porte  à  dire,  avec  Alart  et 
Vidal,  que  le  catalan  est  encore  aujourd'hui  la  plus  romane  des 
langues  : 

«  Pro  deo  amur  et  pro  Christian  poplo  et  nostro  comun  sal- 
«  vament,  d'ist  dj  en  avant,  in  quant  Deus  savir  y  podir  me  dunat, 
«  si  salvarai  io  cist  meon  fradre  Karle,  et  in  adjudha  et  in 
«  cadhuna  casa,  si  com  om  per  dreit  son  fradre  salvar  dist,  in  o 
«  quid  il  mi  altresi  fazet  et  ab  Ludher  nul  plaid  nunquam 
«   prindrai  qui,  meon  vol,  meon  fadre  Karle  in  damno  sit   ». 


36 


Traduisons  mot  à  mot 


pro 

per 

cadhuna 

caduna 

deo 

Deu 

cosa 

cosa 

amur 

amor 

si 

si 

et 

e  (y) 

com 

com 

pro 

per 

om 

hom 

Christian 

christia 

per 

per 

poplo 

poble 

dreit 

dret 

et 

<y) 

son 

son 

nostro 

nostre 

fradre 

germa 

comun 

connu 

salvar 

salvar 

salvament 

salvament 

dist 

deu 

dist 

d'eix 

n 

en 

di 

dia 

o 

lo 

en  avant 

en  avant 

quid 

que 

in 

en 

il 

ell 

quant 

quant 

mi 

a  mi 

Deus 

Deu 

aitresi 

aitresi  (mateix) 

savir 

saber 

faret 

faria 

et 

e(y) 

et 

e  iy) 

podir 

poder 

ab 

ab 

me 

me 

Ludher 

Ludher 

dunat 

donat 

nul 

nul 

si 

si 

plaid 

pler 

salvarai 

salvare 

nunquam 

nunque 

io 

jo 

prindrai 

pendre 

cist 

aci  est 

qui 

que 

meon 

meu 

meon 

meu 

fradre 

germa 

vol 

voler 

Karle 

Caries 

cist 

aci  est 

et 

^(y> 

meon 

meu 

in 

en 

fadre 

germa 

adjudha 

ajuda 

Karle 

Caries 

et 

e(y) 

in  damno 

en  dany 

in 

en 

sit 

sigui 

Ajoutons  les  articles  à  cette  traduction  terre  a  terre  et  faisons 
les  contractions  nécessaires  à  une  langue  moderne,  faisons  revivre, 
dans  la  traduction,  quelques  mots,  laissés  à  tort  en  désuétude,  et 
nous  aurons  quelques  lignes  de  catalan  roussillonnais  contemporain. 

Le  document  précédent  vient  démontrer  une  fois  de  plus  que 
le  catalan  est  bien  un  rameau  principal  et  non  une  ramification 
secondaire  des  langues  romanes.  Jacques  1"  eut  raison  de  rendre 
officiel  son  cher  catalan.  Ce  document,  traduit  de  même  en 
français,  espagnol,  italien  contemporains,  prouverait  aussi  qu'avant 
le  neuvième  siècle  de  notre  ère,  il  existait  une  langue  relati- 
vement   avancée    qui    était    devenue    pour    ainsi     dire     la     langue 


-    .37  - 

universelle  de  presque  tout  le  Sud-Ouest  de  l'Europe.  Cette 
langue  existe  encore.  Les  divers  idiomes  du  midi  français  : 
Bordeaux,  Toulouse,  Nîmes,  Marseille,  Perpignan,  etc.,  ne 
sont  au  fond  que  cette  langue.  Qui  en  parle  un  n'éprouve  pas  de 
p^randes  difficultés  à  comprendre  les  autres.  Le  rameau  catalan 
des  troubadours  pour  arriver  aux  sommets  du  français  et  de 
l'espagnol  devrait  suivre,  dans  le  modernisme,  ses  frères  le  langue- 
docien et  provençal-  Un  catalan  de  Perpignan  peut  traduire  assez 
aisément  aussi  h\cn\a  Mireille  de  Mistral  que  les  odes  anacréontiques 
de  M.  Aubanel  et,  si  un  bordelais  ou  un  marseillais  trouve  à  com- 
prendre le  catalan  roussillonnais  plus  de  difficultés  qu'un  catalan 
à  traduire  les  autres  idiomes,  c'est  une  preuve  que  le  catalan  a 
conservé  le  mieux  le  vocabulaire  roman  ou,  si  l'on  veut,  latin,  ce 
qui  lui  procure  une  clé  qui  manque  aux  autres  troubadours. 

Joseph  Sanyas. 

Pcrdo 

Dins  mon  casot  tôt  sol  m'anyori, 
Trist,  pensatiu,  no  se   perqué  ; 
Los  aucells  cantan,  mes  jo  plori  ; 
La  primavera  no  m'  diu  ré. 
Devant  de  jo,  j'aurendol  vola  : 
De  la  sazô  es  lo  primer  ; 
Fa  un  xirrit,  son  crit  m'endola 

Y  s'enfuig  dins  lo  cel  seré. 

Aquest  aucell  de  primavera 

Quan  jo  lo  veig,  me  sanchna  el  cor  ; 

Pensi  a  tu,  tan  riallera, 

Y  me  cor  trenca  el  teu  recor. 
Era  en  el  temps  que  m'estimabas, 
Apretada  érats  contra  jo 

Y  de  ton  dit  tu  me  mostrabas 
L'aucell  fugint  amb  la  tardé. 


—    r38   — 

Com  si  l'aucell  t'hagués  cridada, 
T'en   vas  fugir   poch   temps  amprés. 
Al  nostre  niu  no  has  tornada, 
Desd'  allavoras  no  visch  mes. 
Pensi  a  tu  quan  l'alba  punta, 
Pensi  a  tu  quan  Jo  sol  eau, 

Y  tôt  solet  quan  la  nit  monta 
Le  teu  recor  los  ulls  me  clau. 

Tôt  lo  que  vejg  dins  la  caseta 
Tôt  ha  guardat  lo  teu  regret  : 
Lo  llit  petit,  l'armariéta  ; 
Ton  ombra  es  dins  lo  mirallet. 
M'ha  révoltât  aqueixa  pena 
Morta  ets  per  jo  dins  mon  esprit. 
Si  cap  a  mi  l'azart  te  mena 
Tu,  mon  burreu,  fuig  malahit. 

Pensant  aixô,  l'aurendol  vola  ; 
Son  niu  es  sota  del  terrât, 

Y  de  seguit  dins  sa  bressola 
L'aucell  senzill  ja  n'es  tornat. 

Toc,  toc  !  Qui  es  ?  Segurt  un  pobre  ! 
Si  !  han  tocat,  m'enganyi  pas, 

Y  apolit,  la  porta  s'obra, 
L'infidel  es  aquî  sul  pas. 

Jo  som  ferit,  s'esta  defora. 

No  se  gosa  apropar  de  mi. 

Seca,  n'es  molt,  son    ull  m'implora, 

Esta  cansada  del  camî, 

Lo  scu  mirar,  sa  vestidura 

Tôt  clar  me  diuen  sa  dolor  ; 

Ha   molt   sofert  ;    la  veig  que   plora. 

Mon  plor  li  dona  el  meu  perdô. 

(Millasj  Victor  Peix. 


\ 


2»^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^ 


La  Terra  dels  Avis 

("Fragment) 


«^^^ 


No  les  fugis  nostras  montanyas  de  Vallespir  tant  hermosas, 
tant  frescas  y  regaladas. 

May  de  la  teva  vida  vilas  y  ciutats  no  te  daran  la  pau  y  la 
ditxa  descansadora  de  la  terra  dels  avis.  Torna  agafa  '1  teu  garrot 
de  pastor  y  los  que  te  estimen  y  te  esperen,  parentela  y  amichs, 
y  '1  teu  gos  tant  fidel,  celebreran  ton  arribada. 

No  t'  donis  mal  y  vergonya  del  ofici  dels  teus  pares  que 
sempre  atalayaren  llurs  ramats  1  hivern  en  els  baixants  de  la  vall 
y  a  l'istiu  en  cims  de  nostras  serras.  Torna  a  respirar  la  olorosa 
alenada  de  les  boxaricas  vcrmellas  y  l'ayre  purificat  de  la  coma 
del  Tech  y  del  OHat,  dels  cums  y  del  coll  de  les  Molas. 

Abrigat  encara  ta  capa  de  burata  ;  ta  pellissa  y  ta  samarra,  y 
ta  barretina,  calsa  '1  teus  esclops  ;  honrats  vestits  que  valen  mes 
que  les  pelleringas  y  pellots  dels  senyors  y  senyoras  fets  de 
pressa. 

Vine  y  ton  cor  se  susmourà  de  alegria  en  lo  belar  de  tes 
ovellas  y  en  la  musica  de  ses  esquellas.  La  remor  de  les  bor- 
rombas  dels  marrans  y  dels  enflocats  se  justarân  per  celebrar  ta 
benvinguda. 

Vine  a  refrescarte  encara  en  les  nostres  fonts  tant  puras,  tant 
geladas  que  bombollan  els  llabis  y  que  no  s'hi  pot  deixar  la  ma. 
Fuig  la  ciutat  enganyadora  y  ses  casas  hont  se  congrian  malorais  y 
malaltias. 

Assi   dormiras   baix  les   estelas   entremigt   de   un   jas  de   pells. 
•  Els  rams  de  pins  y  la  brancada  dels  abets  t'hi    feran  de  cortinas. 

Veurâs  quins  tant  dolsos  somnis  quant  lo  cant  dels  aucells 
montanyesos  te  gronxolarâ,  La  perdiu,  la  torta  y  la  merla,  la 
gatlla,  la  griva  y  la  puput  te  xiularân  corrantes,  y  la  cugullada, 
lo  rey-petit  y  la  cadarnera  que  cantan  en  la  matinada  te  ferân 
albadas. 


—    14Ô  — 

Tos  ulls  enlluernats  veurân  a  surtir  del  mar,  resplendent  de 
claros  divinas,  el  sol  magestuos  y  creador  de  vida  que  tôt  lo 
mon  impera. 

Quine  dolsa  companyia  que  la  del  teu  ramat  quel  val  mes  que 
la  de  multitut  de  homens.  Bon  pastor  llestarâs  los  nets  y  comarcas 
endevesadas  ahont  pogui  afermar  ton  bestiar. 

Cap  a  la  migt  diada,  farts  de  pastorar  y  passajarse,  moltons  y 
ovellas,  borrechs  primais  y  tersats  vindràn  a  morriar  aprop  de  tu 
y  '1  manyach  ajegut  y  remugânt  amagarâ  1  seu  cap  sobre  '1  teu 
pit.  Entre  tarda  mudarâs  el  corral  per  femar  artigas  y  estivadas. 
Per  acabar  la  diada  trencarâs  alguns  pins  per  esclops  de  la 
maynada,  boixos  y  avellaners  per  bardas  y  cledas  y  no  t'  descuy- 
daras  de  fer  alguns  dias  llossas  y  culleras  per  la  mestressa  de 
casa. 

No  tinguis  por  dels  llops,  la  wiena  n'hés  perduda.  Fa  mes  de 
trente  anys  que  han  désertât  montanyas  per  anarsen  en  pobles  y 
ciutats.   Pots  veurer  venir  la  nit  sens  suspita. 

Lo  sol  baxa  tras  la  pica  del  Gra  de  Fagol.  Es  hora  de  menir 
sopar.  Fés  engronat  dins  la  llet.  Abast'al  sarré  provehit  de 
companatje,  cansalada,  botifarra  y  formatge,  menge  y  descanse 
ab  tôt  lo  plaher  del   mon. 

Xiula  '1  teu  gos  ;  arrulla  '1  teu  ramat,  lo  dia  se  enfuscaheix  y 
les  montanyas  se  entelan.  La  nit  acaba  de  arrivar. 

Pren  ton  fluviol  6  ton  gralla  y  canta  ta  serena  a  la  llunî,  y 
quant  siguis  cansat  deixa  trillejar  el  rossignol  que  de  veu  celes- 
tialment  encantadorâ  gronxera  '1  teu  son  6  felis  pastor  que  no  saps 
coneixer  ta  ditxa. 

J.    DE    SaNT-SalVADOR. 

Extrait  de  mil  y  un  pensaments 


La  félicitât   es    un    somni    de  color  de  rosa  :   Dormint  la  vegéu 
y  la  toquéu,  y  al  despertarnos  desapareix. 

La  félicitât  es  una  paraula  molt  bonica  que  'Is  homes  han  inven- 
tât pera  explicar  lo  que  no  comprenen. 


Fcsta-Major 


.^'-i» 


(Suite  et  fin) 


El  Conh'apàs 


(>] 


Homes  d'edat  i  minyons,  tots  en  reng, 

fan  cadena. 
A  cada  cap,  un  vell  escardalenc, 

cl  bal)  mena. 
Sona,  flaviol  !  Pega  un  cop,  tabalet  ! 
Zup.  Cadahù  salta  corn  miquelct. 


Maneja,  joglâ, 

ta  prima  o  tenora  ! 

Un  peu  d'hortolà 

sab  vola  ; 
es  fort  com  son  braç, 
no  s  cansa  en  una  hora, 
ni  s  queda  detras  ; 

ja  veuras  ! 

Marca  el  refilet 

son   brinco  de  cabra, 

son  remingolet, 

son  doblet. 
Hé,  quin  focerô  ! 
Té  ferreny  com  abre, 
cordât  d'csparrô 

el  garrô. 


N'hi  ha  prou  d'aqucix  ban  ; 
a  tu,  cap  d'esquerra  ! 
1  de  ponent  van 

a  llevant. 
El  nou  capitâ, 
celôs,  son  joc  serra  ; 
els  peus,  ta-ca-tà, 

fa  petâ. 

Deu  meu  !  que  bellô  ! 
Es  cadena  folla, 
on  cada  grillô 

vol  millô 
drincar  que  1  veï. 
Tothom,  dins  la  colla, 
tant  bé  qu'obeï, 

sab  11  uï. 


L'orquesta  s'ha  parât.  Ara  el  flaviol  tritlleja  tôt  solet,  scnse 
cap  ni  centener  ;  fa  tut-tu-rut-tut,  a  temps,  a  contra-temps. 
N'aprofita   un   cap    de  colla,  plé  de   délit,  per  desllorigar-se  com 


(  I  )  Les  strophes  qui  suivent   sont  exactement  rythmées  d'après  les  deux 
airs  fondamentaux  du  Contrapis. 


—     142     — 

un    orat.    La    gent   sel    mira,    embadalida.    Malhaja  1    flaviol,   que 
acaba  tant  aviat  son  monôlec  estrambôtic  ! 

Un  ûltim  refilet.  El  tambori  da  un  cop  sec,  i 

Torna  a  bufà  1  brau  joglar.  La  suô 

li  regala. 
Com  reb  de  terra  un  poquet  de  saô 

la  cigala, 
entre  dos  temps  moDa  l'inxa  i  1  canyô, 
repren  sa  frase  ;  ala  î  Sona,  minyô  ! 


l  De  quin  IJunyà  fosc 
vens,  severa  dança ? 
l  Te  trobà  en  un  bosc 

poble  tosc, 
entorn  d'un  vell  faig 
saltant  d'alegrança, 
mentre  1  sol  de  maig 

vcssa  a  raig  ? 

l  Potser  vas  eixî 
en  festa  de  guerra  ? 
sovjnt  balla  aixî 

el  butxî, 
l  O  dius  l'abundô 
de  la  mare-terra 
que,  en  Hoc  de  cardô, 

blat  ens  dô  ? 

l  Guiaven  tos  bots, 
prop  l'ara  de  pedra, 
resos  de  dévots 

Sacerdots, 


vestits  de  lli  blanc, 
el  front  cenyit  d'hedra, 
dins  un  huma  flanc 
pouant  sang  ? 

l  Ton  ritme  bonic 
el  carro  scguîa 
duent  a  l'abric 

l'esplet  rie?... 
Si,  si  ;  no  mes  rius  ; 
la  sana  alegrîa 
del  camp  tu  nos  dius 

en  salts  vius  ! 

Aixî  s  compren  pla 
que,  a  la  moda  vella, 
del  temple  al  replà 

el  joglà 
menés  amb  fervor 
eixa  dança  bella, 
tots  cantant  en  chor 

de  tôt  cor. 


Mes  ai  !  La  senziJla  armonia  ha  fet  son  temps.  Renyit  primet 
amb  Deu,  oh  tant  noble  contrapas,  liuny  de  l'iglesia,  sus  la  plaça 
del    poblet  has  retirât  ton   brincar  tornat  inespressiu.   1  eis  anys 


i 


-   ,43   - 

t'han  sigut  funcstos.  Les  dances  forasteres  t'arrcconcn  poc  a 
poc,  com  vellet  que  no  s  mou  pus  del  cantô  de  la  Uar.  Casi  fas 
dol,  per  tant  que  forcegin  els  musics.  Te  ballen  pocs,  vcrgonyo- 
sos,  enrampats. 

Amb  tôt,  si    bé  revellit,  el   teu  ritme  original  encara  ens  roba 
Is  sentits,  perqué 

vol  qu'oblidcm,  ton  goig,  el  temps  que  fuig  ; 

de  la  vida 
ton  cant  festivol  esbrava  l'enuig 

i  ns  convida 
a  fer  bon  ull  a  un  segle  eixarreït, 
contents  dient  :  «    Sigui  Deu  beneït  !  » 


Cantes  germanor, 

mes  que  vais,  ni  polques  ; 

no  téns  sols  finor, 

tcns  honor. 
No  Digues  jovent, 
mes  pobles  rcmolqucs  ; 
apartés  rabcnt 

tôt  mal  vent. 

Alênes  bondat  : 
poses  rie  i  pobre 
costat  a  costat, 
apretat  ; 


cadû  pesant  just 
del  seu  prôxim  l'obra, 
van  plegats,  sens  sust 
ni  disgust. 

Ai  !  En  mes  anem, 
com  les  dures  feres, 
dels  cels  que  prenem, 
ens  torncm. 
Doncs,  oh  contrapas, 
afcrra-ns  de  ver  es  ; 
fes-lo  bcn  tenaç 
el  teu  llaç  ! 


Balles 


Entretant,  bons  moços, 
amb  moces  volteu  ! 
Fregant  vostres  cossos, 
la  veu  escolteu, 
veu  temptadoreta 
que  als  ulls  porta  foc 
i  al  cor  fa,  discreta, 


un  suau  toc-toc  ! 
Llisqueu  la  mazurca, 
la  scôtix,  el  vais  ! 
l  Que  hi-fa  si  us  llurca 
ôdi  de  rivais  ? 
Juntada  parella 
del  gelôs  se  riu, 


—  144  — 
h  la  sorda  orella  boi  fent-li  l'ullet, 

i  roda  amb  mes  briu.  ell,  dolça  penyora, 

Denprop,  a  la  vora,  li  da  un  rameJlet... 


Sarau 


Vingut  el  propici  Son  braç  l'encadena. 

visllum  del  sarau,  De  carré  a  carré 

llunyet  del  bullici  poc  a  poc  la  mena, 

no  se  que  Is  atrau.  i  ella  no  diu  ré. 

Mentre  1  bail  s'anima  Ja  son  fora  el  poble. 

al  mes  fosc  cantô.  No  s'ou  cap  remor. 

manyaguet,  l'arrima,  El  llaç  s'ha  fet  doble. 

li  roba  un  petô.  Es  l'hora  d'amor... 

El  vilatge  es  en  rebombori. 
Tôt  es  desgavell  i  desori. 
Ja  té  1  borratxo  cori-mori. 
El  violî,  per  mes  que  plori, 

fa  botejar. 
S'ha  tornat  el  bail  sarabanda. 
Ara  tothom  crida  y  comanda. 
Se  tiren,  folls,  de  cada  banda. 
L'avi,  que  s  sent  boca  gormanda, 

vol  festejar  ; 

palpa  la  veïna  a  la  cuixa, 
una  floreta  al  coll  li  fuixa. 
Sembla  que  calcom  els  embruixa. 
Del  prestatge  un  nin  els  arruixa 

a  veire  plé... 
La  mare  ha  descuidat  sa  filla  ; 
per  ballâ  arregla  sa  faldilla  ; 
mes  esquiva  i  llesta  que  guilla, 
salta,  com  quan  guapa  pubilla, 

a  perdre  aie. 


-    .45   - 

El  tio  fadrî,  que  a  la  moda 

va  vestit  i  no  té  la  goda, 

convida  sa  jove  neboda, 

i,  encar  que  grisenc,  roda  i  roda 

com  un  rodet. 
Entre  Is  peus  corre  la  mainada, 
com  esparverada  manada 
de  xajs  pel  bosc  abandonada. 
Tampoc  per  eJls  l'hora  es  sonada 

d'anà  al  Jlitet... 

Eixa  borratxera  de  festa 
toca  l'un  i  l'altre  ;  no  llesta  ; 
agarra  jove  i  vell,  com  pesta... 
Aixi  la  njt  s'escorre,  llesta, 

saltant,  cantant. 
Segueix,  esblaimada  i  rodona, 
la  Lluna,  alla  dalt,  fent  la  mona, 
mentres  de  les  granyotes  sona 
la  veu  de  nas,  prima  o  pregona, 

pel  fosc  voltant. 

Pren  tos  plers,  bon  paisà.  Prou  els  mereixes. 
l  Que  hi  fa,  si  no  es  afinadet  ton  gust? 
El   malestâ  orgullôs  als  altres  deixes. 
Tu  sabs  el  ver  repos.  Tôt  ho  veus  sempre  just. 

Fumarada  son  tos  déports,  no  vici. 
Si  aigu  sen  riu,  es  son  seny  contrafet. 
I  Vés  menyspresant  l'hipocrit  artifici, 
i  siguis  natural,  aixî  com  Deu  t'ha  fet  1 

Desprès  la  festa,  al  camp,  com  un  dimoni, 
t'afanyaras  a  furgar,  mai  cansat. 
;  Que  la  salut  i  moites  festes  Deu  te  doni  î 
I  tu,  la  tradiciô  gu^.rda  del  temps  passât  ! 

(Desembre  1910).  -  Pau    Berga, 


Textes  catalans 

Ils  ont  justement  à  s'occuper,  immédiatement,  d'affaires  graves 
et  pressantes  :  La  guerre  a  éclaté  ;  iennemi  (c'était  alors  le 
Français)  est  près  de  Salces  et  se  dispose  à  envahir  le  pays  ;  Elne 
est  sans  défense  et  exposée  à  toutes  les  entreprises  ;  le  17  août 
J597,  le  Conseil  délibère  sur  cette  situation,  et  voici  le  compte 
rendu  de  M'   Cazadamont  : 

«  Fou  resolt  que  encontinent  en  haver  dinat,  sens  mora 
ni  tardansa  alguna,  los  dalt  dits  mossen  Matheu  Cazadamont  y 
Antoni  de  Sant-Marti  ab  molta  promptitut  y  prestessa,  per  lo  be 
comu  y  utilitat  de  la  Ciutat,  se  transfereschan  en  la  vila  de  Pcr- 
penya  y  explican  al  S"  Don  Fernandez,  capita  gênerai  per  sa 
Majestat  en  lo  castell  major  de  la  vila  de  Perpenya,  per  part  de 
la  dita  Ciutat,  fos  de  son  servey  ajudar  y  afavorir  a  la  dita  Ciutat, 
al  menys  per  al  présent,  de  vint  y  sinch  soldats  per  obs  de  la 
deffensa  de  dita  Ciutat,  y  axibe  manar  nos  provahir  de  monitions 
per  ha  resistir  als  desanamichs  de  la  santa  fe  catolica,  lesquals  ab 
animo  obdurat  he  induits  del  maligne  esperit,  determinaven  pera 
lur  determini  de  intrar  dins  de  la  dita  Ciutat  y  apoderarse  deella, 
lo  que  N.-S"  Deu,  per  sa  misericordia  y  clementia,  nols  ha  donat 
tal  poder  :  Abtant  dit  S"  Capita  gênerai  feu  de  resposta  als  dits 
Cazadamont  y  Sant-A\arti  que  lo  endema,  que  era  dilluns,  tor- 
nassen,  que  ell  manaria  se  donassen  les  provisions  necessaris  per 
obs  de  la  deffensa  de  la  dita  Ciutat,  y  que,  en  lo  entretant,  sen 
amenan  vint  y  sinch  homens  ;  y  aixi  de  ffet  sels  ne  amanaren.  Y 
lo  endema,  que  era  dilluns  que  comptaven  als  desavuyt  del  pré- 
sent y  corrent  mes  de  agost  del  présent  any  1597,  dits  Caza- 
damont y  Sant-Marti  se  transferiren  en  la  vila  de  Perpenya  per 
obs  de  rebre  la  monitio  lo  S  '  Capita  gênerai  los  havia  promesa  ; 
loqual  dona  en  nom  de  la  dita  Ciutat  sinquanta  piques,  quaranta  y 
dos  archabussos  de  milla?)  ab  sosflasquos  y  flasquillos,  y  un  baril! 
de  polvora  ;  losquals  archabusos  enviaren  de  davant  ab  dos  tragi- 
ners,  y  eils  se  atoraren  dins  lo  dit  Castell  major  fins  a  les  set 
hores  y  mija  de  la  tarda,  y  en  aquell  punt,  Deu  volent,  enviaren 
una  carreta  de  Elna,  laquai  ab  molta  diligentia  y  prestessa  carre- 


i 


—    147  — 

garen,  y  partiren  de  la  vila  de  Perpenya  a  les  vuyt  hores  de  la 
nit,  abtant  que  ab  dita  monitio  arribaren  a  EIna  a  les  dotze 
hores  de  la  nit. 

«  Y  a  cap  de  una  hora,  entre  les  dotze  hores  y  la  una  de  la  nit, 
entra  lo  camp  Frances  per  la  Salancha,  per  lo  présent  comptât 
de  Rosscllo  ;  loqual,  entre  la  infanteria  y  gent  de  cavall,  excedia 
en  numéro  vuyt  ha  deu  milia  homens  ;  lesquals  intrats  passaren 
per  a  la  volta  de  Torrelles,  Vilalonga  y  altres  lochs  de  la  Salan- 
cha, molt  dissimolats,  y  via  dreta  sen  anaren  per  ha  la  volta  de 
Perpenya,  y  volgueren  posar  un  morter  a  la  porta  de  Elna,  y  la 
guarda  los  descubri,  y  axibe  escalar  dita  vila  de  Perpenya,  y 
N.-S"  Deu  fonch  servit  que  lur  mal  intent  no  fos  complit  ;  y  de 
fet,  com  no  pugueren  sucsahir  ab  lur  mal  animo,  remateren  {?) 
com  uns  lahons  per  ha  la  volta  de  Vilalonga  y  Santa  Maria  de  la 
Mar,  y  axibe  volgueren  ha  remetre  contra  Canet  y  Ribesaltes, 
lochs  de  la  Salancha,  ab  lesquals  no  pogueren  prendre  peu. 

«  De  manera  que  si  dits  Cazadamont  y  Sant-Marti  no  hagues- 
sen  donada  la  pressa  tant  gran,  foren  estats  captivats  per  los  dits 
Francesos  y  molt  perillats  de  lurs  vides,  y  presa  per  dits  Fran- 
cesos  la  monitio  aportaven,  lo  que  tôt  aguera  redundat  en  molt 
grandissim  dany,  pernicie  y  inutilitat  de  la  dita  Ciutat.  Lesquals 
monitions  foren  aportades  dins  de  la  Ciutat,  y  aquelles  donades 
a  bon  compte  a  los  particulars  de  la  Ciutat  afi  que  les  restitues- 
chan  sempre  (que  seran)  demanades  :  loqual  servescha  per  memo- 
ria  y  exemplar  als  qui  son  vuyn  en  la  dita  Ciutat  y  per  lo  esdeve- 
nidor  seran.  » 

L'on  voit  que  le  notaire  l'avait  échappé  belle,  et  l'on  peut 
croire,  a  son  écriture  (car  c'est  lui-même  qui  raconte  sa  misssion) 
qu'il  tremblait  encore  un  peu  au  souvenir  du  danger  qu'il  avait 
couru. 

Le  douze  octobre  suivant,  il  restait  encore  des  mesures  à  pren- 
dre. Le  Conseil  se  réunit  (dans  le  cloître)  et  décide  :  «  Attes  siem 
en  temps  de  guerra,  y  la  Ciutat  sta  desprovehida  de  monitions, 
piques,  polvora,  archabussos  y  altres  coses  ;  que  per  obs  de  com- 
prar  polvora,  que  la  Ciutat  no  se  empenya  en  ninguna  manera, 
sino  que,  pus  Mons'  Rev""  fa  la  merced  a  la  Ciutat,  per  ser  sa 
gria  Rma  Senyor  de  les  causes  (pies),  y  que  aquell  se  acontenta  y 
posara    son    décret    episcopal,  perque    los  dines    son   vuyn    en   la 


—    148  — 

caxia  de  la  Alatricula  de)  Consel  de  la  Ciutat  ques  prenguen  y 
de  aquells  sen  compre  polvora,  tant  quan  bastaran,  per  obs  de 
fer  resistencia  ai  desanemich,  franch  desanemich  de  la  santa  Fe 
catolica,  loqual,  induit  del  maligne  esperit,  camina  de  intrar  per 
lo  comptât  de  Rossello  ab  molta  gavaudaria  (1),  desanemichs  y 
tirans  de  la  sancta  Fe  catolica  y  nostros  ;  y  pus  que  sa  S"^  R'"* 
ha  manat  fer  quatre  quintars  de  polvora  en  la  ciutat  de  Girona, 
ques  prenga  dita  polvora  y  ques  porta  en  Elna,  y  de  dines  dcl 
Spital  ques  pague,  y  que  ell  posara  son  décret  y  autoritat  en  una 
sup(lica)  se  li  ha  (stat)  prcsentada  en  nom  de  la  Ciutat  ;  y  que 
may  la  Ciutat  ne  tendria  trecas  (?i  alguns,  sols  se  traguessen  per 
obs  de  comprar  dita  polvora  per  deffensa  de  la  Ciutat  (contra)  al 
desanamich  Frances.  (Y  fouch  resolt)  ques  fassa.  pus  serveix  per 
una  cosa  tant  bona  com  aqueixa,  y  ques  fassa  ab  molta  dili- 
gentia  y  sens  tardansa  alguna,  y  sis  pot  fer  vuyn  que  no  se  es- 
péra dema,  y  que  (marxa)  un  home  per  ha  Girona,  y  ques  porta 
djta  polvora  en  la  Ciutat  ab  molta  diligentia. 

«  Y  vuyn  que  comptam  als  quinze  del  présent  y  corrent  mes  de 
otobre  del  présent  any  1597...  de  ordinatio  de  la  S"*  de  la 
Ciutat...  (oberta)  la  caxia  de  la  Matricula  de  la  Ciutat  (se  es 
trobat...)  y  sis  lliures  desanou  sous...  laquai  quantitat..,  per  obs 
de  comprar  polvora  per  (raho)  de  la  guerra  ab  Fransa  y  Spanya, 
lo  dit  Mons"  Rév"  de  Elna  don  franch...  y  la  ha  commotada, 
per  ser  dita  quantitat  (dines)  de  causa  pia  y  dincs  dcl  Spital,  y 
no  vol  la  Ciutat  (ser)  obligada  en  ningun  temps  a  rcstituir  (dita 
quantitat)    al    dit    Spital  ;   y   aixi   dit  Mons"  posa  son   décret  per 

(1)  Mot  inconnu.  Comme  il  s'agit  des  Français,  on  est  tenté  de  le  rap- 
procher des  mots  gavatx,  gavatxeria,  gavoi,  dont  les  deux  premiers  servaient 
autrefois  en  Roussillon,  comme  aujourd'hui  encore  en  Catalogne,  à  désigner 
non  seulement  les  Languedociens,  mais,  plus  généralement,  tous  les  Français, 
et  le  second,  à  son  tour,  est  usité  en  Languedoc  pour  désigner  les  gens  de 
la  Lozère  qui  viennent,  au  temps  de  la  moisson  et  des  vendanges,  chercher 
du  travail  dans  le  bas  pays.  Pour  ces  mots,  tout  au  moins  pour  le  dernier, 
on  a  indiqué  l'étymologie  de  :  Gabali,  habitants  du  Gévaudan  (capitale 
Javols). 

Quoiqu'il  en  soit  de  ces  rapprochements,  comme  les  Français  avaient  laissé 
la  Réforme  prendre  pied  chez  eux,  l'invasion  des  Français  était  réputée  et 
est  représentée  ici,  avec  insistance,  comme  une  invasion  de  bandes  d'héréti- 
ques, oppresseurs  de  la  Foi. 


—   149  — 

obs  de  traure  dits  diners  (ab)  habundant  cautela,  y  traure  dita 
Ciutat  indempne  de  tôt  dany  que  per  lo  sdevenidor  pogue  suc- 
cehir  ;  y  aixi  dita  Ciutat  vol  y  enten,  y  Mons"  Rev"  fa  merced 
a  la  Ciutat  sien  commotats  en  comprar  polvora...  y  per  asso  ha 
posât  son  décret  y  autoritat.    » 

Le  i5  décembre  suivant,  nouvelle  réunion  du  Conseil,  cette 
fois  dans  l'église  Saint-Georges  de  l'hôpital  :  «  Attes  que  en  la 
vila  de  Coplliure  y  son  los  archabusos  de  la  Ciutat  de  Barsalona 
y  lo  S°'  Climents  Argalich,  notari  publich  de  la  vila  de  Perpe- 
nya,  en  nom  de  la  Universitat  de  dita  vila,  loqual  es  en  dita  vila  de 
Coplliure  per  obs  de  pendre,  per  la  deffensa  de  la  vila  de  Per- 
penya,  quatre  cents  archabussos,  y  la  présent  Ciutat  ne  ha  menes- 
ter  cent,  y  dit  M^"  Argalich  ha  dit  a  Mossell  lo  Consol  En  Deu- 
losal  que  ell  no  pendria  dits  cent  archabussos  que  primer  nos 
fassa  syndicat  per  amanllevar  aqueUs  y  fermar  ne  apocha,  y  obli- 
garse  de  restituir  les  o  pagar  les,..  Y  aixi  se  ha  resolt  ques  fassa 
dit  syndicat.  » 

Cette  dernière  résolution  ne  dut,  sans  doute,  avoir  aucune 
suite  ;  car,  )es  années  suivantes,  on  ne  trouve  trace,  au  registre 
que  des  42  arquebuses  rapportées,  de  la  Citadelle  de  Perpignan, 
par  M'  Cazadamont. 

Celles-ci,  par  contre,  allaient  longtemps  encore  faire  parler 
d'elles  et  mettre  les  Conseils  de  la  Cité  dans  l'embarras.  Voyons 
de  suite  leur  histoire. 

L'on  trouve,  en  1602,  cette  déclaration  des  Consuls  sortants: 
«  Attes  que  ells  eran  encarregats  de  quaranta  y  dos  archabussos 
ab  les  flasques  y  flasquillos,  desquais  archabussos  ni  falta  hu  y 
aquell  s'es  encomanat  a  P.  Prospéra,  y  de  sinquanta  piques  y  un 
barril  de  polvora,  ells  sen  descarregan,  y  aixibe  les  Consols  que 
son  vuyn  ne  encarregan  la  Ciutat.   » 

En  iboS,  même  compte  ou  à  peu  près  :  «  Quaranta  y  un  ar- 
chabus  ab  ses  fiascos  y  flasquillos,  dempto  que  y  falta  un  fiasco  y 
fiasquillo,  y  très  botas  de  polvora.  » 

C'est  en  1606  que  commence  la  tablature.  Le  Consul  en  chef 
expose  :  «  Estos  dies  proxim  passats,  son  stats  interpellits  per  lo 
S"  Don  Caries  Coloma,  capitâ  gênerai  per  sa  Majestat  que  do- 
nassen  compta  y  raho  dels  archabussos  que,  al  temps  de  la  guerra 
del  Frances,  te  presas  d*  Ciutat  :   ha  (stat)  resolt  y  conduit  ques 


—   i5o  — 

parle  ab  lo  S"  Don  Caries,  y  ab  tota  la  maduressa  dcl  mon  se  li 
parle,  dient  li  ab  los  trabals  sta  vexada  la  Ciutat,  y  que  tinga 
admiracio  en  ella  ;  y  quant  no,  que  se  li  fassa  la  cara  quai  de 
dret  sera  iicit  y  permes  fer.  »  Réponse  curieuse  et  énergique  ! 
On  estimait  avoir  assez  souffert  pour  mériter  de  ne  pas  être  des- 
saisis de  cet  armement. 

L'on  put,  pendant  un  certain  temps,  croire  la  question  enterrée, 
mais  il  n'en  était  rien  ;  l'administration  royale  ne  la  perdait  pas 
de  vue  ;  le  fisc,  surtout,  ne  lâchait  pas  prise  aussi  facilement. 
Elle  fut  réveillée  longtemps  après,  au  moment  le  plus  inattendu. 

Voici,  pour  les  arquebuses  d'abord,  une  délibération  de  i6)3: 
«  En  dies  passats,  quant  vingue  Alfonso  Corso  (i)  en  lo  camp  de 
Vanosga  (?),  la  Ciutat  prengue  per  raho  de  prestis  quaranta  y 
dos  archabussos  de  munitio,  ab  fiasco  y  flasquillo,  y  tambe  sin- 
quanta  picas,  lesquals  deixa  Don  Ferrando  de  Toleda  com  ha 
capita  gênerai  era  les  hores  de  les  présents  fronteres  ;  Y  ara  es 
vengut  un  officiai  de  Barsalona  contra  les  Universitats,  ab  una 
executio  demanant  los  arcabussos  ;  y  aixi  (se)  demana  (al)  Con- 
seil, atento  que  la  Ciutat  y  los  habitants  de  aquella  no  estan 
molt  provesits  de  aquells,  si  sera  be  que  d»  Ciutat  sels  prenga  ; 
y  per  quant  no  tindra  lo  diner  per  pagar  aquells,  ques  veya  a 
quines  persones  y  haura  que  ja  no  tenguen  armes  y  sien  per  pagar 
aquelles,  y  que  sels  done  un  arcabus  a  quiscu,  ab  promesa  de 
pagar  aquells  dins  lo  temps  que  los  S°"  de  Consols  podran  alcan- 
sar  del  Vesedor  (2)  ;  y  que  les  sinquanta  piques  si  sera  be  se 
tornen  ;  y  que  dits  S°"  de  Consols  tractan  ab  lo  Vesedor  per  quin 
preu  ;  han  dit  nos  podien  dexar  menos  de  quaranta  quatre  reals, 
conforme  los  fa  pagar  lo  Rey. 

«  (Y  fonch  resolt)  que,  atento  que  la  Ciutat  nécessita  de  dits 
arcabossos  y  de  présent  no  te  lo  diner  pera  pagar  la  suma  de 
aquells,  y  en  la  Ciutat  y  haura  alguns  particulars  que  no  tindran 
armes,  ques  fassa  ressenya,  y  ques  veja  quines  persones  seran  y 
tindran  a  pagar  aquells,  y  que  sels  done  un  arcabus  per  preu  de 
dits  quaranta  quatre  reals,  conforme  stan  consents  dits  S°"  de 
Consols  a  pagar  aquells,  dins  lo  temps  que  los  aparra  a  ells  ser 
mes  oonvenient,  affi  que  dita  Ciutat  non  rebe  dany  aigu  ;  y  que  per 

(i;  Capitaine  au  service  du  roi  de  France, 
(a)  Contrôleur. 


—  .5i   — 

asso  vajen  los  S°"  de  Consols  dema  en  Perpenya,  y  que  prome- 
ten  de  pagar  la  soma  de  dits  arcabussos  lo  que  pujaran,  obligant 
ne  los  bens  de  la  Universitat  ;  y  per  les  piques,  que  les  tornen 
a  dit  Vesedor,  que  no  son  de  tanta  nécessitât. 

a  Y  al  j5  de  fabrer,  any  i6i3...  se  restitUiran  al  S"  Carnero, 
Contador,  com  a  procurador  del  Rey  nostre  S",  les  pichas  ténia 
la  Ciutat  d'Elna  del  Castell  maior  de  Perpinya  ;  lesquals  sin- 
quanta  pichas  te  rebudas  ab  apocha  presa  en  poder  de  M"  Pera 
Barax  y  Tribera,  notari  de  la  vila  de  Perpinya  ;  y  se  posaran  al 
magatsem  de  Sant-Joan  junt  a  la  moralla.  » 

Et  voici  pour  !a  poudre,  quelques  mois  plus  tard  :  «  Ha  vin- 
guda  una  carta  de  Francisco  Carnero  en  que  demana  (la  polvora) 
que  la  Ciutat  prengue  en  lo  any  1597  "l"^  entra  Alfonso  Corso 
en  lo  présent  comptât  de  Rossello,  laquai  se  prengue  per  deffensa 
de  dita  Ciutat,  laquai  polvora  pasava  alguns  dos  cents  reals... 
(Fonch  resolt)  que  vaja  dema  lo  Consol  segon  a  suplicar  al  dit 
Carnero  ques  servesca  en  acomodar  d^  Ciutat  que  se  aguarde  ;  y 
entretant  que  se  scriga  una  carta  à  Barsalona  al  S"  M"  Rollan  (i) 
pera  que  suplique  al  S"  Virrey  per  veure  si  hauria  remey  que 
afranquis  dita  polvcra,  o,  sino,  si  haura  remey  que  se  li  fassa 
obligatio  a  pagar  dins  sert  temps.  » 

Nous  ne  savons  quel  fut  le  sort  de  cette  supplique  :  Quant  aux 
arquebuses,  elles  furent  distribuées  ;  mais  leur  paiement  n  alla 
pas  sans  difficultés  ainsi  que  le  prouve  cette  décision  ultérieure  : 
«  Atento  en  dies  passats  se  son  donats  los  arcabussos  a  moites 
persones  pobres,  que  aquells  sien  donats  altre  vegada  a  persones 
que  tenen  que  pagar,  no  obstant  que  tingan  armes,,  per  a  que  ab 
mes  facilitât  se  puga  a  cobrar  lo  diner  de  aquells.  » 

♦ 

Cette  question  d'armement  nous  amène  à  relever  de  suite  quel- 

(i)  Michel  Rollan,  docteur  en  droit  civil  et  droit  canon  {utriusque  juris) 
conseiller  au  Royal  Conseil  civil  de  Catalogne  1  T{eal  Audientia),  probable- 
ment originaire  d'Elne,  où  il  y  a  eu  un  notaire  de  ce  nom  i  i566)  et  où  il 
possédait  des  propriétés,  notamment  le  mas  J^ollan,  (plus  tard,  mas  Calmèles). 
Défenseur  des  intérêts  de  la  Cité.  Mort  à  Barcelone  en  jésS,  transporté  à 
Elne  et  enterré  dans  l'église  (chapelle  Sainte-Anne).  Sa  femme,  issue  de  la 
famille  Pol  y  Oris,  d'Elne  et  Barcelone,  avait  été,  aussi,  l'année  précédente, 
transportée  et  enterrée  à  Elne. 


—     l52     — 

qucs  indications  épisodiques  du  registre  concernant  les  canons  de 
la  Cité  (i). 

En  1604,  nous  y  rencontrons  l'ordre  ci-après  (en  castillan): 
«  Ymporta  al  servicio  de  Su  Majestad  que,  vista  la  présente,  sin 
replica  alguna,  entreguen  al  capitan  Pedro  de  Léon  Peralta, 
tinyente  de  gênerai  de  la  artilleria,  una  pececuela  (2)  de  las  qu'es- 
tan  en  esa  Ciudad,  pera  pedir  con  ella  acierta  parte  d'esa  fron- 
tera  que  la  nécessita  mucho  ;  y  assi  les  encargo  que  lo  agan  sin 
poner  dilacion  ni  aguardar  consulta,  perque  es  negocio  que  no  se 
pude  escusar.  »  Cet  ordre  est  transcrit  sans  aucun  commentaire  ; 
il  ne  laissait,  en  effet,  place  à  aucune  délibération. 

En  1606,  autre  incident  :  Les  Consuls  rendent  compte  que  : 
«  ells  son  anats  avuyn  die  présent  en  la  vila  de  Perpenya  acercha 
de  parlar  ab  Mons"  Rev""  Be  Elna  y  ab  lo  Rev'  Capitol  acercha 
que  lo  S"  Don  Carlos  Coloma,  capita  gênerai  del  Castell  major 
de  la  Vila  de  Perpenya  esforça  molt  a  las  veras  de  traure  una 
artillaria  de  las  grossas  de  las  duas  que  vuyn  son  en  la  d*  Ciutat; 
y  per  la  abstractio  de  aquella  dit  Mons"  Rev'"  y  Rev'  Capitol, 
conseniors  de  la  d^  Ciutat,  ho  privan  molt  a  las  veras  de  que 
dita  artillaria  nos  traga  de  la  Ciutat.  As  resolt  que  la  Ciutat  es- 
criga  al  S"  M"  Rollan,  y  Mossel  Consol  En  Morera  sia  servit  de 
anar  a  Perpenya  a  cobrar  les  cartas  de  dit  M"  Rev"  y  Rev' 
Capitol,  y  ditas  letras  cobradas,  que  de  prompte  se  envian  a  Bar- 
salona  a  sa  Ex  ellentia  (lo  Virrey),  y  se  procura  de  remey  oportu 
per  la  indempnitat  de  la  Ciutat.   » 

Nous  trouvons  enfin,  en  1 6  j  5,  une  réclamation  bien  tardive  et  bien 
inattendue  :  «  En  dies  passats  es  vingut  un  algutsil  del  Castell  ab 
un  mandato  que  pagues  la  Ciutat  vuyt  cents  réals  de  quatre  rodes 
diu  ha  preses  al  temps  de  la  guerra  de  Alfonso  Corso  ;  y  per 
quant...  consta  que  la  Ciutat  torna  dites  rodes...  y  no  te  altra 
cosa...  que  d»  Ciutat  sen  deffensa,  ates  ha  pagat.  » 

(M  suivre)  R.  de  Lacvivier. 

(1)  Un  inventaire  de  i5o5  indique  à  Elne  :  «  Dotze  pesses  de  matai, 
poques  y  grandes,  y  sinch  pesses  de  ferro.  (Voir  T(evue  dHisloire  el  d'Ar- 
chéologie du  J^oussillon,  juin  1901).  Nous  avons  déjà  publié  ici  même  {7{ev. 
Cal.  n°  47,  novembre  1910)  un  traité  de  1439,  pour  la  fabrication  de  trois 
canons,  en  plus   de  ceux   que  la  Cité  possédait  déjà. 

(a)  Petite  pièce. 


La  Langue  Catalane 

et  son  utilité  pédagogique 

CtS-®^r3  {Suite) 

11™'  LEÇON   —  A  Valcncia 

Alegra  y  viva  tramontana, 
Que  per  la  terra  catalana 
Fas  volejar  l'aie  geJiu 
Del  nevâs  reblanch  y  altiu  ; 

Primes  y  manyagues  auJendres, 
Qu'à  les  envistes  de  Port-Vendres 
Vora  '1  mar  blau  vos  aplegueu 
Per  traspassar  lo  Pirineu  ; 

Allî,  cap  â  l'horta  florida 
Hont  Valencia  s'esta,  de  joyes  revestida, 

Duheu  l'abras  de  germanô 
Que  li  dona,  de  cor,  lo  llunyâ  Rossellô. 

Jules  Delpont. 
Explication  du  Texte 

Le  poète  charge  les  hirondelles  et  la  tramontana  d'apporter 
aux  catalans  de  Valencia  l'accolade  fraternelle  des  catalans  de 
France,  et  il  leur  fait  espérer,  là-bas,  un  séjour  enchanteur,  dans 
une  ville  riche  et  belle  entourée  de  jardins  fleuris. 

Vocabulaire 

volejar,  voltiger,  tourbillonner  aplegar,  réunir 

até,  haleine  traspassar,  franchir 

geliu.  glacé  de  joyes  revestida,  revêtue  de  joyaux, 

nevâs.  amoncellement  de  neige  parée 

reblanch,  d'un  blanc  immaculé  duheu,  de  dur,  porter 

altiu,  altier,  hautain,  fier  abras,     embrassement,     embrassade, 

primes,  fines  accolade 

manyagues,  douces,  familières  germanô,    pour    germanor,    fraternité 

aulendres,  hirondelles  llunyd,  lointain 

a  les  envistes,  en  vue,  aux  environs 


—    1  54  — 

Exercices 

Traduction  française  du  texte.  —  Aucune  difficulté. 

Composition  catalane.  —  Résumer  le  texte  en  un  courte  phrase. 

Composition  française.  —  Traduire  librement,  en  les  amplifiant, 
la  2'  et  la  3'  strophes.    Commencer  ainsi  :   O  vous,   hirondelles... 

Conjugaison  bilingue-  —  Verbe  Iraspassar  et  verbe  franchir  au 
passé  indéfini.   Conjuger  sur  ce  modèle  aplegar  et  réunir. 


Pa 


SSE   INDEFINI 


he  traspassat  (  i  )  j'ai  franchi 

has  traspassat  tu  as  franchi 

ha  traspassat  il  a  franchi 

havcm  traspassat  nous  avons  franchi 

haveu  traspassat  vous  avez  franchi 

han  traspassat  ils  ont  franchi 

Notes  grammaticales 

Formation  du  féminin  des  adjectifs.  —  En  général,  on  forme  le 
féminin  des  adjectifs  en  ajoutant  a  au  masculin. 

Ex.  :  prim,  fin  ;  prima,  fine. 
Alais     les    exceptions    sont    excessivement   nombreuses.     C'est 
ainsi  que  certains  adjectifs  forment  leur  féminin  : 
)*  en  changeant  e  zn  a  : 

Ex.  :  alegre,  joyeux  ;  alegra,  joyeuse. 
2*  en  changeant   u  en  va  : 

Ex.  :  viu,  vif;  vix'a,  vive. 
3'  en  changeant  t  en  da  : 

Ex.  :  ftoril,  reveslit  font  florida,  revestida. 
4*  en  changeant  ch  en  ca  et  en  ga  : 

Ex.  :  hlanch,  manyach  font  blanca,  manyaga. 
S°  en  changeant  ig  en  ja  : 

Ex.  :  roig,  boig,  font  roja,  boja. 
6°  en  redoublant  Vs  finale  : 

Ex.  :  espés  fait  espessa. 
y'  en  ajoutant  na  au  masculin  : 

Ex.  :  catalâ,  llunyâ.  font  catalana,  llunyana. 

Certains  adjectifs  restent  invariables: 

(  I  )  En  Roussillon  on  dit  plutôt  :  lom  traspaiial. 


—  i55  — 

r  Ceux   terminés  par   bl,    br,    pi,   et   en  général   ceux    qui   sont 
invariables  en  français. 

Ex.  :  noble,  célèbre,  simple,  jove,  grave,  il-luslre,  etc. 
1'  suau,  suave,  et  breu,  bref  ; 
3'  quelques  adjectifs  en  ant  et  en  ent  : 

Ex.  :  ignorant,  évident. 
4°  quelques  adjectifs  en  as  et  en  o$  : 

Ex.  :  cjpjs,  capable  ;  feros,  féroce. 
5'  les    adjectifs    terminés   par   al,  el,  il,  ol,    sauf  de    très   rares 
exceptions  : 

Ex.  :  gênerai,  fidel,  hutnil,  humble  ;  ombrivoï,  sombre. 
6'  les  adjectifs  terminés  par  ar  sauf  avar,  clar  et  car: 

Ex.  :  familiar,  elementar,  regular. 

7'  les  11  adjectifs  en  or  dont  voici  la  liste: 

anterior  citerior  exterior 

posterior  ulterior  interior 

superior  major  millor 

inferior  menor  pitjor 

8*  l'adjectif  ^r<j«. 

Remarque.  —  Les  adjectifs  gran  et  petit  se  placent  généra- 
lement après  le  nom. 

Ex.  :  el  carrer  gran  de  la  Real,  el  carrer  petit  de  la  Real. 

Mais  en  français  il  faut  traduire  par  :  la  grande  rue  de  la  Real, 
la  petite  rue  de  la  Real. 

De  même  on  ne  doit  pas  dire  :  la  rue  grande  Saint-Martin,  la 
rue  grande  de  la  Monnaie,  la  rue  petite  de  la  Monnaie,  la  rue 
grande  Saint-Jacques  mais:  la  grande  rue  Saint-Martin,  la  grande 
rue  de  la  Monnaie,  la  grande  rue  Saint-Jacques  (ou  rue    Llucia). 

De  même  encore  pd  petit  se  traduit  par  :  petit  pain  et  non 
par  :  pain  petit. 

Dans  les  adjectifs  cara-brut,  cara-grog,  panxa-content,  cama-curt, 
cama-torî,  cama-llarch ,  closca-moll ,  etc.,  qui  comprennent  un  nom 
suivi  d'un  adjectif,  l'adjectif  indique  seul  la  qualité  tandis  que  le 
nom  précise  l'endroit  :  cara-brut  signifie  brut  de  la  care,  panxa-con- 
tent, content  de  la  panxa,  etc. 

Au  féminin  on  dit  cara-bruta,  panxa-contenta,  etc..  bruta  et 
contenta  qualifiant  toujours  la  personne  et  non  la  cara  ou  la  panxa. 

Aussi  est-il  préférable  de  supprimer  le  trait  d'union  et  de 
réunir  les  deux  mots  en  un  seul. 

Ex.  :  la  meua  mare  es  tota  cabellblanca. 


—   i56  — 

12-"^  LEÇON  —  Misela 

Anava  vestida  d'unes  faldillcs  de  sarguill  raspat,  d'un  cos 
del  mateix  tros  y  d'un  mocadonet  de  cotonada.  Als  peus, 
en  tôt  temps^  hi  portava  esclops  ferrats,  d'aquejls  esçlops 
de  nas  que  ')s  pagesos  se  fan  ells  mateixos,  els  dies  d'hivcrn, 
quan  la  neu,  la  pluja,  les  rufaques  ô  les  gelades  els  obliguen 
à  s'estar  dedins.  Era  sempre  cofada  d'una  topjna  blanca  que 
s'estacava  sota  de  les  barres  y  que  deixava  penjar,  esquena 
avall,  una  llarga  cabellera  mal  pentinada  y  tant  negra  com 
l'ala  d'un  corb.  Quan  sabreu  que  la  Miseta  ténia  'Is  ulls 
blaus  y  la  cara  torrada  pel  sol  y  pels  ayres  tant  vius  de  les 
altures  ahont  vivia,  la  tindreu  présent  y  vos  fareu  cârrech 
de  tôt  ella  com  si  sempre  l'havieu  coneguda. 

E.  Caseponce,  Contes  vallespirenchs. 

Explication  du  Texte 

L'auteur  nous  fait  ici  le  portrait  de  Miseta  qui  est  le  principal 
personnage  d'un  de  ses  contes  catalans.  11  nous  décrit  d'abord 
ses  vêtements,  puis  sa  chaussure  et  sa  coiffure,  enfin  sa  chevelure, 
ses  yeux  et  son  teint.  Et  il  conclut  en  disant  au  lecteur:  <  Main- 
tenant vous  devez  la  voir  comme  si  elle  était  devant  vous  ». 

Vocabulaire 

anava  vestida,  elle  était  vêtue  esquena  avait,  le  long  du  dos 

f^aldilîes,  jupe  cabellera,  chevelure 

sarguill,  grosse  étoffe  de  laine  pentinada,  peignée 

cos,  corsage  cara   torrada,   figure  brûlée,   brunie, 

tros,  morceau  basanée 

pagesos,  paysans  altures,  hauteurs,  altitudes 

rufaques,  giboulées  vos  farreu  cârrech,  vous  vous  rendrez 

s'estar  dedins,  se  tenir  enfermés  compte,  vous  aurez  une  idée  exac- 

topina,  coiffe  te,  vous  aurez  un  fidèle  portrait 

barres,  mâchoires 


-.57- 
Exercices 

Traduction   française  du   texte.  —  La  dernière  phrase  est  assze 

difficile  à  rendre. 

Composition  catalane.  —  Z/n  p^gès.  Vous  avez  vu  un  paysan 
achetant  un  cochon  au  marché.  Faites  son  portrait  en  suivant  le 
plan  du  texte.   Pensez  en  catalan. 

Composition  française.  —  Une  paysanne.  Vous  avez  vu  une 
jeune  paysanne  dans  une  ferme  des  environs  de  Perpignan. 
Faites  son  portrait  en  vous  servant  des  détails  du  texte.  Pensez 
en  français. 

Conjugaison  bilingue.  —  Verbe  porlar  et  verbe  porter  au  plus 
que  parfait  et  au  futur  antérieur  de  l'indicatif.  Conjuguer  sur  ce 
modèle  estacar  et  attacher. 

Plus-que-parfait   de   l'Indicatif 
"Verbe  portar  Verbe  porter 

havia  portât  j'avais  porté 

havies  portât  tu  avais  porté 

havia  portât  il  avait  porté 

haviem  portât  nous  avions  porté 

havieu  portât  vous  aviez  porté 

havien  portât  ils  avaient  porté 

Futur  Antérieur 

hauré  portât  j'aurai  porté 

hauras  portât  tu  auras  porté 

haura  portât  il  aura  porté 

haurem  portât  nous  aurons  porté 

haureu  portât  vous  aurez  porté 

hauran  portât  ils  auront  porté 

Notes  grammaticales 

Formation  du  pluriel  des  adjectifs.   —    En    général,    on    forme 
le  pluriel  des  adjectifs  catalans  en  ajoutant  s  au  singulier. 
Ex.  :  viu,  vif,  fait  vius,  vifs. 

Les  adjectifs  catalans  féminins  terminés  par  a  changent  a  en  es, 
Éx.  :  torrada,  brûlée  fait  torrades,  brûlées. 

d'où  il  résulte  que  les  adjectifs  féminins  en  ca  et  en  ga  changent 
ca  et  ga  en  ques  et  en  gués. 

Ex.   :  blanca,  Uarga  font  blanques,  Uargues. 


—   i58  — 

Certains  adjectifs  aigus  terminés  par  une  voyelle  forment  leur 
pluriel  en  ns. 

Ex.   :  català,  catalans. 

Certains  autres  terminés  par  s,  x,  sch,  si  forment  leur  pluriel 
en  os  ou  en  sos. 

Ex.  :  grandies,  grandiose  ;  gros,  gros  ;  felis,  heureux  ;  fluix,  faible  ; 
fresch,  frais  ;  trist,  triste  ;  font  au  pluriel  grandioses,  grossos,  feltssos,  fîuixos, 
frescos,  trist  os. 

Les  adjectifs  terminés  par  ig  précédés  d'une  voyelle  forment 
quelquefois  leur  pluriel  zn  jos.  Mais  on  peut  aussi  leur  appliquer 
la  règle  générale. 

Ex.  :  roig,  rouge,  fait  rojos  ou  roigs,  rouges. 

Degrés  de  signification  dans  les  adjectifs.  —  Dans  :  la  cabellera 
tant  negra  com  l'ala  d'un  corb,  tant...  com  se  traduit  par  aussi...  que. 

Aussi  n'est-il  pas  rare  d'entendre  de  la  bouche  même  de  personnes 

instruites  —  mais  pensant  en  catalan  —  des  phrases  comme  celle-ci  : 

Nous  sommes  aussi  forts  comme  vous 
au  lieu  de  :  Nous  sommes  aussi  forts  que  vous. 

Comme  en  français,  on  forme  le  comparatif  de  supériorité  et 
le  comparatif  d'infériorité  en  faisant  précéder  le  positif  de  mes 
ou  de  menas. 

Le   superlatif  relatif  (el   mes,  el  menos)  ne  prend   pas   l'article 

lorsque  le  nom  le  précède  immédiatement. 

Ex.  :  Saint-Jacques  est  le  point  te  plus  élevé  de  la  ville 
se  tradu-t  par  :    Sant-Jaume  es  d  punt  mes  ait  de  la  vila. 

Le  superlatif  absolu  s'indique  soit  par  le  positif  précédé  de 
l'adverbe  molt,  très,  soit  par  l'addition  dcissim  au  radical  du  positif. 

De  sorte  que  l'on  a  : 
)*  au  positif  :  La  seua  cabellera  es  negra 

1     de  supériorité  :  es  mes  negra  que 

2-  au  comparatif        d'égalité  :  es  tant  negra  com 

d'infériorité  :  es  menos  negra  que 

/  relatif:  es  la  mes  negra 

^°  an  «îiincrlatif    !  relatif  immédiatement  précédé  du  nom  :  es  la  cabellera  mès  negra 

I  absolu  avec  l'adverbe  :  es  molt  negra 

'  absolu  avec  la  finale  issim  es  negressima 

Remarque.  —  Alors  que  la  langue  française  n'a  conservé  que 
quelques  superlatifs  en  hsime  comme  richissime,  le  catalan,  à 
l'imitation  du  latin,  emploie  très  fréquemment  cette  forme. 

(A  suivre)  Louis  Pastre. 


LIVRES  ^  REVUES 


Dans  le  Télégramme  du  22  avril  dernier,  nous  avons  lu  avec  plaisir  un 
charmant  article  de  notre  ami  et  compatriote  M.  François  Tresserre  :  «  La 
Semaine  Utteraire  ;  Chroniquette  pour  Darling  :  Une  rencontre  ».  L'auteur 
y  transcrit  finement  des  impressions  de  Roussillon  en  Semaine  sainte,  et  y 
évoque  le  souvenir  de  tout  ce  qui  fait  chez  nous  le  caractère  pittoresque  de 
ce  moment  de  l'année,  les  visites  aux  a  monuments  »,  les  «  goigs  dels  ous  », 
et  même  les  traditionnelles  «  bunyetas  ».  M.  François  Tresserre  sent  admi- 
rablement la  beauté  captivante  de  notre  pays  et  sait  toujours  en  dégager 
avec  maîtrise  les  lignes  pures  et  artistiques.  Nos  félicitations  pour  ces  pages 
exquises  que  notre  collaborateur  aura  sans  doute  un  jour  l'heureuse  idée 
d'unir  en  volume  à  tant  d'autres  pages  déjà  parues  de  lui  sur  le  pays  catalan, 
l'âme  catalane,  nos  artistes  et  nos  poètes. 

Nous  aurions  dû  signaler  en  son  temps  la  publication  de  la  petite  plaquette 
de  Joseph  Aladern  Ortdgra|ia  catalana  iLliçons  concrètes  per  escriure 
correctament  en  català  ;  Reus,  Llovera,  58).  Bien  que  certaines  affirmations 
de  l'auteur  paraissent  très  discutables,  ces  vingt-et-un  chapitres  pourront 
vraiment  être  de  quelque  utilité  à  ce  «  piiblich  estudios  y  amant  de  la  puresa 
de  l'idioma  »  auquel  ils  sont  dédiés. 

Nous  avons  reçu  également  deux  volumes  de  vers  que  nous  devons  men- 
tionner ici  parce  qu'ils  contiennent  de  jolies  choses  :  Apol-Noi  de  Josep 
M»  de  Sucre  (Rambla  del  Mitg,  20,  Barcelona)  et  Passions  y  Sotnnis  de 
Joan  Malagarriga  (Carme,  18,  Barcelona).  Nous  espérons  avoir  un  jour 
l'occasion  d'en  donner  quelques  extraits  dans  nos  «  Pages  choisies  ».  Mais 
nous  tenions  d'ores  et  déjà  à  ce  que  nos  lecteurs  en  connussent  l'existence. 

h'Avenç  vient  de  réunir  en  un  volume  de  sa  collection,  sous  le  titre  de 
Questions  de  Gramatica  catalana  des  articles  de  Pompeu  Fabra  publiés 
successivement  dans  le  Poble  calald.  Ce  n'étaient  pas  des  articles  de  circons- 
tance et  leur  actualité  n'a  pas  disparu.  Tout  au  contraire  :  se  rapportant  les 
uns  à  des  aspects  généraux  de  la  langue  littéraire  actuelle  et  les  autres  à  des 
points  concrets  de  cette  même  langue  sujets  à  controverse,  jetant  enfin  une 
lumière  très  vive  sur  les  diverses  questions  linguistiques  traitées,  ils  continuent 
à  avoir  assez  d'intérêt  et  d'utilité  pour  ceux  qui  écrivent  ou  simplement 
lisent  le  catalan. 


—    j  éo   — - 

Dans  le  Poble  cataïà  du  22  mars  dernier,  nous  avons  pu  lire  un  article  de 
Manuel  de  Montoliu,  où  il  est  question  des  études  catalanistes  à  l'étranger. 
Le  passage  suivant  a  particulièrement  retenu  notre  attention  : 

«  La  filologia  românica  sofreix  avui  un  desplassement  sensible  ;  va  deixant 
la  Alemanya  per  concentratse  en  la  Suissa,  ont  s'apliquen  amb  tôt  el  llur 
alcans  els  nous  métodes  d'investigaciô  linguistica.  A  Alemanya  queden 
encara  'Is  grans  especialistes  del  francès  y  el  provensal  literaris.  Perô  el 
domini  de  les  llengiies  romaniques  vives  se  'Is  escapa  per  falta  de  material 
vivent  dialectal  ».  Suit  un  passage  très  sévère  sur  quelques-uns  de  ces  pro- 
fesseurs. Nous  nous  passerons,  bien  entendu,  de  tout  commentaire  à  ce 
sujet.  Cet  article  est  cependant,  croyons-nous,  l'indice  de  bien  des  choses... 

Per  la  Llengua  catalana. 

La  Diputacié  Provincial  de  Barcelona  vé  d'ampliar  l'Institut  d'Estudis 
Catalans,  en  créant  noves  seccions  de  Ciencies,  d'Estudis  filologichs,  y  d'Eî- 
pansio  da  la  llengua  catatana. 

Per  lo  que  toca  à  la  secciô  filologica, 

«  La  seua  missio  primera,  primordial,  es  descobrir  y  formular  les  lleys 
gramaticals  del  nostre  idiome,  escatir  y  fixar  les  sèves  formes  ortografiques, 
inventoriar  el  lexich  catalâ,  totalment,  integralment,  ab  filiaciô  etimologica, 
ab  notaciô  fonetica,  ab  totes  les  varietats  dialectals,  ab  la  evoluciô  historica 
dels  mots,  ab  l'aria  geografica  de  cada  un,  ab  la  expressiô  grafica  de  les 
coses  que  cada  paraula  ha  représentât  6  représenta,  ab  la  definiciè  cientifica 
de  les  mateixes. 

«  Tots  els  médis  edecuats  à  semblant  missiô  han  d'esser  usats  per  aquest 
Institut  :  investigaciûns  historicas  y  geografiques,  excursions,  estudis  fone- 
tichs  y  comparatius,  consultes,  informacions  publiques,  concursos,  organisa- 
cio  de  la  colaboraciô  en  totes  les  terres  de  llengua catalana,  desde  Perpinyà  à 
Elx  (provincia  d'Alicante),  y  desde  Fragâ  (de  Aragô)  à  Alguer  (deSardenyaj.» 

Du  Félibrige. 

Nous  lisons  dans  la  Revue  provençale  /'Eife//o,  n°  de  mai,  la  lettre  suivante  : 
Perpinyà,   11   d'abril  de  1911.  —  A  n' el  felibre  majorai  En  Prosper  Estieu, 

Molt  senyor  meu  y  mestre, 
Tinch  rebuda  la  seua  cartolina.  Li  estimi  l'interes  que  vosté  sempre  m'ha 
mostrat,  y  que  m'ha  ajudat  à  fer  lo  poch  que  som  fet  pera  '1  félibrige  ;  mes 
per  are,  cregui  que  no  es  de!  cas  m'elegir  Majorai.  Y  jo  també  li  dire  ben 
clar  y  ben  franch  entre  nosaltres  :  lo  nostre  cap  de  colla,  à  Rossellô,  es 
Mossen  Bonafont,  y  ja  fa  unos  3o  anys  !  Vostés  me  poden  pendrer  com  à 
caporal,  mes  me  poden  pas  fer  passar  devant  del  capitâ.  Jo  mateix,  faria 
trista  cara  devant  del  J^astorellel  de  la  vall  d'Jlrles,  essent  lo  seu  majorai  :  y 
aixo  no  pot  anar  per  mes  que  me  fassi  pena  de  no  complaurer  a  vosté. 

Donchs  ha  de  posar  à  l'Estelle  que  no  som  candidat,  sobre  tôt  qu'En  Ruât, 
En  Palay,  En  Vabre,  hi  tenen  mes  dret  que  jo. 
Tôt  aixo  s'hopr  inguipera  1  millor  intérèsdel  félibrige  à  Rossellô  y  passât  d'aqui 
Me  quedi  sempre  lo  bon  servidor  de  vosté,  J  ules  Delpont. 

Le  Gérant,   COMET.  — Jmprimerie  COMET,  8,  rue  Saint-Dominique,  Perpignan. 


5' Année.   11°  54  15  Juin   1911. 

Les   Manuscrits  non  insères 


Tc  sont  oas  renaus. 

Les  Articles   tjarus  dans  la   Revue 
1  engagent  ouc  leurs  auteurs. 


REVUE 

CATALANE 


Lisons  du  Catalan 

Le  Roussillon  est  depuis  quinze  ans  le  théâtre  d'une 
Renaissance  catalane;  nos  poètes  les  plus  inspirés  emploient 
volontiers  la  langue  de  leurs  aïeux  et  leurs  chants,  qui 
surprirent  d'abord,  sont  maintenant  recherchés,  attendus 
avec  impatience  ;  en  outre,  la  Société  d'Etudes  Catalanes 
recrute  toujours  de  nouveaux  adhérents,  son  influence  est 
subie  par  certains  qui  lui  furent  d'abord  hostiles  et,  ce  qui 
vaut  mieux  encore,  elle  est  ressentie  par  les  jeunes  qui 
sont  l'avenir,  par  le  peuple  qui  est  le  nombre,  qui  fera  le 
succès  ou  l'échec  de  la  tentative. 

Donc  les  résultats  sont  réels,  évidents  :  aveugle  qui  les 
nierait  ;  l'on  prétend  cependant  qu'ils  ne  correspondent 
pas  aux  efforts  dépensés,  à  l'éloquence  des  apôtres,  à 
l'enthousiasme  des  disciples;  d'abord,  dans  l'ordre  des 
idées,  la  semence  ne  germe  pas  immédiatement  :  il  faut  en 
jeter  des  boisseaux  et  des  boisseaux  sur  les  pierres  et  les 
buissons  des  chemins  ;  on  la  croit  perdue,  puis  un  matin, 
au  réveil,  l'on  trouve  une  moisson  abondante  et  magnifique, 
belle  au  soleil,  joie  des  yeux  et  réconfort  du  cœur.  Bien 
sûr,  nous  n'en  sommes  pas  là  ;  dans  le  champ  que  nous 
cultivons,  si  quelques  coins,  couverts  d'épis  dorés,  réclament 
la  faucille,  sur  la  plus  grande  étendue,  le  blé  sort  à  peine 
de  terre  et  l'on  se  demande  si  jamais  brillera  sur  lui  le 
soleil  de  juillet. 

Que  d'autres  s'en  étonnent,   j'estime  que  pour  ma  part 


—    ib7    — 

nous  ne  méritons  pas  davantage  ;  si  notre  propagande  n'est 
pas  plus  rapidement  féconde,  c'est  que  nous  ne  prenons 
pas  le  bon  moyen  pour  persuader  :  nous  ne  prêchons  pas 
d'exemple.  Je  m'explique:  nous  allons  par  les  plaines  et  les 
côtes,  les  vallées  et  les  sommets,  les  villes  et  les  bourgades 
du  Roussillon,  répétant  à  tous  :  «  Parlez  et  écrivez  catalan  !  » 
c'est  la  langue  de  vos  ancêtres,  elle  ne  pâlit  pas  auprès  des 
plus  belles,  elle  eut  jadis,  elle  a  de  nouveau  une  riche 
littérature.  Mais,  parmi  ces  missionnaires,  combien  en 
est-il  qui  cultivent  le  catalan  pour  eux-mêmes,  le  parlent 
dans  leur  intérieur,  l'écrivent  correctement,  étudient  et 
connaissent  vraiment  sa  littétature  antique  et  moderne  ? 
Que  penseriez-vous  du  lettré  français  qui  n'aurait  jamais 
lu  Rabelais  et  Montaigne,  Corneille  et  Molière,  Voltaire, 
Chateaubriand  et  Victor  Hugo  ?  drôle  de  lettré,  n'est-ce 
pas  ?  vous  lui  refuseriez  assurément  toute  compétence  dans 
la  langue  de  ces  grands  écrivains.  Eh  bien  !  les  catalans  des 
Pyrénées  septentrionales  sont  logés  à  cette  enseigne  ;  leur 
ignorance  des  chefs-d'œuvre  catalans  est  complète,  hon- 
teuse, et  les  malheurux  !  ils  ne  cherchent  pas  à  dissiper 
les  ténèbres;  ils  se  croient  savants  quand  ils  ont  lu  «  Oun 
Tal  ».  Je  ne  doute  pas  de  leur  amour  pour  la  vieille  langue, 
ils  l'aiment  comme  on  aime  une  mère,  d'un  culte  profond, 
irraisonné,  qui  plonge  ses  racines  au  fond  du  cœur.  Ce 
n'est  pas  assez,  nous  ne  sommes  plus  au  temps  où  la  foi  du 
charbonnier  en  imposait,  nous  voulons  tous  des  arguments, 
des  raisons,  des  preuves. 

Où  les  chercher  sinon  dans  la  littérature  catalane  elle- 
même  ?  Son  étrange  destinée  est  probablement  unique  dans 
l'histoire;  parmi  les  langues  romanes  issues  du  latin,  le 
catalan  atteignit  l'un  des  premiers  la  maturité  et  la  perfec- 
tion classiques.  C'était  au  xv*  siècle  quand  le  français  sortait 
à  peine  de  ses  langes  et  quand  la  grande  patrie  se  formait 
lentement  dans  les  luttes  contre  l'Anglais,  La  nation  ara- 
gonaise   dominait   la    Méditerranée,    ses    flottes    invincibles 


—   i63  — 

portaient  de  Barcelone  en  Afrique  et  au  Levant  ses  com- 
merçants habiles  et  entreprenants,  ses  chevaliers  intrépides 
et  conquérants.  La  langue  suivait  partout  les  fiers  étendards 
et  participait  par  une  merveilleuse  floraison  de  chefs- 
d'œuvre  à  la  brillante  expansion,  au  luxuriant  épanouis- 
sement de  toutes  les  forces  vives  du  pays.  Qui  donc  eût 
alors  marqué  des  limites  au  développement  de  l'idiome 
catalan?  qui  ne  lui  eût  pas  assigné  l'une  des  premières 
places,  à  côté  du  Toscan,  parmi  les  langues  des  peuples 
futurs  ? 

Hélas  !  un  seul  événement  arrêta  net  cet  incomparable 
essor  et  mit  un  terme  à  cette  gloire  ;  la  race  des  rois  d'A- 
ragon s'éteignit  et  leur  spectre  échut  à  des  princes  étrangers 
qui  parlaient  une  autre  langue.  Proscrit  par  les  souverains, 
les  grands  et  les  lettrés,  le  catalan  se  réfugia  dans  le  peuple 
qui  continua  son  usage,  !e  conserva  pieusement  et  purement. 
Quand,  au  commencement  du  xix^  siècle,  de  vaillants 
patriotes  voulurent  lui  rendre  sa  place  d'honneur,  ils  n'eurent 
qu'à  parcourir  les  villages  et  les  mas  de  la  montagne  ; 
partout  l'ancienne  langue  résonnait  à  leurs  oreilles,  rajeunie 
par  un  long  sommeil,  prête  pour  de  nouveaux  chefs- 
d'œuvre. 

Ceux  du  xv'^  siècle,  confinés  dans  les  bibliothèques,  sous 
la  poussière  et  les  toiles  d'araignées,  furent  exhumés  les 
uns  après  les  autres  ;  depuis  5o  ans,  un  certain  nombre 
d'érudits  les  ont  presque  tous  édités  à  nouveau.  Que  leur 
date  ne  vous  rebute  pas  ;  évidemment,  ils  sont  de  leur 
temps  et  n'échappent  pas  toujours  à  ses  défauts,  notamment 
à  l'étalage  d'une  fausse  science  et  aux  discussions  oiseuses 
de  la  scolastique,  mais  ils  n'en  sont  pas  étouffés,  ils  ne 
rebutent  pas,  et,  s'ils  exigent  un  effort,  ils  le  récompensent 
généreusement  comme  certaines  personnes  bien  nées  et 
mieux  douées  encore  :  plus  on  les  fréquente,  plus  on  veut  les 
fréquenter,  plus  on  se  plaît  dans  leur  compagnie.  D'ailleurs, 
ils  reflètent   exactement    l'âme  du   peuple   catalan    que    son 


—    1 64  — 

histoire  nous  déroule  à  travers  les  âges,  cette  âme  claire  et 
lumineuse,  souple  et  pénétrante,  pleine  de  force  et  d'éner- 
gie, accessible  à  l'enthousiasme,  mais  peu  encline  aux  rêves 
nuageux,  éprise  surtout  des  réalités  concrètes  et  sensibles. 

Votre  âme  et  votre  langue,  Roussillonnais  !  prenez  ces 
chefs-d'œuvre  et  lisez  ;  dès  que  vos  yeux  seront  habitués  à 
l'orthographe,  vous  serez  étonnés  de  votre  facile  compré- 
hension et  vous  éprouverez  quelque  chose  de  l'émotion  de 
l'enfant  prodigue  rentrant  au  foyer  paternel.  En  outre,  pour 
vous  autres,  cette  reprise  de  contact  avec  la  pensée  de  vos 
aïeux  sera  non  seulement  une  source  toujours  jaillissante  de 
plaisirs  intellectuels,  mais  peut-être  aussi  la  rupture  du 
mauvais  sortqui  depuis  trop  longtemps  condamne  votre  pays 
à  l'impuissance  littéraire. 

Quels  sont,  en  effet,  les  grands  écrivains  nés  en  Roussil- 
lon  depuis  quatre  ou  même  cinq  siècles  ?  La  réponse  n'est 
pas  douteuse  ;  aucun,  pas  plus  en  français,  qu'en  castillan 
ou  même  en  catalan.  Pourquoi  donc  ?  le  terroir  serait-il 
stérile?  Vous  ne  le  pensez  pas,  vous  avez  eu  certainen;\ent 
des  hommes  qu'ornaient  les  qualités  requises  ;  pour  quelles 
raisons  ont-elles  avorté  ?  Tout  simplement  parce  que  les 
lèvres  enfantines  balbutiaient  d'abord  le  catalan  et  que  les 
études  se  poursuivaient  ensuite  en  français  ou  en  castillan, 
parfois  dans  ces  deux  langues  ;  plus  tard,  les  lettrés  étaient 
vaguement  suspendus  entre  deux  ou  trois  idiomes,  incapa- 
bles de  ciseler  dans  aucun  la  forme  parfaite,  adéquate  à  leur 
pensée  ;  et  les  chefs-d'œuvre  qu'ils  conçurent  peut-être  ne 
sont  jamais  éclos. 

Chaque  langue  a  son  génie  propre  qui  exige  un  long  tra- 
vail de  la  mémoire  et  de  l'intelligence  ;  il  faut  apprendre  les 
mots,  leur  signification,  leurs  rapports,  leurs  combinaisons, 
les  idiotismes  nombreux,  d'un  emploi  si  déconcertant,  le  tour 
général  de  la  pensée,  le  rythme  des  phrases,  ce  je  ne  sais 
quoi  qui  ne  se  définit  pas  et  qui  creuse  cependant  des  abî- 
mes entre  les   divers   idiomes.   Au  sein  de  sa  nourrice,  sur 


—   j65  - 

les  genoux  de  sa  mère,  dans  ses  ébats  avec  les  camarades, 
l'enfant  amasse  et  classe  lentement,  par  une  réflexion  incons- 
ciente, passive,  les  matériaux  nécessaires  ;  son  cerveau  est 
comme  une  éponge  qui,  plongée  dans  un  liquide,  s'imbibe 
toute  entière. 

On  ne  recommence  pas  cette  patiente  initiation,  les  exem- 
ples sont  rares  des  écrivains  ayant  acquis  la  maîtrise  dans 
une  langue  qui  n'était  pas  celle  de  leur  berceau.  Dans  notre 
littérature  on  cite  trois  ou  quatre  étrangers  :  Hamilton  en 
est  sans  doute  le  plus  remarquable  ;  Chamisso,  le  célèbre 
auteur  de  Pierre  Schlemihl,  en  allemand  ;  Mariano  José  de 
Larra,  en  castillan,  sont  aussi  parmi  les  rares  exceptions. 
L'enfance  terminée,  on  apprend  une  langue  étrangère  pour 
les  besoins  de  la  vie  courante,  on  peut  la  posséder  suffisam- 
ment pour  apprécier  ses  auteurs  ;  encore,  le  plus  fort  com- 
met sur  ce  point  des  erreurs  grossières,  tel  Gœthe  plaçan-t 
Salluste  du  Bartas  à  la  tète  des  poètes  français  ;  on  ne  la 
parle  et  on  ne  l'écrit  pas  aussi  purement  que  les  indigènes  ; 
presque  toujours,  on  se  traduit  soi-même,  c'est-à-dire  qu'on 
exécute  à  la  fois  un  double  travail  :  conception  et  composi- 
tion d'une  part,  de  l'autre,  transcription,  recherche  d'une 
équivalence  dans  les  mots  et  les  phrases.  Les  idées  s'en 
ressentent  et  la  forme  encore  plus,  car  traduire,  c'est  sou- 
vent trahir,  toujours  affaiblir,  c'est  jeter  un  voile  plus  ou 
moins  transparent  sur  l'œuvre  déjà  écrite,  à  plus  forte  raison 
sur  celle  seulement  ébauchée  dans  l'esprit  ;  la  spontanéité 
et  l'originalité  ne  résistent  pas  :  tandis  qu'elles  s'enfuient, 
la  contrainte  et  la  vulgarité  s'empressent  d'accourir. 

A  bon  entendeur,  salut  !  Roussillonnais  qui  vous  endor- 
miez enfants  au  chant  des  berceuses  catalanes,  quand  vous 
employez  le  français,  toujours  quelque  chose  embarrasse 
votre  langue  et  paralyse  votre  cerveau  ;  l'outil  n'est  pas  fait 
pour  vous,  et  de  quelque  façon  que  votre  main  l'empoigne, 
il  n'obéit  pas  à  son  impulsion,  il  vous  paraît  manquer  de 
souplesse  et  de  solidité  ;   en  vain  vous  vous  entêterez  :  trop 


—   i66  — 

tard,  vous  resterez  maladroits  !  Votre  outil  à  vous  autres, 
c'est  le  catalan,  le  catalan  seul  ;  celui-ci  ne  s'émoussera  pas, 
ne  se  dérobera  pas  sous  votre  marteau,  il  se  prêtera  docile- 
ment à  votre  pensée,  vous  fournira  pour  elle  le  meilleur 
vêtement,  vous  permettra  d'exprimer  sans  hésitation  le  résul- 
tat de  vos  méditations,  d'épancher  librement  votre  émotion, 
dégageant  ainsi  votre  personnalité  toute  entière. 

—  «  D'accord,  me  disait  un    ami,  nous    parlons  et   nous 
écrivons   du    mauvais  français,  mais   croyez-vous    que    nous 
puissions   parler    et    écrire    du    bon    catalan    ?     Depuis    le 
Traité    des    Pyrénées,    le    nôtre     s'est    bien     dégénéré,    le 
contact    du  français    lui    a    été    fatal   ;    songez  !    on    ne    le 
lisait  plus,  on   ne    l'enseignait  plus,    on    ne    l'utilisait    plus 
pour    les     actes    civils,    pour    l'administration    et    le    gou- 
vernement,    il    n'avait    plus    guère    pour    lui    que    la    tradi- 
sion  orale!    Quand  des  mots  nécessaires  s'oubliaient,  où  les 
retrouver?  On  empruntait  les  vocables   français,  se  bornant 
à    les   affubler  d'une   désinence  catalane  ;    au  moins,  si  l'on 
avait  bien  traité  ceux  que  l'on  conservait!  hélas  !  la  pronon- 
ciation n'était  jamais  corrigée  par  la  lecture,  variait  rapide- 
ment   et    aujourd'hui    l'on    reconnaît    difficilement    certains 
mots  originels  sous  les  permutations  et  les  changements  de 
consonnes.    Les    tournures,  les  idiotismes,  les  phrases    ont 
également  subi  le  lit  de  Procuste,  la  syntaxe  française  s'est 
introduite  en  vainqueur  dans  la  syntaxe  catalane,  brisant  les 
cadres,  corrompant  les  règles,  saccageant  tout  ;  les  gallicis- 
mes, mal  traduits,  montrent  une  bizarre  et  curieuse  figure. 
Assurément,    cette   action   désastreuse  ne   fut  pas  sans  une 
réaction    non   moins   déplorable  ;   trop  souvent  les  Roussil- 
lonnais  parlent  catalan  en  français  ou  français  en  catalan.  Je 
ne  crains  rien  pour  le  français  ;  écorché  par  quelques  méri- 
dionaux,   il   ne  s'en    porte  pas  plus  mal  ;  par  contre,  je  me 
demande  si  le  catalan  ne  meurt  pas  dans  le  patois  qui  jaillit 
de  nos  lèvres. 

«  Cette    éventualité    ne    me    laisse    pas  indifférent  ;  il  me 


—   167  — 

semble  qu'en  abandonnant  le  Catalan,  nous  renions  notre 
passé,  notre  histoire,  notre  héritage,  que  nous  nous  renions 
nous-mêmes  et  commettons  un  sacrilège  envers  nos  aïeux  ; 
puis,  même  déchu,  ne  conserve-t-il  pas  encore  bien  des 
qualités?  Sa  naïveté,  sa  vivacité,  ses  tours  imprévus  et  rapi- 
des qui  rendent  le  rire  plus  sonore,  les  larmes  plus  douces, 
donnent  une  saveur  particulière  aux  sentiments  intimes,  un 
charme  insinuant  aux  relations  de  l'amour,  l'affection, 
l'amitié... 

«  Seulement,  cet  habit  d'Arlequin,  formé  d'un  si  grand 
nombre  de  morceaux  disparates,  assemblés  sans  règle,  mal 
cousus,  souvent  décousus,  déchirés  et  troués,  guenilles 
pendant  lamentablement,  ne  saurait  plus  être  porté  à  la 
ville,  ni  à  la  cour.  » 

—  ((  Habit  d'Arlequin  !  soit!  répondis-je,  mais  cet  habit 
n'est  que  la  défroque  d'un  autre  habit,  semblable  comme 
grandeur  et  coupe,  intact,  encore  neuf,  gracieux  et  coquet, 
non  moins  riche  qu'élégant,  convenant  également  à  toutes 
les  opérations  de  l'entendement,  du  cœur  et  des  sens,  à  la 
morale  et  à  la  philosophie  comme  aux  sentiments  et  aux  pas- 
sions ;  sans  abandonner  le  premier,  revêtez  le  second,  vous 
constaterez  tout  de  suite  que  les  deux  n'en  forment  qu'un, 
bien  à  votre  taille,  ne  vous  gênant  pas  dans  les  entournu- 
res, vous  permettant  de  déployer  toute  votre  force  et  votre 
intelligence...  » 

—  «  N'exagérez- vous  pas  un  peu?  Que  nous  puissions, 
sans  grosses  difficultés,  nous  plaire  à  la  vieille  littérature  cata- 
lane comme  à  celle  qui  s'épanouit  en  ce  moment  au  delà  des 
Pyrénées,  j'en  suis  une  preuve  vivante  ;  cependant,  si  la 
langue  employée  ne  nous  est  pas  étrangère,  parfois  elle 
détonne  à  nos  oreilles;  aussi,  ne  l'écrivons-nous  pas  au  cou- 
rant de  la  plume  ;  quelque  application  nous  est  nécessaire 
et  je  ne  suis  pas  sûr  que  nous  fassions  plus  que  du  mauvais 
pastiche.  » 

—  ((  De    telles    appréhensions  ne  sont  pas  justifiées  ;  on 


—   i68  — 

reprend  avec  une  étonnante  facilité  l'usage  d'une  syntaxe 
négligée  et  de  mots  tombés  en  désuétude  ;  la  corruption  in- 
déniable de  l'écorce  n'a  pas  encore  atteint  le  cœur  de  l'ar- 
bre ;  en  frappant  le  bois,  on  retrouve  intact  le  génie  de  la 
langue  et  pour  recouvrer  celle-ci  dans  son  intégrité,  nos 
écrivains  n'ont  besoin  que  de  la  grammaire  et  du  diction- 
naire ;  pour  vous  en  convaincre,  cher  ami,  relisez  les  Jlys  ! 
du  Pastorellet  de  la  Vall  d'Arles  :  trop  vieux  peut-être  ? 
Non,  car  les  chefs-d'œuvre  n'ont  pas  d'âge,  et  savourez  le 
récent  recueil  T{oses  y  Xiprers,  de  M.  Joseph  Pons  :  la 
marche  sera  toujours  la  meilleure  preuve  du  mouvement.  » 

Emile   Leguiel. 


La  Sanya 


<D 


OO  Al  doctor  En  Emili   Boix. 

amich  de  les  montanyes. 

Entre  Salses  y  j'estany  de  mateix  nom,  hi  ha  una  gran  extensiô 
de  terma  que  no  es  ni  terra,  ni  aigua,  essent  les  dos  al  golp. 

Es  com  qui  diria  una  régie  transitoria  entre  los  dos  éléments  : 
aqui  aigua,  alli  fang,  mes  en-llà  l'un  y  i'altre,  mes  lluny  un  bar- 
rejadiç  d'arrels  y  d'herbes,  y  tôt  una  aglomeraciô  de  ser  sens 
nom,  dels  quins  no  se  pot  dir  si  son  vius  o  morts,  si  venan  de 
naixer  o  si  acaban  de  morir-se. 

La  diversitat  dels  aspects  d'aquells  llochs  diu,  de  per  si  sola, 
la  varietat  dels  sers  qu'els  poblan. 

Aneu-hi,  els  matins  d'Abri),  quant  la  natura  comença  de  botar 
fora  la  seva  sava  regenadora  :  sembla  que  un  mon  nou  ixi  del 
cahos  !  Per  entre-mitg  Je  les  herbes,  per  demés  dels  arrels,  per 
dins  lo  brancam,  una  infinitat  d'existencies  despertan  ;  s'hi  fa,  per 
tôt  arreu  un  bellogadiç  de  formiguer,  s'hi  sent  com  un  halé  de 
vida,  com  un  travail  de  procreaciô  en  tal  manera  inténs  y  poderôs 
que  no  crech  que  se  vegi  cosa  igual  en  cap  altre  lloch.  De  desde 
les  moïses  informes,  fins  â  la  flor,  joya  natural,  desdel  cuch  mut 
y  sens  nom,  fins  â  la  papellona,  flor  voladora,  quina  infinitat  de 
plantes  y  quine  profusié  de  besties  ! 


—    169   — 

No  tots  els  recôns  d'aquell  campestre  especial  son  dignos  del 
pincell,  encare  que  hagi  vist  per  alli,  y  s'hi  pogui  veurer  avuy  dia 
motius  de  cuadras  de  la  vida  primitiva  que  haurian  fet  y  farian 
encara  lo  goig   dels    ulls  de  un  verdader  amich  de    la    naturaleza. 

Per  cert,  el  qui  s'aventura  dins  lo  part  que  se  pot  anomenar 
«  la  Sanya  salvatje  »,  no  hi  gosa  d'una  securidad  envejable,  car 
cada  pas  amaga  una  trampa,  y  cada  endret  un  engany  :  aiguës 
sens  fons  disfressades  baix  les  apariencies  d'un  prat,  sots  de  fang 
que  se  vos  xuparian  tôt  viu  sens  cap  probabilitat  de  salvaciô  ! 

Per  alli,  no  hi  aneu,  sinô  acompanyat  de  un  bon  pilot  :  pren- 
gueu  un  cassador  ô  pescador  dels  que  coneixan  la  regiô  pam  â 
pam  y  seguiu-lo  pas  â  pas.  No  vos  espanteu,  si  aneu  per  camins 
que  ballan  y  s'enfonçan  â  per  mesura  que  hi  passeu,  y  sobre  tôt 
tingueu  bones  cames  per  saltar  y  bona  pell  pera  los  mosquits. 

No  tingueu  por  de  la  calor  ni  de  la  sed,  car,  cosa  estranya, 
entre-mitg  d'aquells  fangués,  d'aquelles  aiguës  acalentades  pel  sol 
y,  â  voltes,  en-negrides  per  les  mareries  organiques  que  s'hi  des- 
fant  y  s'hi  podreixant,  si  troba,  de  quant  en  quant  aiguë  fresca  y 
tan  clara  com  si  ixis  de  les  roques  del  Pirineu. 

Mes  si  deixant  aqueixa  part  de  «  la  Sanya  »  hom  se  contenta 
de  veurer  la  Sanya  cultivada,  la  regiô  «  dels  horts  »,  quin  encan- 
tament  !  Ja  se  pot  viurer  temps  y  rodar  mont  per  veurer  cosa 
igual  !  Aqui  tôt  hi  es  bonich  y  â  cada  voltant  del  cami  lo  cuadro 
cambia  de  un  modo  inesperat. 

No  veureu,  en  cap  lloch  mes,  aquells  jardinets  rodejats  d'aigua 
y  d'un  encabellament  de  caminets  vorejats  d'herba  molçoda  y 
atapehida.  Essent  entornejat  de  fosses  de  canalisaciô,  plens  d'ai- 
gua, qu'amagan  les  vogues  y  los  sanills,  cada  jardi  sembla  una 
cistella  de  fruita  y  flors,  fêta  per  recreo  dels  ulls. 

Troveu-vos-hi  quan  eau  lo  dia,  que  dins  lo  brancâm  florit,  los 
aucells,  cercant  lo  jâs,  garlan  y  pitejan,  que  d'aqui,  dalla,  los 
«  richs-richs  »  se  responan,  mentres  que  lluny,  s'ohu  tindar  les 
esquelles  d'un  ramat  que  s'entorna  ! 

O  !  ohir  totes  aqueixes  remors  d'aquell  recô  de  ma  terra,  y, 
recolsat  sobre  d'un  marge,  los  ulls  mit)  clochs,  deixar-se  gronxar 
per  aqueixa  miisica,  fêta  de  tots  los  sorolls  de  la  vida  que  van 
minvant  poch  â  poch  y  s'apagan  dins  lo  silenci  de  la  nit... 

Joan  Badoa. 


^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^Z,Z,A,^ 


Un  nouveau  poète  catalan  roussillonnais  : 

JOSEPH  PONS 

C'est  une  grande  joie,  qu'on  veuille  bien  le  croire,  pour  celui 
qui  écrit  les  présentes  lignes,  de  pouvoir  annoncer  la  venue  d'un 
nouveau  poète  catalan  roussillonnais.  Le  nom  de  Joseph  Pons 
était  déjà  familier  à  tous  ceux  qui  s'appliquent,  autour  de  nous, 
avec    une  pieuse   obstination,    à   trouver  chaque  jour  des  raisons 

plus  fortes  d'aimer  la  langue  de  leur 
pays.  Mais  le  recueil  de  vers  qu'il 
})ublie  en  ce  moment,  J{oses  y  Xiprers  ', 
le  fera  connaître  d'un  public  un  peu 
moins  restreint,  et  commencera  à  le 
rendre  populaire... 

11  y  a  déjà  quatre  ans,  —  nos  lec- 
teurs s'en  souviennent  peut-être  —  nous 
avions  annoncé  à  cette  même  place  -  le 
réveil  de  la  poésie  catalane  en  Roussil- 
lon,  ou  plutôt  nous  adressions  un  appel 
confiant  aux  poètes  de  notre  province, 
qui  se  contentaient  de  rythmer  pour 
eux-mêmes  la  chanson  de  leur  cœur  ; 
nous  les  engagions  à  élever  la  voix,  à  se  faire  entendre  de 
tous,  à  montrer  à  leurs  compatriotes  que  notre  langue  nétait 
pas  indigne,  comme  on  le  prétendait,  d'entrer  au  service  de  la 
poésie.  Cette  démonstration  est  faite  aujourd'hui  :  des  poètes 
nombreux  sont  venus  se  joindre  à  ceux  qui,  depuis  longtemps 
déjà,  poursuivaient  le  même  idéal  ;  et  c'est  une  gloire  pour  le 
Roussillon!  Mais  en  saluant  ici  le  plus  jeune,  nous  éprouvons  un 
véritable  orgueil,  nous  qui  suivions  ses  progrès  pas  à  pas  et 
nous  félicitions  secrètement  de  le  voir  devenir,  avec  l'âge,  de 
plus  en  plus  maître  de  ses  moyens. 


(i)  T{oses  y  Xiprers,  édit.  Cornet,  Perpignan  ;  2  francs. 
fa)  T^evue  Catalane,    i5  janv.  1907. 


—   lyi    — 

Les  vers  de  Joseph  Pons  séduisent  tout  de  suite  par  les  qua- 
lités charman'ics  de  la  jeunesse,  la  fraîcheur  et  la  nouveauté  des 
images,  et  je  ne  sais  quel  aimable  abandon.  Mais  sa  poésie  a 
vécu  dès  les  premiers  jours  dans  l'intimité  des  choses  familières. 
Et  celles-ci  viennent  s'y  refléter  avec  ces  lignes  pures  et  pro- 
fondes que  seules  peuvent  avoir,  sous  notre  ciel,  les  belles  sources 
d'eaux  vives  jaillissant  du  flanc  des  monts. 

C'est  donc  au  paysage  de  son  enfance  et  de  sa  jeunesse  que 
notre  poète  accorde  les  mouvements  les  plus  intimes  de  son 
inspiration  ;  c'est  à  lui  qu'il  emprunte  encore  les  éléments  les 
plus  expressifs  de  son  art.  Les  contours  harmonieux  des  cimes 
sereines,  la  grâce  des  vergers,  les  arbres  à  fruit  qui  en  sont  la 
parure,  et  les  garrigues  et  les  pâturages,  semblent  régler  l'ordre 
de  ses  pensées,  conduire  tour  à  tour  ses  sentiments.  Les  compa- 
raisons poétiques  n'ont  presque  jamais  chez  lui  d'autre  origine, 
se  renouvelant  sur  place  avec  cette  richesse  propre  à  l'un  des 
coins  les  plus  fertiles  du  Roussillon. 

Aussi,  avec  quel  amour  et  quelle  ferveur,  avec  quelle  émotion 
recueillie,  Joseph  Pons  évoque  à  travers  ses  poèmes  nos  aman- 
diers fleuris  dont  la  fine  senteur  pénètre  toutes  ces  pages  ;  nos 
montagnes  vaporeuses  montant  comme  un  tendre  et  beau  rêve 
dans  l'azur  du  ciel  ;  les  blanches  métairies  où  vont  se  réfugier, 
dans  la  paix  de  la  nature,  nos  désirs  de  bonheur  rustique,  simple 
et  uniforme  ;  les  petits  ermitages,  fleurs  mystiques  de  nos  vallons 
et  de  nos  sommets  ;  les  oliviers  dont  les  branches  légères  sont 
une  si  douce  caresse  pour  la  raison  ;  les  bois  de  chênes-lièges 
chauffés  par  le  soleil  ;  les  cyprès  assoupis  et  moelleux,  veillant, 
en  ligne  fraternelle,  sur  les  délicats  jardins  où  s'éveillent  les 
fleurs  ;  la  tramontane,  reine  de  la  plaine,  dont  les  gémissements 
prolongés  accompagnent  et  bercent  nos  méditations,  dont  le  grand 
souffle  purifie  les  âmes  ;  nos  trésors  de  l'automne,  fruits  lourds  et 
vermeils  luisant  à  travers  les  branches  ou  chargeant  les  frêles 
paniers  entre  les  bras  des  cueilleuses  ;  les  neiges  de  l'hiver  qui 
prêtent  à  nos  montagnes  une  lumière  plus  éclatante  ;  nos  fontaines 
de  lété  cachées  amoureusement  sous  les  feuilles  ;  puis  les  insectes 
d'or  brodant  de  leur  vol  menu  les  vergers  épanouis  ;  les  notes 
réjouissantes  ou  monotones  des  oiseaux  de  notre  climat  ;  les 
cloches  de  nos  églises,  sonnant  pour  les   fêtes  villageoises  comme 


—    ^']1    — 

pour  la  tristesse  de  notre  cœur  ;  les  nuits  resplendissantes  où  nos 
rêves  s'élancent  d'un  vol  jusqu'aux  étoiles;  et  les  treilles  au  seuil 
des  portes,  et  le  bienheureux  Ribéral,  et  les  vieilles  murailles 
de  nos  villes,  et  nos  monastères  en  ruines  sur  des  cimes  abandon- 
nées, et  les  abîmes  de  Carençâ,  dans  la  nostalgique  solitude 
de   hauts  déserts  presque  inaccessibles!... 

Dans  tous  ces  vers,  la  pensée  du  poète  se  confond  avec  le 
paysage.  Nous  pourrions  citer,  à  ce  sujet,  deux  ou  trois  pièces 
du  recueil,  qui  comptent  justement  parmi  les  meilleures,  comme 
«  Xiprers  adormits  »  et  «  En  el  mati  blau  »,  où  le  symbole 
poétique  participe  de  la  vie  même  de  la  terre.  Le  poète  cherche 
naturellement,  et  il  trouve  autour  de  lui,  des  correspondances 
mystérieuses.  Ses  yeux,  son  cœur,  suivant  leur  instinct,  décou- 
vrent partout  comme  un  prolongement  de  la  vie  intérieure  ;  et,  à 
leur  tour,  les  souvenirs,  les  associations  d'idées,  les  images 
reçoivent    du     dehors    non     seulement    leur     couleur,    mais    leur 

signification. 

Ja  l'airosa  y  gran  tramontana, 
reyna  del  horitzô  sere, 
ne  môu  les  fulles  d'un  aie, 


y  ja  s  escampa  y  ja  s  esgrana 
la  tonada  triste  del  meu  anyoré. 


{"El  cant  blau). 


Xiprers  adormits,  verdosencs  y  forts, 

guardeu  sempre    Is  horts 
de  les  rufacades  y  maies  ventades  ; 
d'un  amor  passât  guardeu  les  pensades 
com  en  la  nit  clara  vetllau  tots  els  morts. 


fJC'tprers  adormits). 


S'aixecan  les  neus  enlayrades, 
en  un  remoli  blanc,  al  Puig  de  Tretze- Vents  ; 

s'esbufegan  les  ventegades 
y  recordan,  amiga,  el  meu  passât  torment. 

(Serenor). 

...  som  vostre  germa, 
ciureda  que  feu  fressosa  la  plana, 
oliu  que  remou  la  gran  tramontana... 
Oh  !  sol  de  la  terra,  jo  te  veig  Uuhir  ; 

tii  fas  espellir 
el  meu  pensament  en  una  flor  blanca 
forta  y  solitaria  al  cim  de  la  branca. 

(En  el  mati  bleu). 


-   .73   - 

11  y  a  donc  entre  le  poète  et  sa  terre  une  pénétration  réci- 
proque, comme  des  ressemblances  natives,  au  point  qu'il  peut 
dire  à  cette  dernière  : 

ton  cel  que  cambia  es  en  mon  mirar, 
y    1  meu  pensament  es  com  ton  altura... 
Ton  cos  es  mon  cos,  ta  vida  es  ma  vida. 

(Com  un  bon  roser). 

J'aime  assez  la  division  du  livre,  que  Joseph  Pons  nous  présente 
sous  forme  de  triptyque.  La  première  partie,  inspirée  souvent  de 
la  poésie  populaire,  est  consacrée  à  ce  que  l'on  pourrait  appeler 
la  vie  légendaire  et  féerique  [Canh  y  Llegendes),  où  l'imagina- 
tion a  la  meilleure  part,  mais  où  déjà  la  sensibilité  du  poète  s'é- 
veille dans  les  jeux  naïfs  et  les  touchantes  illusions  du  premier 
âge  :  croyances  du  peuple  qui  sont  comme  lenfancc  de  l'huma- 
nité, fées  des  étangs  et  fées  des  sources,  traditions  du  passé  gar- 
dant encore  le  parfum  de  la  terre... 

La  seconde  partie,  de  beaucoup  la  plus  personnelle  et  presque 
entièrement  lyrique,  chante  sur  le  mode  élégiaque  (Canh  y  'Elé- 
gies) les  douleurs  de  1  amour  et  les  angoisses  du  cœur  :  une 
femme  est  venue  s'interposer  entre  le  poète,  encore  enivré  par 
les  visions  de  sa  terre,  et  le  paysage  où  tout  s'animait  et  parlait 
à  son  âme  ;  et  voici  qu'il  va  oublier  ce  qui  lui  avait  paru  jusqu  ici 
réaliser  le  mieux  son  rêve  de  beauté  : 

Mes  are,  Deu  meu  !  tôt  l'encis 
s'esborra  y  es  morta  l'encantada... 
Are  s'han  atudat  les  veus 
d'aquelles  hortes  endaurades, 
d'aquelles  serres  portant  neus, 
en  el  crepuscul  enlayrades. 

(Elegia) 

Mais  l'amour  et  la  nature  ne  tardent  pas  à  se  confondre,  et  la 
femme  aimée  personnifie  à  son  tour  cette  terre  d'élection  à  la- 
quelle le  poète  tient  par  toutes  ses  fibres. 

La  troisième  partie  intitulée  Canls  y  Paisatjes,  plus  difficile  à 
caractériser  parce  qu'elle  présente  moins  d'unité,  correspond  sans 
doute  à  une  période  plus  récente  de  l'évolution  littéraire  de  l'au- 
teur, et  se  fait  remarquer  ainsi  par  une  plus  grande  recherche  de 
la  couleur  et  de  la  perfection. 


—   '74  ~ 

Il  faut  d'ailleurs  louer  sans  réserve,  dans  l'ensemble  du  volume, 
certaines  qualités  littéraires  qui  nous  paraissent  avoir  un  très  grand 
prix,  nous  faisant  mieux  goûter  la  valeur,  le  sens  artistique  de 
chaque  pièce.  On  est  étonné  et  ravi  de  voir  obtenir  des  effets  si 
remarquables  par  des  moyens  aussi  simples  et  aussi  francs,  avec 
tant  de  naturel  et  de  sobriété.  La  versification,  très  souple  et  très 
variée,  s'efforce  de  suivre  toutes  les  ondulations  et  comme  le 
rythme  de  la  vie  intérieure  ;  mais  elle  demeure  presque  toujours 
facile  et  discrète  comme  l'inspiration.  A  peine  remarque-t-on 
çà  et  là  quelque  recherche  et  quel((ue  mièvrerie,  probablement 
dans  les  pièces  qui    représentent  la  première  manière  de  l'auteur- 

La  poésie  de  Joseph  Pons  s'avance  donc  vers  nous  dans  l'har- 
monie et  la  lumière,  comme  parée  de  toutes  les  grâces  de  l'esprit. 
Avec  lui,  la  muse  roussillonnaise  reprend  la  fraîcheur  du  sourire 
et  la  douceur  du  regard,  et  l'une  et  l'autre  nous  sont  d'autant  plus 
chères  que  nous  devinons  parfois,  sous  ce  voile  adorable,  quel- 
ques-unes des  souffrances  communes  à  tous  les  cœurs  bien 
nés. 

Mais  ce  dont  nous  devons  nous  réjouir  encore,  c'est  de  lui  voir 
faire  des  efforts  de  plus  en  plus  précis  pour  rapprocher  sa  langue 
poétique  du  dialecte  roussillonnais.  Son  oeuvre  n'aura,  en  effet,  de 
portée  que  si  elle  se  maintient  toujours  intelligible  pour  nous.  11 
m'est  arrivé  d'avoir  à  discuter  avec  ce  jeune  poète  la  question 
délicate  de  notre  vocabulaire  catalan.  Je  ne  reviendrai  pas,  du 
moins  pour  aujourd'hui,  sur  tout  ce  que  j'ai  écrit  à  ce  sujet,  ne 
voulant  pas  répéter  toujours  les  mêmes  choses,  et  comptant  bien 
d'ailleurs  pouvoir  étudier  une  autre  fois  cette  question  de  plus  près. 
Mais  je  tiens  à  marquer  ici  que  le  résultat  obtenu  par  Joseph 
Pons  est  déjà  considérable. 

11  a  su  se  fixer  une  langue  poétique  ;  et  cette  langue  non  seu- 
lement n'offre  au  lecteur  ordinaire  qu'un  petit  nombre  de  diffi- 
cultés, mais  encore  revêt  des  caractères  tels  que,  tout  en  se  con- 
tenant de  son  mieux  dans  le  domaine  roussillonnais,  elle  a  su 
s'ouvrir  cependant,  d'une  manière  très  discrète,  celui  de  la  Catalo- 
gne proprement  dite.  Les  premiers  essais  de  l'auteur  de  T^oses  y 
Xiprers,  déjà  si  séduisants  et  qui  contenaient  mieux  qu'une  banale 
promesse,  oeuvrettes  exquises  où  nous  avions  deviné  l'artiste  que 
nous  félicitons  en  ce  jour,  étaient   un    peu    hésitants   et    ne    lais- 


-   ,75  - 

saient  pas  de  paraître  un  peu  factices.  Mais  petit  à  petit,  à 
mesure  sans  doute  qu'il  apprenait  à  mieux  connaître  les  ressour- 
ces, beaucoup  moins  pauvres  et  mesquines  que  ne  se  plaisent  à  le 
croire  quelques-uns  de  nos  compatriotes,  à  mesure  aussi  que  son 
talent  mûiissait,  devenait  plus  sûr  de  lui-même,  utilisait  enfin 
avec  de  plus  en  plus  d'ingéniosité  les  mots  et  les  tournures  qu'il 
découvrait  sur  son  chemin,  —  Joseph  Pons  nous  donnait  des 
œuvres  plus  achevées,  d'un  ton  plus  ferme,  au  point  de  vue  de  la 
langue. 

Au  fond,  la  question  du  vocabulaire  est  peut-être  avant  tout 
une  question  d'habileté  et  de  science.  Le  plus  expert  et  le  mieux 
informé  réussira  plus  que  les  autres  à  redonner  la  vie  et  restituer 
sa  valeur  propre  au  catalan  littéraire  du  Roussillon.  S'il  est  poète 
et  s'il  est  artiste,  si,  de  plus,  il  a  conscience  du  but  à  atteindre, 
son  travail  ne  saurait  rester  vain,  et  son  succès  assurera  l'avenir 
de  la  poésie  catalane  roussillonnaise.  C'est  le  rôle  que  nous  vou- 
drions voir  jouer  à  Joseph  Pons, 

Nous  attendons,  en  effet,  de  lui  l'oeuvre  poétique  et  définitivequi, 
le  rapprochant  davantage  du  peuple  roussillonnais,  rapprochera 
à  son  tour  ce  dernier  de  notre  poésie  régionale  et  consacrera  nos 
efforts  pour  créer  une  littérature  catalane  vraiment  populaire.  Le 
soi-disant  conflit  entre  la  littérature  populaire  et  la  littérature 
d'élite  n'existe  au  fond  que  pour  des  esprits  mal  faits.  De  telles 
préoccupations  ne  doivent  pas  inquiéter  et  retenir  notre  ami  :  sa 
poésie  sera  d'autant  plus  belle,  et  vivante,  et  bienfaisante  aussi, 
qu'elle  parlera  davantage  la  langue  du  peuple  et  qu'elle  saura 
répudier  cette  réserve  un  peu  méfiante  et  hautaine  qui  fait  bien- 
tôt des  oeuvres  poétiques  une  demeure  fermée  où  fréquentent 
seuls  quelques  rares  fidèles,  mais  où  ne  pénètrent  point  la  voix 
des  hommes  et  les  harmonies  de  la  nature.  Jean  Amade. 

A  nos  lecteurs 

Le  prochain  numéro  de  notre  Revue  sera  consacré  «  à  la  gloria 
del  Vallespir  »,  à  l'occasion  des  fêtes  catalanes  qui  doivent  avoir 
lieu  le  2  juillet  à  Céret.  Nous  donnerons  dans  ce  numéro  la 
cantate  en  vers  catalans  de  M.  Jean  Amade  et  d'autres  pages  de 
circonstance  signées  de  différents  noms. 


Carta  d*En  Jean  Maragall 

Nous  avons  tenu,  bien  que  la  modestie  de  M.  Joseph  Pons 
nous  fît  en  cela  quelque  résistance,  à  reproduire  ici  la  lettre  qu'a 
écrite  le  poète  catalan  bien  connu  Joan  Maragall,  un  véritable 
artiste,  au  sujet  de  T(oses  y  'Xipren.  Elle  permettra  à  nos  lecteurs 
de  se  rendre  compte  de  l'importance  que  peut  avoir,  pour  la 
littérature  catalane  roussillonnaise,  la  publication  de  ce  beau  livre 
de  vers.  Elle  leur  montrera  aussi  que,  de  l'autre  côté  des  Pyré- 
nées, chez  nos  amis  catalans  de  Barcelone,  on  ne  demeure  jamais 
indifférent  à  ce  qui  se  fait  de  bon  chez  nous. 

"Barcelona,   14  maig   1911. 
Estimât  Poeta, 

Bé  'm  recorda  la  breu  coneixença  que  ferem  en  la  Rambla  de  Catalunya, 
mes  no  pensava  pas  haverhi  conegut  un  poeta  ta!  com  el  de  «  Roses  y 
Xiprers  »,  aquest  llibre  exquisit  ab  que  heu  vingut  a  honrar  la  literatura 
catalana.  Lo  que  mes  estim  es  la  puresa  y  sobrietat  de  la  vostre  poesia  tant 
fina  y  tant  intensa  de  sentiment.  Aquella  «  Novia  »  que  «  té  lo  mirar  brillant 
—  mes  dois  que  la  iglesia  tota  iluminada  »  es  obra  de  poesia  vera  ;  y  aquell 
dolcissim  «  ]o  per  tû...  »  y  les  «  Paraules  d'Amor  »,  y  la  «  Font  y  la 
Clariayna  »  que  té  l'accent  de  lo  inefable:  es  aquell  s6  de  la  vera  poesia  que 
fa  sentir  el  limit  de  la  paraula  humana,  alla  hont  ella  s  trenca  y  el  cor  s'en 
va  bâtent  mes  enllâ. 

Té  també  la  vostre  poesl^lo  que  (per  mes  que  diguen  els  pédants)  té  tôt 
gran  art  :  que  sent  una  terra  :  hi  hà  lot  lo  Rossellô  à  dintre,  y  sols  essent 
fortament  particular  pot  un  art  tenir  un  sentit  universal  ;  perque  sols  lo 
particular  es  viu... 

Perdoneume,  es  la  sugestiô  del  vostre  llibre  que  'm  fâ  parlar  tant. 
Encare  volia  parlause  de  «  La  Visio  de  la  Terra  »  tant  ardent,  y  del 
pregonissim  «  Com  un  bon  Roser  »  y  de  tota  aquella  tremolor  de  Nuria,  y 
del  august  Canigo  sempre  présent  al  fons  del  vostre  horitzô.  Mes  ja  es 
massa  llibertat  la  que  m'he  presa  per  una  primera  correspondencia  en  que 
sols  volia  dirvos  :  Salut,  Poeta  !  y  grans  mercés  ! 

VuUau  esserme  amich  com  vos  es  admirador, 

Joan  Maragall. 


]^^w»5c«vN?v^s^?î^!î^v:î^sc^scsr^î 


jochs  de  nins 


--'■v 


El  temps  es  d'hivern  cruel  ; 
les  boires  corren  p'el  cel 
à  la  part  de  tremontana... 
Se  sent  un  fret  qui  trépana, 
senyal  de  neus  y  de  gel. 

Y  vé  la  fosca,  glassada  ; 
y  al  voltant  de  la  flamada 
que  ja  crema  dins  la  llar, 
la  gent  arremolinada 
s'ha  espassat  al  tremolar. 

Les  galtes  com  la  roella, 
els  ulls  vius  com  la  centella, 
els  nins  al  joch  son  tornàts. 
Benhaja  la  gent  novella, 
que  sempre  té  jochs  armats. 

((  Volen,  volen  els  aucells, 
«  y  nosaltres  derrera  ells  î  » 
esclamen  veus  argentines. 
«  Volen,  volen  les  titines! 
«  Volen,  volen  els    fuells  !...  » 

Y  entre  rialles  y  crits, 
entre  espires  y  esclafits 
de  la  llenya  ben  encesa, 
s'axequen  amunt  els  dits 
6  s'acalen  ab  prestesa. 

El  padri,  amb  un   cop  d'ullada 
sol  apagar  la  remor, 
com  el  bruit  de  l'aucellada 
s'apaga  amb  l'escopetada 
que  despara  '1  cassador. 


—  178  — 

Aran  de)  foch  ningu  hi  manca 
tot-hom  ab  conversa  franca, 
s'espljca,  aixi  com  pertany, 
parlant  del  blat  de  la  tança, 
de  les  cullites  d'antany. 

Parlen  de  guerres  llunyanes, 
del  axut  ô  la  sahô... 
«  Volen,  volen    les  milanesî... 
«  Volen,  volen    les   campanes  ; 
se  sent,  baxet,  al  recô. 


Qui  jugar  també  solia, 

ja  no  juga,  avuy  en  dia  ; 

y  el   seu  bon  temps  es  passât  : 

dels  aucells  en  companyia 

SOS  anys  mes    bells    han    volât. 

Ja  no  escolta  les  raons 
de  si  volen  els  fiblons, 
ô  '1  fum  de  les  xemenées... 
sap  que  volen  les  idées 
sap  que  volen  les  cansons. 

Y  sap  qu'els  cors  tenen  aies 
Que  poden  volar  ben  lluny... 
ab  mes  irisades  gales 

que  'Is  papellons  y  cigales 
esmaltats  pel  sol  de  juny. 

Y  encare  per  un  moment 
sent  vibrar  intensament 
la  melodia  anyorada 

dels  jochs  de  l'edat  passada, 
plens  d'alegria  innocent  ! 

Maria-Antonia  Salva. 

Lluchmajor  (Mallorca) 


1 


La  Santo-Estello 

La  fête  annuelle  du  félibrige  sest  tenue  cette  année,  à  Mont- 
pellier, le  5  juin  ;  par  les  soins  de  l'Escolo  dou  Parage,  le  ban- 
quet, comprenant  148  couverts,  a  été  servi  sous  les  ombrages  du 
parc  de  Grammont.  De  gracieuses  jeunes  filles  s'étaient  coiffées, 
pour  la  circonstance,  en  agathoise,  en  bigourdane,  en  agenaise  et 
en  catalane. 

A  la  table  d'honneur  avaient  pris  place  le  Capoulié,  Valère 
Bernard,  et  trois  reines  du  félibrige  :  la  reine  actuelle,  Mlle 
Magali  de  Baroncelli-Javon,  en  brillant  costume  d'arlésienne  ; 
la  reine  de  poésie,  Filadelfe  de  Gerde,  dans  son  sévère  costume 
de  bigourdane  en  deuil  ;  et  la  reine  du  Limousin,  Mlle  Priolo, 
de  Brives,  dans  son  pittoresque  costume  local. 

Pendant  le  repas,  un  oboïste  montpelliérain  joua  des  airs  pro- 
vençaux, languedociens  et  Montanyas  regaladas. 

Après  le  dessert,  la  reine  Magali  prononça  le  brinde  d'usage, 
en  élevant  la  coupe  ;  le  Capoulié  lut  son  discours  annuel,  et  salua 
le  réveil  de  l'idée  régionaliste  en  France.  Le  félibre  majorai 
Arnavielle  entonna  le  chant  île  la  Coupo  Sanlo,_  que  l'assistance 
écouta  debout  et  reprenait  en  chœur.  Filadelfe  de  Gerde  lut  un 
vibrant  appel  aux  félibres,  <zn  faveur  des  langues  régionales. 

La  Coupo  passa  ensuite  dans  les  mains  des  félibres  majoraux, 
des  cabiscols,  et  des  délégués  des  écoles  de  Provence,  de  Lan- 
guedoc, d'Aquitaine  et  de  Roussillon,  qui  brindèrent  chacun  à 
leur  tour. 

M.  Jules  Delpont,  brinda  au  nom  de  la  "Revue  Catalane  : 

Las  nostres  Reynes,  bons  Amichs, 

Aixis  com  un  pardal  escapat  de)  seu  niu  de  Canigô.  m'en  som  vingut  d'una 
volada,  m'agermanar  amb  vostés,  los  fills  de  la  Provensa  y  de  Llenguadoc. 
Ja  ho  sabeu  :  Cada  mati,  lo  mateix  raig  de  sol  s'atura  dels  Alpes  al  Pirineu 
y  nos  deixa  à    n  tots  un  mateix  raig  de  poesia. 

Aqueixa  poesia,  qu'ha  vingut  à  esser  l'aybre  florit  del  félibrige,  s'enlayra 
com  mes  va,  y  ja  nos  aplega  a  n  tots,  com  rotllo  de  germans  que  se  donen 
la  ma  dels  Alpes  al  Pirineu,  de  Provensa  à  Rossellô. 

Coupo  Santo,  nostre  alegria, 

Esbargeixes  dolsa  remor  ; 

Coupo  Santo.  ta  canturia 

Vessa  â  raigs  lo  patri-amor.  Lluis  P. 


HISTOIRE  LOCALE 

Adhémar  de  MOSSET 

Adhemar  de  Mosset,  chevalier,  seigneur  et  baron  de  Mosset, 
lieutenant  du  roi  en  Cerdagne,  ami  et  homme  de  confiance  de 
Philippe,  roi  de  Majorqu;,  tuteur  du  roi  Jacques,  fut  chargé  des 
délicates  fonctions  de  nourricier  de  Jacques  11.  11  obtint,  en 
récompense  de  ses  services,  le  iy  juin  i33o,  la  possession  des 
seigneuries  de  Montesquieu,  La  Roca,  Nidolères,  Le  Volo  et 
San  Marti  sur  Tet  ;  il  tenait  aussi  du  roi  la  seigneurie  de  Mosset 
qui  avait  appartenu  à  la  famille  de  Canet  jusqu'en  )3i8,  date  à 
laquelle  Guillaume  de  Canet  la  vendit  à  Guillemet  de  Narbonne, 
qui  l'échangea  le  i  i  février  )338  avec  le  roi  de  Majorque  contre 
d'autres  fiefs.  Adhémar  de  Mosset  a  joué  un  rôle  important  à  la 
cour  du  roi  de  Majorque  comme  conseiller  royal,  confident  de 
Philippe  de  Majorque,  inspirateur  de  son  mysticisme,  et  il  est 
surtout  connu  par  le  procès  d'inquisition  qui  lui  fut  intenté  sous 
l'inculpation  de  béguinisme  en  i332,  sur  l'ordre  du  pape 
Jean  XXll  et  à  la  requête  du  roi. 

Le  béguinisme  fut  un  mouvement  hétérodoxe  qui,  durant  tout 
le  xiii'  siècle,  mit  aux  prises  les  adeptes  de  l'idéal  franciscain  : 
les  uns,  les  mystiques,  les  spirituels,  partisans  de  la  pauvreté 
absolue,  allant  à  la  mendicité  effective  ;  les  autres,  plus  pratiques, 
préférant  l'existence  régulière  des  moines.  La  papauté  fut  amenée, 
pour  des  motifs  religieux  et  politiques,  à  prendre  parti  contre 
les  mystiques.  Le  17  février  iSiy,  Jean  XXll  lança  une  bulle 
tenant  pour  hérétiques  tous  les  béguins,  frères  du  tiers-ordre, 
adeptes  de  la  pauvre  vie,  qui,  dans  leur  exaltation,  avaient  taxé 
le  pape  d'hérésie.  Vingt-cinq  furent  livrés  à  l'Inquisition  ;  quatre 
furent  brûlés  à  Marseille  et  aussitôt  honorés  comme  martyrs.  La 
répression  s'étendit  à  Narbonne,  Béziers,  Carcassonne  et  Tou- 
louse. Ce  conflit,  d'ordre  théologique,  faillit  avoir  un  grave  écho 
au  temporel,  par  l'alliance  des  révoltés,  représentés  par  Michel 
de  Césène,  avec  Louis  de  Bavière  qui  entraîna  les  clercs  schisma- 
tiques,  se  fit  couronner  empereur  à  Rome,  déposa  le  pape  légi- 
time et  intronisa  un  antipape  dans  la  personne  du  franciscain  Pierre 


—    j8i    — 

de  Corvara  (mai  i  328),  papauté  clandestine  qui  prit  fin  en  août  i  33o. 

Pour  expliquer  le  procès  intenté  à  Adhémar  de  Mosset,  procès 
qui  intéressa  les  plus  hautes  personnalités,  le  pape  qui  en  fixa  la 
procédure,  le  roi  et  la  cour  qui  intervinrent  directement,  il  faut 
remonter  aux  relations  de  l'inculpé.  Adhémar  était  le  conseiller 
intime  de  Philippe  de  Majorque,  tuteur  du  roi,  et  Philippe, 
ascète  de  sang  royal,  était  lui-même  à  la  tète  des  béguins  et 
mystiques  du  royaume.  Fils,  frère  et  oncle  des  rois  de  Majorque 
et  régent  pendant  la  minorité  de  Jacques  11,  ce  prince  avait  la 
pauvreté  pour  idéal.  De  mœurs  austères,  il  passa  la  moitié  de  sa 
vie  à  côtoyer  le  schisme  et  l'hérésie,  entrant  en  lutte  avec  les 
papes  qui  ne  voulaient  pas  autoriser  la  fondation  de  l'ordre  de 
béguins  qu'il  rêvait.  Dédaigneux  du  pouvoir,  il  avait  refusé  les 
honneurs,  l'action  politique  et  n'avait  accepté  la  tutelle  du  roi  que 
par  devoir  de  famille.  Saisi  tout  à  coup  dé  la  nostalgie  de  la  vie 
érémitique,  il  quitta  brusquement  la  Cour  en  1329,  se  réfugia  à 
Naples  auprès  de  sa  sœur  Sancia  et  de  son  beau-frère  Robert,  se 
démit  de  ses  riches  bénéfices,  accentua  son  opposition  à  l'autorité 
hiérarchique,  et  osa  prêcher  contre  le  pape.  Lui  parti,  les  béguins, 
dont  il  était  l'âme  et  l'appui  en  Roussillon,  se  trouvèrent  à  la 
merci  des  représailles.  Le  roi  Jacques  11,  libéré  de  la  tutelle 
qui  aurait  dû  prendre  fin  en  )336,  ordonna  les  poursuites  et  on 
suppose  qu'il  voulut  prendre  sa  revanche  des  mauvais  traitements 
que  lui  aurait  fait  subir  Adhémar  de  Mosset  au  temps  où  il  était 
son  «  nourricier  ».  Quoi  qu'il  en  soit,  c'est  contre  Mosset  que 
se  portèrent  les  premiers  efforts  de  Gui  de  Terrena  que 
Jean  XXI 1  venait  de  nommer  évêque  d'Elne. 

Adhémar  n'avait  point  quitté  la  Cour  après  le  départ  de  Phi- 
lippe de  Majorque,  mais  il  s'était  retiré  à  la  suite  de  discussions 
survenues  avec  le  roi  au  sujet  de  la  condamnation  des  béguins. 
Fidèle  à  son  protecteur  absent,  il  ne  cessait  de  le  défendre  et  de 
blâmer  le  roi  pour  les  persécutions  qu'il  méditait.  La  citation 
lancée  par  l'évèque  d'Elne  ne  le  surprit  pas.  En  décembre  i332, 
il  s'était  déjà  présenté  spontanément  devant  le  lieutenant  de 
l'inquisiteur,  à  Perpignan,  pour  lui  dénoncer  l'hérésie  du  fran- 
ciscain Guillem  Espitalier,  son  confesseur,  et  se  mettre  sans 
doute  personnellenient  à  couvert. 

Dès  qu'il  eut  reçu  l'ordre  de  comparaître  en  février  i333,  il 
partit  pour  Avignon,   afin  d'en  référer  au  pape.  Les  explications 


—   i83  — 

qu'il  fournit  eurent  pour  résultat  de  suspendre  l'effet  de  la  cita- 
tion épiscopaîe.  Le  pape  voulut  faire  procéder  à  une  enquête 
sous  ses  yeux  et  le  27  février  il  confia  à  Jacques  Fournier, 
cardinal  de  Sainte  Prisque,  le  soin  de  la  mener.  La  papauté 
cherchait  alors  à  ruiner  l'influence  de  Philippe  de  Majorque. 
Elle  tenait  à  suivre  le  procès  et  à  s'assurer  des  amis  du  prince 
transfuge.  Le  chevalier  roussillonnais  comparut  le  3  mars.  On  lui 
exigea  le  serment  en  lui  précisant  les  points  sur  lesquels  il  devait 
jurer  de  dire  la  vérité  :  hérésie  des  béguins,  dont  on  le  disait 
suspect,  blasphèmes  contre  l'Eglise  et  le  pape,  fréquentation  des 
hérétiques,  lecture  de  leurs  livres,  vénération  de  leurs  saints, 
secours  à  leurs  sectaires.  Le  lendemain,  Adhémar  de  Mosset 
remit  au  cardinal  un  mémoire  écrit  dans  lequel  il  professait  le 
plus  pur  catholicisme.  Dans  sa  déposition,  il  plaida  sa  bonne  foi 
et  son  ignorance  dans  les  rapports  qu'il  avait  eus  avec  les  béguins 
et  en  particulier  avec  Philippe  de  Majorque.  Le  juge,  dans  un 
interrogatoire  en  vingt-quatre  articles,  fit  de  l'erreur  un  exposé 
qui  est  un  document  très  important  pour  l'histoire  de  l'hérésie 
des  béguins.  Ce  document,  dont  l'original  fut  trouvé  dans  le 
chartrier  de  l'archevêché  de  Narbonne,  existe  en  copie  à  la 
bibliothèque  de  Toulouse  (n"  625,  626,  f  '  565  à  578).  Il  aurait 
fallu  entendre  des  témoins  et  on  était  trop  éloigné  de  Perpignan. 
Mais  comme  l'évêque  d'Elne  instruisait  de  son  côté  la  même 
affaire,  on  ]:;i  demanda  communication  du  dossier.  Le  roi  s'inté- 
ressait zu  procès  ;  il  écrivit  deux  fois  à  Avignon  pour  s'en  infor- 
mer. Jean  XXI 1  répondit  le  3i  mars  ]333,  en  remettant  ses 
explications  à  l'entrevue  qui  devait  avoir  lieu  à  Avignon,  à  bref 
délai.  Le  roi  insista  pour  que  le  procès  suivit  son  cours  à  Per- 
pignan. Le  pape  décida,  au  contraire,  qu  il  serait  continué  à 
Avignon,  et  le  4  juillet,  le  cardinal  Fournier  somma  Tévêque 
d'Elne,  d'envoyer  sa  procédure.  Le  dossier  d'Elne  comprend 
deux  parties  :  l'acte  d'accusation  dressé  par  le  roi  de  Majorque 
et  l'information  testimoniale  reçue  par  l'évêque.  Les  charges  en 
dix-sept  articles  sont  écrasantes.  Mosset  a  tenu  contre  le  pape, 
ennemi  de  Philippe  de  Majorque,  des  discours  hostiles;  il  a 
fréquenté  l'infant  et  blâmé  ses  persécuteurs  ;  il  est  le  plus  chaud 
partisan  du  prince  béguin  ;  il  s'est  réjoui  de  l'équipée  schisma- 
tique  de  Louis  de  Bavière  ;  il  considère  l'épiscopat  comme  un 
état  de  damnation.  Toute  la  Cour  de  Perpignan  défila  à  la  barre 


—     l82      - 

et  le  roi  en  personne  déposa  contre  le  chevalier  de  Mossct. 
Deux  messagers,  procureurs  épiscopaux,  avaient  été  chargés  de 
porter  le  dossier  à  Avignon  et  attendaient  l'issue.  La  procédure 
fut  courte.  L'accusé  nia  tout  ;  mais  ses  révélations  sur  les  dessous 
de  l'afFaire  donnèrent  sans  doute  à  réfléchir.  Les  témoins  ne 
pouvant  être  confrontés  à  Avignon,  on  décida  de  renvoyer  le 
procès  à  Elne  ;  toutefois,  Jean  XXI 1  prit  la  précaution  d'ad- 
joindre à  Gui  de  Terrena,  Jean  de  Vissée,  évèque  de  Maguelonne, 
chargé  de  ses  instruction.  On  commençait  à  soupçonner  le  roi, 
sinon  dune  machination  de  coterie,  du  moins  de  zèle  suspect. 
La  procédure  traîna  alors  en  longueur  et  le  j3  janvier  ]334, 
l'évèque  de  Maguelonne  étant  absent,  fut  remplacé  par  Hugues 
Auger,  chanoine  de  Narbonne. 

La  conclusion  du  procès  n'est  pas  connue.  On  sait  seulement 
que,  deux  ans  après,  le  cardinal  Jacques  Fournier,  élu  pape  en 
i334,  sous  le  nom  de  Benoît  XII,  accorda  à  Adhémar  de  Mos- 
set,  et  à  sa  femme  Bérengère,  l'indulgence  in  articula  morlis, 
faveur  accordée  seulement  aux  parfaits  catholiques,  non  suspects 
d'hérésie.  On  en  peut  conclure  que  si  le  procès  n'aboutit  pas  à 
un  acquittement,  la  culpabilité  du  seigneur  de  Mosset  s'en  déga- 
gea si  atténuée  que  les  juges  n'édictèrent  que  des  peines  légè- 
res, courtes  et  non  infamantes  ;  ladjonction  d'un  juge  impartial  le 
faisait  d'ailleurs  pressentir. 

A  la  chute  de  la  dynastie  majorquine,  Adhémar  de  Mosset 
adopta  le  parti  du  roi  d'Aragon  Pierre-le-Cérémonieux.  Ce  prince 
nomma  une  commission  de  cinq  chevaliers  au  sein  de  laquelle 
siégea  Adhémar  de  Mosset.  Elle  avait  pour  mission  de  dresser 
un  règlement  fixant  le  salaire  des  châtelains  du  Roussillon.  Adhé- 
mar de  Mosset  avait  épousé  Bérengère  qui  ne  lui  donna  qu'une 
fille,  laquelle  se  maria  à  Arnaud  de  Saga.  Adhémar  légua  à  ce 
dernier  la  baronnie  de  Mosset,  par  testament  du  3o  décembre 
i355  et  lui  substitua  Béatrix  de  Saaa.  Béatrix  unit  ses  destinées 
à  celles  de  Bérenger  d'Oms.  Le  28  avril  1374,  Bérenger  d'Oms 
et  Béatrix  de  Saga,  sa  femme,  vendirent  la  baronnie  de  Mosset 
à  André  de  Fenouillet,  vicomte  d'ille  et  de  Canet,  pour  le  prix 
de  neuf  mille  livres  barcelonaises  de  tern.  André  de  Fenouillet, 
par  testament  du  4  juillet  i386,  légua  ce  fief  à  Huguet  de  Santa- 
Pau,  deuxième  fils  de  Hugues  de  Santa-Pau  et  de  Béatrix  de 
Ribelles.  Abbé  Jean  Capejlle. 


Textes  catalans 

9P  (Suite) 

Reprenons  la  série  des  délibérations  et  le  cours  des  événe- 
ments :  A  peine  la  paix  rétablie  par  le  traité  de  Vervins  (1598), 
survient  la  mort  du  roi  Philippe  1 1  :  Le  Conseil  est  convoqué 
(dans  l'église  Saint-Georges)  pour  recevoir  communication  d'une 
lettre  (en  castillan)  de  Philippe  111,  qui  ordonne  un  service  funè- 
bre :  «  Se  ha  rebuda  una  carta  del  Rey  Don  Falip  ters  en  y  ab 
laquai  ha  fet  entendre  que  la  Majestat  del  Rey  don  Falip  segon 
de  gloriosa  memoria,  Rey  d'Espanya,  quondam  son  pare,  als 
tretze  de!  mes  de  setembre  proxim  passât  N.  S.  Deu  J.  C.  per 
la  sua  infinita  clementia  y  misericordia  es  stat  servit  cridar  la  sua 
anima  per  la  sua  S'"^  gloria,  y  que  la  Ciutat  fassa  grandissim  sen- 
timent de  dol  y  altres  suffragis  de  la  sua  mort  de  un  Rey  tant 
catholich  y  christianissim. 

Y  se  ha  resolt  y  conduit  que  per  lo  dol  que  sa  (sic)  de  portar 
per  la  Majestat  del  Rey  Senyor  nostre  (y  les  honres)  que  son 
faedores  lo  divendres  primer  vinent,  que  a  quiscun  Senyor  de 
Consol...  sien  comprats  sis  palms  de  raxia  petits,  y  per  dit  effecte 
que  vaja  lo  receptor  a  Perpenya  ;  y  ques  compra  candeles,  y  se 
fassen  las  horrcs  ab  tota  la  solempnitat  ques  podra  fer,  segons  la 
possibilitat  de  la  Ciutat  y  lo  pondus  de  un  tant  gran  Rey  ;  y  les 
candeles  que  sian  de  dos  diners  la  pessa  ;  y  ques  compra  quatre 
palms  de  vinte  peral  Verguer,  y  ques  logue  (?)  per  ha  divendres 
una  roba  longa  de  dol  peral  Verguer  ;  y  per  ha  portar  les  bassi- 
nes... y  tenir  carrech  del  tumol...  y  ordenar  la  gent  fque  se)  ano- 
menan  prohomens  de  la  Ciutat...  Y  ques  compra  tela  negra  per 
lo  entorn  del  dit  tumol,  tanta  quanta  ny  haura  a  menester  afi  que 
les  honres  de  un  tant  gran  Catholissim  Rey  sien  honrades  y  vene- 
rades,  per  al  servey  de  N.  S.  Deu  J.  C.  La  anima  delqual  per 
in  perpetuum  requiescat  cum  beatis. 

Y  fêta  la  dita  desliberatio.. .  per  la  Senyoria  de  la  Ciutat  los 
hon.  Consols  de  aquella  (foren)  aplegats  en  les  claustres  de  la 
Santa  Iglesia  de  dita  Ciutat...  y  fonch  conduit  y  déterminât... 
que  se  fassa  una  (crida)  solempna  per  tota  la  Ciutat,   ab  solemp- 


—   .85  — 

nitat  de  trompes  y  campanetes,  de  persones  endolades...  anant  a 
cavall  ab  les  selles  v  los  cortans  '?i  endolats  de  neare...  cridant 
la  mort  de  la  Majestat  del  Rcy  Don  Falip  segon  y  Senyor 
nostre. 

Laquai  crida  ses  fêta  als  honze  del  dit  mes  de  otobre,  que 
era  diumenge  passât...  en  la  forma  y  ténor  seguents  : 

CRIDA.  —  Dévots  christians  y  christianas...  seus  notifficha  y 
seus  fa  ha  saber  que  diumenge,  als  tretze  del  mes  de  setembre 
proxim  passât,  N.  S.  Deu  J.  C.  es  stat  servit  cridar  per  la  sua 
santissima  gloria  la  Alajestat  del  Rev  Don  Falip  segon,  de  glo- 
riosa  memoria,  y  Senyor  nostre  ;  loqual  tindreu  tothom  general- 
ment  encomptat  (?)  ab  vostres  devotissimes  orations. 

Y  aixibe  fêta  dita  crida  lo  dit  die  de  diumenge  en  la  tarda, 
entre  dues  fosques  ceres  (?)  que  fahian  un  llum  clar  y  resplandent 
ab  tant  que  aparaxia  llum  de  migdie,  encontinent  lo  campanar 
tocha  ab  molta  solempnitat  de  totas  las  campanes,  y  en  lo  mateix 
punt  acodiren  en  tocar  les  altres  iglesies  de  la  Ciutat,  so  es  Sant 
Jaume,  Belloch  y  lo  Spital  ;  y...  fins  lo  dit  die  de  divendres... 
concorri(ren)  tochar  totes  les  campanes  très  voltes  cada  die... 

Y  en  lo  dit  die  de  divendres,  que  comptavem  als  setze  de  oto- 
bre... se  feren  les  dites  honres...  en  la  Seu  de  Elna  ;  y  aixibe  se 
conserta  que  en  la  vespra  de  dit  die  se  fes  uiia  crida  per  la  Ciu- 
tat que  tôt  cap  de  casa,  en  lo  endema,  que  era  divendres,  hoint 
tocar  les  campanes,  se  haguessen  de  ajustar  y  congregar  en  la 
capella  de  Sant  Jordi  ;  y  aixi  fonch  fet  que  en  lo  endema  compa- 
regueren  en  dita  capella  les  hon.  Consols  de  Elna  ab  molts  con- 
sallers  y  prohomens,  ab  molts  mantes  y  caparons  :  comparegueren 
aixibe  los  Consols  de  Baxias,  de  Trullas,  del  Soler,  Sant-Cebria 
y  la  Torra,  molt  endolats,  y  aportavan  quiscu  de  ells  Ilurs  lumi- 
naries  peral  capell  ardent  (i)-  y  ^'^^  Consols  de  Trullas  aportaren 
sis  atxies...  Y  aixi  honradament  ajustats,  essent  ja  avisats  que  lo 
servey  se  volia  comensar,  partiren  de  la  dita  capella  eo  nau  de 
Sant  Jordi...  ab  molt  gentil  ordre...  en  que  primer  anaven  los 
Consols  de  la  Ciutat,  y  (los)  Balles,  y  alguns  prohomens  quels 
acompanyavan,  anant  ab  lo  Verguer  primer,  ab  la  massa  endolada 
alsada  ;   y    après    seguien    los   Consols    de   Baxias,  los   del  Soler, 

(i)  Chapelle  ardente. 


—  i86  — 

Trullas,  Sant  Cebria  y  la  Torra,  ab  tota  la  lur  prohomia,  y  après 
dels  dits  Consols  seguia  tota  la  restanta  gent  de  Elna,  ab  molt 
acompanyament  de  dones  honrades,  a  lesquals  sels  havia  fet 
empra  (?)  per  quatre  dones  honrades  velles,  es  assaber  dues  per  la 
Vila  demont  y  altres  dues  per  la  Vila  baixa  ;  y  aixi  s'es  fet. 

Y  essent  en  la  Seu,  se  ensen  la  lumynaria  del  capell  ardent, 
loqual  stava  ait  per  altitut  de  quatorze  palms  de  alsaria,...  molt 
ben  ennegrit  ab  una  tela  de  bocharam  nègre  per  tôt  lo  entorn 
del  dit  capell  ardent  ;...  dessota  del  dit  capell  ardent  stava  lo 
tumol  de  la  Seu,  ab  lo  drap  stellat  del  monument,  y  ab  la  capa 
de  brochât  del  sagrista,  y  les  quatre  ciris  grossos,  dits  manuals, 
del  sagrista...  Y  lo  offici  se  célébra  encontinent...  y  dit  lo  dit  offi- 
ci,  se  feren  les  absoltes  en  lo  cor,  so  es  quatre  fins  en  sinch,  ab  la 
Creu  major  ;  y  fêtes  dites  absoltes,  lo  ajust  sen  torna  en  la  dita 
capella  eo  nau  de  Sant  Jordi  del  Spital,  ahont  foren  fêtes  les 
graties  acostumades  per  lo  Consol  en  cap  ;  y  fêtes  dites  graties» 
tothom  sen  ana,  que  era  la  una  hora  tocada  despres  migdie. 
Cuius  anima  requiescat  cum  Angelis...  Amen. 

Y  lo  endema,  que  era  dissapte...  dites  honres  foren  celebrades 
en  la  vila  de  Perpenya,  en  la  Collegiada  Iglesia  de  Sant  Johan,  ab 
molt  gran  triumpho  de  dol  y  altres  coses   ». 

♦ 

Autre  service  funèbre  en  ]5m,  cette  fois  pour  la  reine  Mar- 
guerite d'Autriche,  épouse  de  Philippe  111,  morte  à  la  suite  de 
couches,  mais  celui-ci  bien  moins  solennel  et  qui  donna  lieu  à 
des  incidents. 

Les  consuls,  officiellement  informés  (par  une  lettre  royale  en 
castillan)  convoquent  le  Conseil,  et  après  avoir  mis  en  délibéra- 
tion les  détails  de  la  cérémonie  à  faire,  ils  ajoutent  :  «  Se  es  dada 
raho  a  la  Senyoria  del  Senyor  Bisbe  y  Capitol  acerca  de  fer  les 
cbsequies  de  la  Serenissima  Rcyna,  per  que  fassen  venir  los  vas- 
salls  o  los  consols  de  les  baronies  ab  les  Uumenaries,  conforme  se 
acostumava  de  fer  en  altres  vegades  ;  y  com  ells,  per  la  nova  resi- 
dentia  han  fêta  ara  en  Perpenya  (i),  se  curen  molt  poc  de  la 
Senyoria  de  Elna  y  de  ells,  no  han  fet  sino  donar  los  passada    y 

(i)  Nous  trouverons  plus  loin,  au  sujet  de  la  translation  du  Siège  de 
l'Evêché  et  du  Chapitre,  quelques  récits  de  1602. 


—   iS;  — 

burlar  se  de  la  Ciutat,  dient  que  los  vassalls  eren  pobres  y  que 
no  tenien  remei  de  venir.  Y,  per  ço,  per  que  sia  mennoria  als  qui 
vindran,  que  en  ningun  temps  que  vinga  carta  a  la  Ciutat,  sels 
done  raho  ninguna,  sino  que,  encontinent  rebuda  hauran  la  carta, 
se  assenye  la  jornada  per  a  fer  les  dites  honres,  y  se  fassen  ab 
la  major  comoditat  podra  fer  dita  Ciutat. 

(Y  fonch  resolt)  ques  fassen  les  honres,  en  lo  del  gasto,  con- 
forme se  feren  les  de  la  Reyna  Joana  i  i  ,  y  ques  compren  quatre 
centes  candeles,  y  se  fassen  dotze  senyals  de  armes,  sis  de  gros- 
sos  y  sis  de  petits,  y  en  lo  demes  de  anar  vestits,  se  fassa  con- 
forme se  feu  ab  les  honres  de  dita  Reyna  Joana.    » 

Puis  vient  le  récit  des  obsèques,  très  court  et  pour  cause  !), 
mais  avec  quelques  détails  bizarres. 

«  Memoria  com  se  feren  las  obsequies  de  la  Reyna,  y  com 
impediran  los  Consols  al  Sagrista  no  prengues  la  cera  ». 

«  Als  xvnii  del  mes  de  desembre  del  présent  any  se  feren  les 
obsequies  de  la  Serenissima  Reyna  Dona  Maria  (2)...  Se  dona 
sis  palms  de  stamenya  a  quiscun  (consol),  per  la  pobresa  de  la 
Ciutat  y  no  poder  abastar  al  gasto  ;  y  al  Verguer  très  palms  de 
bayeta  ;  y  tambe  feu  la  Ciutat  tôt  lo  demes  gasto  ;  y  per  ser  tan 
pobra  y  pujar  poch  los  émoluments,  los  llums  que  cremaren  al 
tumol  eren  tôt  trossos  de  filera  havien  comprada  ;  y  los  Consols 
posaren  les  atxes  llurs,  y  posaren  a  cada  corn  una  atxa,  y  altra 
en  lo  demunt  del  tumol,  y  baix  posaren  una  capa  de  brocat  que 
es  en  la  Seu,  y  al  tumol...  posaren  un  cap  de  una  Santa  abrigat 
ab  un  vel  de  glassa  3),  com  si  fos  la  Reyna.  Desprcs  de  haver 
fêtes  les  obsequies,  se  mogue  avolot  ab  los  criats  del  Sagrista, 
qui  aleshores  ère  volent  pendre  los  llums  ;  y  aixi  los  Consols  si 
arrebateren,  y  tots  los  prohomens  eren  alli,  y  no  volgueren  que 
dit  Sagrista  sen  aportas  la  cera,  laquai  pretenia  era  sua  ;  y  aixi 
no  la  hague,  ni  es  de  raho  la  haje,  puix  aqueix  die  tôt  lo  gasto 
lo  fa  la  Ciutat.    » 

(M  suivre)  R.  de  Lacvivier. 

f  1)  11  doit  s'agir,  bien  que  son  décès  remontât  à  i554,  de  la  reine  Jeanne 
de  Castille,  dite  Jeanne  la  folle,  mère  de  Charles-Quint. 

(2)  11  faut  lire  Marguerite  au  lieu  de  Marie. 

(3)  Gaze. 


La  Langue  Catalane 

et  son  utilité  pédagogique 

€r>^^>n  {Suite) 

13-'  LEÇON.  —Nina 

Dins  son  jardî  reclos,  senzilla,  prega  y  canta, 
Tôt  fentse  un  ramellet,  Nina,  de  cada  planta, 
De  cada  brot,  cullint  la  mes  hermosa  flor. 
Nicefora,  de  lluny,  ab  goig  que  no  té  mida, 
La  mira,  se  la  bada,  y  dins  son  cor  li  crida  : 
«  Bé  n'ets  de  boniqueta,  ô  Nina,  mon  amor  ! 

«  Cull,  si,  llesta  't  â  pler,  de  totes  les  mes  belles, 

«  Barreja,  en  ton  ramell,  les  blanques,  les  vermelles  ; 

«  De  boniques  com  tu   no  'n  florcix  lo  jardî. 

«  Al  veure  't  de  tant  prop,  mira,  s'avergonycixen  ; 

«  De  cada  una  'Is  colors  los  mes  vius  s'enfosqueixcn, 

«  Del  lliri  la  blancor,  de  la  rosa  '1  carmî  !  » 

Dcis  quinze  anys,  per  Nina,  floreix  la  primavera; 
Son  bell  ces  te    1  balans  suau  de  la  palmera; 
Ses  galtes  son  clavells  espellits  sus  la  neu  ; 
Sos  ulls  son  dos  safirs  robats  à  l'estelada  ; 
Es  d'angel  lo  mes  pur,  lo  brill  de  sa  mirada, 
Del  cel  un  dois  cco  de  mûsica  sa  veu. 

J.    BOHER. 

Explication  du  Texte 

Une  jeune  fille,  Nina,  cueille  des  fleurs  dans  son  jardin. 
Nicéphore  qui  la  contemple  de  loin,  lui  rappelle  qu'elle  est 
jolie.    «    Les   fleurs  les  plus    belles,    lui    dit-il,    doivent    éprouver 


—  189  ~ 

une  certaine  honte   à    se   voir   aussi    près   de   toi,    car   tu    es  plus 
fraîche  que  la  rose  et  plus  blanche  que  le  lys  ». 

Le  poète  termine  par  un  joli  portrait  de  Nina  qui  rappelle 
celui  de  la  Dulcinée  de  Don  Quichotte  et  qui  contient  des  com- 
paraisons d'un  très  heureux  effet  poétique. 

Vocabulaire 

rectos,  clos,  fermé  Hesta  'l,  choisis  (toi) 

senzilla,  simple  barrejar,  mêler 

tolfentse,  tout  en  (se)  faisant  s'avergonyeixen,  de.  s'avergonyir,zf oir 

ramelUt,  bouquet  honte 

fcrof,  rameau,  petite  branche  .■                 s' enfosqueixen,  de  enfosquir,  assombrir 

sois,  joie  clavell:,  œillets 

mida,  mesure  brill,  éclat 

se  la  bada,  l'admire,  la  contemple 


Exercices 

Traduction  française  du  texte.  —  Sauf  quelques  inversions,  ce 
texte  ne  contient  aucune  difficulté  sérieuse. 

Composition  catalane.  —  TVini.  Vous  avez  vu  Nina  et  vous 
faites  son  portrait  à  l'un  de  vos  amis  dans  une  lettre  que  vous 
lui  adressez.  Inspirez-vous  des  détails  contenus  dans  la  3"  strophe. 
Pensez  en  catalan. 

Composition  française.  —  Lettre  à  J\inà.  Vous  écrivez  à  Nina  en 
commençant  ainsi  :  «  Lorsque  dans  ton  jardin...  ».  Inspirez-vous 
des  détails  contenus  dans  les  deux  premières  strophes  et  mettez- 
vous  à  la  place  de  Nicéfora.  —    Pensez  en   français. 

Conjugaison  bilingue.  —  Verbe  pregar  et  verbe  prier  aux  deux 
passés  du  conditionnel.  Conjuguer  sur  ce  modèle  mirar  et  regarde 

Conditionnel  passé  (i"  et  2*  formes) 

Terbe  pregar  Verbe  prier 

hauria  ô  haguéri       pregat  j'     aurais     prié 

hauries  ô  haguéres     pregat  tu    aurais     prié 

hauria  6  haguera      pregat  il    aurait      prié 

hauriem  6  haguérem  pregat  nous   aurions  prié 

haurieu  ô  haguéreu   pregat  vous  auriez     prié 

haurien  6  haguéren    pregat  ils  auraient  prié 


—   190  — 


Notes  grammaticales 


Adjectifs  possessifs- 


Les  adjectifs  possessifs  catalans   sont 


pour  le  masculin  singulier 


pour  le  masculin  pluriel 


mon 

et  meu 

lo  meu 

mon 

mos 

els  meus 

los  meus 

ton 

el  teu 

lo  teu 

ton 

tos 

els  teus 

los  teus 

son 

el  seu 

lo  seu 

son 

SOS 

els  sens 

los  seus 

noslre 

el  nostre 

lo  nostre 

notre 

nostres 

els  noslres 

los  nostres 

voslre 

el  voslre 

lo  vostre 

votre 

vostres 

els  vostres 

los  vostres 

llur 

leur 

llurs 

pour  le  féminin  singulier 

la  meua   la  meva   la  mia   ma 
la  teua     la  teva    la  tua     ta 
la  seua   ta  seva     la  sua 


ma 

fa 

ta 

nostra  la  nostra 
vostra  ta  nostra 
llur 


sa 
notre 
votre 
leur 


mes 

tes 

ses 

nos 

vos 

leurs 


pour  le  féminin  pluriel 

mes         les  meues  les  meves  les  mies  mes 
tes  les  teuet  les  teves   tes  tues  tes 

ses  les  seues  tes  sèves    les  sues  ses 

nostres  tes  nostres  nos 

vostres  les  vostres  vos 

llurs  leur  s 


Voir  dans  le  texte  :  son  jardî,  son  cor,  mon  amor,  ton  ramcll, 
son  bell  cos,  ses  galtcs,  sos  ulls,   sa  mirada,  sa  veu. 

On  remplace  llur,  llurs  par  son,  sa,  sos,  ses  dans  le  style  ordi- 
naire. 

Ex.  :  «  Els  aucellets  cerquen  la  teulada  d'unes  quantes  fulles  pera  abrigar 
de  la  pluja  sos  vestits  de  ploma  y  de  la  pedragada  sos  aixerits  caparrons  de 
mûsichs  silvestr:s  ».  Verdaguer,  Excursions. 

De   là  vient  que   certains   enfants  commettent   en    français   une 
faute  de  grammaire  dans  les  phrases  où  l'on  doit  employer  leur. 
Ex.  :  Les  mères  soignent  ses  enfants. 

Les  adjectifs  possessifs  meu,  meva,  mia  se  placent  quelquefois  après 
le  nom.  On  a  ainsi  lesexpressions  :  mare  mia  !  filla  meva  !  fill  meu  ! 
qui  signifient  :  ma  mère  !  ma  fille  1  mon  fils  ! 

(A  suivre)  Louis  Pastre. 


LIVRES  ^  REVUES 

^^ 

Grammatica  dclla  Lingua  Catalana,  ad  uso  degli  Italiani  (  Milano,  la 
casa  d'Aldo,  éditrice,  galleria  de  Cristoforis,  58;  2  fr.  5o  ).  Notre  colla- 
borateur M.  Venanzio  Todesco  vient  de  publier  en  une  brochure  de 
\7>i  pages  une  grammaire  catalane  à  l'usage  de  ses  compatriotes,  la  première 
publiée  en  Italie.  Comme  il  le  dit  dans  la  préface,  l'auteur  a  consulté,  pour 
cet  ouvrage,  toutes  les  principales  études  grammaticales  publiées  dans  des 
régions  catalanes  ou  bien  en  France  et  en  Allemagne  (il  en  a  dressé  la  liste 
en  terminant).  Mais  il  fallait  adapter  ces  matériaux  au  public  italien,  et  ce 
n'était  pas  une  petite  difficulté.  M.  Todesco  prévient  ensuite  une  objection  en 
montrant  que  le  catalan  n'est  pas  un  simple  dialecte  du  castillan  ou  une 
modification  du  provençal,  mais  un  rameau  de  la  langue  occitane  qui  s'est 
développé  parallèlememt  au  provençal  et  non  à  sa  suite.  Les  œuvres  litté- 
raires écrites  en  catalan  étant  très  nombreuses,  surtout  depuis  une  quinzaine 
d'années,  il  était  utile  de  fournir  par  une  bonne  grammaire  à  ceux  qui  se 
sentent  attirés  vers  elles  le  moyen  de  s'y  mieux  conduire  et  de  les  mieux 
goûter.  En  ce  sens  donc,  M.  Todesco  a  rendu  un  grand  service  au  catalan 
en  Italie.  Nous  sommes  heureux  de  constater  qu'il  a  donné  à  ses  compa- 
triotes un  excellent  instrument.  11  faut  qu'un  grammairien  soit  à  la  fois 
précis,  clair  et  complet.  M.  Todesco  réunit  ces  différentes  qualités.  Son 
ouvrage  se  divise  en  trois  parties  :  1°  Phonologie  (voyelles,  consonnes,  pro- 
nonciation, accentuation,  etc.)  ;  —  2°  Morphologie  (article,  nom,  adjectif, 
pronom,  verbe,  préposition,  adverbe,  conjonction,  interjection  ;  —  3°  Syn- 
taxe (même  ordre).  La  partie  qui  Concerne  la  conjugaison,  généralement  la 
plus  ardue,  nous  a  paru  particulièrement  soignée.  Quant  à  la  syntaxe,  les 
règles  sont  exposées  avec  méthode  et  les  exemples  choisis  avec  soin. 

Tous  les  catalanisants  feront  bien  d'ajouter  cette  nouvelle  brochure  aux 
nombreuses  études  grammaticales  qu'ils  possèdent  déjà.  Nous  rappelons,  à 
ce  sujet,  qu'un  autre  Italien  M.  Giovanni  Palomba  a  publié  en  catalan,  il  y  a 
à  peine  quelques  années,  une  petite  grammaire  du  dialecte  catalan  d'Alghero 
(Sardaigne).  Encore  un  travail  qu'il  serait  bon  de  se  procurer.  J.  A. 

Jochs  Florals  de  Barcelona- 

Les  journaux  nous  ont  apporté  de  nombreux  détails  sur  les  dernières 
fêtes  des  Jeux  floraux.  Après  le  discours  présidentiel  de  Conrat  Roure  sur 
les  premiers  temps  du  théâtre  catalan,  le  secrétaire  J.  Ma  Folch  y  Torres  lit 
son  mémoire,  où  sont  publiés  les  noms  des  auteurs  couronnés,  dont  voici  la 
liste:  Fleur  naturelle:  Antoni  Navarro,  «  Idilis  lluminosos  »  —  L'Eglan- 
tine:  Eduart  Girbal  Jaume,  «  Elegia  perduda  ».  —  La  Violette:   néant.  — 


—    192   — 

Coupe  artistique  :  c<  Viatges  d'amor  »,  travail  de  Miquel  Roger.  —  Prix 
des  mainteneurs  :  «  Divinal  Epitalam  »,  version  rimée  en  catalan  du  Can- 
tique des  Cantiques  par  Anton  Navarro.  —  Prix  Fastenrath  :  attribué  au 
drame  «  l'Eloy  »  d'Angel  Guimerâ.  Mais  celui-ci  renonce  généreusement  à 
la  quantité  que  comporte  le  prix  et  la  cède  au  Consistoire  des  Jeux  floraux. 
Enfin  le  «  diseurs  de  gracies  »  a  été  prononcé  par  Prudenci  Bertrana.  La 
fête  a  été  fort  belle  ;  orateurs  et  auteurs  furent  accueillis  par  des  applaudis- 
sements enthousiastes  :  la  reine,  Na  Maria  de  Montoliu  y  Durân,  en  eut 
elle  aussi  une  bonne  part.  La  T(evue  Catalane  tient  à  adresser  ses  meilleures 
félicitations  aux  uns  et  aux  autres. 

De  la  Provence. 

M.  Paul  Ruât,  de  Marseille,  «  lou  felibre  di  Cigalo  »  vient  de  publier 
une  intéressante  étude  auto-biographique,  Aprendissage  de  la  vido. 

Elle  est  précédée  d'une  «  letro-prefaci  »  de  notre  ami  et  compatriote,  le 
félibre  majorai  Jean  Monné. 

De  Valencia» 

Le  dernier  n°  de  cette  revue  catalaniste  comprend  :  La  iglesia  parroquial 
de  Sant-Marti  de  Valencia  (J.  Sanchis  y  Sivera).  —  Conversa  de  Nadal, 
poesia  (T.  Llorente).  —  Estudi  sobre  filologia  valenciana  (  Fray  Ll.  Fullana 
Nirau  —  Una  dona  pa  un  home  îMiquel  Abat).  —  Carta  del  Marques  de 
Villarias  al  Duque  de  Caylies  (Miquel  de  Elizaicin).  -  Lo  «  Rat-Penat  » 
en  Castellô  —  Temporada  valenciana  en  lo  teatre  de  Apolo  (Ll.  Cebrian 
Mezquita).  —  Notes  bibliograficas. 

FoUetos  :  Historia  de  la  Pasiô  (mossen  Bernât  Fenollar  y  Père  Mar- 
tinez).  —  Resjna  de  las  antiguedades  valencianas  anterioras  à  la  dominacion 
cartagineta    R.  P.  N.  Bertomeu  Ribelles). 

Proverbes  Catalans 

Bon  dinar  y  bon  sopar 
fan  sempre  de  bon  esperar. 

Fill  ets,   pare  seras  ; 
ta]  feras,  tal  trovarâs. 


Le  Gérant,   COMET.  — Imprimerie  COM ET,  8,  rue  Saint-Dominique,  Perpignan. 


io 


5  Année.  N  55  15  Juillc»  1911. 

REVUE 

CATALANE 


Les   Manuscrits  non  insères 
■le  sont  oas  rendus. 


Les  Articles   oarus  dans  la  Revue 
1  engagent  aue  leurs  auteurs. 


A  la  gloria  del  Vallespir 

En  aquest  felis  dia  hont  la  estimada  vila  de  Ceret  festcja 
els    mes  preuhats  de  sos  artistas,  y  amb  ells,  tôt  lo  Valles- 
pir, vinch  à  barrejar  la  meva  humil  veu  a  la  dels  seus  bons 
fills.   Tôt  retruny,  tôt  brolla  avuy   d'alegria  en   la   antigua 
capital  vallespirenca,  per  tôt  arreu   s'agermanen,  balenceja- 
des  pel  vent,  les  très  colors  de  França   y  les  quatre  barras 
del  nostre  glorios  escut.  Sos   mes  perfiliosos  cantayres,  sos 
inspirats  solfistas  enalteixen  la  dolsor,  la  bellesa  y  el  benes- 
tar  de   l'alberch   payral.   Sos  poetas,  sos  escriptors,  alaban 
recorts   y  glorias  del   genit  catalâ  que  rebrota,  creix,  s'en- 
layre  y   torna   à    florir.  Com  els  aucells  d'istiu  de  la  vostre 
comarca,  cantau   minyons,  cantau  vostre    terra  de   sol  y  de 
tramontana,   vostre   plana  bondadosa,   les   vostres  régalades 
montanyas.    Suspirau  aqueix    «  Salut  au  Vallespir  »    qu'ha 
vingut    de    permont    atravessant   l'espay  com  fresca  y  pura 
alenada  montanyenca  ;  cantau  de  tota  vostre  anima,  el  «  Cant 
del  Vallespir  »,  y  que  sigua,  per  sempre  mes,    la   cansô   del 
vostre  cor.  Cantau  les  vinyas,  les  suredas,  les  estepas  y  los 
romenins  de  les   vostres  garrigas  embalsemades  y  també  la 
vostre  blavosa   mar  llustrejant  en  l'horitzô  llunyâ.   Cantau, 
y  quan  haurem  acabat  d'escoltar  eix  bell  y  inolvidable  escJat 
de    terrenal   patriotisma,  escoltarem  encare  el  ressô  de    les 
estrofas  que  s'esvaeix  melangiôs  y  anyoradiç.  Al    escampar- 
se   sotilment    per    l'espay,  deixarâ    en   el    fons   dels  nostres 


—    194   — 

esprits,  com  dels  nostres  cors,  un  aroma  suau  y  reconfor- 
tant d'encens  mistich,  de  patri-amor,  de  flors  de  bosch  y  de 
jardi. 

Al  mitg  d'aquestas  solemnitats,  alabansas  de  la  patria  pri- 
mera, vos  dire,  jo  també,  pobre  y  desconegut  montanyés, 
mon  amor  pel  Vallespir.  Mirau-lo  sobre  una  mapa,  veureu 
que  té  la  forma  y  la  figura  d'un  vano  immens.  Ses  fuUas, 
maravellosament  pintadas  de  la  ma  de  Deu,  se  desplegan 
d'Elna  fins  a  Cervera,  y  son  manech,  seguint  les  ayguas 
del  riu  Tech,  s'aposenta  en  la  falda  del  Costabona  geganti. 
De  llevant  a  ponent,  aspras  y  rocosas  serras  y  també  mon- 
tanyas  ricas  y  productivas  l'hi  fan  de  cuadro  y  capsaler  : 
Cap  de  Creus,  les  Alberas,  los  serrais  de  Montalba,  d'Arles 
y  Montbolô,  les  cimades  de  Bâtera  y  Sant  Llorens,  y  les 
alturias  de  Prats,  germanes  bessonas  del  Puigmal  y  de 
Canigô.  Els  perfils  de  sos  puigs,  soviny  coronats  de  torras 
gôticas  o  sarahinas,  s'oviran  nets,  precisos,  retallats  sobre 
l'horitsô  mentre  no  'Is  embolcalle  la  boyra  pel  cim  de  les 
picas  com  arriva  algun  cop.  Mes,  en  tôt  temps  de  l'any,  la 
llum  viva  y  clara  del  clima  mediterrani  li  dona  un  tô  de 
safir  barrejat  d'esmeralda,  tenyint-ho  tôt  dels  esplendors 
iradiants  del  cel  y  de  l'il-luminaciô  universal  de  l'ayre.  Com 
Vallespir  no  té  amples  vessants  no  hi  ha  grans  rius,  pero 
les  ayguas  del  Tech  y  de  les  demés  rieras,  regan  en  temps 
de  primavera  y  d'istiu  mil  hermosas  praderias  com  també  les 
ricas  hortas  dels  riverais.  La  vegetaciô,  tant  en  les  planas 
com  en  les  valls  montanyesas,  es  atapahida,  delitosa  y  per- 
sistent. El  ramatge  dels  arbres,  sobretot  en  els  alsinars  y 
les  folrades  plantades  de  castanyers,  abriga  soviny  la  terra, 
els  esplets  viuhen  llarch  temps  sensé  la  fresca  besada  de  les 
pluges,  el  bestiar  hi  es  ferreny,  aprofitôs  y  résistent,  y 
l'home,  com  boncatalâ,  viu  honradament  en  traballant,  sem- 
pre  alegre,  sempre  coratjôs.  En  pocas  parts  del  mon  s'ob- 
serva igual  varietat  y  tantes  influencias  de  latitut  dins  un 
espay  tant  limitât.  La  gent  montanyenca  porta  la  senya  dis- 


—    J95   — 

tintiva  y  particular  de  l'altura,  que  son  esveltesa,  agilitat  y 
magror.  La  de)  plâ  ten  la  robustesa  y  la  força  que  produ- 
heixen  voluntat  y  acciô.  Los  de  permont  passen  ab  poca 
cosa,  no  tasten  gayre  bé  may  carn  frcsca,  el  seu  aliment 
principal  es  pa  y  ollada,  porch  salât,  formatges  y  llet  dels 
Durs  ramats.  Fidels  a  lestradicions  y  costums  dels  avis  no  's 
cuyden  de  cosas  exteriors.  Los  embolicats  problèmes  socials 
no  existeixen  per  ells.  Son  divertits  y  festosos,  estimen  la 
balla  mes  que  tôt,  molts  son  encare  fidels  a  la  barretina  ver- 
mella.  Els  del  pla  son  acostumats  a'n  el  benviure,  los  hi  cal  mes 
varietat  en  l'aliment.  Estan  mes  apasionats  per  la  poJitica  y 
la  discusiô,  no  's  pot  negar  que  llur  potencia  intel-lectual 
es  generalment  superior  a  la  dels  montanyenchs.  Fins  are, 
els  nostres  pagesos  no  abandonen  gayre,  per  viure  en  ciu- 
tats,  la  llar  y  la  terra  payral.  La  majoria  queda  lligada,  ab 
gran  raho,  al  modo  de  vida  dels  antepassats.  Rica  o  pobre, 
tots  estimen  la  llur  comarca,  el  campanar,  lo  poblet  perdut 
en  les  garrigas,  y  el  mas,  verdader  niu  de  ditxa  y  de  santa 
pau.  Tots  arrelan  com  els  roures  y  les  alsinas  del  rodador. 
En  el  fons,  els  fills  del  pla,  de  la  marenda  y  de  la  montanya 
tenen  un  sentiment  comù.  Vallespir  té  una  sola  anima,  una 
traça  propri,  una  maravellosa  vibraciô  que  dona  a  cada  part, 
a  cada  troc  d'aquest  harmoniôs  conjunt,  el  particular  ayre 
de  familia,  la  fesomia  especial  y  caracteristica  de  la  raça  val- 
lespirenca. 

La  nostre  mar,  la  que  banya  la  costa  marina  d'Argelés, 
Port-Vendres  y  Banyuls,  sol  esser  calmosa  y  serena,  casi 
may  s'hi  congrihen  els  temporals  y  tempestats  que  en  altres 
punts  la  fan  terrible  y  soviny  espantosa.  Tant  en  els  dias 
de  maror  com  en  els  de  calma,  les  ayguas  son  sempre  blaves 
com  el  cel  qu'ens  cobreix,  com  la  calitja  que  'ns  embolcalla 
y  com  les  montanyas  que  'ns  rodejan.  Es  una  mar  que 
sembla  un  llach  luminos  de  l'Orient  amb  platjas  arenosas  y 
cales  arimosas  abrigades  pel  vent.  La  pesca,  sens  massa  en- 
riquir  nostres  valents  y  decidits  mariners  es  prou  abundosa, 


—    196  — 

]a  gran  diversitat  de  peixos  son  ramejats,  brillants  y  llustro- 
sos  com  cls  metalls  de  mes  preu. 

El  clima  de  Vallespir  es  dolç  y  agrados  encare  qu'un 
xich  variable.  L'hivern  hi  es  curt,  prou  sech  y  soleios  ;  la 
tramontana,  sobretot  à  la  plana,  hi  xiula  soviny  sa  cansô 
molesta  pero  util  y  sanitosa  tan  per  la  gent  com  pels  esplets. 
La  neu,  que  quasi  may  baixa  a  la  plana  se  fon  avyat  en  el 
cim  de  les  mes  altas  montanyas.  La  vegetaciô  selvatge  bro- 
tant  atapahida  y  abundant  fa  de  Vallespir  un  pays  sanitôs 
perqué  les  plantas  y  arbres  que  poblen  boscos  y  garrigas 
son  del  tôt  tots  aromatichs.  La  llenya  es  forta,  de  llarga  y 
penosa  creixensa,  condicions  proprias  per  que  'Is  arbres  y 
les  matas  poguin  resistir  a  secadas  llargas  y  fortes  ventadas. 

Els  fruyts  que  la  nostra  terra  dôna,  assahonats  pel  sol, 
son  dolços  y  apreciats.  Rahims  primerenchs  blanchs  y 
nègres,  pressechs,  albercochs,  prunas,  amb  preferencia  la 
((  reyna  Claudia  »,  les  peras,  les  pomas  d'Arles,  les  casta- 
nyes  de  Ceret,  nogas,  avellanes,  nespras,  selvias,  condonys 
y  mangranas,  sens  comptar  les  taronjas,  mandarinas,  llimo- 
nas,  poncems  y  demés  aclimatade  fruyta  d'ultramar.  Les 
cireras  de  Ceret  son  conegudas  per  tota  Fransa  y  encare 
mes  enllâ  ;  semblan  gotas  de  sanch  vcrmella  caygudas  de 
las  barras  del  nostre  blasô.  Com,  avuy  en  dia,  les  comuni- 
cacions  son  com  mes  va  mes  facils,  els  productes  nostres 
marxan  força  a  exportaciô.  Els  llegums  primerenchs  son 
conreuats  en  totas  bandas  regables  y  prou  reparades.  Trun- 
fas,  monjetas,  cols  de  moltas  classes,  pesuls,  tomatechs, 
cebas,  aills  y  escalunyas,  apit,  pebrinas,  carabaces,  asber- 
ginias,  camps  d'asparguls,  quintâns  de  carxoferas  y  madu- 
xers,  ensiams  de  totas  lleys  y  encare  cent  altres  productes 
originariasde  totas  parts  del  mon...  demaneu  !  Els  fruyters, 
arrenglerats  en  linias  sens  fî,  poblen  també  planas  y  baixâns. 
Els  pagesos,  amb  manya  creixenta,  ne  planten  a  milenars 
cada  any.  L'olivera,  simbol  de  pau  y  concordia,  desde  molts 
anys  ingratament  sacrificade  a  Rossellô,  es  sempre  mirade  a 


—   197  — 

Vallespjr  amb  sjngular  predilecciô.  Dona  olivas  tingudas  en 
gran  estima  y  oli  gustôs  y  saborôs.  De)  vora  mar  fins  Arles, 
la  figuera  es  també  en  gran  honor.  Els  pobres  principal- 
ment  la  miran  amb  molta  simpatia.  Verdas  y  secas,  les  figas 
estalvien  el  pa,  essent  quasi  un  aliment  complet.  Pertot 
arreu  riquissims  vinyers  abrigan  plans  y  garrigas  donant  els 
vins  generosos  y  d'antigua  reputaciô  com  los  d'Oms  y  de 
les  costas  de  Sant  Ferriol.  Mes  avall,  madurats  per  les  ruhen- 
tors  del  sol  mediterrani  s'hi  trapen  els  de  Collioure,  Cos- 
prons  y  Banyuls  de  la  Marenda,  coneguts  y  estimats  fins 
en  les  mes  llunyanas  parts  del  univers. 

En  !a  montanya,  ademès  del  feyneig  de  las  castanyedas 
cercleras  y  duelleras,  y  de  la  pintoresca  industria  dels  car- 
boners  qu'aclareixen  y  carbonan  alzinars,  rouredas  y  fajosas; 
ademès  també  de  les  grans  cullitas  de  trunfas  per  sembrar, 
de  Prats-de-Mollô,  lo  ram  mes  aprofitat  de  la  pagesia  es  lo 
del  bestiar.  S'hi  crian  remats  de  moltons  y  ovellas,  eugas  y 
caballs  renomenats,  vedells  y  bous  per  la  carniceria,  porchs 
engreixats  y  molt  d'aviram  de  bona  mena,  manancial  de 
molta  ganancia  pels  montanyenchs.  Amb  aquestes  ideas 
gênerais  sobre  de  las  riquesas  vallespirencas  un  hom  se  pot 
fer  carrech  dels  traballs  y  afanys  que  passen  els  pacients 
pagesos  pera  arribar  a  producciô  tant  variada  en  un  pays 
soviny  sech,  aspre  y  rocater.  No  hi  falta,  per  sort,  la  justa 
y  natural  compensaciô  a  llurs  esforços.  El  pages  pot  enor- 
gullir-se  del  seu  ofici.  Lluytar  y  vencer,  vull  dir  traballar 
y  produhir,  ja  es  un  goig  dels  mes  grans  y  purs  de  la  vida  ; 
mes  en  les  produccions  de  la  terra  hi  ha  una  relaciô  tant 
amorosa  y  paternal  com  en  un  verdader  infanîament. 

Si  haguès  de  contar-vos  un  per  un  tots  els  enginys  dels 
agricultors  y  descriure  per  lo  menut  els  distints  conreus, 
les  varias  industrias,  les  entrctingudas  feynas  del  camp,  no 
acabaria  may.  Aneu-hi  a  la  nostre  pagesia  vallespirenca  y 
veureu  com  en  tôt  temps  de  l'any  el  travallador  apunta  amo- 
rosament  sa  terra.  Ohireu  lo  murmuri  dels  blats  y  dels  segols 


—  198  — 

balansejats  dolçamcnt  pel  ventijol  d'istiu,  ohireu,  mesclant- 
se  amb  el  brunzit  cstrident  dels  grills  y  les  cigales,  el  cant 
dels  flagells  y  de  les  batullas  en  les  polsosas  eras.  Sentireu 
l'olor  reviscoladora  dels  rahims  trepitjats  en  las  samals,  veu- 
reu,  quan  el  most  ha  bullit,  trascolar,  com  un  raig  de  rubis, 
el  vi  novell  a  les  botas  del  celler.  Veureu  a  cullir,  quan  sian 
maduras,  les  verdas  olivas,.y  rajar  l'oli  d'or  baix  la  premsa 
del  moli.  Veureu  les  filères  de  matxos,  am  pitsada  y  ronsal 
de  penjorellas  viroladas,  plomall  y  cascabellade,  pujant  cada 
mati  per  les  costas,  dirigint-se  pels  viaranys  dels  boscos 
vers  les  plaças  duelleras  y  carboneras,  baixant  a  la  tarda 
carregats  de  fustatge  y  carbô.  Somoguts,  escoltareu  en  les 
nits  d'istiu  per  les  alturias,  el  so  tant  dois  del  fluviol,  el  raig 
d'alegres  cantarellas  que  sona  '1  pastor  atalayant  ses  ovellas, 
el  cabrer  guardant  ses  cabres  pels  rocaters,  ô  els  baquers 
seguint  Dur  bestiar  per  les  devesas.  Tôt  recorrint  el  nostre 
esplendit  pays  admirareu  també  ses  riquesas  industrials. 
Visitareu  Jos  reputats  tallers  saladors  d'anxovas  y  sardas  de 
Colliure,  les  fâbricas  de  manechs  de  fohets  alimentades  per 
les  plantades  de  lladoners  de  la  rcgiô  d'Alberas,  saludareu 
els  axams  de  valcnts  obrers  traballant  el  suro  en  les  aciedi- 
tades  fâbricas  de  taps  de  Ceret,  del  Volô,  d'Oms,  Llaurô  y 
Maurellâs.  Veureu  les  fargas  catalanas  d'Arles  y  Cortsavi 
que  donan  el  ferro  millor,  les  guixeras  y  menés  de  talc  de 
Reyners  y  Palaldâ  y  aquells  meners  de  la  Pinosa  y  de  Bâ- 
tera que  portan  les  entranyas  de  les  nostras  montanyas  fins 
a  la  industrial  y  llunyana  Inglaterra.  Pujant  mes  amont,  y 
desprès  de  haver  tastat  les  olorosos  y  delicades  tofas  de 
Montferrer,  veureu  les  usinas  de  Prats-de-Mollô  y  de  Sant 
Llorens  de  Cerdâns  produhint  les  varias  classes  de  tela  em- 
pleades  pels  espardenyers  de  Fransa,  tastareu  en  fi  los  bes- 
cuyts  tant  apreciats  y  les  conservas  alimentarias  de  l'Ait 
Vallespir.  No  cal  descuydar  l'aygua  minerai  de  la  Roca  y 
de  Molâs  y  les  fonts  thermals  del  Volô,  dels  Banys  d'Arles 
y  de  la  Presta  que  fan  coneixer  a  la  gent  de  lluny  ses  vir- 


—    '99   — 

tuts  curativas  amb  la  dolçor  de)  nostre  clima  y  la  boniquesa 
de)  Vallcspir.  Hi  ha  traball  apropriat  pera  tothom,  cadahu 
pot  emplegar-se  en  allô  que  mes  li  agrada.  Se  necesita  no 
mes  que  bona  voluntat.  Les  industrias  de  Vallespir  y  la 
vida  pagesa,  presas  ab  la  constancia  y  l'amor  deguts,  donan 
gojg,  benestar,  coneixements  y  cultura  que  produheixen 
l'equilibri  fisich  y  moral  del  obrer  y  del  travallador.  Aqueix 
equilibri  es  font  verdadera,  in-axugable  y  principal  de  la 
força  dels  nostres  pobles  y  del  progrès  material  de  Val- 
lespir. 

He  estât  llarguissim  ?  Els  amadors  de  la  nostra  terra  m'ho 
escusarân  en  favor  de)  afçcte  que  l'hi  portem  tots.  Altres 
amb  mes  potestat  y  ciencia  glorificarân  avuy  en  la  festosa  y 
amabje  vila  de  Ceret,  la  poesia  y  la  mûsica,  reynas  sempre 
joves  de  les  bellas  arts.  Orfeons,  chorals,  orquestes,  ompli- 
rant  l'espay  de  suavissims  concerts,  molts  fills  de  la  ciutat  y 
de  Rossellô  hi  celebrarân  ses  bellesas  artisticas  y  ses  glorias 
intel-lectuals,  jo  vinch  de  cantar  lo  que  mon  cor  estime  mes, 
una  minyoneta  humil  y  feynera,  valenta  y  aixerida,  aspra, 
pacient  y  forta,  pero  agraciada,  esvelta,  ayrosa,  amb  la  color 
colrada  y  enmorenida  del  nostre  sol  ;  nineta  sempre  jove, 
cantayre  y  balladora,  bromista  y  riallera  pero  seriosa  y  hon- 
rade  que  he  estimât,  fins  al  haver  abandonat  els  goigs,  les 
primors,  els  plahers  y  les  finures  de  la  ciutat,  per  viure 
aprop  d'ella  en  la  soledat  de  ses  montanyas.  Aqueixa  minyo- 
na  estimada,  tots  la  coneixeu,  tots  l'heu  vista,  tots  l'heu  en- 
devinada  :  li  diuhen  «  la  pagesia  de  Vallespir  ». 


-ry-   ^  ^-'^^^^.x^a.K^r^ 


Lo  Boix-Sant-Salvador,  dia  2  de  juliol  de  ic)i  i. 


Fêtes  Catalanes  de  Céret 

du   2   Juillet 

^^ 

Ces  fêtes,  que  favorisa  un  temps  magnifique,  n'ont  pas  été 
seulement  un  succès,  mais  un  véritable  triomphe  pour  l'idée 
catalane.  Le  résultat  a  dépassé  toutes  nos  espérances.  Nous  avons 
assisté,  dans  la  petite  et  charmante  et  si  vivante  ville  de  Céret,  à 
la  glorification  de  la  terre  roussillonnaise.  Le  coeur  du  Vallespir 
était  devenu  pour  quelques  jours  le  coeur  même  de  notre  pro- 
vince. L'enthousiasme  populaire  a  été  très  grand  pour  tout  ce 
qui  exaltait  la  tradition  de  la  race  :  bonnets  catalans  portés  d'une 
manière  exquise  par  toutes  les  jeunes  filles  et  les  jeunes  femmes 
de  Céret  et  même  du  dehors,  —  serdanes  dansées  aux  arènes  ou 
sur  la  place  et  accueillies  toujours  par  de  vifs  applaudissements, 
—  musique  de  la  cobla  avec  ses  instruments  d'une  harmonie  si 
originale,  —  mais  surtout  la  cantate,  qui  réunissait,  devant  une 
foule  de  quatre  mille  personnes,  plus  de  trois  cents  exécutants 
dont  la  ferveur  et  la  gravité  religieuse  en  même  temps  que 
souriante  nous  remplirent  de  la  plus  pure  et  de  la  plus  douce  des 
émotions. 

Le  2  juillet  191  ]  constitue  une  journée  très  importante  pour 
notre  cause.  La  foule  entière  sentait  profondément  que  la  mani- 
festation n'était  pas  un  simple  festival  d'art  incolore  et  indéfini, 
mais  quelque  chose  de  bien  catalan.  La  musique  de  M.  Déodat 
de  Sévérac,  si  merveilleusement  adaptée  aux  vers  de  M.  Jean 
Amade,  traduisait  avec  une  fraîcheur,  une  délicatesse  et  une 
force  surprenantes  toutes  les  aspirations  de  l'àme  roussillonnaise, 
toute  la  poésie  de  notre  nature,  toute  la  beauté  de  notre  idéal. 
Aussi  le  Cant  deî  Vallespir  est-il  déjà  devenu  populaire  :  on  le 
chante  dans  les  ateliers,  on  le  fredonne  sur  les  routes  poudreuses. 
C'est  comme  l'hymne  de  notre  pays.  A  ces  différents  titres  nous 
devons  donc  les  félicitations  les  plus  chaleureuses  aux  orga- 
nisateurs de  la  fête,  qui    ont  su   lui    donner  un   caractère  régional 


—    201     — 

si  pittoresque.  Céret  a  vu  palpiter  aux  fenêtres,  aux  arènes,  aux 
grands  platanes  de  sa  place  et  de  ses  boulevards,  les  couleurs  de 
la  «  bandera  »  catalane  :  que  ces  couleurs  symbolisent  à  jamais 
pour  nous  l'espoir  d'une  renaissance  toujours  plus  féconde  et 
toujours  plus  ardente. 
Vive  le  Roussillon! 

Aux  interprètes  de  la  Cantate. 

Nous  devons  aussi  les  plus  vives  félicitations  aux  interprètes 
de  la  cantate,  hommes  et  dames,  qui  mirent  à  l'apprendre  tant 
d'ardeur  et  de  bonne  volonté,  aux  musiciens  de  IHarmoiiie  du 
Vallespir  et  à  leur  vaillant  directeur,  M.  Louis  Roque,  qui  eut 
le  premier  l'idée  de  ces  fêtes  artistiques  et  qui  déploya  tant  d'ac- 
tivité pour  en  assurer  la  réussite.  Une  très  grande  part  du  succès  de 
la  fête  leur  revient,  notamment  à  M.  Adrien  Amade  qui  montra 
une  patience  si  tenace,  une  intelligence  artistique  si  sûre  et  si  vive, 
à  leur  faire  rendre  cette  belle  oeuvre  dans  ses  plus  petits  détails 
et  avec  un  goût  si  parfait.  On  n'attendait  pas  moins  du  fondateur 
et  directeur  des  «  Cantayres  catalans  »  de  Céret,  qui  se  fit 
remarquer  à  la  salle  Arago  de  Perpignan  par  la  maîtrise  et  la 
souplesse  de  sa  direction.  M.  Adrien  Amade  a  maintenant  sous 
sa  main  une  puissante  chorale,  dont  le  rôle  artistique  peut  être 
considérable  pour  l'avenir  de  notre  musique  régionale  :  il  ne  faut 
pas  que  d'aussi  bons  éléments  se  dispersent  et  se  perdent,  de 
même  que  le  superbe  théâtre  de  plein  air  que  les  Cérétans  ont 
dans  leurs  arènes  doit  devenir  de  toute  nécessité  la  scène  catalane 
de  demain. 

M.  Déodat  de  Sévérac. 

Le  jeune  et  brillant  compositeur,  M.  Déodat  de  Sévérac,  est 
maintenant  devenu  l'un  des  nôtres.  D'origine  languedocienne,  il 
a  été  attiré  par  le  charme  de  la  nature  roussillonnaise,  et  c'est 
chez  nous   qu'il   est   venu    chercher   la    paix  rustique    favorable   à 


202     


l'inspiration  et  à  l'art.  Souhaitons  qu'il  reste  longtemps,  qu'il 
reste  toujours  sous  notre  ciel,  dans  le  décor  de  notre  terre,  et, 
après  l'immense  succès  qui  a  accueilli  l'autre  jour  son  oeuvre 
musicale,  une  des  meilleures  pages  qu'il  ait  écrites,  qu'il  consente 


M.    DEODAT  DE    SEYERAC 


encore  à  s'inspirer  de  l'âme  et  de  la  poésie  roussillonnaises. 
D'ailleurs  sa  musique,  parfois  si  catalane,  n'a-t-elle  pas  reçu  la 
plus  chaude  et  encourageante  approbation  de  l'élite  musicale,  lors 
de  la  reprise  d'une  de  ses  compositions  à  Paris? 

Cet     artiste,   dont  l'inspiration    est  à  la   fois  si  régionaliste    et 


—  2o3  — 

si  humaine,  a  déjà  produit  beaucoup.  Nous  tenons  à  mentionner 
ses  principales  oeuvres  : 

r  Le  Chant  de  la  Terre,  poème  géorgique  musical  en  six  parties. 

2°  En  Languedoc,  suite  pour  piano  en  cinq  parties. 

3°  J\\fmphes  au  crépuscule,  poème  symphonique  pour  orchestre 
et  voix  de  femmes  (exécuté  à  la  Société  nationale,  sous  la  direc- 
tion de  Vincent  d'indy  . 

4°  Le  Cœur  du  Moulin,  drame  lyrique  (livret  de  Maurice 
Magre  ,  joué  à  l'Opéra-Comique  en   1909. 

5"  Héliogabale,  tragédie  lyrique  en  trois  actes,  livret  d'Emile 
Sicard),  représenté  en  1910  aux  arènes  de  Béziers  et  repris  à 
Paris  l'hiver  dernier  à  la  salle  Gaveau. 

Outre  cela,  une  cinquantaine  de  niélodies  pour  chant  et  piano, 
et  divers  morceaux  pour  piano  seul  ou  pour  piano  et  divers 
instruments.  C'est  dans  Héliogabale  que  M.  Déodat  de  Sévérac  a 
introduit  les  instruments  catalans,  grâce  auxquels  il  a  obtenu  des 
effets  admirables,  et  dont  les  sonorités,  tantôt  langoureuses  et 
passionnées,  tantôt  mordantes  et  fiévreuses,  lui  valurent  d'una- 
nimes félicitations. 

M.  Déodat  de  Sévérac  est  né  à  Saint-Félix  de  Caraman,  dans 
le  Haut-Languedoc,  le  20  juillet  \SjS.  Issu  d'une  très  ancienne 
famille,  attaché  obstinément  au  foyer  des  aïeux,  il  est  tradi- 
tionnaliste  par  tempérament,  par  éducation  et  par  atavisme. 

Nous  saluons  très  respectueusement  cet  artiste  de  grand  avenrr, 
cet  ami  du  Roussillon,  dont  la  vie  simple,  familière,  indépen- 
dante et  le  caractère  affable  autant  que  loyal  ont  conquis 
l'estime  de  tous.  Au  nom  de  la  terre  catalane,  nous  lui  crions 
bien  fort  :  «  Bravo  et  merci  !  »,  et  nous  prenons  rendez-vous 
auprès  àz  lui  pour  de  nouvelles  fêtes  traditionnalistes,  que  nous 
souhaitons  très  prochaines  et  aussi  brillantes  que  les  inoubliables 
fêtes  de  Céret. 


j'"  I  I  I  '  '  I  I  '  I  r 


cgOs^cgOs^  c^Qn^  c^OsS.  c^Q>sS^c£g'>^  cg'>sS'CΧQs&.  cîg'Sv^ 


Cant  del  Vallespir 


*^^^^ 


Nous  reproduisons  ci-dessous  la  partie  delà  cantate  de  M.  Jean  Amade 
qui  a  été  mise  en  musique  par  M.  Déodat  de  Sévérac  et  exécutée  le  2  juillet 
aux  arènes  de  Céret.  Mais  l'ensemble  comprend,  en  plus  de  ce  morceau,  un 
Cant  de  mares,  que  nous  avons  publié  ici  même  (  T^^uwe  Catalane,  i5  décem- 
bre 191  G),  un  Cant  de  minyonas  «  anant  à  la  font  ambe  la  dorca  »  publié 
dans  la  Veu  del  Canigô  du  20  mars  191  1,  et  enfin  un  chœur  de  «  pastors, 
boscayrols,  carboners,  traginers,  etc.  ». 

Nous  espérons  que  l'auteur  voudra  bien  réunir  prochainement  le  tout  en 
plaquette  a  per  la  gloria  del  Vallespir  !  » 


Cantem  la  terra  catalana, 
Terra   de   lalegria  y    terra   de  la  pau, 

Lo  Canigô,  rey  de  la  plana, 

De  la  montanya  y  del  cel  blau. 
Cantem  lo  Vallespir  hont  bronzina  l'abella 

Sens  por  del  vent  geliu, 

Hont  sempre  la  perdiu 
Pot  criar  sos  petits  que  piulan  aprop  d'ella  ; 
Lo  nostre  Vallespir  hont  l'hivern  es  tan  dois 

Qu'hom  veu  à  cada  branca 
De  l'ametller  cubert  de  gibre  com  un  pois 
Naix'  aviat  al  sol  vermeil  una  flor  blanca  ! 
Pahîs  de  la  cirera  y  del  clavell  hermôs, 

Hont  la  minyona  porta 

En  sa  galta,  en  son  cos, 
Com  la  fruyta  y  la  flor  mes  bonicas  de  l'horta. .. 

Terra  del  Tech  festiu. 

Terra  de  las  Alberas, 
Hont  lo  sol  fa  de  l'ull  un  germa  del  caliu 
Y  de  la  boca  fresca,  al  moment  que  somriu, 


20!>    

La  germana  de  las  cireras. 
O  terra  antigua  de  l'oliu, 
Aybre  estimât  dels  nostres  avis 
Que   douas  l'oli  pur  y  ciar 
Per  fer  millor  nostre  menjar 

Y  pe  '1  Hum  qui,  la  nit,  vetlla  el  treball  dels  sabis  ! 
Vallespir  de  la  vinya  y  del  ciure  rojench, 

De  la  dolsa  manglana  agradable  â  las  bocas  ! 

O  poesia  de!  pahis  vallespirench 

Que  fas  florir  sota  del  cel  totas  las  rocas  !... 

Cantem  lo  que  diu  l'alba  à  nostre  cor  aymant, 
Lo  que  li  diu  l'estela  espellida  al  llevant  ; 

Cantem,  amichs,  cantem  encare 
Com  creix  la  tendre  flor  à  \\  vora  del  riu 

Y  com  Jos  aucellets  s'adormen  dins  del  niu 

Sota  las  plumas  de  sa  mare... 

Cantem  lo  qu'umpleix  nostre  cor 

D'un  goig  y  d'un  encant  sensmida. 

Amichs,  cantem,  cantem  l'amor  ; 

Cantem,  amichs,  cantem  la  vida  : 

Si,  cantemla  tots  de  bon  grat 
Nostra  vida  que  raja  ambe  tant  de  dolsura, 
Com  las  ayguas  del  Tech  entre  voras  de  prat 

H  ont  reina  la  frescura  ! 
Cantem  la  primavera  y  l'estiu  rialler, 
La  follatge  amorôs  y  fresch  del  castanyer, 

Y  las  fonts  regaladas 
Hont  s'amagan  las  fadas 

Per  encisar  lo  jove  amb  son  mirar  dolser... 
La  barretina  roja  y  l'espardenya  ardjda, 

Y  la  faixa  y  l'escoffiô, 
Cantem  la  gracia  espellida 

De  la  minyona  y  del  minyô  !... 


—   2o6 


Que  canti  nostre  cor,  ((ue  cantin  nostres  llabis, 
Rossinyols  de  l'amor  refilant  sus  d'un  faig  : 
Com  rajan  per  l'herbam  las  eus  al  mes  de  maig, 
Que  raji  lo  parlar  divi  deis  nostres  avis... 
Y,  f:ns  à  l'hora  hont  lo  sol  eau, 


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CAP  A  CERET 

La  Pica  de  Fontfréda 

A  la  primavera  es  d'un  pler  anar  d'excursiô  per  la  montanya 
de  Ceret.  Qui  cerqui  aygues  frescas,  ayre  pur,  y  un  bel!  punt 
de  vista,  pot  s'encaminar  per  los  senders  que  serpentejen,  serra- 
lades  amont,  v  menen  al  Bosch  de  la  vila,  à  la  Fontfrèda  6  al 
pich  de  Bôlerich. 

Lo  dia  sols  punteja  que  colles  d'alegres  traballadors  ja  traste- 
jen  per  los  carrers  de  la  vila,  lo  peu  calsat  de  l'esperdenya  lleu- 
gera,  las  eynes  sobre  d'una  espatlla,  lo  sarré  y '1  barrai  sus  l'altre. 
Las  nines  y  las  dones  segueixen,  dun  pas  aixurit,  las  faldilles  re- 
trossades,  cofades  del  blanch  cofet  rosselloRès,  y  '1  cistell  al  bras. 

Lo  piuladis  dels  aucells  y  '1  cant  del  gall  retrunyen  per  tôt, 
com  pera  saludar  los  primers  raigs  del  soi,  quin  cribell  rojench 
trauca  â  l'horitzô,  sobre  la  règua  blanca  que  marca  la  mar.  Lo 
rond  de  foch  puja  com  mes  va,  s'enmiralla  dins  las  ones,  y  se  'n 
va  à  posar  una  pinzellada  vermella  pel  cim  de  las  picas  de  Canigô. 
La  Hum  avivada  del  soi  ompla  l'espay,  s'esbargeix  per  las  valls  ;  lo 
barrejadis  d'altures  ensoleyades  y  de  fondalades  ombroses  favistos 
lo  relleu  de  la  montanya  y  la  pendent  anguilejanta  dels  riberals. 

A  mida  que  n'hom  puja,  se  sent  la  flayra  embaumada  de  las 
floretes  y  mates  boscanes  ;  la  frescor  de  la  castanyeda  repara  dels 
raigs  ja  ruhents  del  soi  ;  n'hom  acaba  d'esser  à  Fontfrèda. 

Aquî,  la  vista  es  de  lo  mes  bel.  D'un  ban  lo  gegantiu  Canigô, 
encare  platejat  de  congestes  nevades  ;  al  devant,  las  serres  llunya- 
nes  de  las  Corberes,  y  la  blancor  lluhenta  de  l'estany  de  Salses  ; 
per  l'altre  ban,  tota  la  regua  escumosa  del  mar.  Si  n'hom  se 
régira,  se  veu  la  alta  collada  de  las  Salines,  que  enllassa  Ceret  (à 
Fransa)  y  Massanet-de-Cabrenys  (à  Espanya)  ;  d'un  costat  lo  clôt 
de  Barrabam,  y  'Is  remingols  del  bosch  de  la  Vila  ;  de  l'altre, 
per  los  esquitxos  de  las  Albères,  s'ovira  '1  plâ  de  l'Ampurdâ  y 
la  badia  de  Rosas. 

Es  régalât  d'esmorsar  aquî,  à  700  mètres  d'alsaria,  à  la  vora 
d'una   aygua    fresca  y   ganosa  ;  s'admira,  à    dalt,  un  cel  tôt  blau  ; 


—    2o8    — 

al  entorn,  un  sens  ff  d'altures  verdejantes  ;  y  per  baix,  Ceret, 
amb  los  dos  ponts  del  Tech,  la  devota  de  Sant-Ferriol,  y  l'es- 
tensa  planura  del  Rossellô. 

Es  de  bo  que  n'hom  plany,  llavors,  los  desditxats  perpinyane- 
sos,  deixats  à  viurer  rodejats  de  fortificacions,  emblanquits  de 
pois,  y  torrats  pe'l  soi. 

A  Sant-Ferriol 

Per  Sant-Ferriol  es  dia  d'animaciô,  â  Ceret.  De  per  tôt,  colles 
de  gent  s'en  van  cap  al  Pont,  y  pujen  à  la  devota  del  Sant  ;  aquî 
s'hi  veu  rossellonesos  vinguts  dels  quatre  cantons  de  la  plana, 
ampurdanesos  vestits  de  vellut,  y  pagesos  de  montanya,  re-bels 
amb  Uur  barretina  vermella  y  las  acostumades  espardenyes. 

Lo  cami  anguileja  per  avellaneres  y  vinyers,y  trenca  unos  cor- 
rechs  cas)  aixuts,  baixats  del  puig  de  Sant-Ferriol  ;  de  quant  en 
quant,  oliveres  ombrejen  la  garriga  tota  ensoleyada  ;  y  '1  Canigô, 
coronat  de  primoroses  bromes,  sembla  que  s'espihi,  desde  '1  cel, 
la  numerosa  llocada  que  se  moii  à  sos  peus. 

La  capella  es  plena  de  gent,  aixis  com  las  estancies  del  mas, 
que  es  à  tocar  ;  per  la  plasseta,  ni  s'hi  pot  caminar,  per  entre- 
mitg  de  las  taules  hont  s'han  parât  resquilles  y  avellanes,  medalles 
y  rosaris  ;  contra  de  las  parets,  es  una  barrejadissa  de  burros,  de 
matxos,  y  de  carriots  ;  n'hom  diria  un  campament  oriental,  mentres 
que  la  campana  no  para  d'esbargir,  per  tôt  arreu,  sos  tochs  d'alegria. 

Desprès  d'ohir  la  missa  y  d'haver  cantat  los  goigs,  cadun  mira 
d'anar  â  menjar,  assental  pels  marges  6  sota  d'un  ciure  ;  se  buyda 
lo  sarrô,  s'aixuga  los  barrais  y  carbassetes  de  vi  ;  n'hom  s'ager- 
mana  amb  los  rotllos  del  vehinat,  sembla  que  's  torni  à  l'antiga 
vida,  campestre  y  patriarcal. 

Envers  onze  hores,  la  gent  comensa  de  se  'n  baixar.  Lo  sol, 
enlluhernador,  escampilla  sos  raigs  endaurats  ;  per  las  picas  de 
Canigô,  encare  hi  berbillejen  congestes  platejades  ;  pels  serrats, 
las  rabasses  son  plegadisses  de  richs  penjols  de  rhims  ;  lo  riu 
Tech  raja  apolidet  per  entre  1  sorral  de  sas  ribes  ;  n'hom  se  cor- 
pren  d'aqueix  paysatje  encantador. 

Y  quan  s'arriba  a  Ceret,  encare  s'hi  ou  un  repicat  passe-vila, 
com  a  primer  tast  de  la  corrida  y  de  las  balles  del   havent-dinat. 


Les  Torres  de  Cabrenç 

Al  meu  Yallespir  ! 

Al  mit)  de  la  vall  bella,  de  la  vall  verdosissima 
Hont  ses  aygues  rodola  la  ribera  purissima, 

Lo  Tech,  fin  de   Prats-de-Moll6, 
Eixit  de  Costabona,  saltant  de  penya  en  penya 
De  la  calenta  Presta  fins  les  muralles  d'Elna, 

—  salts  de  cabrit,  bots  de  lleô,  — 

Sus  la  geganta  esquena  que  fa  de  serra  llongua, 
Lo  cap  à  La  Mènera,  los  peus  à  Serrallongua, 

Lo  ventre  cap  â  Sant-Llorenç, 
Pel  dimoni  quiUades,  fantasmes  espantoses, 
Com  très  germanes  Parques,  très  bruixes  horroroses, 

Son  les  très  torres  de  Cabrenç. 


Rocam  de  granit  que  les  torres  portes, 
Tan  nègre  y  pelât,  d'infern  has  sallit, 
Que  tôt,  pels  entorns,  verdeja,  espallit  : 
Camps  de  segle  y  blat,  castanyedes   fosques. 

Runca,  run(^  â  baix  lo  Tech 
Ab  gemechs,  planys  y  renyechs. 

Trident  infernal  que  '1  cel  amenaça, 
May  no  gosa  '1  llamp  tes  torres  tocar 
Que  se  trencari'a  antes  d'arrancar 
Un  boci  de  roch  d'aqueixa  forcaça. 

Runca,  runca  â  baix  lo  Tech 
Ab  gemechs,  planys  y  renyechs. 


2  JO    — 

Fora  '1  Temps,  tôt  sol,  les  ha  ruinades 
Les  amples  parets  del  antich  castell  ; 

Y  prôu  li  'n  calgué  de  segles,   an  ell, 
Pels  he  rosegar  ab  ses  caixalades  ! 

Runca,  runca  â  baix  lo  Tech 
Ab  gemechs,  planys  y  renyechs. 

Ni  los  llops  hi  van  â  ton  aspra  serra  ! 
Al  veurer  tes  dents  la  bruma  esqueixant, 
Ja  s'hi  fan  de  lluny,  que    Is  hi  vé  l'espant 
Que    Is  estripa  tots,  com  anyells  la  fera. 

Runca,  runca  â  baix  lo  Tech 
Ab  gemechs,  planys  y  renyechs. 

Voltor,  esparver,  corb,  grâula,  cabeca, 
Aucells  malehits,  fora  hi  fan  lo  nîu  ; 

Y  quan  voltejan,  lo  pastor  se  dîu 
Que  d'ânimes  es  aixâm  que  s'aixeca. 

Runca,  runca  â  baix  lo  Tech 
Ab  gemechs,  planys  y  renyechs. 

Les  animes  son  dels  barons  ferestos 
Qui  de  Serrallongua  eran  los  Senyors, 
Los  Bracads  :  Ramon,  Bernât,  Guillcm,  tots 
Sempre  per  maldats  y  rapinyes  prestos. 

Runca,  runca  â  baix  lo  Tech 
Ab  gemechs,  planys  y  renyechs. 

Y  les  animes  de  les  dolces  dames, 
De  la  Bellissenda  als  ulls  de  safi 

Y  de  l'Ermessenda  de  Cortsavî, 

De  Ramonda  y  de  Saurina,  les  âmes 

Runca,  runca  â  baix  lo  Tech 
Ab  gemechs,  planys  y  renyechs. 


2  I  1 


Y  les  animes  dels  cautius  de  guerra 
Morts  à  les  presons  sens  veurer  la  llum, 
Deixat  lo  pahis,  oblidat  lo  nom, 
A  Cabrenç  menats  de  Uunyana  terra. 

Runca,  runca  à  baix  lo  Tech 
Ab  gemechs,  planys  y  renyechs. 


♦ 


Perô,  de  la  val!  bella,  de  la  vall  verdosissima, 
O  ruines  superbes,  Cabrenç  cspantosissima, 

Ets  lo  bell  cor  del  Vallespir, 
Que  de  dalt  de  tes  Torres  Tull  encantat  ovira 
Les  torres,  tes  germanes,  de  Batéra,  del  Mira, 

Y  de  Côs  y  de  Cortsavi. 

Y,  mes  lluny,  la  mirada  va,  tôt  seguint  l'Albera, 
Per  d'allâ  del  fort  d'Arles,  à  la  blanca  ribera 

Ahont  lo  mar  mes  blâu  s'esta. 
Ay  !  germans  !  vos  ho  prego  !  mes  cendres  refredades 
Portâu  ab  alegrîa  à  mes  torres  aymades, 

Sempre  ne   seré  l'Ermitâ  î 


Dia  de  Sants  Père  y  Pau  de  191  i 


^'^^^X*k*^\^^X*\\\\\K*X*\*\^K*\*^X^ 


Prats-dc-MoUo 


f 


A  Madame  'Emile  Leguiel. 


Le  Baus  de  l'ase,  «  la  Chute  de  l'âne  »  est  un  défilé  sauvage 
et  grandiose  que  la  rivière  du  Tech  s'est  creusé  dans  les  entrail- 
les de  la  montagne  entre  deux  hautes  parois  abruptes  et  verticales 
qui  semblent  vouloir  se  refermer  à  nouveau  ;  au  fond,  les  eaux 
du  Tech  bondissent,  écument  sur  les  roches  arrondies,  la  route 
de  Prats-de--Mollo  surplombe  la  rivière  et,  bonne  compagne,  suit 
docilement  les  mêmes  contours  ;  le  versant  méridional  est  très 
boisé  ;  celui  du  nord,  dévasté  par  les  éboulements,  montre  des 
rochers  nus  et  des  graviers  glissants.  A  quelque  cent  mètres,  l'on 
devine  l'ancien  chemin  difficile  et  dangereux,  plus  propre  aux 
chèvres  qu'aux  voitures,  animé  jadis  par  les  bruyantes  et  joyeu- 
ses caravanes  de  muletiers  et  de  voyageurs,  aujourd'hui  désert  et 
silencieux  ;  saint  Eloi  lui-même  a  quitté  sa  vieille  niche  où  il  ne 
protégeait  plus  personne  et  il  est  descendu  dans  un  oratoire  édi- 
fié sur  la  nouvelle  voie  où  il  s'ennuie  et  regrette  le  temps  passé, 
car  les  gens  sont  maintenant  trop  pressés  pour  l'invoquer  et  le 
saluer.  Là-haut,  très  haut,  dans  un  coin  où  les  aigles  placeraient 
leur  nid,  une  métairie  est  accrochée,  suspendue  au-dessus  du  pré- 
cipice ;  les  yeux  cherchent  l'étroit  sentier  qui  sert  aux  habitants. 

On  entend  le  bruit  caractéristique  et  rafraîchissant  d'une  grosse 
chute  d'eau,  la  route  longe  une  scierie  et  des  douelles  amoncelées, 
sort  du  défilé,  franchit  le  Tech  et  un  affluent  qui  accourt  du 
Canigou  ;  dix  minutes  plus  tard,  la  vallée  s'élargit,  l'horizon  s'é- 
tend, s'éloigne,  la  rivière  arrose  de  grasses  et  riches  prairies,  les 
pentes  plus  douces  sont  soigneusement  cultivées  ;  autour  des  mas 
blanchâtres,  aux  toits  de  tuiles  rouges,  les  champs  de  seigle, 
maïs  et  pomme  de  terre  alternent  avec  les  châtaigneraies  au  noir 
feuillage  ;  deux  trouées  s'ouvrent  successivement  dans  les  monta- 
gnes d'Espagne  ;  devant  nous,  sur  un  piton  gris  et  dénudé,  la 
tour  du  Mir  (du  regard;  se  dresse  fièrement,  sentinelle  avancée 
qui  garde  la  contrée  ;  a  droite,  le  fort  la  Garde,  jadis   édifié   par 


—     2)3     — 

Vauban,  remplit  un  large  mamelon.  On  dépasse  une  coquette 
villa  enfouie  dans  la  verdure,  la  silhouette  d'un  clocher  se  lève 
derrière  un  repli  de  terrain,  et  après  un  tournant,  l'on  découvre 
un  gros  bourg  ceint  de  vieilles  murailles.  Excités  par  leur  con- 
ducteur et  l'approche  de  l'écurie,  les  chevaux  traversent  au  galop 
un  faubourg  plein  de  mouvement  et  de  gaieté,  un  foirai!  spacieux, 
ombragé  de  platanes  et  micocouliers  luxuriants,  puis,  dans  les  cla- 
quements du  fouet,  les  tintements  des  grelots,  le  fracas  des  roues 
sur  les  pavés,  ils  s'engouflFrent  dans  les  remparts  par  la  porte  de 
France,  veuve,  hélas  !  de  sa  porte,  son  fossé,  son  pont-levis  et 
s'arrêtent  enfin  sur  la  place  de  Prats-de-Mollo,  la  capitale  du 
Haut-Vallespir. 


Prats-de-Mollo  est  bâti  en  amphithéâtre  sur  la  rive  gauche  du 
Tech  ;  ses  murailles  actuelles,  qui  datent  de  Louis  XIV,  sont  jau- 
nies par  le  soleil  et  la  pressent  étroitement  comme  un  corset  de 
femme  âgée  ;  au  sud,  elles  trempent  leurs  pieds  dans  les  eaux 
claires  de  la  rivière,  elles  montent  vers  le  nord  à  l'assaut  du  fort 
la  Garde,  mais  lasses  sans  doute,  elles  s'arrêtent,  se  rejoignent  à 
mi-chemin  s'appuyant  sur  la  belle  et  vieille  église  romane  dont 
les  murs  épais,  étayés  de  solides  contreforts  semblent  plutôt  d'un 
château  féodal  ;  le  clocher  est  une  grande  tour  carrée,  percée  sur 
chaque  côté  d'immenses  baies  à  demi-murées,  surmontée  d'une 
petite  pyramide  et  d'un  encadrement  de  pierre  où  deux  cloches 
se  balancent.  Les  maisons  s'étagent  en  gradins  et  s'escaladent  les 
unes  les  autres  ;  les  rues,  d'inégal  niveau,  sont  reliées  par  des  esca- 
liers aux  larges  degrés  ou  des  côtes  rapides  aux  rangées  transver- 
sales de  pierres  saillantes.  Un  torrent  profond  divise  l'aggloméra- 
tion en  deux  parties  dissemblables  :  la  plus  grande  et  la  plus 
neuve,  à  l'orient,  n'est  pas  trop  brouillée  avec  la  symétrie;  l'autre 
constituait  le  Prats  primitif,  ses  maisons  étalent  leur  vétusté  et 
se  heurtent  dans  un  désordre  pittoresque. 

Devant  l'église  une  magnifique  terrasse  domine  la  ville  et  la 
vallée  ;  à  droite,  la  route  monte  avec  la  rivière  vers  l'établisse- 
ment thermal  de  la  Preste  ;  au  fond,  le  pic  de  Costabona  con- 
serve huit  mois  de  Tannée  sa  cape  immaculée,  sa  fourrure  d'her- 
mine ;   à   mi-flanc,   les  bâtiments  du  Boix   et  son  immense  Christ 


—    214    — 

qui  déverse  sur  les  êtres  et  les  choses  l'amour  et  la  paix  dont  il 
a  le  cœur  plein.  Devant  nous,  un  torrent  dévale  d'une  gorge 
étroite  et  longue  ;  tout  près  de  la  ville,  la  fontaine  d'Amour  où 
il  fait  si  bon  deviser,  flirter,  causer,  discuter,  à  l'ombre  des  grands 
arbres,  près  de  la  source  qui  murmure  ;  au-dessus,  deux  chemins 
qui  grimpent  en  lacets  :  celui  de  gauche  mène  au  Coral,  ermitage 
de  la  Vierge  célèbre  en  Roussillon,  l'autre  en  Espagne  par  la 
chapelle  ruinée  de  Sainte-Marguerite  et  le  col  d'Ares  ;  de  ce 
côté  la  tour  du  Mir,  moins  dégagée  de  la  montagne,  n'a  plus  si 
belle  allure  ;  à  gauche,  les  hauteurs  de  Gironella  sont  arrondies 
comme  des  épaules  féminines  et  l'on  devine  le  Baus  de  l'Ase, 
cette  percée  du  Tech  pour  courir  à  la  Mer  Bleue;  derrière  nous, 
le  géant  Canigou  s'aplatit,  s'efface,  s'humanise  volontairement, 
gardant  sa  hautaine  réserve  et  son  front  sourcilleux  pour  ceux  qui 
le  contemplent  de  la  plaine  roussillonnaise. 

Cirque  incomparable  où  l'on  ne  sait  qu'admirer  le  plus,  tant 
les  paysages  sont  changeants,  les  décors  variés  ;  les  petits  coins 
ombreux  ont  un  charme  plus  modeste,  une  grâce  plus  intime  et 
plus  prenante  ;  les  vallons  escarpés,  vrais  abîmes,  les  cimes  altiè- 
res,  perdues  dans  l'espace,  étonnent  davantage,  ont  plus  de  gran- 
deur et  de  majesté  ;  ces  beautés  différentes  se  complètent  et  se 
font  valoir  mutuellement  ;  l'artiste,  impuissant  à  traduire  son  émo- 
tion, ouvre  de  grands  yeux  et  reste  muet. 


L'on  ne  vantera  jamais  assez  l'exposition  de  Prats-dc-Mollo 
sur  le  versant  septentrional  d'une  vallée  orientée  du  levant  au 
couchant  ;  la  ville  reçoit  le  premier  baiser  et  le  dernier  sourire 
du  soleil,  ne  perd  aucune  de  ses  brûlantes  caresses  ;  blottie  dans 
le  giron  méridional  du  Canigou,  elle  ignore  les  vents  du  nord, 
elle  est  plus  sujette  aux  vents  chauds  d'Espagne,  ennuyeux  peut- 
être  durant  la  belle  saison,  mais  que  l'hiver,  elle  accueille  avec 
gratitude.  Malgré  l'altitude  proche  de  huit  cents  mètres,  les  bru- 
mes sont  assez  rares,  les  pluies  plus  diluviennes  que  fréquentes  ; 
l'été  a  surtout  des  orages  terribles  et  dévastateurs,  heureusement 
vite  évanouis  ;  comme  le  vent,  l'humidité  n'est  que  passagère  et 
l'atmosphère  se  maintient  sèche,  calme  et  limpide. 

Les  hivers  ne  sont  pas  rigoureux,  les    neiges  pas  abondantes. 


—    2l5    — 

En  décembre  1906,  une  chute  de  neige  dura  trois  jours,  ensevelit 
la  vallée  pour  trois  mois  sous  un  grand  linceul  blanc,  mais  la 
tempête  avait  également  sévi  dans  tout  le  Midi  et  à  Prats  les 
vieillards  seuls  en  évoquaient  une  semblable,  quand  ils  étaient 
petits  enfants,  soixante-dix  ans  plus  tôt.  D'habitude,  la  neige, 
assez  tenace  sur  les  crêtes,  fond  en  deux  ou  trois  jours  dans  la 
ville  et  ses  alentours,  fuit,  dit-on,  comme  un  lévrier.  Tandis  que 
la  violente  tramontane  fait  rage  dans  la  plaine,  chasse  la  pous 
siêre  sur  les  routes,  soulève  jusqu'aux  cailloux,  pousse  et  ren- 
verse les  wagons,  se  glisse  sous  les  vêtements  les  plus  épais,  les 
couches  supérieures  de  l'air  sont  seules  agitées  dans  le  Haut- 
Vallespir  et  le  soleil  conserve  toute  sa  vertu.  De  novembre  à 
mars,  les  froids  sont  vifs  pendant  la  nuit,  de  cinq  heures  du  soir 
à  huit  heures  du  matin,  mais  les  journées  sont  souvent  printa- 
nières,  la  route  de  la  Preste  est  le  rendez-vous  des  flâneurs  et  ce 
n'est  pas  seulement  par  coquetterie  que  les  dames  déploient  leurs 
ombrelles. 

L'été  reste  la  saison  privilégiée  ;  les  retours  offensifs  de  l'hiver 
qui  surprennent  désagréablement  à  de  plus  hautes  altitudes  sont 
inconnus  tout  autant  que  la  canicule  du  Roussillon,  cette  lourde 
chaleur  qui  fatigue,  accable,  déprime  ;  quand  le  soleil  au  zénith 
darde  ses  flèches  d'or  en  fusion,  les  châtaigneraies  off^rent  leur 
ombre  délicieuse,  et  les  nombreuses  fontaines  leurs  eaux  glacées, 
apéritives  et  légères  ;  les  poumons  se  dilatent  pour  respirer  un 
air  exempt  de  ces  miasmes  délétères  qui  empoisonnent  les 
grandes  villes,  chargé  tout  au  contraire  des  suaves  et  fortifiants 
arômes  que  distillent  les  plantes  balsamiques  de  la  montagne. 
Les  soirées  sont  exquises,  la  brise  qui  descend  des  sommets  et 
celle  qui  s'élève  de  la  rivière  piquent  agréablement  la  peau, 
enveloppent  le  corps  d'aise  et  de  bien-être,  —  et,  quand  on 
rentre  chez  soi,  c'est  pour  goûter  le  sommeil  paisible  de  l'enfance. 

Qu'il  fait  bon  surtout  revenir  à  Prats  lorsqu'on  est  fatigué  ou 
meurtri,  tant  au  moral  qu'au  physique,  par  les  luttes  cruelles  de 
la  vie  ou  ses  plaisirs  sont  plus  dangereux  encore  ;  l'apaisement 
est  presque  immédiat,  le  soulagement  rapide,  les  peines  s'éva- 
porent, le  courage  renaît,  les  forces  reviennent  par  enchantement, 
l'on  se  trouve  guéri,  régénéré,  plus  vaillant,  plus  intrépide  que 
jamais.    Ce   n'est   point    un    lieu    pour  travailler    avec    excès   ou 


—    2  l6    

s'abandonner  aux  grandes  passions,  mais  pour  couler  sa  vie  dans 
une  sage  quiétude  ;  le  climat,  sédatif  et  régulier,  dispose  au 
farniente  et  aux  tendres,  aux  pures  joies  du  cœur  ;  les  jours 
passent  sans  courber  les  épaules,  la  jeunesse  se  prolonge  long- 
temps, la  vieillesse  commence  tard,  se  conserve  douce  et  tiède 
comme  un  été  de  la  saint  Martin, 

Le  mythe  d'Antée  est  l'un  des  plus  beaux  de  l'antiquité; 
chaque  fois  que,  terrassé  par  Hercule,  le  fils  de  la  Terre  touchait 
sa  mère,  il  recouvrait  sa  vigueur  épuisée  ;  pour  le  vaincre,  le 
héros  grec  dut  le  soulever  en  l'air  et  l'étouffer  dans  les  bras. 
Cette  légende,  comme  toutes  celles  de  l'Hellade,  n'est  pas  une 
simple  et  vaine  histoire  curieusement  inventée  ;  elle  a  un  sens 
caché,  elle  enferme  sous  le  voile  transparent  d'une  allégorie  le 
pur  diamant  d  une  grande  vérité  ;  le  salut  de  l'homme  est  dans 
le  retour  à  la  nature,  elle  le  réconforte,  le  retrempe,  le  rajeunit, 
elle  est  la  vraie,  la  seule  fontaine  de  Jouvence.  Cette  grande 
vérité,  je  ne  l'ai  jamais  si  bien  comprise  qu'à  Prats-de-Mollo. 


O  coquette  ville  de  Prats  !  la  neige  te  couronne  pendant 
l'hiver,  la  verdure  pendant  l'été,  tu  es  toujours  fraîche  et  parée 
comme  une  jeune  vierge  le  matin  de  ses  noces  ;  et  le  tendre 
regard,  humide  et  brillant,  le  mystérieux  sourire,  plein  d'abandon, 
pudique  et  voluptueux  à  la  fois  qui  ravissent  d'amour  et  de 
bonheur  son  fiancé  d'élection,  tu  les  adresses  à  tous  ceux  qui 
pénètrent  dans  tes  murs  ! 

Mais,  dis-moi,  beaucoup  d'autres  villes  plus  riches  et  plus 
belles,  plus  fardées,  plus  séduisantes  et  plus  capiteuses  accueillent 
de  même  le  voyageur  à  bras  ouverts,  se  livrent  à  lui  sans  réserve  ; 
cependant  lorsqu'on  les  a  visitées  en  détail,  qu'on  a  goûté  tous 
leurs  plaisirs,  on  les  quitte  avec  indifférence  sans  retourner  la 
tête  ;  pourquoi  donc,  dès  qu'on  te  connaît,  se  détache-t-on 
difficilement,  s'efforce-t-on  de  prolonger  son  séjour  et  ne  part-on 
qu'à  son  corps  défendant,  l'âme  endeuillée,  incapable  de  t'oublier 
désormais  ?  pourquoi  tant  de  touristes  promettent-ils  de  revenir 
et  regrettent-ils  que  leurs  affaires  les  empêchent  de  se  fixer 
définitivement  ?  dis-moi  les  liens  mystérieux  et  forts  avec  lesquels 
tu  saisis,  emprisonnes,  retiens  les  cœurs  ? 


2  I  7    — 

Moi  aussi,  j'ai  subi  ton  emprise  ;  je  venais  de  la  lointaine 
Bretagne  où  les  genêts  en  fleur  mettent  une  gloire  sur  la  lande, 
où  les  flots  glauques  de  Tocéan  déferlent  sans  répit  sur  les  falaises 
déchiquetées;  l'attachement  est  proverbial  des  bretons  pour  leur 
petite  patrie  ;  eh  bien  !  quel  philtre  magique  m'as-tu  versé  pour 
supplanter  la  vieille  Armorique  dans  mon  affection  ?  toi  seule  es 
maintenant  l'objet  de  mes  désirs,  c'est  à  l'ombre  de  tes  remparts 
que  la  vie  me  semblerait  meilleure,  la  mort  moins  amère,  et  c'est 
dans  ton  cimetière,  véritable  belvédère,  au-dessus  de  la  ville,  face 
à  la  vallée,  que  j'ai  marqué  ma  place  pour  le  sommeil  éternel  ! 
Juin  1911. 


Als  Cantaires  Catalans  del  Vallespir 

Cantaires  de  la  Vall,  garleu(ii  ab  mélodie 
els  aires  de  la  terra,  qu'enlairen  nostre  cor  ; 
qu'allunyan  las  tristeses  ab  ritmes  d'armonie, 
que  nostre  ser  inondan  de  pur  y  tendre  amor. 

Vermelles  barretines  que  Uunyanes  filamejen 
mogudes  y  joyoses  las  testes  coronant, 
xamoses  com  les  roses  qu'esbeltes  se  cimbrejen 
ornant  las  margenades  y  els  aires  perfumant. 

Garleu  la  dolsa  parla,  trésor  dels  que  passâren, 
que  grava  els  sentiments  ab  bells  caracters  d'or; 
qu'evoca  el  gran  recort  d'aquells  que  s'enlairâren 
acompanyant  llurs  cants  ab  una  lira  d'or. 

(i).   Babiller, [gazouiller,  chanter,  dire... 


—    2l8    — 

Del  xamôs  Vallespir  rossinyols  que  refilen, 
de  llurs  cases  la  joya  arrivât  el  repos, 
y  mes  tart  al  capvespre  quan  las  dones  ne  filen 
tança  vostres  parpelles  un  somni  delicios. 

La  gloria  de  llur  terra  n'escampan  per  la  Fransa 
qu'admira  el  tendre  accent  dels  fills  del  Rossellô, 
y  esclaten  ubriagats  sentits  planys  d'anyoransa 
y  en  garlan  las  belleses  dels  cims  del  Canigo. 

Ja  may  no  moriràn  els  noms  dels  qu'ho  ensenyen 
à  conquérir  la  gloria  les  palmes  y  els  llaurers, 
ja  may  se  marcirân  en  els  segles  que  venen 
els  noms  prehuats  d'Amade,  Manresa  y  Pallarés. 

Gran  poble  Catalâ,   feli's  de  tu  qu'admires 
ab  santa  fruhiciô  y  gran  reculliment, 
del  amor  de  la  terra  flamejantes  guspires 
que  brollen  foguejantes  d'amor  y  sentiment. 

Cantaires  de  la  Vall  garleu  ab  mélodie 
els  aires  de  la  terra  qu'enlairan  nostre  cor  ; 
qu'allunyan  les  tristeses  ab  ritmes  d'armonie 
y  nostre  cor  inondan  de  pur  y  tendre  amor. 

Victor  Vallespir. 

Palmes  Académiques 

Au  moment  de  notre  tirage,  i)  nous  arrive  l'agréable  nou- 
velle que  les  palmes  académiques  sont  décernées  à  M.  Jean 
Amade  ;  nous  adressons  à  notre  ami  nos  meilleures  et  sin- 
cères félicitations.  C'est  là  une  considération  donnée  à  son 
oeuvre  littéraire  et  poétique. 

Per  molts  anys  !  Visca  lo  Vallespir  !    Visca  lo  Rossellô  ! 


M.  Jacques  de  Noëll 

M.  Jacques  de  Noëll,  un  bon  et  sincère  Catalan,  est  l'auteur  du 
Salut  au  Vallespir  qui  a  été  exécuté  au  festival  de  Céret  par 
toutes  les  sociétés  chorales  venues  pour  la  fête.  Directeur  de 
l'Orphéon  de  Saint-Laurent-de-Cerdans,  qu'il  a  fonde  en  1896, 
et  qui  a  pris  une  part  si  remarquée  à  l'exécution  de  la  Cantate, 
M.    Jacques   de   Noëll,    comme    cet    orphéon,    va   de    succès  en 


M.    JACQUES    DE    NOELL 


succès  :  il  porte  au  loin  le  renom  de  notre  petite  patrie.  11  a  fait 
entre  autres  oeuvres  un  arrangement  de  Lo  Parlai  à  4  voix  ;  ses 
chanteurs  interprètent  toujours  d'une  façon  ravissante  Montanyes 
régalades  ainsi  que  deux  sardanes  fort  curieuses.  11  prépare  une 
édition  de  vieilles  chansons  catalanes,  et,  avec  le  maître  Déodat 
de  Sévérac,  une  reconstitution  de  la  musique  catalane.  Catalaniste 
fervent,  vrai  fils  du  Vallespir,  il  a  travaillé  de  son  mieux  à  faire 
connaître  les  beautés  de  notre  cher  pays.  Nous  comptons  sur  lui 
pour  entretenir  chez  ses  compatriotes  du  haut  Vallespir  le  culte 
des  choses  catalanes,  et  nous  lui  souhaitons  de  tout  cœur,  en  art 
régionaliste,  de  nouveaux  et  nombreux  succès. 


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El  Vallespi 


^  tt'En  Johan  Amade. 


Bé  plau  à  mon  cor  el  quiet  Vallespi, 
amb  el  seu  perfiim  de  roja  surera, 
y  '1  Tech  vorejant  l'armoniosa  Albera, 
per  se  desayguar  en  el  mar  llati  ! 

Bé  plau  à  mon  cor  l'alegre  filada 
de  vilatges  blancs  am  teulats  vermeils, 
que  veuhen  à  l'alba  brillar  damunt  d'ells 
la  derrera  estela  al  cel  enlayrada  ! 

Bé  plau  â  mon  cor  l'aspre  y  '1  regatiu, 
l'ardent  soleyâ  que  soviny  ens  mostra 
l'aguda  etzevare  de  la  terra  nostra 
y  la  pura  gracia  de  l'etern  oliu  ! 

Bé  plau  â  mon  cor  la  castanyareda 
que  s'en  puja  d'Arles  fins  â  Sant-Llorens, 
boy  deixant  les  torres  de  l'esquerp  Cabrens, 
y  de  Montferrer  la  presô  tan  freda  ! 

Oh  terra  germana  !  Oh,  '1  meu  Vallespi! 
Tant  que  tindrâ  neus  l'asprôs  Costabona, 
tant  qu'entre  pomers  el  Tech  que  ressona 
rodejarâ  pedres  del  teu  monestir  ; 

Y  tant  que  duyent  la  dorca  pansida 

aniràn  tes  filles  amb  un  balanceig 

â  la  font  del  Boix  qu'estima  '1   festeig, 

tant  que    Is  blancs  rosers  treuràn  llur  florida, 

Tant  qu'en  les  bardisses  niarân  aucells, 
guarda  'n  el  redôs  del  mont  de  l'Albera, 
amb  el  teu  perfûm  de  roja  surera, 
els  balls  y  les  festes  y  costums  dels  vells  ! 

Maig    1911. 


Sant  Eloy 

Sus  de  la  carretera  nova  de  Prats-de-Moll6,  passât  lo  poble 
rident  del  Tech,  la  vall  poch  à  poch  vé  mes  estreta,  penyes 
asproses  lestrenyint,  tant  altes  y  dretes  de  cada  ban  que  may  hi 
toca  '1  sol  sinô  al  mit)  dia  dels  mesos  d'estiu.  Broll  â  baix  la  ribcra 
de  saltant  en  saltant,  blanca  d'escuma,  y  se  veuhen  de  quant  en 
quant  gorgs  espantadissos,  que  l'aygua  clari'ssima  de)  Tech  tor- 
nase  nègre,  de  tan  fonda  qu'es.  Eix  lloch  de  salvatge  bellesa  ne 
diuhen  Les  Sitges,  corn  lo  mas  penjat  alla  dalt  que  sembla  una 
roca  blanca  â  punt  de  s'estimbar  sul  cap  de  qui  se  l'espia.  Pro- 
ven  eix  nom  de  les  sitges  o  pôus  (en  francès  ne  dirian  silos)  hont 
abrigavan  les  trofes,  altres  temps,  los  masobers  d'aquell  mas  per 
amor  que  no  se  'Is  hi  gelessan  al  cor  de  l'ivern. 

Aviat  se  présenta  â  vora  del  cami  una  capelleta  quillada  al 
cim  d'un  pilar  nou,  com  s'en  sol  parar  en  molts  endrets  de  rutas 
y  forques  ;  un  sant  s'hi  abriga,  lo  gloriôs  sant  Eloy,  patrô  dels 
joyellers  y  argenters  y  també  dels  cabaDs,  matxos  y  burros, 
donchs  dels  caballers,  postillons,  cotxers,  carreters  y  traginers. 
Si  s'espia  â  l'altre  riba  del  Tech,  un  galan  poch  amunt  de  la 
paret  penyosa,  se  veurâ  altre  capelleta  mes  antigua,  à  vora  del 
cami  vell  de  Prats,  avuy  arruinat,  que  descapdella,  aixi  mateix 
que  corda  floixa,  â  qui  sab  quants  de  pams  sobre  dels  timbâus 
del  rîu,  ses  pujades,  baixades  y  remingols.  Era  allô  la  caseta  del 
benaventurat  sant  Eloy,  y  tant  vos  com  jô  us  pensariu  que  tôt 
fent  la  ruta  nova  varen  baixarhi  l'antigua  estatua,  que  no  s'estés 
abandonada  alla  dalt. 

No  es  aquesta  la  veritat.  Lo  sant,  pochs  anys  fa,  no  s'havia 
tret  del  cami  vell  y  tothom  se  '1  ténia  oblidat,  tan  y  tan  gran  va 
la  fredor  de  la  gent  de  carreta  per  les  coses  sautes,  que  mes  se 
cuyda  à  xurrupar  maies  aygues-ardents  â  cada  alberga  encon- 
trada  que  de  se  signar  y  fer  pregaries  â  les  dévotes.  Caminar  de 
dia  o  de  nits  es  feyna  ruda  y  un  fil  acalenta  y  dona  pit  ;  y  de  fil 
en  fil,  n'hi  ha  que  vint  o  trente  colps  ab  una  diada  se  posan  les 
gingives  â  mollega. 

Una  nit  fosca  de  Nadal,  que  tôt  era  blanch  de  néu  y  que 
bufaba   una  mala  rufacada,    pujava  'I   cotxe   d'Arles   â    Prats.  Lo 


—   1-11 


cotxer,  tôt  arrodit,  treya  mal  â  tenir  les  besties  qu'estropassavan 
à  cada  pas  sus  de  la  neu  gelada.  Arribant  à  les  Sitges,  los  caballs 
tôt  d'un  colp  s'estrabancan  y  s'amorran,  no  s  poguent  mes 
aixecar.  Salta  l'home  de  seguida,  ab  dos  companys  adormits  â 
dintre  que  '1  patach  los  avia  despertats,  y  tots  très,  ab  molts 
afanys,  descollant  lo  bestiar,  acaban  del  tornar  de  péus. 

Ay  I  que  te  veuhen  sus  de  la  néu  blanca  ?  Un  calcôm  de  aegre 
com  un  tiô.  Agafada  la  llanterna,  ja  van  coneixer  lo  que  era  :  lo 
sant  Eloy  de  la  ruta  vella,  ben  estirat  al  mit)  del  pas,  coll  trencat, 
sensé  mans  ni  croça,  estamordit  y  gelât!    Com  havia  vingut  aquî  ? 

Aixô  fora  ho  van  sapiguer  l'endemâ,  que  minyons  de  Prats 
ho  van  dir,  tôt  apurats  de  lo  qu'havian  fet.  Eixint  de  taulejar  y 
fer  begudes  ab  motiu  d'alabansa  â  l'Infant  de  Maria,  mitj  bor- 
ratxos,  dos  pareils  de  galipans  s'en  havian  anat  â  rodar,  tôt  fent 
cantarelles,  cap  à  la  Pollengarda,  desprès  montanya  amunt,  y 
pervinguts  à  la  ruta  vella,  havian  obert  la  capelleta  de  sant  Eloy 
y,  prés  lo  pobre  bisbe,  Thavian  tirât  dalt  â  baix,  ab  grand 
remoli  de  braços,  pel  negar  dins  del  Tech.  Pero  l'infeliç  sant 
Eloy,  atravessant  per  damunt  la  ribera,  s'era  escaygut  â  la 
carretera  nova. 

Los  très  companys  van  cullir  '1  Bisbe  y  son  cap  mitrat  y  'I 
varen  durer  â  Prats,  hont  très  hores  de  nit  tocavan  al  campanar 
quant  arribaren,  y  varen  môurer  gran  fressa,  arrotllant  gent  y 
gent  pels  hi  mostrar  la  troba.  Entre  setmana,  lo  sant  fû  adobat 
de  nôu.  Un  dels  caminants,  qu'era  fuster,  li  va  passar  entre  cap 
y  coll  una  clavilla  per  ajustar  la  testa  y  li  va  afagir  mans.  L'altre, 
qu'era  serraller,  li  va  fer  una  croça  ;  y  '1  cotxer  que  sabia  pintar, 
li  va  passar  color  de  carn  à  les  mans  y  â  la  cara,  color  blâu  â  la 
roba  y  color  vermeil  al  manto,  hasta  li  engroguejà  la  mitra.  Se 
va  fer  ab  cuartos  de  caritat  una  capelleta  nova  sus  de  la  carretera 
en  el  punt  mateix  hont  havia  caygut  ;  y  veus  aqui  com  ha  deixat 
sant  Eloy  la  ruta  vella  per  venir,  tôt  fresch  y  régalât,  â  vora  del 
Tech. 

Aixô  m'ho  va  contar,  l'any  passât,  per  una  nit  d'estiu  tota 
blanca  de  lluna  que  pujava  al  seu  costat  sul  cotxe  d'Arles  y 
passant  devant  de  sant  Eloy,  lo  cotxer  mateix  que  li  va  succehir 
esta  Ventura,  lo  benvolgut  y  bon  minyô  En  Miquel  Pompidor. 

Paris,  primer  dia  de  juliol  de   191  i. 


•<!  tfh^u^  eU   QUre^ç^ 


La  Ceretana 


(i; 


bis 


La  Ceretana,  ben  florada, 
Porta  color  de  bona  lley  ; 
El  diumenge,  â  la  passejada, 
Dirian  rosa  qu'espelley  : 
un  aixerit,  boca  divina, 
Cos  graciés,  peu  minyonet, 
Tothom  s'encanta  cuan  camina, 
Tant  el  seu  ayre  es  boniquet... 

Refrany 

Amichs,  cantem  la  Ceretana 
De  la  Marenda  al  Canigô  ; 
En  s'  cofant  à  la  catalana, 
Es  la  perla  del  Rossellô... 

Donà  de  gust  y  molt  adreta, 

De  los  seus  dits  fa  lo  que  vol  ; 

Deliciosa  la  «  tualeta  » 

Que  s'  posa  pel  Sant-Ferriol  ! 

Amb  poca  cosa  es  ben  mudada, 

Sus  d'ella  tôt  vos  sembla  nou  ; 

Cuan  ten  una  roba  fanada. 

Un  cop  de  planxa...  n'hi  ha  prou  !... 

La  Ceretena,  regordida, 
Per  ballar  ten  pas  son  pareil  ; 
Ditxôs  es  el  que  la  convida  : 
Es  lleugera  corn  un  aucell  ! 

(i)  Cette  poésie  a  été  mise  en  musique  par  M.  Loué,  chef  de  musique  du 
j5'  d'infanterie,  à  Romans.  Refrain  après  chaque  couplet. 


—    214  — 

Al  Barry,  la  nit  de  la  fira, 
Sigui  embromat  o  seré, 
Sa  mare,  en  guardant  la  cadira, 
Ten  d'esperar  fins  al  derrer... 

La  feyna  de  casa  Tamusa, 
No  resta  may  sensé  fer  rê  ; 
Fiera  no  es,  no  es  pagosa,. 
•  En  cantant  escombra  el  carrer. 
Al  sait  del  llit  fa  cambra  neta, 
Ncta  â  poguer  s'emmirallar  ; 
Com  un  anell  se  ten  propreta, 
Del  cim  del  cap  al  clavillâ. 

La  Ceretana  es  donchs  perfecta  ; 
D'aixô  tôt  el  poble  en  conven. 
Per  completar  la  cansoneta, 
L'acabarem  en  vos  dihent  : 
Fadrins  qu'el  casament  tormenta, 
Cuan  falta  dona  al  vostre  endret, 
Si  la  voleu  guapa  y  valenta, 
Teniu  lo  que  cal  â  Ceret...  (i) 

J.  Chadany. 

(  i)  11  est  regrettable  que  cette  gentille  «  cansoneta  »>,  qui  a  été  chantée 
avec  succès  par  les  Cantayres  Catalans  aux  arènes  de  Céret  le  2  juillet,  con- 
tienne quelques  gallicismes,  que  l'auteur  aurait  pu  faire  disparaître  sans 
aucune  peine  et  remplacer  par  des  équivalents  de  la  langue  catalane  rous- 
sillonnaise  :  on  aurait  compris  tout  de  même  et  l'ensemble  eût  été  plus  pit- 
toresque. Nous  tenions  à  faire  ici  cette  observation  pour  montrer  à  nos 
amis  que  nous  ne  savons  pas  toujours  nous  servir  des  tournures  expressives 
et  courantes  que  nous  avons  à  notre  disposition.  N.  D.  L.  R. 


Le  Gérant,   COMET.  — Imprimerie  COMET,  8,  rue   Saint-DominJque,  Perpignan. 


f   > 


5' Année.   N' 56  15  Août  1911. 


Les   Manuscrits  non  insérés 
ne  sont  oas  renau». 


REVUE 

Les  Articles   oarus  dans  ia   Revue  m^    ^^   ^  ■  '^    ^^    W         ^^    I^J    W^ 

T  engagent  ouc  leurs  auteurs.  ^■^•fc    A    A    fli    wmSL^Jkmmm  ^  Ai^ 

Un  sculpteur  roussillonnais 

M.  CélesHn  MANALT 

Le  succès  qui  accueille  l'œuvre  de  A/l.  Célestin  Manalt  doit 
nous  être  agréable.  On  m'excusera  de  donner  ici  une  appréciation 
après  le  court  mais  substantiel  article  de  M.  Prat,  paru  dans 
La  Yeu  del  Canigà.  J'ai  simplement  voulu  recueillir  une  ironie  de 
mon  ami,  M.  Albert  Bausil.  Ce  spirituel  poète  écrit  en  effet: 
«  le  méritoire  Alanalt  ». 

je  crois  qu'il  y  a  là  un  soupçon  d'injustice.  Je  n'en  fais  pas  un 
reproche  à  M.  Bausil,  car,  en  matière  d'art,  l'injustice  est  si  fa- 
cile !  Et  il  y  a  d'autant  moins  reproche  de  ma  part  que  l'épithète 
se  trouve  dans  une  note  parisienne,  à  laquelle  j'applaudis  sans 
réserve,  car  elle  loue  Aristide  Maillol,  ce  roussillonnais  qui  est  le 
plus  pur  des  hellènes. 

D'autre  part,  je  ne  suis  point  un  admirateur  de  C.  Manalt, 
puisque  je  ne  connais  son  œuvre  qu'imparfaitement,  je  n'ai  que 
le  souvenir  d'une  première  et  unique  visite  à  son  atelier,  voilà 
bientôt  trois  ans  ;  C.  Manalt  n'était  alors  qu'un  inconnu. 

C'était  une  chambre  fort  étroite,  peu  claire,  où  les  œuvres 
avaient  d'ailleurs  l'air  de  la  maison,  aussi  bien  que  le  manuscrit 
de  Marie-Claire  sur  la  petite  table  de  Marguerite  Audoux. 

Petit,  nerveux,  avec  des  rides  en  longueur  sur  ses  joues,  et  un 
regard  simple  et  bleu,  C.  Manalt  épiait  peut-être  mon  impression, 
car  il   était  silencieux. 

]1  y  avait  dans  une  bibliothèque  les  œuvres  de  Zola,  je  ne  lis 
pas  du  Zola,  mais  je  pensais  que  ses  œuvres  étaient  bien  à  leur 
place,  dans  cette  chambre  blanchie  à  la  chaux  où  se  dressait  le 
plâtre  du  Méprisé. 


226    

C.  Manalt  est,  en  effet,  le  sculpteur  de  la  souffrance  ;  il  va  aux 
opprimés,  aux  délaissés,  aux  abandonnés.  Il  doit  assurément  trou- 
ver une  joie  à  œuvrer  ainsi,  puisque  la  douleur  est  une  source  de 
plaisir. 

Une  image  revient  à  plusieurs  reprises  dans  son  oeuvre  :  l'hom- 
me ou  l'enfant  au  violoncelle,  pauvres  amuseurs  émaciés,  sur  la 
terrasse  d'un  café,  pauvres  amuseurs  qui  expriment  leur  misère  en 
une  mélodie  saignante. 

A'iais  C.  Manalt  ne  nous  montre  pas  seulement  ceux  qui  souf- 
frent et  sont  accablés.  La  vague  rouge  se  déploiera.  Dans  un 
bas-relief,  il  a  ébauché  la  procession  de  ceux  qui  vont  à  la  grève, 
lamentables  et  illuminés,  hâves  et  hirsutes,  hommes,  femmes  et 
enfants. 

Sans  doute,  il  y  a  là  encore  de  la  tristesse.  Ce  bas-relief  em- 
brumé —  la  brume  qui  descend  des  cheminées  d'usine  —  se 
déroule  encore  comme  une  phrase  musicale,  douloureuse  et  heurtée. 

Mais  C.  Manalt  nous  décrira  le  travail,  l'effort,  la  lutte.  Je 
crois  qu'à  l'heure  présente  il  doit  avoir  exprimé  tout  cela. 

J'ai  vu  dans  son  atelier  la  première  conception  d'un  groupe  qui 
m'impressionna.  En  toute  franchise,  je  dois  même  dire  que  ce 
fut  ma  seule  émotion,  celle  qui  me  réconcilia  aussitôt  avec  l'ar- 
tiste :  Un  homme  vigoureux,  aux  muscles  âprement  tendus  contre 
la  destinée,  et,  appuyée  sur  son  épaule,  la  femme,  la  mère  d'une 
famille  à  venir,  ployant  son  corps  en  un  arc  de  cercle,  comme 
aux  bords  d'un  étang  un  jonc  flexible. 

Ce  fut  la  seule  émotion,  mais  elle  suffisait.  J'avais  senti  dans 
les  autres  œuvres  un  reflet  exact  de  l'âme,  une  sincérité  sans 
fard,  rude  et  gauche,  et  je  l'imagine  aussi,  des  souvenirs  doulou- 
reusement personnels.  Mais  ici,  je  découvrais  le  symbole  qui 
exprimait  la  vie  ouvrière  ;  et,  au  surplus,  j'entrevoyais  une  ligne 
harmonieuse,  la  ligne  magicienne.  Cette  image,  après  trois  ans, 
je  la  garde  encore,  M.  Bausil.  Et  c'est  à  cause  d'elle  —  unique- 
ment —  que  je  n'ai  pas  voulu  oublier  le  nom  de  cet  artiste.  Au 
fait,  vous  avez  été  sincère.  Vous  n'aimez  point  la  rumeur  popu- 
laire. Les  salons  où  les  souvenirs  flottent  sur  les  tentures  aux 
fleurs  décolorées  vous  charment  bien  davantage.  Si  la  vague  rouge 
venait  à  passer,  vous  tamiseriez  la  lumière,  le  discordant  dehors, 
avec    les  rideaux  d'un  ocre  fané.  Vous   vous  accommoderiez  d'un 


—  Î27  — 

xviii'  siècle  élégant  et  papoteur.  Clara  d'Ellebense  lirait  avec 
plaisir  les  strophes  où  vous  nous  parlez  d'un  jardin  abandonné. 

Comme  vous,  mon  ami,  jaime  la  silencieuse  poésie  du  passé. 
Je  suis  même  un  peu  froissé  par  une  sculpture  qui  exalte  unique- 
ment les  f-oules  opprimées  et  vengeresses.  Car,  avant  toute  chose, 
le  sculpteur  doit  aimer  la  ligne.  En  s'isolant,  l'artiste  se  rappro- 
chera de  sa  propre  vie.  11  aimera  le  songe,  qui  est  la  transfor- 
mation de  l'extérieur  et  la  figuration   de  l'âme. 

Cette  pensée  qui  est  la  mienne,  je  crois,  est  probablement  aussi 

la  vôtre.  Ce  n'est  malheureusement  pas  celle  de   M..  C.  Manalt. 

D'ailleurs,  si  ses  expressions  n'ont  pas  de  subtiles  élégances,  elles 

ont  le  mérite  de  la  sincérité,  toujours,  de  la  force  parfois.  Et  les 

artisans  sincères  méritent  nos  sympathies. 

Joseph  Pons. 

Lo  Gorch  Bufaroch 

Un  dels  mes  bonichs  recons  que  criden  l'admiraciô  dels  banyistes 
de  la  Presta  com  la  dels  excursionistes  de  Prats  de  Mollô,  es  la 
gorja  del  Brescany,  comal  estret  y  encaixonat  format  pel  torrent 
d'aqueix  nom.  Les  fonts  alimentant-lo,  naixen  al  cim  de  les 
conques,  en  els  baixants  del  plâ  de  les  Eugues,  juntant-se  amb  el 
riu  Tech  no  Uuny  del  Moli  y  d'aquell  gegant  montanyès  qu'es 
el  faig  d'Agrafull. 

El  Brescany  devalla,  riverol  catiu,  entre  cingleres  espadades  y 
salvatges,  sempre  presoner  en  mitg  de  timbes  granitiques,  rodejat 
de  penyes  altives,  ombrejat  per  roures,  castanyers  y  freixes 
qu'entrelliguen  llurs  branques  sobre  les  gorgues,  fent  en  l'istju 
atapahida  volta  de  verdor. 

Cad'any,  pel  juliol  y  l'agost,  alegres  colles  de  banyistes  seguint 
tractament  thermal  en  lo  reputat  establiment  vehi  aprofiten  els 
bons  dies  per  visitar  l'estreta  vall  del  Brescany  y  principalment 
lo  gorch  Bufaroch  que  n'es  la  verdadera  curiositat.  Una  mica 
cansats  per  la  caminada,  6,  no  mes  acalorits,  molts  parroquians 
de  la  Presta  s'aturen  en   la  masia  d'Agrafull   trobant-hi   sempre, 


27 


8  — 


ab  bona  cara,  la  llet  mes  pura  y  mes  embalsamada  de  la  comarca. 
Tôt    descansant,   els   senyors    cargolen   y   cremen  un    cigarret   en 
l'enllosat  de  l'escala  de  pedra  forana,  de)  temps  que  l'Andreu,  el 
masover,    los   hi  dona   noticies  tocant  son    ofici    d'agricultor.    La 
conversa  toca  un  xich  â    moites    coses,    los   treballs   de!   istiu,  la 
replega    dels   esplets,    la   criansa   del    bestiar  gros    y    menut,   los 
afanys  del  mal  ivern  y  també  sobre  '1  remat  seu  que  s'ovira,  serra 
amunt,  prop  la  frontera  d'Espanya.  Els  homens  de  ciutat  escolten 
el  pages  amb  tota  Dur  atenciô,   cap-ficats   al    mirar,    alla    dalt,  les 
ovelles  dispergint-se  per  les  costes,  pasturant,  guiades  pel  pastor. 
Eix  guardiâ  es  un  aixerit  minyô  de  casa.  Vestit  de  borata,  porta 
al  coll  sarré  de  pell  de  moltô  y  llarch  garrot  a  la  ma.  A  voltes  cl 
veuhen  sobre  una  roca,  que  's   trau   lo  fluviol    del    sarrô,  ensajant 
unes  corrandes  vallespirenques.    Les  notes  alegres  s'esgranan  per 
l'espay  assoleyat,  barrejant-se   amb    els   refilets    del   cotoliu,   que 
puja  y    s'enlayra,  a   perdua   de   vista,  dins    la  blavor   del   cel,    no 
parant  may  de  cantar.  En  el  mas,  dins  la  gran  cuyna,  les  senyores 
van    xarrant  am  la    masovera,  la  Tresa,  rondinejada    de    sis  o  set 
criatures  boniques   y   pera    fer  goig.    Aviat  la  taula   n'es  parada. 
Unes   groixodes   estovalles  de    canem,    culleres  estanyades,  escu- 
delles   de   terrisa   vermella,     y    la   Tresa    serveix   la   llet  gustosa 
acabada    de    munyir.    Tothom  fa  la    xuca-molla   am    pa  de   segol 
pastat  de  fresch  y  sempre  trovat  molt  bo.  Tots  els  qu  han  recor- 
regut   l'ait  Vallespir,  fent  apats  en   les  masies  grans  à   petites  ja 
saben  per  ellos  mateixos  que  nos"  pot  trovar  res  de  millor  ni  mes 
sanitôs    que   1    recapte    montanyés.    L'espertinar  acabat,    el   gasto 
pagat,  los  forasters  demanen  lo  cami  del  gorch.  Gayre  bé  sempre 
es  en  Père,  el  trempât  y  valent  hereu  d'aquella  casa  que  'Is  hi  fa 
de  guia.  Deixant  el  cami  real  à  can  Llagosta  pera  enfilar-se  dins 
lo  comal  ombrejat  de    verns,   atapahit  de   boixos,  avellaners,    fal- 
gueres  y  demès  plantes   montanyeses,    hont  serpenteja  '1  corriol. 
Somrient,    delitos,    en    Père   marxa   devant.    La    colla,    en    llarga 
tirallonga,    segueix,    riera    amunt.    Els    aucellets    volatejen     pels 
matassers,    xericant,   buscant   granes   6   papus  en    vores  d'aygua  y 
amagant  llurs  amoretes  en  l'ufanosa  vegetaciô   que  penja  per  tôt 
arreu  com  vert  cortinatge.    A    cada    pas    se    trepitjen    violeres   y 
maduixeres  boscanes.   Aigols   corren  sobre    Hits    de   molsa    entre 
creixens  y   apit   bort.   Jordoners  s'hi   troben   també  de   cada  ban. 


129    — 

Al  veurer  els  pinjolls  de  jordons,  lo  jovent  adalerat  se  desvia 
pera  cullir-ne  un  manat  per  postres  del  sopar.  Dona  gust  ullar 
aquelles  esveltes  senyoretes  engarapant-se  per  les  penyes  dels 
voltants,  buscant  floretes  salvatges,  fent-ne  poms  y  ramellets. 
Perô,  al  cap  de  poca  estona,  lo  paisatje  cambia.  Rocaters  y 
clapises  s'aixequen  en  cada  banda  del  estret  canal.  Comensa  a 
s'ohir  lo  rum-rum  llunyâ  de  la  cascata.  Sobtadament  s'aixequen 
dos  aucells  de  rapinya,  estranyats  ben  segurf  de  veure  acomesa 
llur  quieta  morada  y  aixis  torbat  son  silenci  acostumat. 

Els  excursionistes  han  arrivât  en  les  vores  del  gorch  hont  l'aygua 
cargola  fent  retrunyir  les  roques  de  murmuris  pregôns.  L'afrau 
susmou  de  bo  els  forasters,  que  se  desfân  en  exclamacions  admi- 
ratives  per  part  dels  homens,  y  crits  d'esglay  per  part  de  les 
dones.  Que  bé  s  compren  essent  aqui,  com  la  soletat  es  germana 
de  la  por  !  Aquest  es  lloch  de  bruxes  y  de  dimonis!  En  Père, 
los  senyors  mes  arriscats,  donen  la  ma  y  ajuden  les  senyores 
atropellades  fent-los-hi  passar  el  troc  mes  perillôs.  Arribada  la 
comitiva,  cadascû  va  segons  son  enginy  particular.  Dos  senyorets 
prenen  vistes  fotogrâfii{ues,  un  geolech  mitg-parteix  trossos  de 
roques  pera  estudiar-les.  Mentrestant  un  saberut  predica,  espongit, 
sobre  'Is  espectacles  grandiosos  de  la  naturalesa.  Les  dames  mes 
madures  se  planyen  dels  mais  camins,  de  la  distancia,  del  baf,  de 
la  polsaguera  y  se  tiren  a  terra  vermelles  de  cara,  suhades,  esbu- 
fegant.    Escabellonades,  lo  barret  en    tramontana,  justifiquen  una 

vegada   mes  l'adagi    catalâ  :    qui  am   dones  va  y  burros   mena 

Sempre  alegres,  enjogassades  com  papellones,  les  senyoretes 
riuhen  y  maynadejen  amb  els  fadrins.  La  una  tira  un  roch  dins 
l'aygua  aixecant  un  ruixat  d'esquitxos  que  xupa  tota  la  gent. 
Aquell  esparpall  no  fa  riure  en  Père.  Sa  cara  expressiva  demostra 
disgust  y  verdader  malcontentament.  Tothom  lo  pregunta.  Eli, 
malhumorat,  respon  que  no  cal  despertar  el  marrâ  nègre  ni 
tampoch  agraviar  lo  gorch  congriador  de  pedragades  y  tem- 
pestats.  —  No  se'n  tenen  de  riure,  no,  Senyors,  perqué  com  hi 
ha  Deu,  es  segur  qu'aquest  lloch  es  apropriat  pera  qualsevulga 
malifeta.  No  es  facil  rentar-hi  roba.  Arreu  s'esparreca  y  se'n  torna 
a  trossos  y  a  bocins.  Tampoch  cap  cristié  no  s'hi  pot  banyar,  ni 
tant  sols  ficars'hi  de  peus,  perqué  una  ma  amagada  en  les  fonda- 
ries    arrapa  y   nega  l'imprudent  dinsdel   gorch.  Per  llargues  que 


—   23o  

sien  unes  cordes,  may  ningû  Iha  pogut  sondejar,  y,  les  nits  de 
temporals,  de  torb  y  rufacades,  en  mitg  dels  ronchs  del  saltant 
de  l'aygua,  del  enlluhernament  dels  llampechs  y  retrunys  de  la 
tronada  s'hi  senten  com  rialles  espantoses,  bels  de  xays  y  planys 
esglayadors  ! 

La  gent  del  rodador  ne  conten  les  coses  mes  dolentes  y  cxtra- 
nyes.  Ningù  d'assi  gosaria  tirar-hi  una  pedra  per  por  de  terrible 
castich  ;  potser  se  n'aixecarien  nuvols  prenyats  de  llamps  ! 
Tothom  sap  que  les  truytes  que  s'hi  pesquen,  mentres  les  fre- 
geixen  s'escapen  xemenelia  amunt  y  s'ehtornen  al  gorch.  Dîu  que 
una  vegada,  fa  d'aixô  anys  y  panys,  un  pastor  del  mas  del  Boix 
feya  pastorar  ses  ovelles  per  eixos  indrets.  La  boyra  entreteixia 
mates  y  arbres  emplenant  la  cloterada  com  de  desfiles  lletoses. 
A  poch  a  poch  los  besos  humits  de  la  broma  condormiren  cans  y 
remat.  El  pastor  mitg  ensopit  per  un  poder  misterios  qu'apagava 
sa  forsa  y  voluntat  va  veurer  surtir  del  reveigde  l'aygua  un  marrâ 
nègre  que  li  va  marrir  totes  ses  ovelles,  y,  acabat,  tornâ  a 
capbossar  en  el  gorch.  A  la  primavera  desprès  va  neixer  tôt  una 
xayada  d'anyells  nègres,  ferrenys  y  bonichs  com  may  se  n'havien 
vist.  Agrahit  y  plé  de  bons  intens,  lo  pastor,  entre  istiu,  tornâ 
ab  son  remat  en  les  vorcs  del  riu  ;  perô  allavores  el  marrâ  surtint 
del  gorch  Bufaroch  va  llensar  très  bels,  y  al  sentir-lo,  tots  los 
xays  varen  desapareixer  dins  l'aygua  al  darrera  d'ell.  May  mes 
cap  del  Boix  ni  del  vehinat  no  han  sapigut  noticies  del  infelis 
bestiar... 

Lo  sol  se  pon  en  la  pica  de  Costabona.  Es  hora  de  tornarsen 
cap  a  la  Presta.  Enmaravellats,  los  banyistes  estrenyen  la  ma  den 
Père,  y,  a  l'encaixar  hi  descuyden  algunes  pecetes  de  propina 
pera  pagar-li  sa  cortesia  y  la  bonica  llegenda  contada  ab  tanta 
emociô  y  natural.  Despres  de  dar  gracies,  lo  pageset,  trempât 
com  un  jinjol,  s'entorna  vers  sa  masia  y  los  senyors  pujen  a  sopar 
en  l'establiment  hont  arriven  al  moment  mateix  que  la  campana 
de  la  fonda  toca  a  refetor. 

Mes  tart,    a    l'hora   del    retiro,    los    excursionistes    s'adormen 

gronxats    pel    dolç   recort    daquella    hermosa    passejada    en    les 

encantadores  serres  del  nostre  Vallespir,  barrejant-hi  encare,  com 

en  somni,  los  bels  del  marrâ  nègre  y  els  rums-rums   llunyâns   de 

la  cascata  del  gorch  Bufaroch. 

J.  DE  Sant-Salvador. 


L'Alzina 


Mon  cor  estima  un  arbre... 

(1.0  pi  de  Tormentor.  —  Costa) 


Hi  crejxen  en  ma  terra  arbres  de  tota  altura. 
L'humus  de]  pla  fecunde,  l'àrit  llosam  de  l'erm 
troncs  ferrenys  hi  congrîen,  que  en  gleva  o  penya  dura 
potents  arrels  encranquen,  com  urpes  de  puny  ferm. 

Su'l  pedreguer  de  vora  la  vinya,  els  brancs  de)  roure 
al  boher  fent  beguda  regalen   fresc  abric. 
Entre  les  nobles  rengles  de  platanes,  a  lloure 
passeja,  sots  l'excelsa  arcada,  el  burgès  rie. 

Dret  el  poil  sobre  1  marge,  mentre  que  1  rec  se'n  corre, 
sol,  s'enrahona.  El  freixe,  l'albe,  1  salze,  1  vern,  l'om, 
amb  les  canyes  xerraires,  fermant  del  riu  la  sorra, 
menen  un  soroll  qu'omple  el  bosc  de  gom  a  gom. 

De  petit  me  'n  recordo,  clapava  la  Garriga 
de  frondositats  grises  l'escoixetat  oliu  ; 
l'ametller  hi  nevava.  Vui  rara  hi  es  l'amiga 
ombra  de  la  figuera.  Tôt  s'ho  ha  1  lucre  emportât. 

Perô  ns  quedeu,  fructifres  arbrets,  d'ufana  poca, 
escampillats  per  l'horta,  o  de  vclla  paret 
a  la  solana.  Oh  dolça  collita  que  'ns  aboca 
votre  feixuc  brancatge,  triant-nos  son  floret  !... 

Vers  les  cornes  pugem-sen,  lia  d'allà  de  la  plana  ! 

Suros  s'entortolliguen.  L'autôcton  lladoner 

sa  soca  llisa  enlaira,  altjvola  i  galana. 

A  un  buf  d'oreig  fressegen  bedoH,  faig,  castanyer. 


232    

Sempre  amunt  !  Ja  punteja  la  negrenca  piràmide 
de  l'abct  ;  ja  s'aixampla  el  pi  magestuôs. 
El  matiçat  fullatge  espandit  apar  clàmidc 
Uampant  demunt  de)  muscle  d'Atenicnc  fastuôs. 

Oh  verdor  de  ma  terra,  tant  com  diversa  bella, 
ets  recès  atractîvol.  Prô  l'impuls  mes  coral 
me  tira  cap  un  arbre,  que  la  llenya  novella 
de  SOS  rebrots,  de  dura,  s'hi  osca  la  destral. 

Son  fust  de  bonys  i  nusos  mai  s'ascla  ni  se  corca  ; 
té  una  escorça  resseca  de  pansit  pergamî  ; 
es  ragot  ;  i  la  rama  cenyint  sa  guerxa  força 
fa  una  ombra  estrafalaria  a  l'apartat  camî. 

De  les  mans  dcstructores  del  passant  se  defensa 
amb  sa  retorta  forma,  pell  ruda,  punxons  crts. 
Mes,  de  quietut  en  busca,  lluny  de  la  malvolença, 
com  recelés  asceta,  viu  pels  rostos  déserts. 

Solitaria  fantasma  surgint  dins  les  ténèbres 
de  mija-nit,  astora.  A  sos  peus,  argelacs, 
romanins,  farigoles,  rebolls  de  vells  ginebres 
li  fan,  pobres  subjectes,  senzillets  afalacs. 

També  li  diu  la  lluita.  La  tramontana  alegre, 
l'albé,  1  garbî,  la  vispa  de  Nort,  el  vent  geliu 
ni  un  branquillô  li  arranquen  ;  el  temporal  mes  nègre 
el  deixa  tes.  Tôt  passa;  s'ha  espolsat  i  se  'n  riu. 

I  un  dîe  l'home  llesta,  oh  alzina,  ta  mes  forta, 
mes  sana  i  dreta  branca,  hi  clava  el  Huent  tall 
del  picaçô.  Cau  prompte  el  ram.   L'hom  se  l'emporta. 
L'alzina  farà  un  mànec  per  l'eina  del  treball. 


—  233  — 

Bon  arbre,  a  tu  retira  J'humil  fill  de  la  terra. 
Al  compartir  les  tasques,  Déu  li  carregà  1  lot 
mes  pesât.  A  sa  feina,  incansable,  s'aferra, 
menyspresant  de  les  viles  l'inûtil  avalot. 

Amb  cor  valent  de  mascle  reb  pênes  i   alegrîa. 

No  1  sorprenen  mal  écsit  d'esplets,  gels  ni  calors, 

si  soptades  rebaixes,  ni  fraus  de  l'industria. 

Que  no  ho  sab,  que  se  compra  un  goig  amb  cent  dolors? 

Que  hi  fa  si  poca  paga  de  ses  fatigues  cobra  ? 

Si  son  esforç,  tal  volta,  es  mal  aprofitat  ? 

Si  riuen  de  sos  modos  i  vestits  ?  Sembla  un  pobre  ; 

prou  ;  mes  un  pobre  digne,  clos  en  sa  soletat. 

1  el  seny  huma,  qui  1  fonça  !  —  Tu,  pages.  D'aqueixa  eina 
que  cap  amunt  i  sempre  cap  en  davant  duu  l'hom, 
n'ets,  tu,  el  mànec  d'alzina.  Ja  farà  brava  feina, 
l'eina  aixî  emmanegada  ;  ja  caurà  ben  a  plom. 

Novembre  1910.  Pau   BerGA. 

L'Enseignement  régional 

et  les  Etudes  catalanes 

Au  cours  de  la  discussion  du  budget  de  l'instruction  publique 
au  Sénat,  léminent  M.  Charles  Dupuy,  ancien  président  du 
Conseil,  a  prononcé  un  magistral  discours  touchant  diverses  ques- 
tions d'enseignement  du  plus  haut  intérêt. 

Nous  sommes  heureux  de  reproduire  le  passage  de  ce  discours 
relatif  au  régionalisme  : 

«  ...  J'ai  cité,  messieurs,  le  nom  de  Montpellier:  je  voudrais 
faire,  à  son  sujet,  une  observation  qui  paraîtra  naturelle.  Cette 
Faculté  de  Montpellier  devrait  être,  d'après  son  histoire,  d'après 


-   234  - 

tous  nos  souvenirs,  le  centre   des  études  romanes  et  catalanes  en 
France. 

«  Sans  doute  les  études  romanes  se  continuent  malgré  le  départ 
de  Chabaneau,  à  Montpellier,  et  elles  sont  fortement  constituées 
à  Paris.  Mais  savez-vous  où  est  aujourd'hui  le  centre  des  études 
catalanes?  A  Halle,  en  Allemagne.  Avoir  laissé  passer  devant  soi 
les  étudiants  catalanistes,  quel  regret  !  quel  dommage  î  Très  bien! 
très  bien!).  \\  suffit  évidemment  de  le  constater  pour  que  l'Univer- 
sité de  Montpellier,  qui  a  une  gloire  séculaire  et  l'orgueil  légi- 
time d'un  illustre  passé,  prenne  les  mesures  nécessaires  pour 
ramener  vers  elle  les  étudiants  qui  appartiennent  à  sa  région,  et 
qui  n'auraient  jamais  dû  déserter  la  vieille  cité  des  rois  de  Major- 
que. ÇNouveîles  marques  d'approbalion.) 

«  D'autre  part,  les  Facultés  des  lettres  ont  eu  le  sentiment  que 
plus  elles  tendraient  vers  l'enseignement  régional,  plus  elles  pren- 
draient le  caractère  régional,  plus  elles  intéresseraient  les  popu- 
lations qui  les  entourent,  et  plus,  par  conséquent,  elles  seraient 
assurées  de  vivre  et  de  croître.  C'est  ainsi  qu'on  a  vu  naître,  dans 
la  plupart  des  Facultés,  des  chaires  d'histoire  régionale  :  à  Bor- 
deaux, la  chaire  d'histoire  d'Aquitaine  ;  à  Lyon,  la  chaire  d'his- 
toire de  Lyon  ;  à  Dijon,  la  chaire  d'histoire  de  la  Bourgogne  ; 
à  Clermont,  la  chaire  de  l'étude  des  patois  ;  à  Rennes,  la  chaire 
de  l'étude  de  la  langue  et  de  la  littérature  celtiques.  Très  bien! 
très  bien  !) 

«  Je  veux  citer  maintenant  une  de  ces  créations  qui  est  très 
particulière,  parce  qu'on  voit  réunis  autour  d'elle  toutes  ces  for- 
ces, tous  ces  groupements  dont  je  parlais  il  y  a  un  instant.  A 
Nancy,  il  existe  une  chaire  d'histoire  de  l'Est  de  la  France, 
créée  et  entrenue  par  la  ville  de  Nancy,  par  les  départements  de 
Meurthe-et-Moselle  et  des  Vosges  et  par  la  société  des  Amis  de 
l'Université. 

«  Vous  voyez  combien  cet  esprit  régional,  local,  a  pris  de 
puissance  dans  la  vie  et  le  développement  des  Facultés  des  lettres, 
combien  celles-ci  ont  compris  qu'il  y  avait  lieu  pour  elles  d'en- 
foncer de  profondes  racines  dans  le  sol  pour  s'assurer  une  longue 
vie...  » 


En  Teodor  Llorente 

Aqueix  gran  valencià,  aqueix  patriarca  de  la  poesia  catalana  à 
Valencia,  s'es  mort  lo  i  de  juliol  passât  ;  dévia  tenir  cap  als 
jS  anys.  Deu  lo  perde. 

En  Llorente  havia  fet,  tota  la  seua  vida,  à  Valencia,  la  mateixa 
bona  feyna  d'En  Mistral,  à  Provensa,  y  de  Mossen  Verdaguer, 
à  Barcelona  :  havia  festejat  y  estimât  la  llengua  catalana,  deixada 
qu'era  à  correr  pel  carrer  y  pel  campestre,  y  l'havia  fêta  senyora 
y  reyna.  Lo  seu  Llibret  de  versos  es  tôt  un  aplech  de  poésies 
classiques,  que  son  de  bon  de  llejir.  Se  li  arotllaren  al  entorn  una 
bona  colla  de  joves  poètes,  escriptors  è  historiadors,  y  aviva  amb 
ells  la  societat  Lo  T^al  Pénal,  qu'ha  vinguda  à  esser  una  apreciada 
academia  valenciana,  que  fa  cada  any,  uns  celebrats  Jochs  Florals. 

Tôt  Valencia  sabia  are  que  En  Teodor  Llorente  era  un  gran 
aymador  de  les  costums  valencianes  ;  y  en  qualsevol  festa,  lite- 
raria  6  artistica,  qu'ell  fes  apuntar,  6  qu'hi  anès,  tôt  Valencia  li 
seguia.  Ho  cal  haver  vist,  com  havia  remogut  los  Valencians  à 
favor  de  la  llengua  catalana,  que  deixa  ben  enaltida  y  enlayrada. 

En  Teodor  Llorente  era  de  tractes  sensills,  tôt  bon  cor,  y 
bondadôs,  gran  escorcollador  y  coneixedor  d'historia  y  de  poesia 
catalana.  Y  passava  amb  ell,  com  amb  En  Mistral  y  amb  Mos- 
sen Verdaguer  :  qui  l'havia  vist  y  li  havia  enrahonat,  no  fos  qu'una 
vegada,  6  qui  li  havia  escrit,  ja  se  tornava  mes  catalâ  y  mes 
catalanista. 

La  primera  ediciô  del  seu  Llibret  de  versos  (1902  —  Valencia, 
estampa  de  Frederich  Domenech)  s'acabava  amb  la  poesia  Tes- 
lamenl  ;  y,  com  ho  demanava  en  aqueixa  poesia,  los  seus  companys 
del  T^a/  Penat  han  fet  passar  lo  seu  enterro  «  per  la  capella  de  la 
Verge  pura  y  bella  dels  Desemparats,  patrona  dels  Valencians  ». 

Desde  1  replâ  del  nostre  Canigô,  saludem  atentament  lo  bon 
patrici  de  la  terra  catalana  qu'ha  estât  En  Teodor  Llorente. 

J.  Delpont. 


—  236  — 

Testament 

Quan  jo  muiga,  amada  esposa, 
si  tu  vius,  y  no  't  fa  nosa, 
tança  'm  los  ulls,  tos  espills  ! 
Si  ets  morta,  ma  companyera, 
lo  que  clla  amorosa,  fera, 
feu-ho  vosaltres,  mos  fills. 

De  fé  y  humiltat  en  proba, 
amortalleu-me  ab  la  roba 
de)  bon  Pare  Sant-Francès  ; 
de  corones  y  garlandes, 
de  creus,  insignies  y  bandes, 
vanitat  !  no  'm  poseu  res. 

En  les  mans  lo  sant  rosari 
vuU  portar  ;  l'escapulari 
del  Carme,  penjat  al  pit  ; 
y  comsigne  ben  notori 
de  mon  ditjôs  desposori, 
l'anell  d'or  ficat  al  dit. 

Quan  me  porten  à  la  fosa, 
davant,  insignia  gloriosa, 
vaja  ben  alta,  la  creu  ; 
si  acompanyar-me  se  dignaren 
los  que  'n  vida  m'estimaren, 
tal  favor  els  pague  Deu. 

Passeu-me  per  la  capella 
de  la  Verge  pura  y  bella, 
patrona  dels  Valencians  ; 


y  quan  arrive  à  la  porta 
canten,  en  veu  no  molt  forta, 
un  responso  els  capellans. 

• 

Y  vosaltres,  els  insignes 
trovadors,  mes  que  jo  dignes 
del  que  'm  doneu,  dois  tribut, 
per  traure  d'ell  l'armonia 
que  trovar  jo  no  sabia, 
prengau  mon  pobre  llahut. 

La  Musa,   volguda  y  santa, 
que  las  patries  glories  canta, 
mare  amorosa,  el  posa 
en  la  meues  mans  febroses, 
quant,  coronada  de  roses, 
del  llarch  somni  despertà. 

Mes  inspirats  y  mes  destres, 
oh,  nobles  amichs  !  oh,  mestres 
del  Gay  saber  triunfador  î 
feu  vibrar  totes  ses  cordes, 
cantant  ab  triples  acordes, 
la  Fé,  la  Patria,  y  l'Amor. 


Y  si  la  gloria  vos  dona 
la  cobejada  corona 
de  un  reynat  que  no  té  fi, 
penseu  ab  quanta  alegria 
jo  en  vostre  front  la  voria, 
y  enrecordeu-vos  de  mi  ! 

t  Teodor  Llorente. 


HISTOIRE  LOCALE 

Les   auteurs   du   Gallia   chrisHana 

à  l'abbaye  de  Saint-Martin  du  Canigou 

En  1710,  dom  Edmond  Martène  et  dom  Ursin  Durand,  reli- 
gieux bénédictins  de  la  congrégation  de  Saint-Maur,  en  vertu 
d'une  résolution  prise  à  Marmoutiers,  lors  du  chapitre  général  de 
1708,  parcoururent  la  France  et  visitèrent  tous  les  établissements 
monastiques  de  l'Ordre  de  Saint-Benoît.  Ils  avaient  mission  de 
recueillir  dans  les  archives  de  ces  monastères  tous  les  documents 
historiques,  archéologiques  ou  littéraires  qui  pourraient  être  utiles 
à  la  rédaction  du  nouveau  Gallia  chrisHana,  encours  de  publication. 

Partis  de  Perpignan  à  dos  de  mulet,  les  deux  savants  Béné- 
dictins arrivèrent  à  Prades,  en  Confient,  et  se  transportèrent 
aussitôt  à  Saint-Michel  de  Cuxa.  Ils  se  rendirent  quelques  jours 
après  à  Saint-Martin  du  Canigou.  Ecoutons  leur  récit. 

«  L'abbaye  de  Saint-Martin  du  Canigo,  fondée  au  commence- 
ment de  l'onzième  siècle  par  Guifred,  comte  de  Cerdagne,  n'est 
pas  fort  éloignée  de  là  (Saint-Michel-de-Cuxa).  Mais  les  che- 
mins détestables  par  où  il  faut  passer  font  qu'on  ne  peut  y  arri- 
ver qu'en  trois  ou  quatre  heures  de  tems  (1).  Elle  est  située  sur 
une  haute  montagne,  dans  une  affreuse  solitude  où  il  faut  bien 
grimper  pendant  une  heure  pour  y  arriver. 

«  Le  lieu  où  l'abbaye  est  bâtie  est  fort  petit  et  si  étroit  qu'il 
n'y  a  pas  même  de  place  pour  faire  un  jardin.  ]1  faut  sans  doute 
que  les  premiers  habitants  de  ce  désert  fussent  bien  animés  de 
l'esprit  de  pénitence,  et  particulièrement  le  fondateur  qui  s'y 
retira  avec  sa  femme  pour  y  finir  ses  jours  dans  la  pratique  des 
exercices  les  plus  sévères  de  la  vie  religieuse.  Aujourd'hui  il  est 
habité  par  six  ou  sept  moines  sauvages  qui  étant  éloignés  de  tout 
commerce  ont  peu  de  société. 

(1  )  Le  chemin  actuel  qui  conduit  de  Castell  à  l'abbaye  du  Canigou  fut 
construit  par  l'abbé  Augustin  de  Llamby.  Ce  prélat  administra  le  monastère 
depuis  le  3i  octobre   1714  jusqu'en  1728. 


—  239  — 

«  11  était  un  peu  tard  lorsque  nous  y  arrivâmes  ;  nous  n'y  trou- 
vâmes ni  foin,  ni  avoine  pour  nos  chevaux  et  ce  ne  fut  que  long- 
temps après  que  nous  eûmes  un  peu  de  paille  à  leur  donner  ;  de 
sorte  que  nous  fûmes  obligés  d'envoyer  chercher  dans  le  bois  des 
feuilles  d'arbres,  faute  de  foin.  Le  Prieur  nous  reçut  néanmoins 
assez  charitablement.  11  nous  ouvrit  même  les  Archives  qui  sont 
entières  ;  mais  à  peine  eûmes-nous  vu  quelques-uns  des  titres, 
qu'un  de  ses  moines  vint  nous  les  arracher  des  mains.  Nous  pas- 
sâmes la  nuit  comme  nous  pûmes  et  le  lendemain  nous  en  partî- 
mes le  plus  tôt  qu'il  nous  fut  possible.  »  '[Yoyagc  littéraire  de  deux 
"Bénédictins  de  la  Congrégation  de  Saint-Maur,  Paris,  lyiy-iyiS, 
2'  partie,   p.  Sg.) 

Les  monuments  historiques  que  dom  Martène  et  dom  Ursin 
Durand  exhumèrent  dans  le  cours  de  leurs  voyages  ont  presque 
tous  été  livrés  à  la  presse.  Ce  sont,  outre  les  Instrumenta  joints 
aux  treize  premiers  volumes  du  Gallia  christiana,  les  pièces,  plus 
nombreuses  encore  et  plus  importantes  par  l'étendue,  par  la 
matière,  qu'on  lit  dans  les  premiers  recueils  publiés  sous  les  noms 
de  ces  deux  savants  religieux  :  Veterum  scriptorum  et  monumentorum 
amplissima  collectio,  1724-1733,  9  vol.  in-fol.  et  Thésaurus  novus 
anecdolorum,  1717.  5  vol.  in-folio. 

L'accueil  dépourvu  de  courtoisie  que  les  moines  du  Canigou 
firent  à  dom  Martène  et  à  dom  Ursin  Durand,  est  de  nature  à 
expliquer  l'absence  complète  de  documents  sur  l'abbaye  de 
Saint-Martin,  qu'on  remarque  soit  dans  le  tome  VI  du  Gallia 
christiana,  soit  dans  les  diverses  compilations  des  deux  éminents 
Bénédictins. 

Et  cependant,  à  en  juger  par  V Inventaire  de  dom  Agullana  dressé 
en  i586,  les  liasses  des  archives  du  monastère  renfermaient  une 
multitude  de  diplômes,  de  chartes,  d'actes  et  de  pièces  du  plus 
haut  intérêt  historique.  Dom  Martène  et  dom  Ursin  Durand 
eurent  à  peine  le  temps  de  jeter  un  coup  d'œil  hâtif  sur  le  fonds 
si  riche  de  ce  dépôt  d'archives.  Leur  perspicacité  leur  permit 
toutefois  de  constater  qu'elles  se  trouvaient  dans  un  état  de  par- 
faite intégrité.  Lors  de  la  sécularisation  de  l'abbaye,  un  arrêt  du 
Conseil  Souverain,  en  date  du  27  août  1783,  intima  l'ordre  à 
l'abbé  Grumet  de  Montpie,  de  faire  la  remise,  aux  Archives  de 
la  Chambre  du  Domaine   à    Perpignan,  des  papiers  et  documents 


—   24°   — 

«  appartenants  à  l'abbaye  et  ancien  monastère  de  Saint-Alartin 
de  Canigou  ».  En  vertu  d'un  arrêt  rendu  par  la  même  Cour,  le 
i6  janvier  1787,  François  Serra,  notaire  de  Perpignan,  fut  chargé 
de  dresser  l'inventaire  des  «  susdits  titres,  actes  et  papiers  ».  Le 
classement,  la  lecture  et  l'analyse  des  divers  documents  exigèrent 
plus  d'un  mois  de  travail.  Le  registre  qui  contient  la  nomencla- 
ture et  la  table  analytique  des  liasses  jadis  conservées  au  monas- 
tère du  Canigou  se  conserve  aux  Archives  des  Pyrénées-Orien- 
tales, sous  la  cote  H.   141.  Abbé  J.    Capeille. 

Ruscino 

Notre  excellent  confrère  et  ami,  M.  Pierre  Vidal,  «  l'ërudit  escorcollador 
d'arxius  »  —  selon  l'expression  pittoresque  qu'employait  en  parlant  de  lui 
un  archiviste  d'outre-monts  —  vient  de  fonder,  sous  le  titre  de  T^uscino, 
une  revue  d'histoire  et  d'archéologie  locales  à  laquelle  nous  souhaitons  une 
cordiale  bienvenue. 

Ce  nom  évocateur  de  J{uscino,  convient  on  ne  peut  mieux  à  une  telle 
publication  et  nous  félicitons  M.  Vidal  de  l'avoir  choisi. 

Mais  nous  le  félicitons  surtout  d'avoir  su  grouper  autour  de  lui  les 
savants  rédacteurs  de  l'anciennne  f^evue  d'histoire  et  d'archéologie  et  d'avoir 
créé,  avec  leur  concours,  cette  œuvre  réellement  scientifique  qui  dépasse 
par  son  importance  tout  ce  qui  avait  été  fait  jusqu'à  ce  jour  en  Roussillon. 

Sous  l'habile  direction  d'un  homme  tel  que  M.  Pierre  Vidal,  dont  un 
long  passé  de  travail  et  d'étude  atteste  la  compétence,  nous  croyons  pouvoir 
prédire  que  l{uscino  aura,  auprès  des  intellectuels  roussillonnais,  le  même 
succès  que  sa  sœur  aînée,  la  T^evue  Catalane  ;  et  nous  espérons  que  l'une  et 
l'autre  feront  longtemps  ensemble  la  joie  des  amateurs  des  choses  du  passé 
et  de  ceux  qui  voient  dans  le  régionalisme  de  l'avenir,  la  renaissance  de 
notre  langue  et  le  salut  de  la  personnalité  provinciale. 

Parmi  les  travaux  publiés  par  T(uscino,  nous  tenons  à  signaler  particu- 
lièrement les  Sources  narratives  locales  de  l'histoire  du  1{oussillon  en  catalan,  par 
M.  Vidal,  et  les  Sources  de  l'histoire  du  T{oussillon  d'après  les  Cartulaires,  par 
M.  Maxence  Pratx.  L'article  de  M.  Pratx  a  valu  à  J{uscino  un  premier 
succès  que  nous  enregistrons  avec  plaisir:  la  promesse  de  publication  du 
fameux  Portefeuille  de  tossa,  promesse  faite  par  M.  le  capitaine  Fossa, 
détenteur  actuel  du  précieux  manuscrit. 

Notons  en  terminant  une  curieuse  coïncidence  :  T^uscino  paraissant  au 
moment  même  où  les  fouilles  de  M.  Thiers  mettent  à  jour  toutes  sortes 
d'objets  ensevelis  depuis  des  siècles  dans  le  sol  de  l'antique  cité  romaine. 

Louis  Pastre. 


Textes  catalans 

9P  (Suite) 

Passons  à  d'autres  solennités.  Le  25  juillet  iSgg,  le  Conseil 
délibère  sur  la  réception  à  faire  au  nouvel  évèque,  dont  la  venue 
est  annoncée:  «  A  noticia  lur  es  novament  pervingut  que  lo 
111  ""  y  Rev"  Mons"  don  Onofre  Reart,  per  la  gracia  del  S",  Bisbe 
de  Elna  y  conseller  de  sa  Magestat,  esta  semmana  primer  vinent 
te  de  venir  en  la  présent  ciutat  ;  que  se  li  fassa  tota  la  pompa  y 
regositjo  tant  de  artillaria  quant  enchara  de  tôt  lo  demes  ;  y  que 
aixi  be  sera  dada  comissio  a  Joan  Bosser,  altro  dels  consols  de  la 
ciutat,  que  sia  lo  cap  de  vint  y  sinch  homens  de  la  ciutat,  y 
aquells  vajen  al  forn  de  vidre  ben  armats,  y  alli  fassen  lo  rece- 
biment  al  dit  M°'  R"  tant  de  escopetaria  quant  enchara  de 
tôt  lo  demes  ;  y  que  per  part  de  la  dita  ciutat  se  li  do  lo 
parabien  acostumat,  y  altrament  se  fassa  lo  guasto  que  la  ciutat 
sempre  ho  ha  acostumat  a  fer  ;  y  ques  fassa  ab  tota  la  honra  y 
pompa  que  conve  a  la  autoritat  episcopal  ;  y  ques  do  una  caval- 
cadura  al  dit  Bosser,  y  dines  necessaris  per  a  guastar  per  tota  la 
gent  ». 

Suivent,  sous  forme  de  mémoire,  les  détails  de  la  Jnlrada  del 
S"  "Bisbe:  C'est  un  récit  de  longue  haleine,  mais  des  plus  sug- 
gestifs ()). 

«  Als  deu  de  agost,  die  de  Sant  Llorens,  de  1  any  de  la  Nati- 
vitat  de  N.-S"  Deu  J.-C.  de  mil  y  sinch  cents  nonanta  y  nou,... 
per  lo  dit  recebiment...  lo  Consol  en  cap...  portant  a  ma  dreta 
lo  S°'  Régent  del  Capitol,  y  lo  hon.  Balle  de  Mons"  R""  anant  a 
ma  dreta  de  dit  S"  Régent,  ab  vint  y  sinch  homens  de  cava!  y 
dotze  homens  de  peu  ab  archabussos  y  molt  ben  armats...  anaren 
al  Pas  del  Llop,  loqual  pas  es  al  cap  del  terme  de  dita  Ciutat. 
Y  en  lo  portai  de  la  Lissa  (2)  qui  va  del  portai  de  Balaguer  al 
monestir  dels  Pares  Caputxins  restaren  les  hon.  Consols  segon  y 

(\]  On  comparera  cette  réception  avec  celle  de  l'evêque  Raboster  y  Sala, 
en  1591,  dont  M.  Masnou  a  donne  le  récit  dans  la  T\evue  d'Histoire  et 
d'Jlrchéologie  du  T^oussillon  (février  i£)oo). 

(2)  Les  lices  du  château. 


—   24^  — 

ters,  y  en  lur  companya  resta  aixibe  lo  hon.  Balle  del  11"  Capitol 
ab  molta  prohomia.  Y  per  lo  que  dit  Mons"  tardava  en  venir  se 
aturaren  devant  de  les  spalles  del  Moli  nou,  attès  que  aquell  die 
de  Sant  Llorens  havia  molt  plogut  en  la  dita  Ciutat,  ab  tant  que 
los  carrers  anaven  plens  de  aigua...  Y  essent  arribat  dit  Mons" 
al  dit  Pas  del  Llop,  alli  dit  S°'  Régent  li  dona  lo  parabien  molt 
honradament  per  part  de  dit  Capitol,  y  aixibe  Mossel  Consol  en 
cap  descavalca  de  la  mula,  besant  les  mans  a  Mons"  Rev"",  y  après, 
aixibe  per  part  de  la  Ciutat,  dona  lo  parabien  a  dit  Mons",  lo- 
qual  ho  agrahi  molt.  Y  alli  se  feu  salva  de  archabussaria  molt 
regositjada  tant  per  los  homens  de  la  Ciutat  que  per  los  homens 
que  dit  S"  Régent  amenava...  Y  encontinent  havent  donat  dit 
parabien,  y  partint  se  tota  la  cavallaria  del  dit  Pas  de  llop,  tant 
la  que  ab  se  amenava  dit  Mons"  Rev""  quant  enchara  les  persones 
de  cavall  eren  exides  de  la  Ciutat,  lesquals  totes  de  un  munt 
excedien  en  summa  de  mes  de  cent  persones  de  cavall,  dispara 
la  artillaria  grossa  ab  un  tro  molt  gran  y  molt  repetit  ;  y  dit  S" 
Régent  se  posa  a  ma  dreta,  y  dit  S"  Consol  en  cap  a  ma  squerra 
de  Mons"  Rev",  y  desde  alli  sen  anaren  al  monestir  dels  Pares 
Caputxins  ;  y  essent  arribats  en  dit  monestir,  tota  la  cavallaria  se 
posa  en  una  ma  y  altra  ;  y  les  Reverents  Pares,  juntament  ab  lo 
Guardia,  faheren  molt  grandissim  acato  y  reverentia  a  dit  Mons" 
R",  y  sel  ne  amanaren  dins  lo  monestir,  y  alli  stigue  per  spay  y 
temps  de  miga  hora  bona  de  relotge  ;  y  en  après  hisque  acompa- 
nyat  dels  Pares  y  Guardia  de  dit  monestir,  y  cavaicha  ;  y  dit  S" 
Régent  y  Consol  en  cap  quiscu  se  posa  en  son  lloch,  y  tota  la 
cavallaria  passa  davant. 

Y  volent  intrar  per  lo  portai  de  la  Lissa,  alli  se  trobaren  pré- 
sents los  S""  Consols  segon  y  ters,  juntament  ab  lo  hon.  Balle  del 
Rev"*  Capitol  y  ab  tota  la  prodomia  de  la  Ciutat  ;  y  en  dit  loch, 
los  dits  Consols  requiriren  al  dit  Mossen  Cazadamont,  com  a 
notari  y  secretari  de  la  Ciutat,  que  livas  acte  que  ells,  en  nom  de 
la  Ciutat,  suplicaven  a  M"  R""  quels  concedis  y  de  nou  los  ator- 
gas  tots  los  privilegis  statuts  y  concordies  per  los  predecessors 
de  sa  Sen'*  ReV"*  atorgats  a  dita  Ciutat  ;  y  dit  M"  R"  dix  :  Jo 
atorch  tots  los  privilegis  statuts  y  concordies,  y  de  nou  atorgue 
(sic),  que  mos  predecessors  han  concedits  y  atorgats  a  la  Ciutat. 
Y  encontinent  axibe  requiriren  al  dit  secretari  que  livas  acte  com 


-  243  - 

ells  reintegravan  y  liuravan  a  dit  M  '  R""  les  claus  de  la  clausura 
y  obertura  dels  portais  de  la  Ciutat  ;  y  axibe  en  lo  mateix  punt 
dit  M"  R'"'  liura  les  claus  a  dits  S°"  Consols  ;  de  la  redditio  de 
les  quais  axibe  requeri  que  sen  livas  acte... 

Y  M"  R"  sen  intra  dins  de  dit  portai,  ab  los  consols  y  tota  la 
prodomia  de  la   Ciutat,   y    posaren  a  les  falses  règnes  de  la  mula 
de  dit  M"  R"  unes  vêtes  molt  amples  de    seda    de    grana    (i),    y 
dits  S'"  Consols,   ab  tota  la    prohomia  tiraren  les  dites  falses  rè- 
gnes de  la    mula  ;   y   partint  del    dit  portai  de    la   Lissa,    dispara 
tota    la    artillarja  de    la   Ciutat,  y  en  la  fi,  la    gratia    ab    un  salva 
molt  regositjada,  que,    del    fum,  nos   vehia   cel  ni   (terra).    Y    dits 
S'"  Consols,    ab   tota    la   prodomia  tiraren   la  mula  de  dit  M°'   R"" 
fins  devant   de   les    escaleres   (de    la   Seu)...  y  alli   tothom  desca- 
valca,  y  primer  dit  S"  Consol    en  cap,    y    tingue   lo   strep    de   la 
mula  de  dit  M°'  R'"'  y  descavalcat  dit  M^R"",  encontinent  acodi- 
ren  très  ho  quatre  S""  de    Canonges,    lesquals    abaxiaren    de    tôt 
baix   de  les    dites   escaleres,   y   sen    amontaren  dit  M"  R"  fins  al 
cap  de  les  escaleres,  en  loqual  hi  havia  un  altar  molt  ben  adornat 
ab  les  benaventuradas  Santas  Eularia  y  Julia,  y  la  Sma  Vera  Creu  ; 
y  alli  dit  M"  R"  feu  oratio,  y  aquella    fêta,    se    assenta    en    una 
cadira  de  raxia  de   vellut  nègre,  y  alli  per  lo  secretari  del   Rev"* 
Capitol  se  li    foren  legides  totes   les  ordinations,   constitutions  y 
concordies  de  dit  Capitol,  en  la  letura  desquais  se  stigue  mes  de 
una    bona   hora  de  relotge,  ab    tant   que   com  M"  R'"'  intra  en  )a 
dita  Ciutat  eren  entre  les  sinch  y  sis  hores  de  la  tarda,  y  acabada 
la  letura,  eren  les  set  hores  tocades,  y  aquella  acabada...  posaren 
la  capa    boscana  de   brocat  a  Mons"   Rev",  ab  la  amitra  blancha 
dorada,    ab    (un    canonge)    qui    davant    dit  M"  Rev""  aportava    la 
Crossa  major  Episcopal   en    les   mans,    y    entonaren  lo  Te  Deum 
laudamus,  y  ab  gran  pompa  y  melodia  de  orga,  y  a    quasi    la    nit 
closa,   intraren   en   la    Seu,    y   dit   M"  R""    se  agenolla  devant  de 
l'altar  major,  y   acabat  dit  Te  Deum  laudamus  dona  la  beneditio 
ab  la  crossa  en  les  mans  a  tôt  lo  pobble,  y  après  sen  ana   detras 
la  cadira  (2)  del   altar    major,  laquai  es  de  guix,  y  alli  prengue  la 
pocessio  Episcopal,  y  en    après  en  la  cadira  del   cor  de  S^^  Eula- 
ria ;  y  en  tôt  y  per  tôt  eren  présents  y  asistents  dits  S°"  Consols. 

(  I  )   Garance. 

(2)  ]]  faut  lire  :  s'en  ana  a  la  cadira  de  detras  del  altar  major. 


—   ^44   — 

Y  finalment  dit  M"'  R"  acompanyat  de  molts  Rev"»*  So"  de 
Canonges  anaren  en  la  casa  capitular,  y  alli  dit  N{°'  R"  prengue 
lo  Osculum  pacis...  y  per  la  distributio  y  portio  capitular  se  li 
forer»  donats  quatre  dobblons.  Y  fêtes  totes  estes  cerimonies  tots 
los  S°"  de  Consols  y  prohomia  de  la  Ciutat  ab  tôt  lo  clero  lo 
acompanyaren  al  Palau  Episcopal  ahoiit  tothom  dona  lo  parabien  ; 
y  ell  feu  a  tothom  generalment  infinides  graties.  Plasia  a  Nostre 
Senyor  sie  per  a  molts  anys,  y  peral  seu  sant  servey  y  gloria  ; 
ad  quam  nos  perducat.   Amen.  » 

Le  caractère  formaliste,  presque  procédurier,  qui  perce  dans 
ce  document  était  bien  celui  des  Catalans  d'alors,  gens  dont  une 
des  qualités  distinctives  était  l'esprit  pratique  et  positif,  juristes 
autant  que  commerçants,  et  même  plus  attachés,  parfois,  à  la 
lettre  qu'à  l'esprit  des  contrats. 

(^  suivre)  R.  de  Lacviyier. 


LIVRES  ^  REVUES 


De  Valencia 

Sommaire  de  la  revue  Lo  7(at-Penat,  n°  d'avril  :  Fundacion  de  San-Mateo, 
per  Manuel  Bot!  Bonfill.  —  L'imperi  de  lo  idéal,  poesia  de  j  Joseph  M.  de 
la  Torre.  — -  Estudi  sobre  filologia  valenciana,  per  Fray  Ll.  Fullana  Mira. 
—  Notes  folk-loriques  sobre  llenguatje,  costums  y  literatura  valencianes,  per 
F.  Badenes  Dalman.  —  Can'v  à  les  glories  del  règne  de  Valencia,  poesia  de 
D.  Martinez  Ferrando.  -  El  Pare  seu  Blay  en  Burriana,  per  Joan-B. 
Teixedo.  —  Lo  Rat-Penat  en  Castellô,  per  C.  Sarthou  Francesch.  —  Lo 
Rat-Penat  en  Patraix,  per  J.  C.  y  R.  —  Gantars,  per  Manuela  Inès 
Ransell.    —     Cronica.  —  Revista  de  Revistes. 

Folletins  :  L'historia  de  la  Pasiô,  per  Mossen  Bernât  Fenollar  y  Père 
Martinez.  —  Resena  de  las  antiguedades  valencianas  anteriores  à  la  domina- 
cion  cartaginesa,  per  lo   R.  P.  M.  Bertomeu  Ribelles. 

Lo  Rat-Penat  (de  Valencia) 

Del  n"  del  maig  passât  son  de  senyalar  : 

La  iglesia  parroquial  de  Sant-Martin,  de  J.  Sanchis  Sivera,  amb  repro- 
ducciôns  del  grupo  escultorich,  en  bronze,  de  la  portalada  d'aqueixa  iglesia  : 
«  Sant-Marti,  à  caball,  partint  sa  capa  ab  Jésus,   vestit  de  pobre  »  ; 

Estudi  sobre  filologia  valenciana,  de  Fray  Ll.  Fullana  Mira  ; 

Notes   folk-loricas  sobre  llenguatje,  costums,  y  literatura  valencianes,    de 


—  ■    245    — 

F.  Badenes  Dalman,  hont  h:  ha  aquesta  nota  :  Encare  que  s'aceptara  l'afir- 
maciô  de  Fitzmaurice-Kelly,  en  sa  «  Historia,  de  la  literatura  espanola  »,  de 
que  Is  rossellonesos,  en  el  sigle  vin,  importaren  à  la  comarca  oriental  d'Es- 
panya  —  extenentse  pel  sur  fins  à  Valencia,  y  per  llevant  fins  à  Balears  — 
sa  llengua  provençal,  sempre  tindrem  que  1  valencia  no  pren  son  orige  en  el 
català,  y  que  l'ii  y  altre  begueren  en  la  mateixa  font  (lo  llati  vulgar). 

De  la  Provence 

La  revue  Les  Dimanches  du  Sémaphore,  de  Marseille,  a  publié,  dans  son  nu- 
méro du  1  I  juin,  une  chronique  félibréenne,  La  Santo-Eslello  à  Montpellier, 
par  Paul  Ruât  ;  ce  texte  est  accompagné  de  la  photograph/e  d'un  groupe  de 
félibres,  des  reines  du  félibrige  et  du  Capoulié. 

Renaixement 

Nous  avons  r«:çu  les  numéros  36,  3y  et  38  de  cette  Revue  où  nous  lisons 
avec  plaisir  sous  le  titre  «  Un  tros  de  Catalunya  que  s  devetlla  »  un  éloge 
de  T^oses  y  Xiprers,  le  beau  livre  de  notre  ami  et  collaborateur  Joseph   Pons. 

L'Estello  (de  Marsella) 

Lo  n*  de  mai-juin  publica  «  Lo  diseurs  del  Capoulié  »,  à  la  Santo-Estello 
(de  Montpeller)  ;  «  Ed  dise  de  Mount-pellié  »,  lo  diseurs  de  Na  Filadelfa 
de  Gerda,  amb  unes  traducciôns  en  provensal  y  en  llanguedociâ  ;  «  En 
Cadiera  »,  del  felibre  jan  Doc,  que  demana  à  tots  los  senyors  rectors  que 
prediquin,  â  l'iglesia,  en  llur  llengua  régional. 

Annales  de  la  S.  I.  M.  (musique*  catalane) 

Je  remarque  dans  cette  revue  musicale  quelques  «  lettres  de  voyage  »  en 
Espagne,  de  Wanda  Landowska.  La  musicienne  polonaise  a  donné  en  janvier 
une  série  de  concerts  à  Malaga,  Grenade,  Valence,  Barcelone.  Elle  observe 
le  penchant  des  espagnols  vers  la  musique,  penchant  qui  se  retrouve  même 
dans  les  choses,  car  les  trains  ont  là-bas  un  «  largo  maestoso  ».  Ces  notes, 
malheureusement  trop  brèves,  sont  pleines  d  enthousiasme.  Wanda  Landowska 
se  propose  même  de  tirer  trois  symphonies  de  deux  «  granadinas  ».  Elle 
aime  l'accueil  de  Valence,  où  elle  est  guidée  par  Chavarri.  A  Barcelone,  elle 
assiste  à  la  fête  médiévale  de  1'  «  Orféo  ».  Elle  remarque  justement  que  les 
motifs  populaires  sont  à  la  base  de  la  musique  catalane.  La  chanson  de  ces 
provinces  a  très  rarement  un  caractère  oriental  ;  elle  se  rapproche  du  chant 
polonais.  L'observation  est  pour  le  moins  curieuse,  et  elle  est  à  retenir. 
Quant  aux  choeurs  de  1'  «  Orféo  »,  on  ne  peut  guère  leur  comparer  que  ceux 
de  la  chapelle  impériale  de  Saint-Pétersbourg.  Et  encore  leur  sont-ils  supé- 
rieurs par  la  culture  ;  dans  leur  absolue  pureté,  ils  ne  font  pas  le  moindre 
sacrifice  à  la  virtuosité  vide. 

J'ai  pu  assister  à  l'une  des  répétitions  de  1'  «  Orfeo  ».  La  sensation  est 
d'une  qualité  merveilleuse.  On  ne  saurait  donner  à  la  chanson  populaire  plus 
d'ampleur,  de  résonnance  ;  de  lointain  mystérieux  et  d'émotion. 

Joseph  Pons. 


—  14^   — 

Les  chansons  catalanes 

Sous  ce  titre,  nous  lisons  avec  le  plus  grand  plaisir  dans  l'un  des  derniers 
numéros  de  la  Vie  Monlpeîtiéraine  : 

11  serait  superflu  de  présenter  aux  lecteurs  de  la  J^ie  Montpeîliéraine,  qui 
e  connaissent  bien,  notre  excellent  collaborateur,  M.  Jean  Amade. 

On  sait  sa  conviction  d'ardent  régionaliste  et  qu'il  niet  à  la  servir  un  fin 
talent  de  romancier  et  de  poète. 

L'auteur  de  Pastoure  et  son  maître  ajoute,  quand  il  lui  plaît,  une  autre  corde 
à  son  art  ', si  j'ose  dire)  :  celle  de  la  conférence. 

Et  il  nous  a  donné  mardi  dernier,  à  Montpellier,  dans  la  grande  salle  du 
Pavillon  Populaire,  sous  les  auspices  de  la  Société  d'Enseignement  populaire, 
une  très  attrayante  causerie  sur  ce  sujet  qu'il  possède  à  fond  ;  «  Les  Chan- 
sons catalanes  ». 

L'auditoire  nombreux  et  choisi  a  fait  à  M.  Amade  un  succès  mérité. 

Simple  et  clair  —  et  c'est  un  mérite,  car  le  sujet  ne  laisse  pas  d'être 
touffu  —  M,  Jean  Amade,  après  quelques  considérations  générales  sur  la 
chanson,  après  avoir  dit  les  efforts  heureux  des  catalanistes  pour  redonner  à 
leurs  compatriotes  le  goût  et  la  fierté  de  leur  langue  maternelle,  a  peint  les 
caractères  distinctifs  de  la  poésie  populaire  catalane  :  simple  et  tendre,  avec 
souvent  un  voile  de  mélancolie,  —  parfois,  au  contraire,  réaliste  et  terre-à-terre 
—  semblable  un  peu,  en  somme,  à  sa  sœur  espagnole. 

...  Et  ce  fut,  curiosité,  le  cortège  agréable  des  chansons  :  Chansons  d'en- 
fance et  de  jeunesse,  chants  d'amour,  chants  d'humour,  airs  patriotiques  et 
religieux. 

M.  Jean  Amade  traduisait,  expliquait,  commentait  ces  jolis  vieux  refrains 
d'antan  —  et  d'aujourd'hui. 

On  les  chantait  ensuite.  Soit  le  conférencier  lui-même  —  M.  Amade  ne 
chante  pas  mal,  quoiqu'il  en  dise  —  soit  ses  collaborateurs  d'un  soir,  dames 
et  messieurs,  talentueux,  bénévoles  et  modestes,  Mme  Pellissier,  Mme  Méri- 
mée, Mlle  Lecercle,  M.  Borrel,  M.  Monod  et  bien  d'autres,  qu'on  nous 
excusera  de  ne  pas  nommer  :  ils  sont  trop... 

La  soirée  —  si  bien  remplie  qu'elle  parut  courte  —  avait  commencé  par  le 
chant  du  fameux  hymne  roussillonnais  :  Monfanyas  T^egaladas  «  Montagnes 
fortunées  »,  à  la  gloire  desquelles  le  ciseau  de  Raymond  Sudre  a  sculpté,  au 
cœur  de  Perpignan,  un  marbre  superbe... 

On  la  termina  par  le  chant  de  la  Coupo.  C'était,  comme  l'observa  M.  Jean 
Amade,  doublement  indiqué.  D'abord  parce  qu'à  la  veille  de  la  Sainte-Estelle 
montpeîliéraine,  ensuite  parce  que  la  coupe  félibréenne  est  un  don  des  Cata- 
lans et  comme  le  symbole  de  leur  union  cordiale  avec  tous  leurs  frères  de 
langue  d'Oc.  P-  A. 

Choses  catalanes 

La  librairie  de  l'Avenç,  de  Barcelona,  publie  un  choix  d'œuvres  d'Oun 
Tal  (Albert  Saisset),  éditées  avec  la  bonne  orthographe  catalane,  par 
M.  Pierre  Vidal,  bibliothécaire  de  la  Ville  de  Perpignan,  et  précédées  d'une 
excellente  préface  biographique  et  critique  de  ce  dernier. 

(On  sait,  en  effet,  que  les  poésies  d'Oun  Tal  étaient  écrites  avec  l'ortho- 
graphe phonétique.) 

Mais  rien  n'a  été  changé  au  point  de  vue  du  fonds  ou  de  la  morphologie. 


—  247  — 

La  petite  brochure,  vendue  au  prix  de  o  fr.  5o  par  l'Avenç,  est  intitulée 
Perpinyanenques  et  contient  26  pièces  de  vers:  elle  obtiendra  sûrement  beau- 
coup de  succès  en  Catalogne. 

Les  fouilles  de  Châleau-Roussillon 

Dans  son  assemblée  générale  du  19  juin,  la  «  Société  Agricole,  Scientifi- 
que et  Littéraire  des  Pyrénées-Orientales  »,  réunie  sous  la  présidence  de 
M.  le  D'  Donnezan,  et  en  présence  de  M.  Thiers,  a  décidé  de  constituer  un 
comité  des  Fouilles  de  Castell-Rossello  qui  a  été  composé  comme  suit  : 

Président  d'honneur,  M.  Henri  Aragon  :  président,  M.  le  D' Donnezan, 
président  de  la  Société  Agricole  :  trésorier,  M.  Sans,  architecte;  secrétaire, 
M.  le  D'  Bonzoms.  Membres:  MM.  Robin,  archiviste-paléographe;  Men- 
gel,  directeur  de  la  section  des  sciences  ;  Laurent  Campanaud,  secrétaire 
général  de  la  Société  ;  Laurent  Durand,  numismate  ;  et  Paul  Ducup  de 
Saint-Paul, 

Pour  permettre  à  M.  Thiers  de  continuer  les  fouilles  qu'il  a  entreprises 
et  menées  à  bien  jusqu'ici,  grâce  à  une  subvention  ministérielle,  le  Comité 
ouvre  une  souscription  publique  dont  le  produit  permettra  de  poursuivre  les 
recherches  archéologiques  en  attendant  que  l'Etat  puisse  accorder  une  autre 
subvention. 

11  adresse  donc  un  pressant  appel  à  tous  ceux  qui  aiment  leur  petite  patrie 
et  qui  suivent  avec  intérêt  les  travaux  de  M.  Thiers,  car  son  oeuvre  mérite 
d'être  encouragée. 

Les  fouilles  de  Castel-Rossello  agrandiront  le  domaine  scientifique  de 
notre  province  et  contribueront  à  attirer  l'attention  du  monde  savant  sur  ce 
pays.  Ceux  qui  les  auront  favorisées  généreusement  de  leurs  deniers  mérite- 
ront la  reconnaissance  de  leurs  concitoyens  et  le  Comité  leur  adresse  d'avance 
SCS  vifs  sentiments  de  gratitude. 

Fêtes  félibréennes 

L'inauguration  du  buste  du  félibre  Auger  Gailhard  a  eu»lieu  le  i3  août, 
à  Rabastens-en-Albigeois. 

Jochs  forais  de  Girona 

Poètes  y  prosadors  de  Uenga  catalana  :  El  Consistori  us  convida  a  con- 
corre  als  Jochs  florals  d'enguany,  pera  els  quais  han  sigut  oferts,  2  premis 
ordinaris,  com  al  acostumat,  y  19  premis  extraordinaris.  Demanar  lo  pro- 
grame  al  sccretari,  plassa  M.  de  Camps,  5,  Gerona. 

Jochs  forais  de  Olot 

La  Junta  Directiva  del  «  Cos  d'Adjunts  »,  organisadora  del  XXI 1  Certa- 
men  Literari-Artistich  d'Olot,  convida  a  tots  els  poètes  y  prosistes  catalans  a 
pendre  part  en  los  Jochs  florals  d'enguany,  que  tindrà  lloch,  si  a  Deu  plau, 
en  un  dels  dies  de  les  prop-vinentes  festes  de  la  Excelsa  patrona  d'Olot,  nos- 
tra  senyora  del  Tura. 

Dirigir-se  al  senyor  Don  Joseph  Ma  Garganta,  secretari,  à  Olot  (provin- 
cia  de  Gerona). 


CLUB  ALPIN  FRANÇAIS 

Section  du  Canigou 


Concours  de  Monographies 


La  Section  du  Canigou  du  C.  A.  F.,  dans  le  but  de  déve- 
lopper le  goût  et  la  connaissance  de  nos  montagnes,  ouvre  un 
concours  public  sur  le  sujet  suivant: 

"Etude  et  monographie  (inédite)  d'une  montagne 

ou     d'un    massif-    montagneux     ou    d'une    vallée    (i) 

du  département  des  Pyrénées-Orientales 

ou  de  la  T^épublique  dMndorre 

(avec   faculté   d'empiéter  sur  les  territoires  limitrophes,    si   le  sujet  l'exige) 

A  titre  d'indication,  on  devra  s'attacher  à  faire  du  sujet,  que 
les  concurrents  restent  libres  de  choisir  dans  les  limites  précitées, 
une  description  physique  complète  et  détaillée  comprenant  notam- 
ment les  altitudes  principales,  la  description  précise  des  pano- 
ramas visibles,  des  itinéraires,  routes,  sentiers,  voies  d'ascension, 
lieux  habités,  refuges,  cabanes,  points  d'eau,  points  de  vue, 
curiosités  naturelles  et  autres,  en  un  mot  tous  renseignements 
nécessaires  et  utiles  aux  touristes. 

On  ne  négligera  pas  la  géologie,  la  flore  et  la  faune  pyré- 
néennes, l'économie  alpestre,  forestière  et  pastorale,  la  question 
du  reboisement  (nécessité  et  possibilités),  l'histoire,  l'archéologie, 
les  coutumes,  traditions  et  légendes,  etc.. 

11  sera  tenu  compte  des  cartes,  plans,  dessins  et  photographies 
joints  aux  monographies. 

Les  manuscrits  devront  être  écrits  d'une  façon  très  Itsihle  ;  ils 
ne  seront  pas  rendus,  et  la  Section  du  Canigou  se  réserve  le 
droit  de  publier  les  monographies  primées,  en  tout  ou  en  partie, 
dans  son  "Bulletin  trimestriel. 

Chaque  monographie,  non  signée,  devra  se  rapporter  à  une 
enveloppe  cachetée,  contenant  le  nom,  1  adresse  et  la  signature  de 
l'auteur.  Extérieurement,  l'enveloppe  portera  uniquement  le  titre 
de  l'ouvrage. 

Les  monographies  devront  être  adressées,  avant  le  3j  décem- 
bre 1^)1,  à  M.  George  Auriol,  Directeur  du  Bulletin  de  la 
Section  du  Canigou  du  C.  A.  F.,  3,  rue  Font-Froidc,  Perpignan. 

(i)   Excepté  les  moyenne  et  haste  vallées  du  Tech,  de  la  Tet  et  de  l'Agly. 


La  Langue  Catalane 

et  son  utilité  pédagogique 

Cette  étude  devant  être  tirée  à  part  pour  les  membres  de  l'enseignement 
désireux  d'enseigner  le  français  par  les  exercices  de  traduction  de  textes 
catalans,  nous  consacrerons  à  sa  publication  nos  numéros  d'août  et  de  sep- 
tembre afin  d'être  prêts  pour  la  rentrée  des  classes.  L'ouvrage  comprendra 
3o  leçons  et  aura  pour  titre  :  Le  Français  enseigné  par  les  exercices  de 
traduction  de  textes  catalans  aux  enfants  de  9  à   i5  ans.  (Prix:   i   fr.  5o). 

Comme  le  tirage  sera  très  limité,  les  membres  de  la  Société  d'Etudes 
Catalanes  qui  désirent  se  procurer  le  livre  sont  priés  de  vouloir  bien  sous- 
crire à  l'avance  en  adressant  1  fr.  60  à  M.  Comet,  imprimeur  à  Perpignan, 
qui  le  leur  fera  parvenir  par  la  poste.  (N.  D.  L.  R.)     . 

14"*'  LEÇON  —  Cant  primaverench 

1 

D'aquell  ametller  nevat, 
Que  n'es  tôt  assoleyat, 
N'he  vist  naixer  l'encantada, 
La  cabellera  trenada 
De  perles  ab  un  ruixat, 
Y  un  raig  blau  en  la  mirada. 

Gebre  y  gel,  adeusiau  ! 

D'aquell  côrrech  platejat, 
Igualment  assoleyat, 
N'he  vist  jo  l'enamorada  : 
La  Bepa  hi  feya  bugada,  (1) 
,    Y  '1  cavalier  qu'ha  passât 
Sus  del  cavall  l'ha  pujada... 

Adeu,  Bepa,  adeusiau  î 

i«  Voir  la  chanson  populaire  :  Ahonï  et  ta  Bepa  ? 


25o    

De  la  mar  a  Canigô, 
Tôt  lo  ce)  de  Rossellô 
S'es  tejxjt  de  claror  blava  : 
Sempre  '1  sol  daurat  s'hi  clava, 
Sempre  hi  flota  J'iJ-Jusiô 
Qu'ai  ce)  de  Grecia  flotava... 

Oh  ma  terra,  adeusiau  ! 

Joseph  Pons,  J{oses  y  Xiprers. 

N.  B.  —  L'explication  du  texte  nous  paraît,  dès  maintenant, 
superflue,  car  les  élèves  commencent  à  se  familiariser  avec  la 
langue  écrite.  Nous  nous  contenterons  donc,  à  partir  de  cette 
leçon,  d'expliquer  les  mots.  11  va  sans  dire  que  l'on  devra,  qu^nd 
même,  poser  des  questions  aux  élèves  afin  de  s'assurer  qu'ils 
comprennent  bien  le  sens  général  du  texte. 

VoCABU»AIRE 

ametUer,  amandier  gebre,  givre 

nevat,  blanc  comme  la  neige  gel,  gelée 

assohyal,  ensoleillé  côrrech,  ruisseau 

V encantada ,  la  fée  enchanteresse  platejat,  argenté 

cabellera,  chevelure  enamorada,  amoureuse 

trenada,  tressée  ta  Bepa,  pour  la  Josepa.  Joséphine 

ruixat,    giboulée,   averse,    pluie  sou-       bugada,  lessive 

daine  qui  dure  peu  teixil,  tissé 

raig  blau,  rayon  bleu  claror,  lueur 

mirada,  regard  s'.hi  clava,  s'y  cloue,  s'y  fixe 

Exercices 

Traduction  française  du  texte.  —  Cette  belle  poésie  est  diffi- 
cile à  traduire.  Pour  arriver  à  la  rendre  convenablement  en 
français,  un  grand  effort  d'attention  est  nécessaire. 

Composition  catalane.  —  Résumez  le  texte  en  trois  phrases 
catalanes  courtes  et  en  ayant  soin  d'éviter  les  banalités. 

Composition  française.  —  Traduisez  librement  le  texte  en  le 
développant  le  plus  possible. 

Conjugaison  bilingue-  —  Verbe  veure  et  verbe  voir  au  passé  et 
au  plus-que-parfait  du  subjonctif.  Conjuguer  sur  ce  modèle  puj'ar 
et  monter. 


—     25) 

Subjonctif 


Passe 


Verbe  veure 

que  hagi  vist 

que  hagis  vist 

que  hagi  vist 

que  haguem  vist 

que  hagueu  vist 

que  hagin  vist 


Terbe  voir 

que  j'aie  vu 

que  tu  aies   vu 

qu'il  ait   vu 

que  nous  ayons  vu 

que  vous   ayez   vu 

qu'ils  aient   vu 


Subjonctif  plus-que-parfait 
que  hagués  vist 


que  haguéssis  vist 
que  hagués  vist 
que  haguéssinx  vist 
que  haguéssiu  vist 
que  haguëssin   vist 


que  ]  eusse  vu 

que  tu  eusses  vu 

qu'il  eût  vu 

que  nous  eussions  vu 

que  vous  eussiez  vu 

qu'ils  eussent  vu 


Notes  grammaticales 

Adjectifs  démonstratifs.  —  Les  adjectifs  démonstratifs  cata- 
lans sont  :  aquest,  aqueix  et  aquell. 

j°  On  emploie  aquesl  lorsqu'il  s'agit  d'une  personne  ou  d'une 
chose  rapprochée  ou  dont  on  parle  en  ce  moment. 

2*  On  emploie  aqueix  lorsqu'il  s'agit  d'une  personne  ou  d'une 
chose  plus  éloignée. 

3°  On  emploie  aquell  lorsqu'il  s'agit  d'une  personne  ou  d'une 
chose  très  éloignée. 

Cette  distinction  ne  s'exprime  pas  en  français  par  un  seul 
mot  :  aquesl  home,  signifie  :  cet  homme-cj  et  aquell  homme  :  cet 
homme-/à. 

Voici  les  diverses  formes  de  l'adjectif  démonstratif  : 


M.  S. 

aquest  \ 

I  ce 

aquet }  ou 

'  cet 

est 


2°    aqueix  \  ce 
eix  i  ou 
)  cet 


F.  S. 

aquesta  \ 


cette 


esta 
aqueixa 


M.  P. 

aquestos  \ 

aquests  i 

}  ces 
aquets  \ 

estos 


F.  P. 

aquestes  \ 


I 


ces 


'  cette 


etxa 


y      aquelî,  ce  ou  cet      aquetta,    cette 


aqueixos  \ 

eixos  ' 

aquetlos  j 
aquells  [ 


estes 
aqueixes  t 


ces 


ces 


ces 


etxes 
aquelles.     ces 


"2.52    

Voir  dans  le  texte  :  D'aqucll  ametller  nevat  ;  d'zquell  côrrech 
platejat. 

Remarque.  —  L'adjectif  démonstratif  ces  ne  pourra  jamais  être 
confondu  avec  l'adjectif  possessif  ses  si  l'on  traduit  en  catalan. 

Adjectifs  interrogatifs.  —  Les  adjectifs  interrogatifs  catalans 
sont  : 

quin,  quel  ;  quitta,  quelle  ;  quins,  quinos,  quels  ;  quittes,  quelles;  que,  que. 

Adjectifs  indéfinis.  —  Les  adjectifs  indéfinis  catalans  sont  : 

algutt,  quelque,  certain  ;  algutta,  quelque,  certaine  ;  algutis,  quelques, 
certains  ;  atguties,  quelques,  certaines  ;  gaire,  guère  ;  cap,  aucun  ; 
prôu,  prôus,  assez  ;  cada,  chaque.  Ce  dernier  est  employé  pour  les 
deux  genres. 

poch,  poca,  pochs,  poques,  peu. 

tnolt,  molta,  motts,  tnoUes,  beaucoup. 

tatit,  tatita,  lattis,  tatifes,  tant. 

altre,  allra,  altros,  aïtres,  autre,  autres. 

qualsevol,  quelconque. 

Adjectifs    numéraux.    —  Les  adjectifs  numéraux  sont  : 


Cardinaux 

Ordinaux 

Cardinaux 

Ordinaux 

un 

primer 

vint  y  un 

vint  y  une 

dos 

segon 

vint  y  dos, 

etc. 

vint  y  dosé,  etc. 

très 

tercer 

trenta 

trente 

quatre 

quart 

quaranta 

quarante 

cinch 

quint 

cinquanta 

cinquante 

sis 

sise 

sixanta 

sixanté 

set 

s  été 

setanta 

setanté 

vuyt 

vuyté 

vuytanta 

vuytanté 

nou 

nové 

noranta 

noranté 

deu 

desé 

cent 

ccntéssim 

onze 

onze 

dos  cents 

dos  centéssim 

dotze 

dotzé 

très  cents, 

etc. 

très  centéssim,  etc. 

tretze 

tretzé 

mil 

miléssim 

catorze 

catorzé 

mil  y  un 

mil  y  une 

quinze 

quinze 

mil  y  cent 

mil  y  centé 

setze 

setzé 

mil  y  dos  cents,  etc. 

mil  y  dos  centé,  etc. 

desasset 

desasseté 

dos  mils 

dos  miléssim 

desavuyt 

desavuyté 

cent  mils 

cent  miléssim 

desanou 

desanové 

un  miliô 

milionéssim 

vint 

vinté 

—  253  — 

Remarque.  —  11  est  juste  de  remarquer  que  les  adjectifs  numé- 
raux ordinaux,  exception  faite  des  vingt  premiers,  ne  sont  pres- 
que jamais  employés  en  catalan.  Ainsi  pour  dire  :  soixante- 
deuxième,  on  dit  :  el  setanla  dos,  et  non  :  setanfa  dosé. 

Pour  désigner  les  souverains,  on  se  sert  seulement  des  dix  pre- 
miers nombres  ordinaux.  Après  dix,  on  emploie  les  nombres 
cardinaux.  Ainsi  l'on  dit  :  Lluis  onze,  au  lieu  de  Lluis  onze,  et 
inversement  ;  Caries  quint,  au  lieu  de  Caries  cinch. 

Pour  indiquer  les  heures,  on  dit  en  catalan  :  es  la  una,  son  les 
dues,  son  les  très,  etc.,  pour:  il  est  une  heure,  il  est  deux  heures, 
il  est  trois  heures,  etc.,  ce  qui  fait  quelquefois  dire  aux  enfants  : 
quand  nous  sortons  de  l'école  ils  5on/  quatre  heures. 

Pour  indiquer  les  divisions  de  l'heure  en  quarts,  on  dit  en 
catalan  :  un  quart per  les  très,  c'est-à-dire  :  il  s'est  écoulé  un  quart 
de  la  troisième  heure,  en  français  :  deux  heures  et  quart  ;  dos 
quarts  per  les  trcs,  c'est-à-dire  deux  heures  et  demie,  et  enfin  très 
quarts  per  les  très,  c'est-à-dire  deux  heures  trois  quarts  ou  trois 
heures  moins  le  quart. 

Cette  dernière  expression  est  la  plus  employée  d'où  le  cata- 
lanisme  :  je  vais  à  l'école  à  trois  quarts  pour  huit  heures. 


—  254  — 

I  5"^^  LEÇON   —  Lo  Trovador 

Com  l'aucellet,  que  en  los  arbres  tritlleja, 
Quan  ou  brunzir  clarins,  tôt  temorôs, 

De  colp  se  calla  ; 
Aixi  ma  pobra  veu  que  cascalleja 
No  es  fêta  â  la  clamor  de  la  baralla, 
Y,  esporoguit,  fuig  del  bram  de  batalla 

Mon  cant  melôs. 

Quant  mes  m'atrau,  que  crits  y  que  matansa, 
Lo  sospirar  que  arranca  al  aymador 

Dolsa  ferida  ! 
Al  mon  jo  no  veig  mort,  sinô  esperansa  ; 

Y  en  ma  cansoneta  llesta  y  aixerida 
Lluhir  veureu,  de  mil  colors  tenyida, 

La  flor  d'oJor. 

Hont  la  he  cullida,  aqueixa  flor  hermosa 
Que  contra  '1  cor  guardeu-la  de  trepig  ? 

La  n'he  cullida 
En  tôt  païs  ahont  canta  l'alosa 
Hont,  entre  nit,  ab  veu  amorosida 
Lo  rossinyol  al  trésor  de   sa  vida 
Diu  son  desig. 

Per  tôt  arreu  la  flor  encisadora 

Jo  vaig  buscant,  y  son  perfum  tan  viu. 

La  he  descoberta 
En  lo  ventijol  fresch  de  prima  Aurora, 
Al  piupiu  del  aucell  que  se  desperta 

Y  de  sa  cella  humida  mitg  oberta 

Al  sol  somriu. 

P.  Bergue. 


—  255  — 

Vocabulaire 

tritllejar,  triller,  faire  des  trilles  matansa,  tuerie,  carnage 

brunzir,  retentir  sospirar,  soupir 

clarins,  clairons  arrancar,  arracher 

iemorôs,  craintif  ferida,  blessure 

cascallejar,  chevroter  aixerida,  vive. 

clamor.  clameur  trepig,  de   trepitjar,    fouler  aux  pieds 

baralla,  dispute  alosa,  alouette 

esporoguil,  ëpeuré  amoro5j<iu,  attendrie 

bram,  mugissement,  bruit  encisadora,  charmante,  ravissante 

melôs,  mielleux,  doux,  suave  venfijol,  petit  vent,  brise 

quant  mes,  combien  plus  cetla,  sourcil.  Ici  paupière 

atraure,  attirer 

Exercices 

Traduction  française  du  texte.  —  Cette  belle  poésie,  aussi 
remarquable  par  le  fond  que  par  la  forme,  présente  quelques 
difficultés  de  traduction.  Redoubler  d'attention  au  commence- 
ment de  la  2""  et  de  la  4""  strophes. 

Composition  catalane.  —  Résumer  le  texte  en  quelques  phra- 
ses catalanes  courtes- 
Composition  française,  —  Le  troubadour.  Reproduire  le  texte 
en  le  traduisant  librement,  à  la  3""  personne  du  singulier.  Com- 
mencer ainsi  :  Comme  l'oiselet  qui...  la  pauvre  voix  du  trouba- 
dour... etc. 

Conjugaison  bilingue.  —  Conjuguer,  aux  temps  simples  seule- 
ment, le  verbe  arrancar,  et  le  verbe  arracher. 

Notes  grammaticales 

Pronoms  personnels.  —  Les  pronoms  personnels  catalans  sont  : 

Singulier 
i"  pers.  —   Jo,  je,  me  ;   mi,  moi  ;  me,  me. 
2""  pers.  —  Tu,  tu,  toi  ;  le,  te. 

3"'  pers.  —  EU,  lui  ;  elta,  elle  ;   /«,  ht,  lui,  à  lui  ;   el,  le  ;  lo,  ho,  le  ;   la,  la 
se,   se  ;  si,  soi  ;  en,  en  ;  hi,  y. 
Pluriel 
i"  pers.    —  "Nosalires,  nous  ;  nos,  nous;  ens,  nous. 
s""  pers.  —   Tosaltres,   vous  ;  vos,  vous  ;  us.  vous. 
3""  pers.  —  Elis,  eux  ;  elles,  elles  ;  els,  leur  ;  els,  les  ;  los,  les  ;  les,  les  ;  se,  se. 

Voir  dans  le  texte  :  se  calla  ;  jo  no  veig  ;  hont  la  he  cullida  ; 
la  n'hc  cullida  ;  jo  vaig  buscant  ;  la  he  descoberta  ;  se  desperta. 


—  256  — 

]]  y  a,  en  catalan,  un  pronom  de  politesse  fréquemment  em- 
ployé lorsqu'on  s'adresse  à  une  personne  que  l'on  ne  connaît 
pas  ou  à  qui  l'on  doit  du  respect  :  c'est  le  pronom  Vosté. 

Ex.  :    Testé  té  très  fills?  est  plus  poli  que  :   Teniu  très  fills  ? 

On  ne  doit  pas  confondre  les  pronoms  //  et  l'hi.  Le  premier 
signifie  lui  tandis  que  le  second  signifie  le  lui  ou  l'y  et  comprend 
en  réalité  deux  pronoms  dont  l'un  est  complément  direct  et 
l'autre  complément  indirect. 

Ex.  :  L»  donaré  vi  y  l'hi  donaré  bô.  Je  lui  donnerai  du  vin  et 
je  le  lui  donnerai  bon. 
Li  diran  que  es  primer  y  l'hi  posaran.  On  lui  dira  qu'il  ^^/m 
est  premier  et  on  l'y  placera. 

Quand  le  verbe  est  à  l'impératif,  à  l'infinitif  ou  au  participe 
présent,  le  pronom  complément  peut  se  placer  après  le  verbe, 
avec  ou  sans  trait  d'union. 

Ex.  :   Guardeu-la,  gardez-la  ;  callarse,  se  taire  ;  despertantse, 
s'éveillant. 

Ce  pronom  enclitique  n'est  usité  en  Roussillon  qu'après  un 
impératif  :  guardeu-la  ou  guardeula. 

Remarque.  —  Nous  avons  vu  que  le  pronom  personnel  catalan 
ne  s'emploie  pas  devant  les  différentes  personnes  des  verbes.  Les 
désinences  suffisent  pour  indiquer  ces  personnes. 

Les  débutants  sont  tellement  frappés  de  cette  différence  qu'ils 
emploient  le  pronom  sujet  en  français  même  lorsque  le  nom 
sujet  est  exprimé* 

Ex.  :    Mon  père  il  est  malade  ;  le  médecin  il  viendra. 

L'ordre  des  pronoms  fait  aussi  commettre  des  fautes  de  fran- 
çais sur  lesquelles  on  doit  appeler  l'attention  des  élèves  en  com- 
parant les  deux  langues. 

Ex.  :    Dona-me-lo  se   traduit    par  :  donne-le-moi    et  non  par  : 
donne-moi  le. 


—  257  — 
i6^  LEÇON  —  Chor  dels  Moros 

Quina  poruca  gent  tots  aquestos  cristians! 
Acî,  com  hem  volgut,  hem  desbarcat,  y  avans  ! 
D'Elna  los  defensors  espantats  arreu  fugen 
Y,  sens  resclosa,  valls  amunt  los  nostres  pujen. 
De  rica  presa  ja  carregats  tornarân, 
Que  les  galères  d'or  y  plata  rotarân. 
Alabat  Mahomet!  Esta  nova  Hesperida 
Gedhur,  capdîll  valent,  nos  l'haura  conqucrida. 

Dr  Emile  Boix. 

"Extrait  de  l'adaption  théâtrale  du  «  Canigô  »  de  J.  Yerdaguer). 


V 


OCABULAIRE 


poruca  OU  poruga,  féminin  dcporuch.  pujen,  de  pujar,  monter 

peureux,  craintif,   lâche,   poltron,  rotardn,  de rotar,  déhordzv,  regorger 

pusillanime  aîabat  Mahomet  !  (sous-entendu  :  sia) 
genl,  gens.  Ici  :  peuple,  race  que  Mahomet  soit  loué  ! 

hem,  pour  havem,  nous  avons  capdill,  chef,  capitaine 

y  avans  !  et  en  avant  !  Tiesperida.   Les    Hespérides    des  an- 
resclosa,  écluse,  digue,  obstacle  ciens    étaient  des   îles   de  l'Atlan- 

valls  amunt,  vers  les  hautes  vallées  titjue  au   climat  délicieux,   proba- 

fugen,  de  fugir,  fuir  blement  les  Canaries. 

Exercices 

Traduction  française  du  texte.  —  Pas  de  difficulté. 

Composition  catalane.  —  Traduire  le  texte  en  prose   catalane. 

Composition  française.  —  Faire  la  traduction  libre  du  texte  en 
l'amplifiant. 

Conjugaison  bilingue.  —  Conjuguez,  aux  temps  simples  seu- 
lement, le  verbe  fugir  et  le  verbe  fuir. 

Notes  grammaticales 

Pronoms  possessifs-   —  Les  pronoms  possessifs  catalans  sont  : 
pour  le  masculin  singulier  pour  le  masculin  pluriel 

el  meu         lo  meu         le  mien  els  meus  los  meus         les  miens 

el  teu  lo  leu  le  tien  els  teus  los  teus  les  tiens 

el  seu         lo  seu  le  sien  els  seus  los  seus  les  siens 


—  258  — 

et  nostre     lo  nostre      le  nôtre  els  nostres        los  noslres      les  nôtres 

elvoslre     h  vostre     le  vôtre  elsvostres        los  vostres      les  vôtres 

et  llur        lo  Itur         le  leur  eh  tlurs  los  llurs  les  leurs 

pour  le  féminin  singulier  pour  le  féminin  pluriel 

ta  meua    la  meva  la  mia      la  mienne  les  meues  les  meves  les  mies  les  miennes 

la  teua      la  teva  la  tua     la  tienne  les  teues    les  fèves    Usines    les  tiennes 

la  seua      la  seva  la  sua      la  sienne  lesseues    lesseves    les  sues    lessiennes 

lanoslra  la  nôtre  les  noslres  les  nôtres 

la  vostra  la  vôtre  les  vostres  les  vôtres 

ta  llur  la  leur  les  llurs  les  leurs 

Voir  dans  le  texte  :  los  nostres  pujen. 

Dans  le   langage  ordinaire,  on  emploie  seu,  seva,  seus,  sèves,  au 
lieu  de  ilur,  llurs. 

Ainsi  l'on  dit  :  Les  mares  parlen  mes  aviat  dels  vicis  dels  altres 
nens  que  dels  vicis  dels  seus  (au  lieu  de  dels  llurs). 

On  emploie  lo  meu,  lo  leu,  lo  seu,  etc.,  pour  :  ce  qui  est  à  moi, 
ce  qui  est  à  toi,  ce  qui  est  à  lui. 
Ex.  :  Cadahu  menja  lo  seu. 
On  emploie  meu,  leu,   seu  pour  à  moi,  à  toi,  à  lui. 
Ex.  :  Aquet  llibre  es  meu  pour  ce  livre  est  à  moi. 

Il  faut  donc    bien   se  garder  de  dire  en   français:  Ce  livre  est 
mien,  cette  plume  est  mienne. 

Pronoms  démonstratifs-   —   Les   pronoms    démonstratifs    sont  : 

Jlquesl,  aquet,  aqueix,   celui-ci  ;  aquesfa,  aqueixa,  celle-ci;  aquell,  celui-là  ; 

aquella,  celle-là  ;  el,  lo,  celui,  ce  ;  la,  celle. 
Aqueslos,    aqUels,  aqueixos,  ceux-ci;   aquestes,  aqueixes,   celles-c-i  ;   aquells, 

ceux-là;  aquelles,  celles-là;  els,  los,  ceux  ;  les,  celles. 


—  2  59  — 
17""'   LEÇON  —  Una  nil  d'csHu 

Per  demunt  de)  nostre  cap  aixamplaven  los  pomers  les 
seues  branques  baixes,  que  blingaven  ja  totes  carregades 
de  fruyta.  Importent  silenci  regnava  pels  côrrechs  y  pels 
plans  de  la  montanya.  Del  camp  que  teniem  tôt  prop  de 
nosaltres,  montava,  de  vegades,  el  ric-ric  mal  segur  de  calque 
grill  amagat  entre  l'herbam  ;  mes  la  claror  de  la  lluna  espo- 
rucava  eixos  cantayrots  de  la  nit,  y  el  silenci  se  feya  aviat 
encara  mes  solemne.  Aixecant  una  mica  el  cap,  podiem  sor- 
pendre  â  la  nostra  dreta  l'esplendent  y  adorât  Canigô, 
quina  pica,  afranquehida  ja  de  bromes  y  de  neus  se  'n  pu- 
java  alla  dalt  cap  al   cel  d'estiu... 

J.  Amade. 

(Extrait  d'un  récit  de  chasse  au  sanglier  dans  les  montagnes   du  Vallespir). 

Vocabulaire 

aixamplaven,  étendaient  esporucava,     du    verbe   esporucar    ou 
blingaven,  pliaient  esporugar,  faire  peur. 

imponent,  imposant  cantayrots,  mauvais  chanteurs 

côrrechs,  ravins  solemne,  solennel,  imposant 

plans,  plaines,  plateaux.  Au  singulier  sorpendre,  surprendre 

plâ.  esplendent,  splendide 

herbam,  herbage,  herbe.  quina  pica,  dont  le  pic,  la  cime 

afranquehida,  affranchie,  délivrée 

Exercices 

TraducHon  française  du  texte.  —  Dans  la  tournure  catalane 
«  aixamplaven  los  pomers  »,  le  nom  est  sujet  et  non  régime. 

Composition  catalane.  —  Résumer  le  texte  en  le  mettant  à  la 
2""  personne  du  pluriel,  c'est-à-dire  en  s'adressant  aux  chasseurs  : 
Per  demunt  del  vostre  cap... 

Composition  française.  —  La  chasse  au  sanglier.  Imaginez  un 
court  début  que  vous  ferez  suivre  de  la  description  ci-dessus, 
puis  racontez  la  chasse  proprement  dite  et  enfin  le  retour  à  la 
maison. 

Récitation.  —  Apprendre  par  cœur  :  T  Tina  nil  d'esliu;  î°  ho 
parpallolel. 


—  260  — 

Conjugaison  bilingue-  —  Conjuguer  aux  temps  simples  seule- 
ment le  verbe  regnar  et  le  verbe  régner. 

Noies  grammaticales 

Pronom  relatif.  —  Les  pronoms  relatifs  catalans  sont: 

que,  que,  qui  lo  quai,  lequel  los  quais,  lesquels 

que,  que,  quoi  la  quai,  laquelle  les  quais,  lesquelles 

â  que,  en  que,  où  del  quai,  du  quel  dels  quais,  desquels 

que,  de  que,  dont  de  la  quai,  de  laquelle     de  les  quais,  desquelles 

del  quai,    de  la  quai,  dels  quais,  de  les  quais,  se  traduisent  souvent  par  dont 

Remarque.  —  Lorsqu'un  nom  est  placé  immédia lemenl  après 
dont,  en  français,  il  faut  le  placer  immédialement  avant  del  quai,  de 
la  quai,  dels  quais,  de  les  quais,  en  catalan. 

Ex.  :  Nous  avons  un  livre  dont  la  couverture  est  bleue. 
Tenim  un  llibre  la  coherta  de  la  quai  es  blava. 

Mais  généralement,  on  traduit  dont  par  que  avec  la  construction 
française,  en  Roussillon. 

Ex.  :  Tenim  un  llibre  que  la  coberta  es  blava. 

et  par  quai  et  quin  en  Catalogne. 

Ex.  :  Tenim  un  llibre  quai  coberta  (ou  quina  coberta)  es  blava. 

Lorsque  le  verbe  est  suivi  d'un  nom  auquel  dont  se  rapporte,  ce 
verbe  suit  le  nom  en  catalan. 

Ex.  :  Nous  avons  un  livre  dont  nous  admirons  la  couverture. 
Tenim  un  llibre  la  coberta  del  quai  admirent. 

Mais  généralement,  on  traduit  dont  par  del  quai  avec  la  cons- 
truction  française,  en  Roussillon. 

Ex,  :  Tenim  un  llibre  del  quai  admirem  la  coberta. 

et  par  quai  et  quin  en  Catalogne. 

Ex.  :  Tenim  un  llibre  quai  coberta  (ou  quina  coberta)  admirem. 

Voir  dans  le  texte  :  que  blingaven,  que  teniem,  quina  pica. 

On  remarquera  que  les  enfants  commettent  couramment  les  cata- 
lanismes  suivants,  que  l'on  corrigera  aisément  par  la  comparaison 
des  deux  langues:  J'ai  acheté  un  livre  ^u'il  y  a  des  images,  un 
livre  que  la  couverture  est  bleue  ;  voici  les  livres  que  nous  avons 
besoin,  etc. 


—  i6i   — 

Pronom  interrogatif.  —  Les  pronoms  interrogatifs  catalans  sont  : 

qui,  qui  quin,      quel  quins,    quels 

que,  que  quina,  quelle  quittes,  quelles 

Quin  n'est  pronom  interrogatif  que  lorsqu'il  est  employé  seul. 
11  est  adjectif  interrogatif  lorsqu'il  est  placé  devant  un  nom, 
comme  dans  cette  phrase  :  Quin  cami  preniu  ?  Quel  chemin  pre- 
nez-vous ? 

Pronom  indéfini.  —  Les  pronoms  indéfinis  catalans  sont  : 

algù,  algun,  quelqu'un  ;  alguns,  quelques-uns;  algunes,  quelques-unes  ;  ningù, 
dingû,  personne  ;  lanl.  lanla,  tants.  tantes,  tant  ;  quant,  quants,  quan- 
tes.  combien  ;  aitre,  altra,  autre  ;  altros,  altres,  autres  ;  els  uns,  les  uns  ;  els 
altres,  los  demès,  les  autres  ;  un  y  altre,  l'un  et  l'autre  ;  un  ô  altre,  l'un  ou 
l'autre  ;  l'un  à  l'altre,  l'un  l'autre  ;  altri,  autrui  ;  gaire,  guère,  peu  ;  cap, 
ni  un,  aucun  ;  ni  una,  aucune  ;  mateix,  même  ;  altre  tant,  autant  ;  prou, 
assez  ;  cadahu,  cadascu,  chacun  ;  qualsevol,  qualsevulga,  n'importe  qui,  tout 
le  monde,  chacun  ;  qualsevol  que,  quiconque,  quel  que  ;  molt,  molta,  molls, 
moites,  beaucoup,  plusieurs  ;  bastants,  testantes,  plusieurs  ;  un  hom,  un,  hom, 
on  ;  tothom,  tout  le   monde  ;  tal,  quai,  tel  ;  tôt,  tout;  res,  rien. 

11  y  a  entre  l'adjectif  indéfini  et  le  pionom  indéfini  cette  diffé- 
rence que  l'adjectif  indéfini  est  toujours  suivi  d'un  nom  tandis 
que  le  pronotn  indéfini  remplace  le  nom. 

T^es,  rien,   est  souvent  employé  pour  traduire  quelque  chose. 

Ex.  :  Si  per  cas  me  dona  res,  t'ho  dire  ; 

Si  par  hasard  il  me  donne  quelque  chose,  je  te  le  dirai. 

11  n'est  pas  étonnant  qu'un  enfant  qui  pense  en  catalan  dise  : 
S  il  me  donne  rien,  je  te  le  dirai,  pour  :  S  il  me  donne  quelque 
chose,  je  te  le  dirai. 


—  262  — 

i8'"'=  LEÇON  —  Ântonieta  y  la  Cadernera 

Ab  un  pinyô  â  la  boca,  la  noya  la  feya  saltar  d'una  canya 
â  l'altra,  csbategar  bojament  ses  pintades  aletes  y  treure  '1 
caparrô  per  entremitg  dels  filferros,  pera  péndreli  la  llami- 
nedura  apretada  entre  sos  llâbis  vermeils.  Quan  lo  recapte 
era  finit,  la  bestiola  acostumava  â  refilar  de  bô  y  millor  ;  y 
sa  jove  mestressa,  de  baix  en  baix,  per  la  temensa  de  que 
no  la  sentissin  en  les  cases  del  vehinat,  ab  les  que,  per 
l'estretor  del  carrer,  casi  s'haurîen  pogut  donar  les  mans, 
li  deya  carinyosament  : 

«  Vaja,  no  cridis  tant,  que  un  dia  t'escanyarâs  y  la  pobra 
Antonieta  's  quedarâ  sensé  tenir  al  mon  cap  amiga  que  la 
cstimi  com  tu  !  No  ho  coneixes,  bojeta,  que  soch  jo  la 
que't  tinch  d'estar  agrahida,  perque  no't  canses  may  d'es- 
coltar  les  coses  que  no  puch  esplicar  â  ningû  ?  Pobrissona  ! 
Tampoch  tu,  no  sabs  â  qui  contar  les  teves!...  Es  clar  ! 
com  no  tens  mare  !...  Oy,  que  les  mares  no  s'haurien  de 
morir  may  ?...  No  ho  trobes  que  '1  mon  es  ben  trist  ?... 
Encara  que  tu  t'estâs  tota  sola  y  refiles  ab  una  alegria  !... 
Vaja,  no  'n  parlem  mes  d'aquestes  coses  que  fan  posar 
trist!...  Sents  ?  toquen  les  dues  y  me  'n  tinch  d'anar  à 
dalt...  No  m'hi  puch  estar  â  cusir  al  teu  costat...  Per  aixô 
aquesta  tarda,  t'hauràs  d'estar  soleta,  acontentante  de  sentir 
los  refilets  dels  canaris  del  senyor   Eudalt!...    » 

M""  DoLORs  MoNSERûA  DE  Macia,  La  Tabncanta. 

Vocabulaire 

cadernera,  chardonneret  refilar,  gazouiller 

noya,  jeune  fille  temensa,  crainte 

pinyô,  pignon,  amande  vehinat,  voicinage 

esbategar,  battre  des  ailes  estretor,  étroitesse 

caparrô,    chaperon,    coiffure,    petite       carinyosament,  affectueusement 

tête  t'escanyarâs,  tu  t'égosilleras 

tlaminedura,    friandise  agrahida,  obligée,  reconnaissante 

apretada,  pressée  sentir,  entendre 
recapte,  provisions,  repas 


—  263  — 
Exercices 

Traduction  française  du  texte.  —  La  fin  du  premier  para- 
graphe est  assez  difficile  à  rendre  :   «  Y  sa  jove  mestressa...,  etc.   » 

Composition  catalane.  —  ha  minyoria  y'I  seu  gatet.  Vous  avez 
vu  une  jeune  fille  jouant  avec  son  petit  chat.  Décrivez  la  scène 
en  catalan  et  inspirez-vous  des  détails  du  texte  quand  vous  les 
jugerez  utilisables. 

Composition  française,  —  La  jeune  fille  et  son  pelitchaL  Décr'wcz 
la  même  scène  en  français  et  faites  parler  la  jeune  fille.  Imaginez 
un  monologue  très  affectueux  et  montrez  le  plaisir  qu'éprouve  le 
chat  à  être  ainsi  caressé. 

Récitation.—  Apprendre  par  cœur  :  i°  Antoniela  y  la  cadernera  ; 
2'  Bernât  d'Oms. 

Conjugaison  bilingue.  —   i°  Verbe  auxiliaire  H  AVER,  avoir. 

]nd.  prés.  :  J'ai,  he,  has,  ha,  havem  (  i  ),  haveu(2),  han. 

Imparfait    :  J'avais,  havia,  havies,  havia,  haviem,  havieu,  havien. 

Prêt.  sim.  :  J'eus,  haguî,   haguéres.  haguë,    haguérem,  haguêreu,   haguêren. 

Prêt.  com.  :  J'eus,  vaig  haver  (Voir  9*  leçon). 

Pas.    ind.   :  J'ai  eu,  he  hagut  (Voir  i  1'  leçon  . 

P-q-parf.   :  J'avais  eu,  havia  hagut  1  Voir   12'  leçon). 

Futur  :  J'aurai,  hauré,  hauràs,  haurà,  haurem,  haureu,  hauran. 

Fut.    ant.  :  J  aurai  eu,  hauré  hagut  (Voir  12'  leçon). 

Cond.pré.:  J'aurais,  hauria,  hauries,  hauria,  hauriem,  haurieu,  haurien. 

Passé  1  "  f .  :  J'aurais  eu,  hauria  hagut  (Voir  1  3'  leçon). 

Passé  2'  f.  :  J'aurais  eu,  haguéri  hagut  (3),  (Voir  i3'  leçon). 

Impératif    :  n'est  pas  usité. 

Sub.  prés.  :  Q.  j'aie,  q.  hagi,  q.  hagis,  q.  hagi,  q.  haguem,  q.hagueu,  q.  hagin. 

Imparfait    :  Q.  j'eusse,  q.  hagués,  q.  haguéssis,  q.  hagués,  q.  haguéssim,  q.  haguéssiu, 

Passé  :  Que  j'aie  eu,  que  hagi  hagut  (Voir  14°  leçon).  [q.  haguéssin. 

P-q-parf.    :  Que  j'eusse  eu,    que  hagués  hagut 'Voir  14""  leçon). 

Jnf.   prés.  :  Jlvoir,  haver. 

Inf.   passé  :  Avoir  eu,  haver  hagut. 

Part,  prés.:  Ayant ,  \\zwznX. 

Part.  pas.  :  "Eu,  ayant  eu,  hagut,  havent  hagut. 

(i)  On  dit  aussi:  hem. 
(a)  On  dit  aussi:  heu. 
(3)  En  Catalogne  :  haguéra. 


Ind.  prés. 
Imparfait 
Prêt.  sim. 
Prêt.  com. 
Passe  ind. 
P-q-parf. 
Futur  : 
Fut.    ant. 
Cond.  pré. 
Passé  I  "  f. 
Passé  2'  f. 
Impératif 
Sub.  prés. 
Imparfait 
Passé  : 
P-q-parf. 
Inf.   prés. 
Inf.   passé 
Part.  prés. 
Part.  pas. 


—    264   — 
2'  Verbe  TENIR,  avoir  (sens  de  posséder). 

J'ai,  tinch,  tens  ou  tenes,  té  ou  ten,  tenim,  teniu,  tenen. 

J'avais,  tenia,  tenies,  tena,  teniem,  teniu,  tenien. 

J'eus,  tingui,  tinguéres,  tingué,  tinguérem,  tinguéreu,  tinguéren. 

J'eus,  vaig  tenir  (Voir  9'  leçon  . 

J'ai  eu,  he  tinguti  1  )    Voir  i  T  leçon). 

J'avais  eu,  havia  tingut  (Voir  12'  leçon). 

J' aurai,  t']ndré,  tindràs,  tindrà,  tindrem,  tindreu,  tindran. 

J'aurai  eu,  hauré  tingut  (Voir  1  ;'  leçon). 

J'aurais,  tindria,  tindries,  tindria,  tindriem,  tindrieu,  tindrien. 

j'aurais  eu,  hauria  tingut  (Voir  1  3°  leçon). 

Jaurais  eu,  haguéri  tingut  (2)  (Voir  i3'  leçon^. 

Aie,  té,  tinguem  teniu. 

Q.  j'aie,  q.  tingui,  q.  tinguis,  q.  tingui,  q.  tinguem,  q.  tingueu,  q.  tingui n. 

Q.  j'eusse,  q.tingués,  q.tinguéssis,  q.tingués,  q.tinguéssim,  q.  tinguéssiu. 

Que  j'aie  eu,  que  hagi  tingut  (Voir  «4'  leçon).  [q.tinguéssin. 

Que  j'eusse  eu,  que  hagués  tingut  (Voir  14'  leçon). 

Jlvoir,  tenir. 

Avoir  eu,  haver  tingut. 

Ayant,  tenint. 

"Eu,  ayant  eu,  tingut,  havent  tingut. 


Notes  grammaticales 

Le  verbe  haver-  —  Le   verbe  haver  est    employé  pour    former 
les  temps  composés  des  verbes  actifs,  neutres  et  pronominaux. 

Voir  dans  le  texte  :  shaurien  pogut  donar  les  mans. 

Lorsque  le  verbe  haver  est  employé  seul,  il  est  verbe  actif  et 
signifie:  posséder.  On  le  traduit  alors  par  tenir. 
Ex:  tinch  un  hort,  j'ai  un  jardin. 

Voir  dans  le  texte  :  Jlnloniela  s  quedard  sensé  tenir  al  mon  cap 
amiga  ;  no  tens  mare.  (11  est  très  difficile,  au  début  des  études, 
d'obtenir  que  les  enfants  disent  :  j'ai  au  lieu  de  :  je  liens). 

11  peut  aussi  avoir  la  signification  de  éprouver,  obtenir,  mesurer. 

Ex.  :  tinch  fam,  j'ai  faim  ;  tinch  tôt  lo  que  vull,  j'obtiens  tout  ce  que  je 
veux  ;  aqueixa  torre  te  trenta  mètres,  cette  tour  mesure  trente 
mètres. 


(1)  En  Roussillon,  on  dit  plutôt  :  som  tingut. 

(2)  En  Catalogne:  haguéra. 


—   265  — 

Jiaver  de  signifie  :  avoir  à,  devoir,  être  obligé  de,  falloir, 

Ex.  :  Jiaurà  de  pagar,  il  aura  à  payer,  il  devra  payer,  il  sera  obligé 
de  payer,  il  faudra  qu'il  paie. 

Voir  dans  le  texte  :  les  mares  no  s'haurien  de  morir  may  ;  aquesîa 

larda  fhaurds  d'eslar  soleia. 

En  Roussillon,  on   emploie  aussi   tenir   de  et  en  Catalogne  tenir 

que. 

Ex.  :  Tinch  de  pagar,  tinch  que  pagur,  il  faut  que  je  paie. 

Voir  dans  le  texte  :  soch  jo  la  que  7  linch  d'estar  agrahida  ; 
me  'n  linch  d'anar  a  dalt. 

De  là,  ces  fautes  fréquentes  :  j'ai  de  faire  mon  devoir  ;  je 
tiens  d'étudier  ma  leçon,  etc. 

Remarque.  —  On  a  dû  remarquer  dans  la  conjugaison  des  deux 
verbes  précédents  que  le  verbe  anar  leur  sert  d'auxiliaire  au  passé 
défini  composé.  Cette  forme  est  la  seule  usitée  en  Roussillon  dans 
le  langage  populaire.  Certains  grammairiens  affirment  qu'on  doit 
toujours  employer    le     prétérit  simple  dans  le  langage  élevé  (j). 


(i)   Louis  Paslre,  Les  prétérits  catalans. 


—  î66  — 

J9^  LEÇON  —  Â  una  endolada 

Quan  t'he  vist  tan  endolada 
No  se  lo  que  m'ha  passât, 
Qu'ab  una  sola  mirada 
Tôt  lo  dol  que't  té  apenada 
M'he  sentit  encomanat. 

Ton  cos  lleuger  s'esllanguîa, 
Per  ton  front  queyen  los  rulls 
Que  ton  cabell  hi  espargîa, 
Y  la  tristesa  guarnîa 
Ab  un  cércol  blau  tos  ulls. 

D'aquella  grogor  de  cara, 
D'aquell  negrall  de  vestit, 
Ne  guardo  j'impressiô  encara  ; 
No  havîa  de  tenir  mare 
Qui  no  t'haguès  compadit. 

Francesch  iVIatheu,  "La  meva  garba. 

Vocabulaire 

endolada,  vêtue  de  noir  rulU,  boucles,  mèches 

mirada,  regard  •  espar gia,  répandaient 

apenada,  affligée  cércol,  cercle 

encomanar,  communiquer  grogor,  pâleur 

s'estlanguta,  s'alanguissait  negrall,  noirceur 

queyen,  de  caure,  tomber  compadit,  de  compadir,  compatir 

Exercices 

Traduction  française  du  texte.  —  On  devra  s'appliquera  rendre 
exactement  les  deux  derniers  vers   qui    oflFrent  quelque  difficulté. 

Composition  catalane.  —  Reproduire  librement  le  texte  en 
commençant  ainsi  :   «  Quan  l'he  visia  ou  la  som  vista...,  etc.  » 

Composition  française,  —  La  jeune  orpheline.  Faites  le  portrait 
d'une  jeune  orpheline  que  vous  avez  aperçue  suivant  le  convoi 
funèbre  de  sa  mère. 


—  267  — 

Récitation.  —    Apprendre    par    cœur   :     i'    A    una   endolada  ; 
1'  Tarn  y  satxch. 

Conjugaison  bilingue.  —  1"  Verbe  SER  ou  ESSER,  être. 

Ind.  prés.  :  je  suis,  som  (  i),  ets,  es,  sem,  seu,  son. 

Imparfait    :  J'états,  éri  (2),  ères,  éra,  érem,  ëreu,  éren. 

Prêt.  sim.  :  Je  fus,   fui,  fores,  fou.  fôrem,  fôreu,  foren. 

Prêt.  corn.  :  Je  fus,  vaig  ser  (Voir  9'  leçon). 

Pas.    ind.   :  J'ai  été,  he  sigut  (3)  (Voir  1  i'  leçon). 

P-q-parf.  :  J'avais  été,  havia  sigut  (Voir  12'  leçon). 

Futur  :  Je  serai,  seré,  seras,  sera,  serem,  sereu,  seràn. 

Fut.    ant.  :  J'aurai  été,  hauré  sigut  (Voir  12*  leçon). 

Cond.pré.:  Je  serais,  séria,  séries,  séria,  seri'em,  seri'eu,  serien. 

Passé  I  "  f .  :  J'aurais  été,  hauria  sigut  (Voir  1  3'  leçon). 

Passé  2'  f.  :  J'aurais  été,  haguéri  sigut  (4)  (Voir  1  3'  leçon). 

Impératif    :  Sois,  sigues,  siguem,  sigueu. 

Sub.  prés.  :  Q,  je  sois,  q.sigui,  q.  si  guis,  q.sigui,  q.  siguem,  q. sigueu,  q.  siguin. 

Imparfait    :  Q.  je  fusse,  q.  fos,  q.  fôssis.  q.  fos,  q.  fôssim,  q.  fôssiu,  q.  fossin. 

Passé  :  Que  j'aie  été,  que  hagi  sigut  (Voir  14°  leçon). 

P-q-parf.    :  Que  j'eusse  été,  que  hagués  sigut  (Voir  14'  leçon). 

Inf.    prés.  :  "Etre,  ser  ou  esser. 

Inf.    passé  :  Etant,  sent. 

Part,  prés.:  Jlvoir  été,  haver  sigut. 

Part.  pas.  :  Eté,  ayant  été,  sigut,  havent  sigut. 

2"  Verbe  ESTAR,  être 

Ind.  prés.  :  Je  suis,  estich,  estas,  esta,  estem,  esteu,  estàn. 

Imparfait   :  J'étais,  estàvi  (  5),  estaves,  estava,  estavem,  estaveu,  estaven. 

Prêt,  sim.:  Je  fus,  estigui,  estiguéres,  estigué,  estiguérem,  estiguéreu,  estiguéren. 

Prêt,  com.:  Je  fus,  vaig  estar  (Voir  9'  leçon). 

Passé  ind.  :  J'ai  été,  he  estât  (6)  (Voir  1  i'  leçon). 

P-q-parf.    :  J'avais  été,  havia  estât  (  Voir  12' leçon). 

Futur  :  Je  serai,  estaré,  estaràs,  estarà,  estarem,  estareu,  estaràn. 

Fut.    ant.  :  J'aurai  été,  hauré  estât    Voir  12' leçon). 

Cond.pré.:  Je  serais,  estaria,   estaries,  estaria,  estariem,  estarieu,  estarien. 

Passé  1"  f.  :  J'aurais  été,  hauria  estât  (Voir  i3'  leçon). 

(1)  En  Catalogne,  on  dit:  soch,  ets,  es,  sora,  sou,  son. 
(î)  En  Catalogne,  on  dit:  era. 

(3)  Dans  les   temps  composés  on  emploie  indifféremment  les  participes  passés  stgut  ou   estât. 

(4)  En  Catalogne  :  haguera. 

(5)  En  Catalogne  :  estava. 

(6)  En  Roussillon,   on  dit  plutôt  :  som  estât.  C'est   ce"  qui  explique   l'expression   incorrtcte  : 
je  suit  été. 


—  268  — 

Passé  2'  f.  :  J'aurais  été,  haguëri  estât  (Voir  i3'  leçon). 

Impératif    :  Sois,  esta  ou  estigues,  estem  ou  estiguem,  esteu  ou  estigueu. 

Sub.  prés.  :  Q.yeiois.  q.estigui,  q.estiguis,  q.estigui,  q. estiguem,  q. estigueu.  q.estiguin. 

1  mparfait    :  Q.  je  fusse,  q. estigues,  q.estiguéssis,  q. estigues,  q.estiguéssim,  q.estiguéssiu, 

Passé  :  Que  j'aie  été,  que  hagi  estât  (Voir  14' leçon).  [q.estiguéssin, 

P-q-parf.    :  Que  j'eusse  été,  c[uc  hagu'cs  cstzt  (Vo'ir  14' leçon). 

Jnf.   prés.  :  "Etre,  estar. 

Inf.   passé  :  "Etant,  estant. 

Part,  prés.:  Jlvoir  été,  haver  estât. 

Part.  pas.  :  Eté,  ayant  été,  estât,  havent  estât. 

Notes  grammaticales 

Le  verbe  Ser  ou  Esser.  —  Lorsque  le  verbe  être  est  employé 
seul,  il  se  traduit  :  par  ser  ou  esser,  s'il  exprime  un  état  perma- 
nent, et  par  estar  s'il  exprime  un  état  accidentel. 

Ex.  d'état  permanent:  ser  un  home,  être  un  homme. 
Ex.  d'état  accidentel:  eslar  maïalt,  être  malade. 

Cette  nuance  n'existe  pas  en  français.  Ainsi,  lorsqu'on  dit  :  cet 
homme  est  gai,  on  exprime  indifféremment  l'état  permanent  ou 
l'état  accidentel,  tandis  qu'en  catalan:  ser  alegre  signifie  :  être 
toujours  gai,  et  estar  alegre  signifie  être  gai  en  ce  moment. 

L'expression  française  :  être  en  train  de,  se  traduit  par  estar 
suivi  du  verbe  au  participe  présent. 

Ex.:  cstich  parlant,  je  parle,  je  suis  en  train  de  parler. 

L'auxiliaire  ser  n'est  employé  que  dans  les  verbes  passifs. 

Cependant,  en  Roussillon,  il  est  employé  à  la  place  de  haver 
dans  les  verbes  actifs.  Ainsi  l'on  dit  plutôt:  sûm  cantat,  j'ai  chanté 
que  :  he  cantat,  j'ai  chanté  ;  de  là  une  nouvelle  source  de  diffi- 
cultés pour  les  Roussillonnais  dans  l'étude  du  français.  Quel  est 
le  jeune  écolier  qui  n'a  pas  commis  les  fautes  suivantes  : 

Je  suis  mangé  le  pain. 
le  suis  fini  le  devoir. 

Nous   avons    vu      18'    leçon)   que   le    verbe    haver  est    toujours 

employé   dans   la    conjugaison    des    temps    composés    des   verbes 

neutres. 

Ex.  :  he  caygut,  je  suis  tombé  ;  he  arribat,  je  suis  arrivé. 

Cependant,  en  Roussillon,  on  dit  som  caygut,  som  arribat, 
probablement  à  cause  de  l'influence  du  français. 


—  269  — 

On  s'explique  dès  lors  très  difficilement  pourquoi  les  enfants 
de  nos  écoles  s'obstinent  à  dire  :  j'ai  tombé,  j'ai  arrivé,  j  ai 
venu,  etc,  pour:  je  suis  tombé,  je  suis  arrivé,  je  suis  venu. 

Nous  avons  vu  aussi  que  l'auxiliaire  haver  sert  toujours  à 
conjuguer  les  verbes  pronominaux. 

Ex.  :  m'he  passejat,  je  me  suis  promené. 

Cependant,  en  Roussillon,  on  dit:  me  som  passejat.  11  devient 
donc  également  difficile  de  s'expliquer  ces  fautes  de  français  qui 
reviennent  si  souvent  au  début  des  études:  je  m'ai  promené,  je 
m'ai  amusé,  vous  vous  avez  rendu,  nous  nous  avons  blessé,  etc., 
pour  :  je  me  suis  promené,  je  me  suis  amusé,  vous  vous  êtes 
rendus,  nous  nous  sommes  blessés,  etc. 

11  est  donc  absolument  indispensable  de  mettre  nos  élèves  en 
garde  contre  ces  incorrections  en  leur  faisant  connaître  exac- 
tement l'emploi  des  auxiliaires  dans  les  deux  langues. 

De  ce  que  nous  venons  de  dire  il  résulte  que  le  verbe  ser  est 
employé  en  Roussillon  non  seulement  dans  les  verbes  passifs, 
mais  encore  dans  les  verbes  actifs,  neutres  et  pronominaux. 

11  y  a  cependant  exception  pour  la  3'  personne  du  singulier  et 
du  pluriel  du  passé  indéfini. 

Ex.  :  ha  cantai,  il  a  chanté  ;  han  cantat,  ils  ont  chanté. 

ha  caygut,  il  est  tombé  ;  han  caygut,  ils  sont  tombés. 

s' ha  passejat,  il  s'est  promené;  s' han  passejat,  ils  se  sont  promenés. 

L'auxiliaire   roussillonnais  ser  emprunte    donc    deux  personnes 
au  passé  indéfini  de  l'auxiliaire  haver. 
Ex.  :  som  cantat,   ets  cantat,  ha  cantat,    sem  cantat,   seu  cantat,   han  cantat. 

Pour  donner  une  idée  de  la  confusion  que  jette  dans  les 
esprits,  l'emploi  des  auxiliaires  catalans,  nous  citerons  cette 
phrase  du  conventionnel  catalan  Cassanyes  que  nous  trouvons 
dans  un  de  ses  rapports  :  «  Je  ne  puis  ici  rendre  compte  de  ce 
que  nous  avons  fait  dans  les  derniers  jours  que  j'ai  resté  à  Per- 
pignan  »  ()  ). 

Voir  dans  le  texte  :  fha  visl  ;  m  ha  passai  ;  m'he  sentit  ;  t'hagués 
compadit. 

())  Pierre  Vida),  Compte  rendu  fait  â  la  Convention  nationale  par  le  représentant  Cassanyes, 
Je  sa  mission  à  l'armée  des  Pyrénées-Orientales     i5  juillet   1793  —  a  janvier  1794),  page  80. 

Nous  ne  prétendons  pas  juger  de  la  valeur  de  Cassaynes  d'après  les  catalanismes  qu'il  a  pu 
commettre.  Si  nous  citons  ce  cas,  c'est  pour  montrer  combien  est  utile  la  comparaison  des  deux 
langues  à  l'école. 


—  270   — 

20""^  LEÇON  —  Les  cançons  noslres 

Les  cançons  nostres,  com  totes  les  populars,  com  totes 
les  de  la  terra,  l'home  les  cull  de  la  terra,  y  son  cullita  per 
l'anima. 

Allî,  al  nort,  ferit  de  boyra,  sobre  les  amples  planures 
de  la  neu,  les  cançons  surten  tristes  com  canço  d'émigrant; 
allî,  à  les  altes  montanyes,  sobre  *ls  nûbols,  revolcantse  per 
les  valls,  son  estridents  com  crits  d'âguila  ;  revosten  foch  y 
vida  les  dels  camps  de  Provença,  melangia  y  anyoramcnt  à 
Galicia  y  suau  indolencia  â  Andalucia  ;  y  pertot  arreu  ahont 
broten  porten  l'olor  de  la  terra  y  el  baptisme  de  poesia. 

Les  nostres  son  pobres  y  senzilles,  perô  hermoses  per  sa 
mateixa  modestia.  Nascudes  entre  pins  y  banyades  per  la 
broma  del  mar,  tenen  l'aspror  de  la  terra  y  la  salabror  de 
l'aygua,  perô  tenen  el  balanceig  de  les  ones  y,  com  elles, 
s'aixequen  y  s'aplanen  amb  etern  y  grandiosa  cadencia  ; 
son  de  paysatge  robust  am  linies  gregues,  senten  l'olor 
del  bosch  y  de  les  algues,  ploren  rient  y  riuen  plorant  ; 
s'extenen  tôt  plegat  amb  un  compas  de  planura  y  s'aixe- 
quen com  turons  ;  prenen  ayre  de  llegenda,  de  retaule,  de 
tradiciô  y  de  rondalla,  y  sempre  tenen  remors  de  Catalunya, 
remors  que  'ns  estimem  perqué   son  vells,    y   son  ays  dels 

sospirs  de  coses  nostres. 

Santiago  RusifloL. 

Vocabulaire 

cullita,  récolte,  moisson  gregues,  grecques 

feril,  blessé,  affligé  ht  plegat,  à  la  fois 

revolcantse,  se  roulant,  se  traînant  compas  de  planura,  rythme  régu- 

(les  nuages)  lier,  uniforme. 

àguila  ou  dliga,  aigle  turons,  collines 

revosten  ou  rebosten,   renferment,  retaule,  retable,  tableau 

contiennent  rondalla,  conte 

melangia,  tristesse  remors,  rumeurs,  murmures 

anyorament,  nostalgie  ays,  hélas. 

olor,  parfum  sospirs,  soupirs 


—  27'   — 
Exercices 

Traduction  française  du  texte.  —  On  ne  trouvera  dans  ce  mor- 
ceau aucune  difficulté  de  traduction,  sauf  dans  la  première  phrase. 

Composition  catalane.  —  Résumer  le  texte  en  catalan. 

Composition  française.  —  Montanyes  régalades.  Analysez  ce 
chant  et  voyez  si  l'on  peut  lui  appliquer  les  idées  contenues  dans 
le  3""  paragraphe  (i).  Examinez  ensuite  le  chant  provençal  bien 
connu  :  De  bon  malin,  et  dites  si  l'appréciation  de  l'auteur  sur  les 
chants  populaires  provençaux  est  exacte. 

Récitation.  —  Apprendre  par  cœur  :  r  'Les  cançons  noslres  ; 
1'  ho  corb  y  la  guilla. 

Conjugaison  bilingue-  —  Verbe  CANTAR,  chanter  (i"  con- 
jugaison) 


Ind.    pr. 
Imparfait 
Prêt.  sim. 
Prêt.  corn. 
Pas.    ind. 
P.-q.-par. 
Futur  : 
Fut.    ant. 
Cond.  pr. 
Pas.   1"  f. 
Pas.  2'   f. 
Impératif 
Subj.  prés 
Imparfait 
Passé 
P.-q.-parf 
Inf.    prés. 
Part,  pi  es. 
Jnf.  passé 
Part.  pas. 


Je  chante,  canti  (i  ),  cantes,  canta,  cantem,  cantcu,  canten. 
Je  chantais,  cantavi  (2),  cantaves,  cantava,  cantavem  canta veu,  cantaven. 
Je  chantai,  canti,  cantâres,  canta,  cantârem,  cantâreu,  cantâren. 
Je  chantai,  vaig  cantar  (Voir  9'  leçon). 
J'ai  chanté,  he  cantat  (3)  (Voir  1  i'  leçon). 
J'avais  chanté,  havia  cantat  (Voir  la'  leçon). 

Je  chanterai,  cantaré,  cantaràs,  cantarà,  cantârem,  cantâreu,  cantaràn. 
J'aurai  chanté,  hauré  cantat  (Voir  i  a°  leçon). 

Je  chanterais,  cantarfa,  cantaries,  cantaria,  cantariem,  cantarîeu,  cantarien 
J'aurais  chanté,  hauri'a  cantat  (Voir  i3'  leçon). 
J'aurais  chanté,  haguéri  cantat  (4)  (Voir  i3'  leçon). 
Chante,  canta,  cantem,  canteu. 

Q.  je  chante,  q. canti,  q.cantis,  q. canti,  q. cantem,  q. canteu, q.cantin. 
Q.  je  chantasse,  q.cantés,  q.  cantéssis,  q.  cantés,  q.  cantéssim,  q.  cantéssiu. 
Que  j'aie  chanté,  que  hagi  cantat  (Voir  14' leçon).  [q.  cantéssin. 

Que  j'eusse  chanté,  que  hagués  cantat  (Voir  14'  leçon). 
Chanter,  cantar. 
Chantant,  cantant. 
Avoir  chanté,  haver  cantat. 
Chanté,  ayant  chanté,  cantat,  havent  cantat. 


(i)  Consulter  la  cantate  Visca  T{pssell«!  du  Dr  Boix,  imp.  catalane  J.  Cornet,    Perpignan. 
(1)  En  Catalogne  :  Canto. 
(î)    En  Catalogne  :   Cantava. 

(3)  En  Roussilion  on  dit  plutôt  :   Som. 

(4)  En  Catalogne  :  Haguera. 


Notes  grammaticales 

Les  trois  conjugaisons.  —  Les  verbes  catalans  réguliers  se  con- 
juguent sur  trois  modèles  différents  qui  constituent  les  trois  for- 
mes de  la  conjugaison  : 

La  1  "  conjugaison  comprend  les  verbes  en  AR  sauf  anar  et  e&iar . 

Voir  dans  le  texte  :  revolcarse,  revostar,  brotar,  portar,  banyar. 
aixecar,  aplanar,  plorar,  estimar. 

La  2""  conjugaison  comprend  les  verbes  réguliers  en  ER  et  RE. 

Voir  dans  le  texte  :  mixer,  riure,  s'extendre,  pendre.  (Ces  verbes 
sont  irréguliers.) 

La  3""  conjugaison  comprend  les  verbes  réguliers  en   IR. 

Voir  dans  le  texte  :  tenir,  cullir,  surlir,  sentir  (irréguliers). 

Nous  donnons  plus  haut  le  modèle  pour  la  i"  conjugaison. 

Voir  dans  les  leçons  suivantes  les  modèles  de  la  2""  et  de  la 
3"'  conjugaison. 

Remarque.  —  Les  verbes  en  car  changent  c  en  qu  devant  e  et  1. 
Ex.  :    Pescar,  pesqui,  pesques. 

Les  verbes  en  gar  changent  g  zn  gu. 

Ex.  :    Pagar,  pagui,  pagues. 

Les  verbes  en  jar  changent  j  en  g. 

Ex.  :    menjar,  mengi,  menges. 

L'In/înitif.  —  L'infinitif  des  verbes  indique  à  quelle  conjugai- 
son ces  verbes  appartiennent  :  AR,  ER,  IR. 

Certains  auteurs  prétendent  que  tous  les  infinitifs  doivent  se 
terminer  par  r.  C'est  ainsi  qu'ils  écrivent  beurer,  Ireurer,  creurer 
comme  correr,  mereixer. 

Cependant  quelques  grammairiens  font  remarquer  qu'il  n'en 
doit  pas  être  ainsi  et,  s'ils  écrivent  correr,  mereixer  etc,  avec  un  r, 
ils  suppriment  cette  lettre  dans  heure,  treure,  veure,  creure,  etc. 
Voici  comment  ils  établissent  la  distinction  : 

Sont  verbes  en  RE  tous  ceux  qui  forment  leur  futur  en  accen- 
tuant simplement  Ve  final. 

Ex.  :    Beure,  treure,  veure,  creure 
font  au  futur  :   Beurë,  treure,  veuré,  creure. 

Sont  verbes  en  ER  tous  ceux  qui  prennent  e  au  futur. 
Ex.  :  Correr,  mereixer,  temer,  etc. 
font  au  futur  :  Correré,  mereixeré,  temeré 

Le  Gérant,  COMET.  — Imprimerie  COMET,  8,  rue  Saint-DominiqHC,  Perpignan. 


La  Langue  Catalane 

et  son  uHlité  pédagogique 

€^S5<fe3^  (Suite) 

2  1-^  LEÇON  —  Canl  de  les  gojes 

Somîa,  Gentil,  somîa 
Deixa  volar  ton  cor  bel) 
Mentre  '1  somni  no  's  dcsnîa 
Com  de  sa  branca  l'aucell. 

Aygues  de  neu  te  breçolen 
Te  vetllen  cors  virginals, 
Aixam  d'abelles  que  volen 
Del  teu  hermôs  al  encalç. 

Los  somnis  son  unes  aies 
Per  volar  dintre  l'Edem  ; 
Mentres  dins  tu  te  regales, 
Nosaltres  te  breçarem. 

Te  breçarem  sobre  roses, 
Tôt  cantante  un  himne  dolç, 
De  dia  '1   de  les  aloses. 
De  nit,  lo  dels  rossjnyols. 

• 

Somîa,   Gentil,  somîa 
Deixa  volar  ton  cor  bell 
Mentre  '1  somni  no  's  desnîa 
Com  de  sa  branca  l'aucell. 

J.  Verdaguer,  Canigô,  cant  III. 

Vocabulaire 

iomta.  de  somiar,  rêver  breçolen,  de  breçoîar,  bercer 

mentre,  pendant  que,  tant  que  al  encalç,  à  l'assaut 

somni,  rêve  aloses,  alouettes 
no  's  desnia,  de  desniarse,  tomber  du  nid 


—    274   — 

Exercices 

Traduction  française  du  texte.  —  Ce  morceau  est  assez  difficile 
à  rendre.  Redoubler  d'attention. 

Composition  catalane.  —    Résumer  le  texte  en  quelques  phra- 
ses catalanes. 

Composition  française.  —  Traduire  librement  le  texte  en  l'am- 
plifiant. 

Récitation.  —   Apprendre    par    coeur  :     i°    Canl    de    les  gojes  ; 
2°  Metges  y  cirurgians. 

Conjugaison  bilingue.  —   Verbe  TEMER,  crzindre  (2'  conju- 
gaison). 

Ind.  prés.  :  Je  crains,  terni  (i  ),  tems,  tem,  temem,  temeu,  temen. 

Imparfait    :  Je  craignais,  temia  (2),  ternies,  temia,  temiem,    temieu,  temien. 

Prêt.  sim.  :  Je  craignis,  terni,  teméres,   temé,   temérem,  teméreu,   teméren. 

Prêt.  corn.  :  Je  craignis,  vaig  témer  (  Voir  9'  leçon  ). 

Pas.    ind.  :  J'ai  craint,  he  temut  (3)  (Voir  1  r  leçon). 

P.-q.-par.  :  J'avais  craint,  havia  temut  (^Voir  12'  leçon). 

Futur  :       :  /ccramiinji,  temerê,  temeràs,  temerà,  temerem,  tem:reu,  temeràn. 

Fut.    ant.   :  J'aurai  craint,  hauré  temut  (Voir  12' leçon). 

Cond.  pr.  :  /ecrainiir^jis,  temeria,  temeries,  temeria,  temeriemtemeriêu,  temerien. 

Pas.   1  "  f .  :  J'aurais  craint,  hauria  temut  (Voir  i3'  leçon). 

Pas.  2°   f.   :  J'aurais  craint,  hagueri  temut  (4)  (Voir  1  3' leçon). 

Impératif    :  Crains,  tem,  temem,  temeu. 

Subj.  prés  :  Q.jecraigne,  q.  temi,  q.  temis,  q.  temi,  q.  temem,  q.  temeu,  q.  temen. 

Imparfait    :  Q.  je  craignisse,  q.temés,  q.teméssis,  q.temés,  q.teméssim,  q.teméssiu. 

Passé  :  Que  j'aie  craint,  que  hagi  temut  (Voir  14°  leçon).  [q.  teméssin. 

P.-q.-parf  :  Que  j'eusse  craint,  que  hagués  temut  (Voir  14'  leçon). 

Inf.   prés.  :  Craindre,  témer. 

Inf.  passé  :  Avoir  craint,  haver  temut. 

Part,  prés.:  Craignant,  tement. 

Part.  pas.   :  Craint,  ayant  craint,  temut,  havent  temut. 


(1)  En  Catalogne  :  temo. 

(2)  En  Roussillon  :   temii. 

(3)  En  Roussillon,  on  dit  plutôt  :  som. 

(4)  En  Catalogne  :  haguera. 


-  ayS  - 

Notes  grammaticales 

Le  verbe  anar.  —  On  a  vu  {q""  leçon)  que  le  verbe  anar  sert  à 
former  le  prétérit  composé.  11  est  donc  auxiliaire  ;  c'est  ainsi  que 
vaig canlar,  par  exemple,  qui  signifie:  je  chantai  ne  peut  pas  être 
employé  pour  dire  que  l'on  va  chanter  (comme  d'ailleurs  semble- 
rait l'indiquer  la  traduction  littérale). 

Pour  éviter  la  confusion  qui  ne  manquerait  pas  de  se  produire, 
on  place  la  préposition  d  devant  l'infinitif. 
Ex.  :  J^ iiig  à  cantar,  je  vais  chanter. 

Pour  mieux  marquer  encore  la  différence  on  fait  précéder  x;^/^ 
des  pronoms  me,  le,  se,  nos,  vos,  se,  suivis  de  en. 

Ex.  :  M'en  vaig  i  cantar  Montanyes  régalades. 
S'en  van  â  cantar  els  Goigs  deis  ous. 

Ce  que  nous  venons  de  dire  pour  anar,  peut  aussi  s'appliquer 
aux  verbes  venir,  lornar,  enviar,  ohir. 

Ex.  :    Vinch  d  vetire  7  matait,  je  viens  voir  le  malade. 
Tornarem  d  canlar,  nous  reviendrons  chanter. 
L'enviarem  d  buscar,  nous  l'enverrons  chercher. 
Hem  chil  d  dir,  nous  avons  entendu  dire. 

Les  autres  verbes  ne  demandent  pas  la  préposition. 
Voir  dans  le  texte  :  Deixa  volar. 

Remarque.  —  \°  Les  débutants  se  laissent  prendre  facilement 
au  piège  que  leur  tend  cette  préposition  catalane  et  généralement 
ils  la  traduisent  en  parlant  français. 

Ex.  :  Où  est  Pierre?  11  est  allé  à  chercher  son  livre. 
Où  va  Jean?  Il  va  à  nager. 
Où  allez-vous?  Je  m'en  vais  à  travailler. 

Voir  la  cf  leçon  où  est  signalée  la  faute  contraire. 

Lorsqu'il  s'agit  de  provisions  on  supprime  l'infinitif  après  a/iar. 

Ex,  :  Jlnar  d  l'aygua,  al  pd,  al  vi, 
pour  :  Aller  chercher  de  l'eau,  du  pain,  du  vin. 

2°  L'impératif  du  verbe  aller  employé  négativement  donne  lieu 

à  une    incorrection  très   fréquente. 

Ex.  :  Achille,  prends  garde,  n'aille  pas  toucher  le  fil  électrique, 
n'aille  pas  jouer  trop  près  de  l'eau,  etc., 
pour  :   ne  va  pas. 


—  27^  — 

Si  Ton  explique  aux  élèves  qu'en  catalan  il  n'existe  pas  d'im- 
pératif négatif  et  que  pour  traduire  l'impératif  négatif  français, 
on  est  obligé  d'employer  le  subjonctif  présent  catalan  (i)  il  est 
très  probable  qu'ils  n'oublieront  pas  cette  particularité  de  la  langue 
catalane  et  que  vagis  pas  ne  représentera  plus  pour  eux  le  sub- 
jonctif français  n'aille  pas  mais  bien  l'impératif  ne  va  pas  (i). 

3'  A  signaler  également  le  cas  de  certains  verbes  qui  sont 
employés  à  tort  l'un  pour  l'autre  et  qui  constituent  des  catalanis- 
mes  intolérables  dans  des  phrases  comme  celles-ci  : 

Cent  personnes  ne  resteraient  pas  dans  cette  salle  ; 

De  Saint-Estève  on  sent  les  cloches  de  Perpignan  ; 

Notre    fils    aîné    est    parti    et  je   vous  assure  que  nous  l'ennuyons 

beaucoup  ; 
Laissez-moi  cinq  francs  ;  je  vous  les  rendrai  demain  ; 
Mon  père  a  passé  la  fièvre  ; 
Cet  enfant  a  été  puni  mais  il  s'en  donne  ; 
Chaque  fois  qu'on  le  bat,  il  se  rend  ;  etc.,  etc. 


fl)  En  supprimant  que. 

(2)  No  hi  vagis  â  viure  à  ciutat  (Verdacuer,   Lu  rosa  marcidaj. 


—  277  — 

2  2"^  LEÇON  —  Â  la  casa  dels  Orfcs 

Quin  fret  dcu  ferhi  !  Tôt  aquel)  aixam  de  nens  y  nenes, 
ab   caretes    xamoses    y  ']    cap    pie    d'encenalls   d'or,   ab  ulls- 
brillants  com  estrelletes  y  manônes  de  satî  y  de  cotô   fluix, 
flonjes  y  rosses,  deu   semblar  un  jardi  de  verge  enamorada, 
ahont  les  flors  parlen. 

Pobre  jardî  d'hivern,  flors  sensé  sol  ni  gotes  de  rosada, 
sensé  rialles  ni  plors  de  mare,  sensé  petons  de  debô  ! 

Quin  deu  ser  el  nom  primer  qu'aprenen  els  pollets  d'a- 
quella  llocada  orfa  ?  Com  els  hi  deuen  dir  que  de  mare  no  'n 
tenen,  ni  n'han  tinguda  may  ;  pobrissons  !  may,  perqué  la 
dona  que  'ns  porta  al  mon  no  es  mare  nostra  fins  que  s'ho 
guanya  ab  goigs  y  tristors  ! 

Com  els  hi  deuen  dir  que  no  hi  es  pas  la  dona  â  qui  tant 
cerquen,  la  dona  en  qui  han  somniat  avans  de  neixer,  la 
qu'estimaven  ja  quan  el  seu  cor,  menut  encara  com 
llevor  de  llîri,  començâ  â  bategar? 

Com  ho  deuen  fer  pera  dir  als  famolenchs  de  mare  qu'a- 
quella  dona  que  l'anima  adora  quan  el  cor  encara  no  's 
movîa,  els  ha  deixats  solets  per  por  del  mon,  ô  per  por 
d'ella,  6  per  mal  cor  ?  No,  per  mal  cor,  no,  que  no  'Is  hi 
diguin.  Angelons  !  se  morirîen  ! 

Enrich  de  Fuentes. 

Vocabulaire 

aixam,  essaim  rosses,  blondes 

caretes,  petites  figures  enamorada,  amoureuse 
xamoses,     synonyme     de  manyagues,       rialles,  ris,  risettes,  sourires 

douces  petons,  baisers 

encenalls,  copeaux  llevor,  graine 

manônes,  petites  mains,  menottes  bategar,  battre 

cotô  fluix,  duvet  léger,  ouate  famolenchs ,    faméliques.    Ici  :   avides, 
flonjes,  molles.  désirant  ardemment 


—  278  — 
Exercices 

Traduction  française  du  texte.  —  On  trouvera  quelques  diffi- 
cultés dans  le   j"  paragraphe. 

Composition    catalane.  —  Résumez  le  texte  en  catalan. 

Composition  française.  —  Le  pelil  orphelin.  Vous  avez  vu  un 
pauvre  bébé  abandonné.  Faites  son  portrait  en  vous  inspirant  des 
détails  du  texte  et  dites  les  réflexions  qui  vous  sont  suggérées  par 
la  vue  de  ce  petit  orphelin. 

Récitation-  — -  Apprendre  par  cœur  :  )°  A  la  casa  dels  orfes  ; 
2'  Passades  alegries. 

Conjugaison  bilingue.  —  Verbe  PARTIR,  partager  (3"*  conju- 
gaison). 


Ind.  prés. 
Imparfait 
Prêt.  sim. 
Prêt.  com. 
Pas.    ind. 
P-q-parf. 
Futur  : 
Fut.    ant. 
Cond.  pré. 
Passé  1  "  f. 
Passé  2'  f. 
Impératif 
Sub.  prés. 
Imparfait 
Passé  : 
P-q-parf. 
Inf.   prés. 
Jnf.   passé 
Part.  prés. 
Part.  pas. 


Je  partage,  parteixi(i),   parteixes,  parteix,  partim,  partiu,  parteixen. 

Je  partageais,  partia  (2  1,  parties,  partia,  partiem,  partieu,  partien. 

Je  partageai,  parti,  partires,  parti,  partirem,  partireu,  partiren. 

Je  partageai,  vaig  partir  (Voir  9' leçon). 

J'ai  partagé,  he  partit  (3)  (Voir  1  >'  leçon). 

J'avais  partagé,  havia,  partit  (Voir  12'  leçon). 

Je  partagerai,  partiré,   partiras,  partira,  partirem,  partireu,  partiràn. 

J'aurai  partagé,  hauré  partit  (Voir  12'  leçon). 

Je  partagerais,  partiria,  partiries,  partiria,  partiriem,  partirîeu,partirien 

J'aurais  partagé,  haurîa  partit  (Voir  i3'  leçon). 

J'aurais  partagé,  haguéri  partit  (4)  (Voir  i3'  leçon). 

"Partage,  parteix,  partim,  partiu,  [q.  parteixin. 

Q,  je  partage,  q.parteixi,  q.parteixis,  q.  parteixi,  q.  partim,  q.  partiu, 

Q.  je  partageasse,  q. partis,  q.partissis,  q.  partis,  q.  partissim  q.partissiu. 

Que  j'aie  partagé,  que  hagi  partit  (Voir  14'  leçon).  [q.  partissin. 

Que  j'eusse  partagé,  que  hagués  partit  (Voir  14'  leçon). 

Partager,  partir. 

Jlvoir  partagé,  haver  partit. 

Partageant,  partint. 

Partagé,  ayant  partagé,  partit,  havent  partit. 


(1)  En  Catalogne  :  parteixo. 

(l)  En  Roussillon  :  partit. 

Ci)  En  Roussillon,  on  dit  plutôt:  som. 

(41   En  Catalogne:  haguera. 


—   ^79  — 
Notes  grammaficales 

Le  complément  direct-  —  Le  complément  direct  catalan  est 
quelquefois  précédé  de  la  préposition  d. 

Certains  grammairiens  affirment  qu'il   faut  employer  la  préposi- 
tion d  devant  le  complément  direct  lorsque  ce  complément  est  un 
nom  de  personne  ou  un  mot  se  rapportant  à  une  personne. 
Ex.  :  He  vist  â  mon  pare. 

Voir  dans  le  texte  :  La  dona  d  qui  tant  cerquen  (cercar  â  la 
dona). 

Certains,  moins  affirmatifs,  se  contentent  de  dire  que  la  prépo- 
sition d  se  place  presque  toujours  devant  le  complément  direct  des 
verbes  actifs  quand  ce  complément  2st  un  nom  de  personne. 

D'autres  veulent  toujours  l'accusatif  et  par  conséquent  n'admet- 
tent la  préposition  dans  aucun  cas. 
Ex.  :  He  vist  mon  pare. 

Enfin  Joan  Bardina,  dans  sa  Gramdtica  pedagôgica  [\),  recom- 
mande aux  élèves  de  ne  pas  employer  la  préposition  d  devant 
les  compléments  directs,  sauf  dans  le  cas  d'absolue  nécessité. 

L'usage  et  la  lecture  des  bons  auteurs  doivent  donc  tenir  lieu 
de  règle  (Voir  5""  leçon). 


Baguiiâ,  éditor,   Cardenal  Casaiias,  4,   Barcelona. 


—   28o  — 

îS*^  LEÇON  —    Canço 

Mirau  les  flors  matineres 
Obrjntse  ara  â  la  claror  : 
Quines  colors  enciseres  ! 
Quin  perfum  !  Quina  frcscor  ! 
Tenen  aygues  rioleres 

Y  bel)  sol  ; 
Les  festcjen  papallones  : 

er  Pestones, 
Les  alegra  *1  rossinyol. 

Perô  l'essencia  mes  pura 
Que  dins  cada  flor  hi  ha 
May  â  dins  ella  s'atura  ; 
Sempre  se  'n  puja,  se  'n  va... 
No  ]j  basta  la  dolsura 

De  la  flor  : 
De  la  llum  enamorada 

Pren  volada  ; 
Vol  viure  en  nubolets  d'or. 

Sentiments  qui  d'aquest  cor 
Cap  enfora  vo'n  anau, 
Perfums  de  l'anima  en  flor, 
Volau  molt  amunt,  volau  ! 

Costa  y  Llobera,  Poésies. 

Vocabulaire  , 

enciseres,  charmantes  esiones,  moments 

rioleres,  qui   leur  donnent  un  aspect       s'atura,  s'arrête 

agréable,  riant  basta,  suffit 

festejen,  courtisent  nubolets,  petits  nuages 

papallones,  papillons 


—   28j    — 

Exercices 

Traduction  française  du  lexlc.  —  On  ne  trouvera  dans  ce  texte 
aucune  difficulté  sérieuse. 

Composition  catalane.  —  Traduire  cette  poésie  en  prose  cata- 
lane. 

Composition  française.  —  Les  fleurs.  Faites  une  promenade 
matinale  à  la  campagne  pour  observer  les  fleurs,  puis  rédigez  un 
petit  devoir  en  suivant  le  plan  adopté  par  l'auteur  dans  la  j  " 
strophe. 

Récitation.—  Apprendre  par  cœur:  i°  Cançô  ;  2°  E/s  reys 
d'Orient. 

Conjugaison  bilingue-  —  Conjuguer  aux  temps  simples  les  ver- 
bes viure  et  vivre.  Voir  la  liste  des  verbes  irréguliers  (2""  caté- 
gorie, n°  4). 

Noies  grammaticales 

Les  verbes  irréguliers.  —  On  peut  grouper  les  verbes  irrégu- 
liers catalans  en  deux  grandes  catégories  : 
1°  Les  verbes  presque  réguliers  ; 
1'  Les  verbes  très  irréguliers. 

Les  verbes  de  la  première  catégorie  comprennent  quatre  séries  : 

1"  série  :  Verbes  qui  se  conjuguent  sur  rebre,  recevoir. 

2""  série  :  Verbes  qui  se  conjuguent  sur  dormir,  dormir. 

3""  série  :  Verbes  qui  se  conjuguent  sur    entendre,    comprendre. 

4""  série  :  Verbes  qui  se  conjuguent  sur  mereixer,  mériter. 

Les  verbes  ce  h  2""  catégorie  comprennent  huit  séries.  Dans 
chacune  de  ces  séries  on  a  groupé  les  verbes  suivant  leur  plus  ou 
moins  d'analogie  dans  les  irrégularités. 

Voici  la  liste  des  verbes  irréguliers  les  plus  usuels  (i). 

PREMIÈRE     CATÉGORIE 

1.  —  Rebre,  recevoir.  Rebi,  rebia,  rebré,  rebrîa,  que  rebi, 
que  rebés,  rebent,  rebut. 

abatre,  admetre,  batre,  combatte,  cometre,  comprometre,  corrompre, 
debatre,  interrompre,  malmetre,  ometre,  perdre,  permette,  promette, 
rebatte,  temette,  rompte,  somette,  ttansmette. 

(1)   D'après  la  classification  Foulché-Delbosc. 


—  282  - 

2.  —    Dormir,    dormir.     Dormi,     dormia,     dormiré,     dormirîa, 
que  dormi,  que  dormigués,  dormint,  dormit. 

acullir,  adormir,  ajupir,  bullir.  consentir,  consumir,  cosir,  cruixir,  cullir, 
descosir,  escullir,  escupir,  fugir,  morir,  obrir,  omplir,  pressentir,  presu- 
mir,  pudir,  recosir,  recullir,  resumir,  sentir,  sortir. 

3.  —  Entendre,  comprendre.  Entench,  entenia,  entendre,  en- 
tendria,  que  entengui,  que  entengués,  entenent,  entés. 

absoldre,  apendre,  atendre,  caldre,  compendre,  confondre,  correspondre, 
défendre,  dépendre,  desapendre,  disoldre,  doldre  (se),  empendre,  encen- 
dre,  equivaldre,  extendre,  fondre,  moidre,  ofendre,  pendre,  pondre,  pré- 
tendre, prevaldre,  refondre,  remoldre,  rependre,  resoldre,  respondre, 
revendre,  sorpendre,  suspendre,  tondre,  valdre,  vendre. 

4.  —  Mereixer,  mériler.  Mereixi,  mereixia,  mereixeré,  mereixe- 
ria,  que  mereixi,   que  mereixés,  mereixint,  merescut. 

apareixer*,  compareixer*,  creixer,  coneixer*,  decreixer,  desmereixer, 
desapareixer*,  desconeixer*,  neixer,  pareixer*,  reapareixer*,  reconeixer*, 
rencixer. 

Les  verbes  marqués  d'une  astérisque  comme  coneixer,  font  :  que  conegui,  que  conegués  au 
présent  et  à  J'imparfait  du  subjonctif. 

DEUXIÈME    CATÉGORIE 

1.  —  Beure,  boire.  Bech,  bebia,  beuré,  beuria,  que  begui, 
que  begués,  bebent,  begut. 

commoure,  deure,  moure,  ploure,  promoure,  remoure,  somoure. 

2.  —  Creure,  croire.  Crech,  creia,  creuré,  creuria,  que  cregui, 
que  cregués,  creient,  cregut. 

abstreure ,  ajeure,  asseure,  atreure,  bestreure,  contreure,  distreure, 
extreure,  jeure,  retreure,  riure,  seure,  somriure,  sustreure,  treure. 

3.  —  Coure,  cuire.  Cohi,  cohia,  coure,  couria,  que  cogui, 
que  cogués,  coent,  cuit. 

cloure,  concloure,  descloure,  encloure,  excloure,  incloure,  recoure. 

4.  —  Caure,  tomber.  Caich,  queia,  cauré,  caurîa,  que  caigui, 
que  caigués,  caient,  caigut. 

circumscriure,  complaure,  decaure,  descriure,  desplaure,  entreveure, 
escaure,  escriure,  inscriure,  plaure,  prescriure,  preveure,  proscriure, 
reveure,  reviure,  suscriure,  transcriure,  veure,  viure. 


—  283  — 

5.  —   CoRRER,     courir.    Corri,     corria,    corriré,     corrin'a,     que 
corrégui,  que  corregués,  corrent,  corregut. 

concôrrer,  deseixir,  discôrrer,  eixir,  escorrer,  incorrer,  ocôrrer,  recôrrer, 
reeixir,  sobreixir,  socôrrer. 

6.  —  PoDER,  pouvoir.   Puch,  podia,  podré,    podn'a,   que  pugui, 
que  pogués,  podent,  pogut. 

advenir,   avenir,    cabre,    convenir,   desavenir,    intervenir,    prévenir,    pro- 
venir, reconvenir,  revenir,  saber,  soler,  sobrevenir,  subvenir,  venir,   voler. 

7-   —  Anar,   aller.    Vaig,    anavi,    aniré,    aniria,    que    vagi,    que 
anés,  anent,  anat. 

contradir,  contrafer,  desdir,  desfer,  dir,  dur,  estrafer,  fer,  predir,  refer, 
satisfer. 

8.  —  Tenir,  avoir,  posséder.   Tinch,  ténia,    tindré,   tindria,  que 
tingui,  que  tingués,  tenint,  tingut. 

contenir,  détenir,  entretenir,  mantenir,  obtenir,  retenir,  sostenir. 

Voir    dans    le    texte    les  verbes  irréguliers   obrir,  tenir,    pendre, 
voler,  viure  et  anar.   Chercher  ces  verbes  dans  la  liste  ci- dessus. 


—  284  — 

24"*^  LEÇON  —  Instantanées 

L'ayrc  es  pur  y  cl  ce)  es  blau. 
El  jardî  s'adorm  en  pau 
Mcntrc  el  sol   se'n  va  â  la   posta 
Dant  l'adeu  ab  raigs  daurats 
Als  arbres  endormiscats 
Que  no  li  tornen  resposta. 

Qu'es  aqueix  baume  exquisit 
Que,  quan  arriba  la  nit, 
Al  passar  la  brisa  deixa  ? 
No  séria,  per  etzar, 
L'olor  que  deixa  al  passar 
La  primavera  mateixa  ? 

La  terra  s'adorm  en  pau 
La  lluna,  desde  '1  cel  blau 
ObrJnt  ses  aurees  parpelles 
Guayta  â  la  terra  y  somriu 

Y  no  se  pas  que  'Is  hi  diu 
Que  somriuen  les  estrelles. 

Ombra  y  silenci...  Ja  es  nit. 
Els  aucells  s'han  adormit 
Ab  el  capet  sota  l'ala, 

Y  somien  camps  de  blat, 
Sempre  ros,  sempre  granat, 
Bressat  per  cants  de  cigala. 

Apeles  Mestres,  Croquis  ciutadans. 

Vocabulaire 

s'adorm,  s'endort  endormiscats,     somnolents,      à     demi 
mentre,  pendant  que  endormis 

se'n  va  à  la  posta,  est  sur  le  point  de  exquisit,  exquis 

se  coucher  aurees,  dorées 

dant,  donnant,  du  verbe  dar,  donner  parpelles,  paupières 


—  285  — 
Exercices 

Traduction  française  du  texte.  —  Les  deux  derniers  vers  de  la 
3""  strophe  sont  assez  difficiles  à  rendre. 

Composition  catalane.  —  Traduction  du  texte  en  prose  cata- 
lane, chaque  strophe  constituant  un  paragraphe. 

Composition  française.  —  1°  Le  soir.  Rédigez  un  petit  devoir 
sous  ce  titre  en  vous  inspirant  des  idées  exprimées  par  l'auteur 
dans  les  deux  premières  strophes  et  en  y  ajoutant  vos  idées  per- 
sonnelles. 

2°  La  nuit.  Même  genre  de  devoir  avec  les  deux  dernières 
strophes. 

Récitation.  —  Apprendre  par  cœur  :    i    Jnstanlanees  ;  i'  T^ecorh. 

Conjugaison  bilingue.  —  Conjuguer  aux  temps  simples  les  ver- 
bes adormtrse  et  s'endormir. 

Notes  grammaticales 

Le  participe  présent-  —  Le  participe  présent  catalan  se  ter- 
mine en  ant,  enl  ou  int. 

11  est  invariable  quand  il  joue  le  rôle  de  verbe,  c'est-à-dire 
lorsqu'il  exprime  une  action. 

Voir  dans  le  texte  :  dajit  l'adeu,  obrinf  ses  parpelles. 

11  est  variable  quand  il  joue  le  rôle  d'adjectif,  c'est-à-dire  lors- 
qu'il exprime  un  état,  une  qualité. 

Le  participe  passé.  —  Le  participe  passé  catalan  se  termine  en 
aff  il,  ut,  ou  ert.  Il  peut  être  employé  sans  auxiliaire,  avec  1  auxi- 
liaire esser  ou  avec  l'auxiliaire  haver. 

Employé  sans  auxiliaire,  il  joue  le  rôle  de  qualificatif  et  s'ac- 
corde en  genre  et  en  nombre  avec  le  nom  auquel  il   se  rapporte. 

Voir  dans  le  texte  daurats,  endormiscats,  granat,  bressat. 

Employé  avec  l'auxiliaire  esser  il  s'accorde  en  genre  et  en  nom- 
bre avec  le  sujet. 

Ex.  :  Els  arbres  son  endormiscats. 


-    286  — 

Employé  avec  l'auxiliaire  baver  il  reste  invariable. 

Ex.  :  He  llegii  très  lUbres,  j'ai  lu  trois  livres. 

Ets  très  llibres  que  he  llegit,  les  trois  livres  que  j'ai  lus. 

Voir  dans  le  texte  :  els  aucells  s'han  adormil. 

Mais  le  participe  passé  construit  avec  baver  peut  aussi  s'accor- 
der avec  le  complément  direct,  que  ce  complément  soit  placé 
avant  ou  api  es. 

Ex.  :  fie  llegida  la  seua  hisloria,  j'ai  lu  son  histoire. 

"Vetaqui  l  historia  que  he  llegida,  voici  l'histoire  que  j'ai  lue. 

On  peut  donc  conclure  que,  comme  dans  le  vieux  français  (j), 
le  participe  avec  baver  varie  au  gré  de  l'écrivain. 

Remarque.  —  Lorsque  le  participe  passé  du  verbe  fer  est  suivi 
d'un  infinitif  et  que  le  complément  direct  est  un  des  pronoms  la, 
los,  les,  ce  participe  s'accorde  avec  le  complément. 

Ex.  :    Sembla  que  la  porta  es  nova  perqué  l'hem  fêta  pintar. 

On  dirait  que  la  porte  est  neuve  parce  que  nous  l'avons  fait 
peindre. 

Ce    participe    étant   variable    en    catalan,  il    en  résulte  que  les 
élèves  commettent  couramment  une  faute  en  français. 
Ex.  :  Cette  porte,  nous  V zvons  f(iite  peindre. 


(i)  Clément  Marol,  dans  son  J{ecours  en  grâce,  écrit  : 

«  Sur  mes  deux  bras  ils  ont  la  main  posée.   » 

Et  Brantôme,  à  la  même  époque,  dans  ses  Mémoires  : 
«   Après  qu'il  zut  fermé  la  lettre,    u 

Plus  prés  de  nous,   Molière,  dans  \"Ecole  des  maris  : 

«  Il  m'a,  droit  dans  ma  chambre,  une  boite 


—  287  — 

25^^  LEÇON  —  Lo  porter 

Darrera  d'aquella  porta  de  roure  que  tenîa  en  planxa 
d'accr  grabat  lo  nom  Gil  Foix,  topava  '1  visitant  amb  un 
porter  vestit  de  panyet  blau,  botons  de  plata  y  les  inicials 
G.  F.  del  mateix  metall,  cusides  al  coll. 

Era  un  home  fornit  y  rabassut,  d'afable  parlar,  veu 
grossa,  ull  gris  y  esguart  burleta.  En  l'espessedat  de  son 
cabell  curt  y  blanch,  plantât  sobre  d'un  front  macîs  y 
sempre  vermellôs,  en  la  forma  rodona  del  cap  y  la  quadra- 
tura  de  la  cara,  corn  en  lo  gruix  de  ses  munyeques  y  de  sos 
peus  botaruts,  hi  havia  quelcom  de  gos  de  prèsa  qu'inspi- 
rava  confiansa  al  home  de  bé  y  posava  alerta  al  dolent. 

Assegut    en    un    banquet,    al    bell    cantô     de    una    taula, 

demunt   laquai  teclejava  hores  y   mes  hores,   apenes  s'aixe- 

cava  pcr  ningû.    Clavava   interrogant    mirada   al  entrant,  y 

obtinguda  resposta,  informava  sens  badar  boca  ni  deixar  de 

teclejar,    signant    â    dreta    6   â    esquerra,    segons    l'oficina 

demanada. 

Narcis  Oller,  La  Tehre  d'or. 

Vocabulaire 


roure,  rouvre,  chène-rouvre 

planxa  d'acer,  plaque  d'acier 

topava,  rencontrait,  trouvait,  se  trou- 
ver en  présence  de 

panyet,  drap  épais  genre  militaire 

fornit,  fourni,  épais,  gras 

rabassut,  trapu,  robuste 

esguart  burleta,  regard  moqueur 

macis,  massif 

vermellôs,  rougeâtre 

quadratura,  carrure,  ampleur 

gruix,  grosseur  excessive 

munyeques,  poignets 

botaruts,  en  saillie,  saillants,  angu- 
leux 


gos  de  prèsa,  chien  de  garde 

dolent,  méchant 

assegut,  assis 

teclejava,  il  tambourinait 

apenes,  à  peine.  On  dit  aussi  :  tôt 
just 

ningû,  est  mis  ici  pour:  n'importe  qui 

clavava,  il  clouait,  il  fixait 

interrogant  mirada,  regard  inter- 
rogateur 

sensé  badar  boca,  sans  ouvrir  la  bou- 
che 

sensé  deixar  de  teclejar,  sans  cesser  de 
tambouriner 

oficina,  bureau,  guichet 


—  288  — 
Exercices 

Traduction  française  du  texte.  —  Quoique  très  facile  à  com- 
prendre ce  texte  renferme  quelques  difficultés  de  traduction, 
surtout  dans  le  2'  paragraphe. 

Composition  catalane.  —  E/  gos  de  pièsa.  Faites,  en  catalan,  le 
portrait  d'un  chien  de  garde  que  vous  avez  vu.  Suivez  le  plan  du 
texte  et  pensez  en  catalan. 

Composition  française.  —  Le  chien  de  garde.  Rédigez  en  fran- 
çais le  même  devoir  en  traduisant  librement  la  composition  cata- 
tane. 

Récitation-  —  Apprendre  par  cœur:   i' ho  porter  ;  1°  A  Yalencia. 

Conjugaison  bilingue.  —  Conjuguer  aux  temps  simples  les 
verbes  aixecarse  et  se  lever. 

Notes  grammaticales 

La  préposition.   —    Les  principales  prépositions  catalanes  sont  : 

d,  à  ;  ah,  amb,  am,  avec  ;  avans  de,  avant  ;  sobre,  sus,  sur  ;  demunt  de,  au- 
dessus  de  ;  contra,  contre  ;  ademès  de,  outre  ;  sota,  sous  ;  dessota  de,  dejusde, 
au-dessous  de;  en,  dins,  dintre  de,  dans  ;  desde,  depuis  ;  fins,  jusque;;  desprès 
de,  après  ;  tras,  detras  de,  darrera  de,  derrière  ;  devant  de,  devant  ;  a  casede, 
d  cd,  cd,  chez  ;  maîgrat,  malgré  ;  fora,  excepte,  hors,  hormis  ;  per,  pera, 
pour  ;  per,  par  ;  vora,  près  de  ;  segons,  selon  ;  sens,  sensé,  sans;  mitjansant, 
moyennant  ;  cap  à,  vers  ;  etc. 

La  conjonction.  —   Les  principales  conjonctions  catalanes  sont  : 

aixis,  ainsi  ;  aixi  corn,  ainsi  que  ;  també,  aussi  ;  com,  comme  ;  tant...  corn, 
aussi...  que;  donchs,  donc;  y,  et;  mes,  perô,  mais;  ni,  ni;  6,  ou;  perqué, 
pourquoi,  parce  que;  puix,  puisque  ;  quan,  quand  ;  que,  que;  si,  si;  mentres 
^we,  pendant  que  ;  etc. 

L'adverbe.  —   Les  principaux  adverbes  catalans  sont  : 

avant,  avans,  avantes,  antes,  avant,  auparavant  ;  ahont,  hont,  où  ;  alU,  alla, 
là;  aqui,  assi,  ici;  alli  baix,  là-bas;  alli  dalt,  là-haut;  avuy,  aujourd'hui  ; 
demd,  demain  ;  ahir,  hier  ;  desprès,  après  ;  desprès  demà,  dema-passat,  après- 
demain  ;  despusahir,  avant-hier  ;  demunt,  dessus  ;  sota,  dessota,  dejus,  dessous; 
ara,  maintenant  ;  aviat,  bientôt  ;  défera,  dehors  ;  dedins,  dedans  ;  Ituny,  loin; 
prop,  près  ;  massa,  trop  ;  poch,  peu  ;  menos,  menys,  moins  ;  mes,  plus  ;  poch  d 
poch,  peu  à  peu  ;  de  siguit,  tout  de  suite  ;  molt,  beaucoup,  plusieurs  ;  prou, 
assez  ;  també,  aussi  ;  tampoch,  non  plus  ;  allavores  allivons,  alors  ;  soviny, 
souvent  ;  sempre,  toujours  ;  may,  jamay,  jamais  ;  be,  bien  ;  mal,  mal  ;  devant, 
devant;  darrera,  derrière;  etc. 


I 


—  289  — 

L'interjection.   —   Les  principales  interjections   catalanes  sont  : 

Ay  !  ahi  !  eu  !  ey  !  fora  !  afora  !  que  !  cà  !  home  !  fà  !  llam  !  ma  !  mare  de 
Deu  !  Maria  Santissima  !  batualisto  !  etc. 

Le  peuple  emploie  malheureusement  un  grand  nombre  de 
jurons  grossiers  dont  la  langue  catalane  se  passerait  fort  bien. 

Remarques.  —  1°  La  préposition  à  ne  s'emploie  pas  en  français 
après  les  verbes  acheter  ou  vendre  suivis  du  prix.  Ainsi  l'on  dit 
que  telle  ou  telle  denrée  est  achetée  deux  sous  et  vendue  trois 
sous  et  non  :  à  deux  sous,  à  trois  sous,  ce  qui  serait  un  catala- 
nisme.  En  catalan  on  dit,  en  effet  :  Les  maduixes  se  venen  d  très 
sous,  les  fraises  se  vendent  (à)  trois  sous. 

2"  —  La  préposition  française  de  ne  traduit  pas  toujours  sa 
correspondante  catalane.  Ainsi  l'on  dit  : 

una  mostra  de  plata  et  non:  une  montre  d'argent  (i) 

una  arma  de  foch  —  une  arme  de  feu 

una  casa  de  fusta  —  une  maison  de  bois 

la  sopa  de  llet  —  la  soupe  de  lait 

la  sopa  de  cols  —  la  soupe  de  choux 

la  dona  dels  cabells  blanchs  —  la  femme  des  cheveux  blancs 

vestit  de  capitâ  —  habillé  de  capitaine  (2) 

11  faut  aussi  se  méfier  de  la  préposition  de  dans  la  traduction 
des  expressions  catalanes  fer  de  boliga,  anar  de  cami,  etc. 

3°  —  La  préposition  française  pour  se  traduit  par  pera  lors- 
qu'on veut  indiquer  la  cause.  Elle  se  traduit  indifféremment  par 
pera  ou  par  per  dans  les  autres  cas. 

Mais  per  est  aussi  la  traduction  de  la  préposition  française  par, 
d'où  la  faute  que   nous  avons  signalée  plus   haut  (Voir  4    leçon). 

4°  —  La  préposition  ab  s'exprime  en  catalan  dans  les  expres- 
sions où  le  français  sous  entend  avec. 

Ex.  :  11  marchait  les  yeux  fermés,  marxava  ab  els  utts  tançais. 
Marcher  avec  les  yeux  fermés  est  donc  un  catalanisme  à  éviter. 

5'  —  Pourquoi  et  parce  que  se  traduisent  par  perqué  ;  d'où  cet 
horrible  catalanisme  :  je  mange  pourquoi  j'ai  faim,  dans  lequel 
pourquoi  est  employé  pour  parce  que. 

(1)  Voir  dans  le  texte:  hoions  de  plata,  iniciaït  de  ntéiall,  home  d'afabte  partar. 
(i)  Mais  on   dit:  habillé,   vêtu   de   velours,   de  soie,   eJe.,    conxme   en   catalan.   Voir   dans  l< 
texte  :  vetlit  de  panyet  blau. 


—   290  — 

26'  LEÇON  —  El  piano  de  cua 

El  piANisTA  [de  la  porta  estant).  —  Salut  y  mûsica. 

La  Gansa  (girantse).  —  Hola,  noy  ! 

El  PIANISTA.  —  Que  es  aqui  que  fan  comedia...  dich,  un 
bateig  ? 

La  Gansa.  —  Si,  aqui  mateix, 

El  pianjsta  (avançant).  —  Jo  soch  el  pianista  que  han 
contractât  pel  sarau. 

La  Gansa.  —  Ah  !  hauràs  d'csperarte  una  estona, 
minyô,  perque  'Is  de)  festival  tôt  just  son  â  l'iglesia,  y 
desprès  han  de  fer  el  tech. 

El  pianista.  —  Esta  bé.  Sent  aixî,  ens  en  anirem  â  apro- 
fitar  el  tret  per  aquests  volts. 

La  Gansa.  —  No  facis  tard  ! 

El  pianista.  —  No  tingueu  por. 

La  Gansa.  —  Hont  tens  el  piano? 

El  pjANisTA.  —  Alla  fora. 

La  Gansa.  —  Ja  es  dels  bons,  dels  de  confiança? 

El  pianista.   —  Es  meilor  que  una  orquestra. 

La  Gansa.   —  Que  es  dels  que  tenen  campanetes? 

El  pjANisTA.  —  No  :  el  meu  es  de  cua. 

La  Gansa.  —  Ah  1  d'aquells  que  se  toquen  amb  els  dits? 

El  pianista.  —  Jo  '1  toco  am  les  mans. 

La  Gansa.  —  No  dius  que  es  de  cua  ? 

El  pianista.  —  Si.  [Treyentse  7  manubri  de  la  bufxaca  de 
la  brusa).  Mireu-la. 

Ignasi  Iglesias,  Tlor  tardana,  escena  xxi. 

Vocabulaire 

bateig,  baptême  '  aquests   volts,   ces  parages,   les  envi- 

sarau,  ba)  rons,  les  alentours 

estona,  moment  manubri,  manivelle 

el  tech,  le  repas,  la  collation  butxaca  delà  brusa,  poche  de  la  blouse 

el  tret,  du  v.  traure,  la  sortie 


Exercices 

TraducHon  française  du  texte.  —  Ce  dialogue  est  facile  à  rendre. 

Composition  catalane.  —  E/  piano  de  cua.  —  Le  baptême  est 
terminé,  les  invités  sont  déjà  à  table  et  le  pianiste  n'est  pas 
encore  revenu.  Imaginez  un  dialogue  entre  la  Gansa  et  un  invité 
au  sujet  du  piano  et  du  pianiste. 

Composition  française.  —  Le  piano  mécanique.  —  Le  bal  vient 
de  commencer  et  le  pianiste  est  à  son  poste.  Décrivez  la  fête  et 
insistez  surtout  sur  le  pianiste  et  son  instrument. 

Récitation.  —    Apprendre  :     T    E/  piano  de  cua  ;  2*  Miseta. 

Conjugaison  bilingue.  —  Conjuguer  girarse    et  se  retourner. 

Notes  grammaHcales 

Etymologie  :  dérivés  et  composés.  —  On  appelle  dérivé  un 
mot  formé  d'un  mot  primitif  (ou  racine)  suivi  d'un  suffixe. 

Voir  dans  le  texte  :  festival  qui  est  un  dérivé  de  festa. 

On  appelle  composé  un  mot  que  l'on  forme  avec  un  mot 
primitif  (ou  racine)  précédé  d'un  préfixe. 

Voir  dans  le  texte  :  contractai  qui  est  un  composé  de  Iractar  (  j). 

On  appelle  diminutifs  et  augmentatifs  des  suffixes  qui  dimi- 
nuent ou  augmentent  le  sens  du  primitif.  On  appelle  péjoratif 
des  suffixes  qui  ajoutent  au  sens  du  primitif  une  idée  défavorable. 

Voir  dans  le  texte  :  campanetes. 

Campaneta    est  le  diminutif  de  campana  ; 

Campanassa  en   serait  l'augmentatif; 

Campanota  (cloche  de  peu  de  valeur)  en  serait  le  péjoratif. 

On  appelle  familles  de  mots  l'ensemble  de  tous  les  mots  ayant 
la  même  racine. 

Ex.  :  1°  Campana,  cloche  ;  campanar,  clocher  ;  campaner,  sonneur;  campa- 
nejar,  sonner;  campànula,  campanule;  campaneta,  petite  cloche;  campa- 
nassa, grosse  cloche  ;  campanota,  cloche  médiocre. 

2°  Vo/f,  tour  ;  uo/fanf,  autour  ;  uo/far,  tourner  autour  ;voltejar,  faire  tourner; 
voltejador,  qui  tourne  autour. 

3°  7^/e5ia,  église  ;  eccîésiarca,  sacristain;  ecclesiàstich,  ecclésiastique. 

^°  Tractar.  traiter;  contractar,  faire  une  convention;  contracciô,  distracciô, 
extracciô,  retractar,  retrat,  (portrait),  etc. 

())  Le  mot  primitif  ou  racine  serait  plutôt  :  traure. 


—  29^  — 

î;*"*   leçon  —  La  vaca  cega  * 

Topant  de  cap  en  una  y  altra  soca  ; 
Avançant  d'esma  pel  camî  de  l'aygua, 
Se  'n  ve  la  vaca  tota  sola.  Es  cega. 
D'un  cop  de  roch  Uençat  am  massa  traça, 
El  baylet  va  desferli  un  ull,   y  en  l'altrc 
Se  li  ha  posât  un  tel  :  la  vaca  es  cega. 
Ve  â  abeurarse  à  la  font  com  ans  solîa, 
Mes  no  amb  el  ferm  posât  d'altres  vegades 
Ni   am  ses  companyes,  no  :  ve  tota  sola. 
Ses  germanes,   pels  singles,  per  les  comes, 
Pel  silenci  dels  prats  y  en  la  ribera, 
Fan  sonar  l'esquellot,  mentres  pasturen 
L'herba  fresca  â  l'etzar...  Ella  caurîa. 
Topa  de  morro  en  l'esmolada  pica 

Y  recula  afrontada  ;  perô  torna, 

Y  abaixa  '1  cap  â  l'aygua,  y  beu  calmosa. 
Beu  poch,  sens  gayrc  set.  Desprès  aixeca 
Al  cel,  énorme,  l'embanyada  testa 

Amb  un  gran  gesto  trâgich  ;  parpelleja 

Sobre  les  mortes  nines,   y  se  'n  torna 

Orfe  de  llum  sota  del  sol  que  crema, 

Vacilant  pels  camins  inoblidables, 

Brandant  llanguidament  la  llarga  cua. 

Joan  Maragall. 

'  Vocabulaire 

ctga,  aveugle  ferm  posât,  l'allure  ferme 

topant  de  cap,  cognant  de  la  tète  singles  ou  cingles,   chaînes   de    mon- 

soca,  souche  tagnes. 

d'esma  par  routine,   par  habitude  comes,  collines 

massa    traça,    avec    trop     d'adresse,       l'esmolada  pica,  l'auge  usée,  la  pierre 

d'habileté  usée  de  l'auge 

ballet,  valet,  jeune  domestique  afrontada,  confuse 

ans,  avant,  auparavant,  autrefois  calmosa,  lentement 

tel,  pellicule,  tache  nines,  prunelles 

solia,  avait  l'habitude  de  orfe,  orpheline,  privée  de 

(i)  On  remarquera  dans  cette  belle  poésie  l'absence  de  la  rime.  Ces  vers  non  rimes  prennent 
je  nom  de  vers  blancs  et  sont  très  usités  en  catalan. 


—  29^  — 
Exercices 

TraducHon  française  du  texte.  —  Cette  belle  poésie  ne  pré- 
sente aucune  difficulté  de  traduction. 

Composition  catalane.  —  Traduire  le   texte  en  prose   catalane. 

Composition  française.  —  La  vache  aveugle.  Rédigez  un  devoir 
sous  ce  titre,  en  traduisant  librement  le  texte. 

Récitation.  —  Apprendre  par  cœur  :   i°  La  vaca  cega  ;  i°  INinâ. 

Conjugaison  bilingue.  —  Conjuguer  les  verbes  abeurarse  et 
s'abreuver  aux  temps  simples. 

Notes  grammaticales 

Etymologie-  —  D'après  ce  que  nous  avons  vu  dans  la  précé- 
dente leçon,  il  est  facile  de  reconnaître  dans  le  texte  les  mots  : 
fer  dans  desferli  ;  beute  dans  abeurarse  ;  past  (nourriture)  dans 
pasturen  ;  mola  (meule)  dans  esmolada  ;  front  dans  afronlada  ;  baix 
dans  abaixa  ;  banya  dans  embanyada  ;  oblit  dans  inobïidables . 

EXERCJCES 

r  Traduire  les  mots  suivants  en  soulignant  les  préfixes  : 

abusar,  benfactor,  malifeta,  desfer,  desplegar.  descobrir,  contradir,  enfari- 
nar,  enrabiar,  perfeccio,  sobresalt,  adoptar,  administraciô,  confrare,  besavi, 
refer,  reconeixer,  circumferencia,  distreurc,  distancia,  inûtil,  indigne,  es- 
borrar,  escalfar,  exposar,  extreure,  interrompre,  preveurc,  prévenir,  trans- 
portar,  suplicar. 

1°  Traduire  les  mots  suivants  en  soulignant  les  suffixes: 

dolçor,  lluminôs,  selvatge,  soldat,  grogor,  lletgésa,  bogeria.  rojor,  rocam, 
brancam,  dolcissim,  bufetada,  montanya,  esplendidesa.  sudorifich,  gigantàs, 
homenas,  homenet,  homenot,  llampegar,  manyagar,  bracejar,  nomenar. 


—  ^94  — 

28^  LEÇON  —  La  pujada 

A  la  esquerra  dcl  carro  s'aixecava  un  marge  altérés,  mes 
eixjt  ùe  dalt  que  de  baix,  com  â  punt  d'esllavissarse  sobre  '1 
camî,  perô  contingut  per  paretotes  seques  y  desiguals,  ven- 
trudes  assà  y  alla  y  mes  perilloses  que  '1  marge  mateix.  Al 
cim  s'arrapaven  les  tanques  de  les  feixes,  fêtes  â  trossos, 
ab  atzavares  assocades,  quines  fulles,  testes  y  polpudes, 
ferien  l'espay  com  glavis  apomellats,  y  â  trossos  ab  tamarius 
de  brancada  bellugadissa  6  rengleres  d'arns  que  allavors 
començaven  sa  blanca  florida  tota  enrondada  de  punxes. 

De  l'altra  banda,  y  â  cosa  de  cana  y  mitja  per  sota  la  car- 

retera,  s'estenîa  '1  plâ  de  Ridorta,  abrassat  al  turô  y  tôt  ell 

divfs   en   partions   simètriques,   mateix   que   un  gran  tauler 

d'escachs.   Aquestes    partions  eren   els  horts  de  regadiu,  la 

riquesa    del    poble,    esmersada    â    bocinets    entre    tots    els 

vehins,  mercès  â  antichs  establiments  emfitèutichs.  Alesho- 

res  s'hj  veyen  virolejar  arreu.  les  notes  frescals  y  alegres  de 

la  verdura  tendra,  clapejant  la  grogor  colrada  del  terrer,  en 

mitg  dels  viarons  d'aygua  clara,  qu'espurnejaven  al  sol  com 

llenques  d'espill. 

Victor  Catala,  Soîitut. 


Vocabulaire 


esquerra,  gauche 

carro,  chariot 

marge  altéras,  berge  ou  talus  élevé 

mes  eixit,  plus  en  saillie 

esUavissarse,  s'ébouler 

pareloles,  péjoratif  de  parets,  murs 

s'arrapaven,  s'attrapaient,  se  cram- 
ponnaient, s'accrochaient 

tanques,  haies,  clôtures 

feixes,  terrasses 

à  trossos,  par  morceaux,  en  partie 

atzavares  assocades,  aloès  raidis,  ri- 
gides 

testes  y  polpudes,  pointues  et  charnues 


ferien  l'espay,  blessaient  (perçaient) 
l'espace 

glavis  apomellats,  glaives  réunis,  bou- 
quet de  glaives 

tamarius,  tamaris,  arbrisseaux  à  feuil- 
les menues 

bellugadis,  frétillant 

arns,  ou  espinavis,  paliure.  Certains 
auteurs  emploient  le  mot  arn  pour 
désigner  l'aubépine 

à  cosa  de,  à  environ 

carreler  a,  route 

turô,  coteau 

partions,  parts  ou  porcwns,  petites 
parties 


29^    — 

tauler  d'escachs,  échiquier  arreu,  en  certains  endroits 

horts  de  regadiu,  jardins  à  l'arrosage  frescals,  frais 

esmersada,  dépensée,  employée.  clapejant,  tachetant 

hocineis.  petits  morceaux  la  grogor  colrada,  le  jaune  doré 

vehins,  habitants  viarons,  canaux  d'arrosage 

mercès  a,  grâce  à  espurnejaven ,      étincelaient ,      scintil- 

establiments  emfifèufichs,  bails  emphy-  laient,   miroitaient 

téotiques  ou  à  long  terme  llenques  d'espill,  tranches  de  miroir 
virotejar,     briller     en    changeant    de 

couleur,   chatoyer 

Exercices 

TraducUon  française  du  texte.  —  Ce  texte  comprend  un  assez 
grand  nombre  de  mots  qui  ne  sont  pas  usités  en  Roussillon.  Aussi 
avons-nous  cru  bien  faire  en  augmentant  le  vocabulaire. 

Composition  catalane.  —  Reproduire  cette  belle  description 
en  remplaçant  toutes  les  fois  que  cela  sera  possible  chaque  mot 
catalan  par  un  autre  mot  ou  par  un  détour  donnant  un  sens  équi- 
valent. 

Composition  française.  —    Faire   la  traduction   libre   du  texte. 

Récitation-  —  Apprendre  par  coeur  :  i°  La  pujada  ;  i'  Canî  pti- 
maverench. 

Conjugaison  bilingue.  —  Conjuguer  les  verbes  aixecarse  et 
se  dresser. 

Notes  grammaticales 

Etymologie.  —  Un  mot  catalan  peut  souvent  servir  à  découvrir 
l'origine  et  la  véritable  signification  d'un  ou  plusieurs  mots 
français. 

Prenons,  par  exemple,  dans  le  texte  le  mot  alterôs.  Ce  mot, 
dérivé  de  ail,  haut,  donne  immédiatement  à  l'élève  qui  ne  con- 
naît pas  le  latin,  allus,  la  signification  des  mots  français  :  altesse, 
altitude,  altier,  alto,  autel  (cat.  :  allar)  contralto,  exaltation,  exal- 
ter, exaucer,  exhausser,  hausser,    hautain,  hauteur,  etc. 

De  même,  sans  connaître  le  latin  oleum,  le  jeune  élève  catalan 
trouvera  facilement  la  signification  des  mots  français  :  oléagineux, 
oléacé,  oléifère,  oléine,  pétrole,  etc.,  qui  lui  est  indiquée  par  le 
mot  catalan  oli.  Le  mot  pétrole  qui  contient  oli  et  pedra  (huile  de 
pierre,   huile    minérale),  le   mot  salpêtre  qui  contient  sal  et  pedra 


—  296  — 

''sel  de  pierre,  azotate  de  potasse)  l'intéresseront  certainement 
quand  on  les  décomposera  devant  lui. 

D'autres  mots  encore  qui  ne  lui  diraient  rien  s'il  ignorait  son 
idiome  local  seront  au  contraire  très  intéressants  à  définir.  Tels 
sont  :  ligneux,  gigantesque,  campanile,  nasal,  carbone,  calorique, 
aqueux,  horticulture,  pisciculture,  calcium,  calciné,  cavalcade, 
floraison,  capitaine,  cordial,  etc.,  etc.,  qui  lui  rappelleront  les 
mots  catalans  :  llenya,  gigant,  campana,  nas,  carbô,  calor,  aygua, 
hort,  peix,  cals,  cavall,  flor,  cap,  cor,  etc. 

On  pourrait  citer  encore  d'autres  mots  intéressants.  Par 
exemple  : 


Carnivore 

fébrifuge 

gallinacée 

prédicateur 

campement 

scolastique 

capricieux 

cantate 

brancard 

caricature 

gingivite 

escalader 

mastication 

girouette 

ligature 


plus  près  du  catalan 


carn, 

febre , 

galtina 

predicar 

camp 

escota 

cabra 

cantar 

branca 

carregar 

gingiva 

escaîa 

mastegar 

girar 

Itigar 


que  du  français 


chair 

fièvre 

poule 

prêcher 

champ 

école 

chèvre 

chanter 

branche 

charger 

gencive 

échelle 

mâcher 

tourner 

lier,    etc. 


On  voit   par  ces  exemples  combien  le  catalan  peut  être    utile 
au  point  de  vue  étymologique. 


(A  suivre) 


Louis  Pastre. 


5' Année.  S' 57  15  Septembre  1911. 


Le»   Manuscrits  non  inscres 
ne  sont  oas  rcnaus. 


Les  Articles   oarus  dans  la   Revue 


REVUE 

CATALANE 

La  poésie  populaire  catalane 

On  s'intéresse  beaucoup  de  nos  jours  aux  manifestations 
de  l'âme  populaire.  11  s'^st  créé  même  dans  ce  sens  tout  un 
ordre  d'études  nouvelles.  On  recueille  avec  le  plus  grand 
soin  et  de  tous  les  côtés  ce  qui  peut  enrichir  la  science 
qu'on  est  convenu  d'appeler,  d'un  nom  qui  malheureu- 
sement n'a  rien  de  français,  le  Folklore  ;  et  même  les 
folkloristes,  puisque  folkoristes  il  y  a,  deviennent  dans  tous 
les  pays  de  plus  en  plus  nombreux,  de  plus  en  plus  actifs. 
Nos  régions  méridionales,  où  se  sont  conservées  encore 
tant  de  traditions,  demeurent  particulièrement  favorables  à 
ces  recherches.  Le  Roussillon  représente  à  ce  point  de  vue 
une  de  celles  peut-être  qui  sont  restées  le  plus  fertiles  :  les 
chercheurs  y  font  sans  cesse  des  découvertes  infiniment 
précieuses. 

Les  chansons  catalanes,  —  et  cela  n'est  assurément  pour 
étonner  personne  —  présentent  la  plupart  des  caractères 
généraux  de  la  poésie  populaire.  On  a  beau  passer  d'un 
pays  à  l'autre,  on  retrouve  toujours,  si  ce  n'est  un  fonds 
commun  ou  une  matière  commune,  tout  au  moins  quelques 
traits  invariables.  Les  nuances  individuelles  évoluent  autour 
de  ces  lignes  principales  et  en  font  l'accompagnement 
typique  :  elles  donnent  à  l'ensemble  une  couleur  parti- 
culière, et  c'est  justement  cela  qui   constitue   l'un  des  côtés 


—  298  — 

les  plus  intéressants  de  chaque  Folklore,  Or  quelle  poésie 
plus  belle  que  celle  du  peuple  ? 

Ce  que  nous  aimons  dans  cette  poésie,  c'est,  en  effet, 
d'abord  sa  spontanéité  et  sa  simplicité  charmantes,  la  fraî- 
cheur et  l'ingénuité  de  ses  images,  la  sincérité  de  son  accent, 
tous  les  dons  naturels  qui  ravissent  l'âme.  Quand  nous  nous 
sentons  las  des  raffinements  et  des  subtilités,  des  compli- 
cations et  de  l'artifice  de  la  poésie  et  de  la  musique  contem- 
poraines, c'est  avec  plaisir,  c'est  avec  émotion  que  nous  nous 
tournons  enfin  vers  la  poésie  et  la  musique  du  peuple  et 
que  nous  approchons  nos  lèvres  enfiévrées  de  cette  source 
d'eau  vive,  et  fluide,  et  transparente,  qui  semble  garder  en 
elle  tous  les  arômes  des  bords  verdoyants  entre  lesquels 
elle  a  coulé. 

Ce  sont  ces  mêmes  qualités,  bien  entendu,  que  nous 
retrouvons  dans  les  chansons  catalanes.  Et  nous  y  retrou- 
vons aussi,  il  faut  bien  le  dire,  quelques  autres  caractères 
comme  l'incohérence,  l'obscurité,  les  négligences,  la  trivia- 
lité, l'abandon,  qui  sont  inséparables  de  la  poésie  anonyme 
et  orale,  transmise  de  génération  en  génération  et  subissant 
dans  ce  passage  toutes  les  atteintes,  pour  ne  pas  dire  toutes 
les  souillures.  Mais  cela  même  ne  va  pas  sans  leur  ajouter 
pour  nous  un  charme  de  plus,  sans  leur  donner  une  valeur 
nouvelle  ;  car  nous  y  voyons  une  preuve  d'authenticité, 
comme  leur  marque  d'origine.  La  mémoire  des  hommes 
n'est  pas  toujours  fidèle,  et  ces  défaillances  ont  une  candeur 
primitive  qui  nous  rappelle  le  babillage  naïf  et  confus,  mais 
divin,  des  petits  enfants. 

Les  chansons  populaires  catalanes  présentent  encore  une 
autre  particularité.  Quand  on  les  a  entendues  une  fois,  on 
ne  peut  oublier,  en  effet,  la  douce  tristesse  qui  en  émane, 
leur  mélancolie  nostalgique  qui  nous  berce  amoureusement 
et  nous  dispose  à  la  rêverie.  Presque  toutes  sont  de  lentes 


—  ^99  — 
mélopées  où  les  thèmes  se  répètent,  reviennent  avec  une 
sorte  d'obstination  résignée.  Elles  sont  filles,  la  plupart, 
des  bergers,  des  bûcherons,  des  travailleurs  de  la  terre, 
âmes  rustiques  et  simples,  gens  qui  passent  leur  vie  en 
contact  direct  avec  la  nature,  en  des  paysages  de  solitude 
et  de  contemplation,  et  qui  ont  non  seulement  toute  leur 
journée,  mais  leur  vie  entière,  pour  donner  à  leurs  chants 
l'étendue,  la  démarche  que  comportent  les  conditions  dans 
lesquelles  ces  chants  naissent  et  se  développent.  Parmi 
toutes  ces  chansons,  il  y  en  a  évidemment  aussi  de  gaies  et 
réjouissantes,  d'un  rythme  plus  vif.  plus  alerte  ;  mais  ce 
sont  les  autres  qui,  exprimant  le  plus  profondément,  le  plus 
éloquemment,  le  plus  artistiquement  l'âme  et  la  terre 
catalanes,  sont,  de  ce  fait,  les  plus  intéressantes  pour  nous, 
comme  les  plus  chères  au  cœur  de  tout  Catalan. 

Remarquez  la  situation  géographique  des  deux  grands 
pays  de  langue  catalane,  le  Roussillon  et  la  Catalogne. 
Les  plaines  ondoyantes  et  fertiles,  les  fraîches  et  douces 
vallées,  les  rêveuses  et  libres  montagnes,  les  plages  paisibles 
et  sereines,  tout,  dans  ces  terres  fortunées,  ne  devait-il  pas 
favoriser  l'innombrable  éclosion  de  strophes  harmonieuses, 
plus  charmantes  les  unes  que  les  autres  ?  Elles  s'y  sont 
épanouies,  en  effet,  avec  l'œillet  des  bois  ou  la  fleur  de 
bruyère,  avec  le  romarin,  la  farigoulette  et  la  lavande  ; 
elles  se  sont  envolées  un  peu  de  chaque  coin  de  verdure 
avec  le  moineau,  le  rossignol,  l'alouette  huppée,  le  merle 
ou  la  caille.  La  variété  même  du  sol  préparait  et  explique 
aussi  la  variété,  la  richesse  de  cette  littérature  du  peuple. 
Ajoutez  à  ces  conditions  propices  la  caressante  et  vivifiante 
lumière,  l'un  des  éléments  constitutifs  de  l'âme  catalane  ; 
ajoutez  encore  la  protection  ou  les  bienfaits  de  la  tempé- 
rature, qui  ne  sont  pas  négligeables  non  plus  pour  bien 
comprendre  cette  âme  et  la  bien  déterminer.  Ajoutez  enfin, 


—  3oQ  

comme  d'ailleurs  une  conséquence  naturelle  de  ce  qui 
précède,  le  caractère  de  la  race  catalane,  rêveuse  et  active  à 
la  fois,  contemplative  et  pratique  tout  ensemble,  orientée 
en  même  temps  vers  l'idéal  et  vers  la  vie,  selon  la  nature 
de  sa  terre  et  les  conditions  de  son  existence.  Nous  retrou- 
vons tout  cela  dans  le  «  cançoner  »  catalan. 


Mais  les   deux   plus  connues   des   chansons  catalanes  en 
Roussillon,  c'est-à-dire  Jffontanyes  T^egalades  et  ho  Pardal, 
ne  sont  pas   seules  à  être  belles.  Si    la  première   a  fini  par 
devenir  pour    nous   comme  un  hymne  patriotique,  et  si  la 
seconde    est    tellement    populaire    qu'elle    monte    instincti- 
vement aux  lèvres  du  plus  indifférent  des  roussillonnais,  ces 
deux  mélodies  ont  cependant  des   sœurs  qui  peuvent  riva- 
liser avec  elles  pour  l'attendrissante    évocation   de  la  terre 
bien-aimée  ou  la  pénétrante   ferveur  de  paroles   familières  ; 
et  même  certains  sentiments,  certaines  pensées,  mêlés   aux 
éléments  caractéristiques  de   la   poésie  primitive  du    peuple 
méridional,  y  prennent  une  intensité,  y  atteignent  une  pro- 
fondeur qui  ne  manquent  pas  de   surprendre  le  chercheur 
et    l'artiste.    Tous    les    tons,    d'ailleurs,    tous    les   accents, 
depuis  l'idylle  jusqu'au  drame,  de  la   douceur  rustique  à  la 
passion  fatale,  l'amour  et  la  mort,  la  sereine  confiance  dans 
la  vie  et  la  foi  prosternée   devant   le  mystère,  la  fièvre  qui 
consume  et  les  désirs  apaisés,  la  nostalgie  dans    l'exil  et  le 
charme  de  vivre  au  pied  de  la   montagne  qu'on  préfère  !  11 
n'est  pas  possible,    croyons-nous,    d'imaginer  un   type   qui 
n'ait  ici  son  équivalent,  tant  la  muse  populaire   catalane  est 
riche    et    féconde,    tant    les  exemplaires    de    chaque    genre 
abondent  chez  nous  de  toutes  parts. 

C'est  donc  un  vrai  trésor  que  nous  possédons  là,  et  nous 
devons  nous  en  montrer  jaloux.  Ainsi,  notre  premier  mou- 


—  3o  1    — 

vement  sera  de  rechercher  partout  ce  qui  peut  rester  encore, 
dans  la  tradition  orale,  de  tous  ces  petits  poèmes  où  s'est 
ramassé  avec  amour  un  peu  de  l'âme  et  de  la  vie  de  ceux 
qui  la  composèrent.  Emanation  directe  des  sillons  de  notre 
terre,  des  rivières  qui  la  fécondent,  de  nos  sentiers  sinueux 
et  parfumés,  de  nos  forêts  moussues  ou  de  nos  garrigues 
brûlantes,  de  nos  sommets  purifiés  par  la  tramontane  ou  de 
nos  rivages  baisés  par  les  flots  méditerranéens,  ces  chansons 
nous  les  font  aimer  comme  eux-mêmes  les  aimèrent,  nous 
donnant  par  surcroît  le  goût  d'une  vie  plus  simple,  de 
moeurs  plus  près  de  la  nature.  Pour  ces  raisons  diverses, 
fouillons  sans  relâche  dans  tous  les  coins  de  notre  pays  : 
descendons  au  fond  des  ravins  où  l'écho  répète  longuement 
la  voix  de  quelque  gardeur  de  chèvres  ;  gravissons  les  che- 
mins en  pente  où  passent  en  chantant  de  jeunes  muletiers 
juchés  sur  leurs  bêtes  nerveuses  toutes  couvertes  de  pompons 
et  de  grelots  ;  entrons  dans  les  châtaigneraies,  les  rouvraies 
et  les  pinèdes,  pour  y  entendre  le  charbonnier  ou  le 
bûcheron  ;  suivons  les  troupeaux  sur  les  cimes  désertes  et 
laissons-nous  guider  par  la  rapsodie  monotone  du  vieux 
betger.  Puis,  après  avoir  noté  scrupuleusement  vers  et 
musique,  publions  dans  des  revues  ou  des  journaux,  dans 
des  recueils  compacts  et  méthodiques,  tout  ce  que  nous 
aurons  ainsi  récolté.  On  a  déjà  publié  un  très  grand  nombre 
de  ces  œuvrettes  anonymes  ;  mais  nous  avons  la  conviction 
qu'il  en  reste  presque  autant  d'inédites.  Complétons  aussitôt 
l'œuvre  de  science  et  d'amour  entreprise  déjà  par  de 
fidèles  adorateurs  de  l'âme  et  de  la  muse  populaires. 

Mais  notre  respect  ne  doit  ressembler  en  rien  à  des 
devoirs  funèbres  ;  nous  ne  voulons  pas  édifier  un  sépulcre, 
et  même  nos  recueils  ne  seront  pas  seulement  comme  ces 
grandes  vitrines  fermées  où  l'on  vient  admirer,  sur  les 
rayons,  des  objets  précieux,  désormais  sans  usage,  ou   des 


—    3o2     — 

insectes  rares,  mais  privés  de  mouvement.  Ces  recueils 
devront,  au  contraire,  encourager  le  poète  et  le  compo- 
siteur à  l'utilisation  des  thèmes  populaires,  source  inépui- 
sable où  ils  viendront  rajeunir  leur  art  et  dont  la  fraîcheur 
circulera  dans  toute  leur  oeuvre.  Le  peintre  et  le  sculpteur, 
ciseleur  de  marbre,  pétrisseur  d'argile,  pourront,  à  leur 
tour,  en  évoquer  le  souvenir,  ou  même  ériger  en  symbole 
de  la  race  telle  forme  lyrique  et  idéale  de  cette  inspiration. 
Les  chorales  enfin  gagneraient  à  avoir  à  côté  de  leur  réper- 
toire français,  hélas  !  si  souvent  médiocre  et  interprété  avec 
un  accent  si  comique,  tout  un  répertoire  régional,  bien 
facile  d'ailleurs  à  constituer,  qui  conviendrait  mieux  à  leurs 
origines  catalanes  et  à  l'interprétation  duquel  elles  appor- 
teraient plus  de  dispositions  naturelles,  une  spontanéité  et 
une  conviction,  si  j'ose  dire,  plus  artistiques.  11  n'est  pas 
jusqu'aux  harmonies  presque  aussi  nombreuses  que  les 
chorales,  mais  surtout  aux  cohlas  indispensables  pour  nos 
danses  les  jours  de  fêtes,  qui  ne  trouveraient  dans  cette 
musique,  ingénieusement  adaptée  aux  présentes  exigences, 
les  premières,  quelques  raisons  de  se  faire  pardonner  leur 
faiblesse,  les  secondes,  des  raisons  plus  compréhensibles 
d'exister.  Pourquoi  les  organisateurs  de  concerts,  soirées 
artistiques  ou  autres,  ne  songeraient-ils  pas  à  l'originalité 
et  à  la  réussite  probable  de  cette  tentative,  qui  en  vaut  bien 
d'autres,  au  demeurant,  et  ne  peut  d'ailleurs  qu'être  louée  de 
nous  tous  ?... 

Nous  n'empêcherons  pas,  bien  évidemment,  les  chansons 
à  la  mode  de  courir  les  rues  ;  le  café  concert  et  l'orgue  de 
barbarie  continueront  à  approvisionner  nos  villes  et  nos 
villages.  Cela,  nous  devons  nous  résigner  à  l'accepter 
d'avance  ;  c'est  un  tribut  que  nous  sommes  dans  l'obliga- 
tion de  payer  chaque  jour  au  progrès  et  à  l'esprit  moderne 
(et  veuillez  croire  que  je  m'efforce  de  ne  point  trop  sourire 


—  3o3   — 

en  écrivant  ces  mots).  Quoi  qu'il  nous  en  coûte,  il  faut  nous 
soumettre,  en  effet,  aux  nécessités  contemporaines,  et, 
comme  dit  l'autre,  être  de  notre  temps.  Nous  aurions  beau 
faire,  d'ailleurs,  on  n'en  chanterait  pas  moins  autour  de  nous 
tels  couplets  idiots  ou  obscènes,  telle  insignifiante  élucubra- 
tion  d'un  vulgaire  cabotin  de  boui-boui,  tel  passage  d'une 
opérette  dernier  genre,  où  tout,  musique  aussi  bien  que 
livret,  met  une  espèce  de  rage  bourgeoise  à  se  tenir  en 
dehors  de  l'art.  Comment  notre  muse  populaire  pourrait- 
elle  lutter  avantageusement  avec  cette  nouvelle  branche  du 
commerce,  n'ayant  souvent  pour  elle  que  ses  charmes  dis- 
crets et  manquant  presque  toujours  de  cette  audace  ou  de 
cette  inconscience  qui  assurent  le  succès  d'un  refrain 
goguenard  ou  crapuleux  ? 

Mais  nous  aurons  beaucoup  fait,  —  et  nous  aurons  fait, 
en  somme,  tout  ce  que  nous  pouvions  faire  —  si  nous  avons 
donné  d'abord  à  la  poésie  populaire  catalane  l'œuvre  édito- 
riale  et  collective  qu'elle  mérite,  un  encadrement  ou  une 
illustration  qui  soient  dignes  d'elle,  si  nous  lui  avons  rendu, 
en  un  mot,  les  honneurs  «  matériels  »  auxquels  elle  a  droit; 
puis  si,  dans  le  public,  nous  avons  su  éveiller  en  sa  faveur 
une  sympathie  plus  vive  et  plus  étendue,  ce  qui  consti- 
tuerait pour  elle  comme  les  honneurs  «  moraux  »,  peut- 
être  plus  enviables  que  les  premiers  ;  enfin  si  nous  avons 
rapproché  d'elle  et  des  sources  où  elle  s'alimente,  l'esthé- 
tique régionale.  Ces  trois  efforts  seront  toujours  tentés 
par  ceux  qui  ne  se  contentent  pas  de  voir  dans  la  poésie 
populaire  une  production  insignifiante,  bonne  tout  au  plus 
à  distraire  ou  bercer  un  temps  telle  ou  telle  génération, 
mais  qui  croient  trouver  en  sa  matière,  en  son  esprit,  des 
forces  ou  simplement  des    ressources    d'un  ordre  beaucoup 

plus  élevé. 

Jean  Amade. 


DEL  POBLE 

Trim,  tram...  trim,  tram...  ohi  que  pujen  per  l'escala  ;  sailli 
sul  pas  de  la  porta,  y  me  veig  à  venir  un  minyo  y  una  minyôna, 
florats  y  vermellins  com  un  penjol  de  cireres. 

—  Deu  lo  guart  y  la  companyia. 

—  Endeusiau...  que  no  son  de  Ceret,  vostés  ? 

—  Y  si...  se'n  recorda  d'En  Ramônet,  que  s'estava  al  pont 
d'En  Joan  Saris... 

—  Si,  si...  es  ambe  tu  qu'anârem,  l'istiu  passât,  à  Fontfreda  y  à 
les  Salines? 

—  Y  si,  y  miri  aqui  la  meua  dona. 

—  Com,  la  teua  dona...  y  donchs  ets  casât  de  nou? 

—  De  la  setmana  passada. 

—  Per  molts  anys...  per  molts  anys...  Y  qui  es,  vosté,  si  us 
plau  ? 

—  Som  la  Roseta^  dels  Banys... 

—  Es  la  Roseta,  sap...  la  nina  de  la  Mananna,  que  s'estàn  ai 
carrer  vell. 

—  Ay,  si  !  per  molts  anys,  bona  gent,  y  que  duheu  aqui  ? 

—  Miri,  es  son  germa  de  vosté,  que  li  envia  un  cistellet  d'oûs. 

—  Bé,  bé  ;  )a  me'n  faré  un  régal  de  truytadcs,  amb  un  grapat 
d'enciam  !  Valdemens  tinguessem  assi  d'aquelles  roques  del  teu 
hort,  tan  bones  y  tan  tendres... 

—  Y  nosaltres  li  oferim  aqueixes  poques  de  vellanes. 

—  Vos  hoestimi...  gracies...  per  la  paga  vo'ns  vindreu  à  dinar 
amb  je... 

—  M'escusarà,  nos  cal  anar  à  veure  un  cosi  de  la  Roseta,  que 
s'esta  cap  à  la  plassa  del  Blat,  diu  ;  y  també  la  meua  padrina, 
que  fâ  de  carbonera  cap  à  la  font  de  Sant-Domingo. 

—  Y  bé,  sera  pel  sopar. 

—  Donchs,  com  voldrà. 

—  Vos  esperi,  anit,  al  pich  de  sis  hores,  eh? 

—  Y  bé,  com  vos  va,  los  nuvis! 

—  Miri,  rebé. 


—  3o5  — 

—  Que  vos  duri  aqueix  bon  temps  ! 

—  Si  ;  mes  que  n  tenim  prou,  ara,  de  repeixades,  sap  ?  fa 
unos  quatre  dies  que  à  casa  de  cada  parent  menjem,  y  pus, 
gallines,  pollastres,  llapins,  salses,  confits...  ne  podem  pas  mes, 
n'hi  ha  prou. 

--  Home,  home,  ja  vos  s'acabarà  aqueixa  bona  vida,  y  tu, 
Roseta,  que  contes  de  nou  ? 

—  Miri,  à  mi  me  passa  com  si  eri  un  soldat  que  se'n  va  al 
servey  ;  cadun  me  posa  calcom  dins  del  cistelJ,  qui  un  socissot, 
qui  un  pareil  de  toronjos,  qui  un  formatje,  qui  una  barra  de 
mantega. 

—  Deixa  fer,  dona,  deixa  fer... 

—  Ja  li  asseguri  que  nos  n'anem  carregats  de  recapte. 


Fet  y  fet,  va  ser  l'hora  d'accompanyar  En  Ramonet  y  la 
Roseta  cap  à  la  gare,  à  pendre  el  trinch  de  Rivesaltes,  hont 
anaven  à  veure  un  oncle  6  un  padri,  no  se  ;  mes  de  segur  que  'Is 
hi  tornava  esperar  tôt  allé  de  gallines,  pollastres,  salses  y  confits! 

Perpinyâ.  J.     DeLPONT. 

Extrait  de  mil  y  un  pensatnents 


Del    qui    esta    molt  enamorat   de    ses    paraules    no    s'en   poden 
esperar  obres  famoses. 

El  prudent  treu  profit  dels  erros  del  altres. 
El  qui  pert  la  ocasiô,  per  demès  la  busca. 

La  fluixetat  i  peresa  son  arrels  de  la  mala  sort. 

Si    vols    saber    qui    ets,    preguntao    a    tu    mateix    i    diguies    la 
veritat. 


Pirenenques 

de   Joan-M.   GUASCH 


-2t^ 


J'ai  déjà  signalé  en  son  temps  la  parution  d'un  livre  du  poète 
Guerau  de  Liost  «  La  Montanya  d'Améthystes  ».  L'auteur  de 
«  Pirenenques  »  n'appartient  assurément  pas  à  la  même  école. 
Comme  je  demandais  à  Joan-Maria  Guasch  quelle  était  la 
tendance  générale  de  la  nouvelle  poésie  catalane,  il  me  répon- 
dit simplement  :  «  Beaucoup  de  jeunes  gens  ont  le  culte  de  la 
forme,  et  leur  maître  est  Joseph  Carner.  Ils  ont  plus  de  poésie 
dans  l'esprit  que  dans  le  cœur.  » 

Cette  réponse  nous  signifie  l'idéal  de  Joan-Maria  Guasch.  ]] 
s'agit  de  rechercher  comment  il  le  réalise  dans  ses  Pire- 
nenques. 

Les  Jeux  Floraux  de  la  Sainte-Estelle  ont  eu  la  primeur  de 
certaines  poésies  de  ce  volume  (i).  11  nous  entretient  de  notre  mon- 
tagne pyrénéenne,  depuis  Vernet-les-Bains  jusqu'au  Val  d'Aran. 
]1  se  divise  en  plusieurs  parties  dont  voici  les  titres  :  Els  bons 
fruiters,  Alta  montanya.  Repos,  Vernet. 

La  division  nest  pas  très  claire  cependant,  et  il  n'y  a  pas  dans 
le  livre  une  certaine  continuité  progressive  et  ascendante  d'étals 
d'âme.  La  montagne  n'a  pas  dévoilé  à  Joan-Maria  Guasch  ses 
vivants  et  forts  symboles.  11  l'a  gravie,  avec  un  songe  d'or,  un 
songe  bucolique.  Nulle  admiration  devant  le  fracas  des  torrents, 
la  vibration  des  forêts,  la  tragédie  des  ouragans,  les  jaillissements 
chaotiques  des  roches.  Nulle  part,  la  joie  de  la  conquête,  de  la 
délivrance,  devant  les  plaques  de  neige  et  les  lacs  glacés.  En 
revanche,  des  vergers,  des  fleurs  d'eau,  des  fenaisons,  toutes  les 
aquarelles  de  l'été.  C'est  bien  cela,  un  livre  d'aquarelles,  et  il 
en  est  de  vraiment  réussies.  Cela  fatigue  un  peu  ;  on  ne  va  pas 
à  la  montagne  avec  un  instrument  monocorde.  Contentons-nous  de 
ces  tons  légers,  de  cette  pensée  idéaliste,  de  cette  joie  devant  la 
fécondité  des  vergers  et  de  la  femme... 

(ij  Voir  J{evue  Catalane  i5  juillet  et  i5  août  1910,   262-269. 


—  3o7  — 

Mais  la  vie  de  la  montagne  est  souverit  aimablement  dite  ;  et 
voici  un  parfum  d'herbes: 

Cop  de  força  y  herba  enlaire  !... 
La  carreta  sorollant 
deixarà  un  rastre  de   flaire 
que  les  moçes  seguirân. 

(92.  De  la  rail  d'Aran) 

Le  clocher  a  secoué  la  neige  hivernale  ;  les  cavales  vont  vers 
les  brouillards,  les  bœufs  aux  labours  font  saigner  la  terre  chauf- 
fée ;  au-dessus  des  tapis  d'airelles,  l'araignée  relie  de  sa  toile  les 
pins  aromatiques,  puis  vient  la  nuit  avec  ses  étoiles.  Alors,  les 
bergers  font  leur  songe.  A  vau  l'eau,  sur  les  étangs,  flottent  les 
fées  et  rient  les  derniers  sylvains. 

A  vrai  dire,  J.-M.  Guasch  nous  entretient  trop  souvent  de  ces 
êtres  imaginaires  qui  n'ont  plus  l'excuse  d'être  symboliques.  On 
pourrait  dénoncer  l'abus  des  fées  dans  la  littérature  catalane. 
Vous  en  trouverez  dans  le  Canigô  de  Verdaguer,  dans  E/  pais  del 
pler,  poème  gothique  de  Joaquim  Ruyra,  un  peu  partout.  Je  ne 
veux  pas  les  honnir,  bien  que  je  les  trouve  décidément  encom- 
brantes, mais  je  ne  voudrais  les  voir  que  dans  les  légendes  mys- 
térieuses de  la  nuit. 

Les  fées  de  Joan-Maria  Guasch  ne  sont  pas  toujours  immaté- 
rielles et  vaporeuses.  Je  vous  en  cite  deux  poiifaits,  et  vous 
remarquerez  une  belle  image  rustique  au  second  vers  du  premier  : 

La  goja  era  gentil  com  flor  de  lliri, 
duia  'Is  cabells  nuats  com  una  garba, 
i  en  els  seus  pits  de  verge  s'hi  enrogien 
dos  clavells  de  pastor  â  mitg  badarse. 

(46.  Egloga) 

Son  blanques  com  neu,  —  d'ulls  grossos  y  dolços  ; 
els  caballs  partits  —  que   Is  cauen  pels  polsos, 

els  baixen  trenats 

pels  pits  sonrosats 

de  venes  inflades... 

I  37.  L'Estany) 

Mais  nous  devons  quitter  les  pacages  où  chante  la  perdrix 
blanche,  les  grands  feux  de  la  cabane,  les  légendes,  les  fêtes  de 
la  nature  et  de  l'amour.  Voici  le  brouillard  sournois  qui  fume 
sur  les  cols  ;  il  pleut  chaque  soir;  voici  revenue  la  saison  des 
neiges,  et  les  clarines  des  troupeaux  descendent,  tintinnabulan- 
tes, dans  les  vallées... 


—  3o8  — 

J'ai  noté  çà  et  là  cette  idée  du  soudain  et  nouvel  ensevelisse- 
ment des  cimes,  si  claires  l'été,  et  j'en  aime  la  nostalgie.  Joan- 
Maria  Guasch  l'exprime  avec  un  langage  parfois  familier,  plus 
intime  ;  il  sait  que,  sur  la  montagne,  tels  mots  simples  d'un  ber- 
ger, aussitôt  enveloppés  de  silence,  surprennent  par  leur  poésie. 
Je  me  souviens  d'une  vachère  aux  fortes  chevilles  que  je  rencon- 
trai au-dessus  de  Prats-Balagruer,  sur  le  chemin  de  Nuria.  Ren- 
contre  de  «  Serranilla  »  archaïque,  à  Ja  façon  du  mélodieux 
marquis  de  Santillana.  Je  lui  demandai  où  était  le  troupeau.  Elle 
me  répondit  avec  un  grand  geste  lent,  et  en  regardant  les  hau- 
teurs :  «  Es  serra  amunt  !  »  Et  ces  paroles  furent  dites  avec  une 
telle  intonation  que  je  tressaillis,  tant  elles  montraient  combien 
les  cimes  pourtant  familières  dominaient  cette  âme  naïve. 

Or,  et  c'est  ce  dont  je  tiens  à  le  féliciter,  Joan-Maria  Guasch, 
avec  son  rythme  libéré,  a  trouvé  des  expressions  semblables: 

—  Ei  !...  —  me  crida    I  pastor, 
tôt  aixecant  els  braços 

en  mitg  de  la  foscor... 

—  Ei  !...  Ei  !...  Ei  !...  —  repeteix  la  montanya. 

[Venise  fosc,   i  3  i  ) 
La  vacada  va  baixant 
y  â  montanya  va  nevant. 

("La  J'acada) 

Pour  nous  donner  la  sensation  du  calme  continu,  sous  les  frais 

sapins,  le  poète  termine  une  poésie  par  cette  répétition  d'un  vers  : 

1    1  pastor  ajaçat  boca-terrosa... 

(63,  JHontanya  avait) 

Malheureusement,  J.-M.  Guasch  n'a  pas  voulu  nous  laisser 
sur  l'impression  de  ces  nostalgies  et  de  ces  silences,  ou  n'a  pas 
su  11  nous  a  donné  à  la  fin  de  son  volume  quelques  aquarelles 
de  Vernet.  Aquarelles  mignardes  et  féminines.  Nous  ne  pouvons 
aimer  la  rose  qui  pleure,  le  cygne  qui  glisse  comme  une  vierge 
maladive... 

Les  fadeurs  et  les  alanguissements  désuets  déparent  ce  livre 
aimable  et  très  musical,  mais  qui  devrait  être  rude  aussi  comme 
la  granitique  montagne.  Joseph  Pons. 

P.  S.  —  On  trouvera  au  contraire  beaucoup  d'énergie  dans  le  beau  livre 
roussijlonnais  et  pyrénéen  de  Marcel  Lami  :  J^ers  les  Cimes.  (Société  des 
éditions  Louis  Michaud,   Paris  .  J'aurai   sans   doute  l'occasion    d'en   parler. 


Pages  Choisies 

Le  célèbre  compositeur  Oavé,  dont  nous  reproduisons  l'une 
des  pages  les  plus  délicates,  joua  un  très  grand  rôle  dans  la 
Renaissance  catalane.  11  reprit  les  motifs  populaires  qu'il  trouvait 
en  abondance  autour  de  lui,  et  les  utilisa  pour  composer  des 
oeuvres  artistiques.  11  a  servi  d'intermédiaire  entre  la  tradition  et 
la  poésie  nouvelle.  11  s'est  efforcé  de  les  rapprocher  l'une  de 
l'autre,  sauvant  l'une  de  l'oubli,  donnant  à  1  autre  plus  de  fraîcheur 
et  de  spontanéité.  Son  goût  suret  son  instinct  de  musicien-poète 
lui  permirent  de  mener  à  bout  une  tâche  plutôt  difficile,  mais 
donc  le  succès  devait  assurer  aussi  le  succès  des  nobles  tenta- 
tives des  vaillants  rénovateurs.  Aussi,  l'influence  de  Clavé  s'est- 
elle  fait  sentir  même  chez  les  plus  grands  poètes  de  la  Catalogne. 
C'est  pourquoi  nous  avons  considéré  comme  un  devoir  de  rappeler 
ou  même  de  révéler  à  nos  lecteurs  le  nom  de  cet  homme  qui, 
sans  avoir  été  oublié,  n'a  pas  toujours  été  mis  par  les  historiens 
de  la  Renaissance  catalane  ou  les  critiques  de  la  littérature  cata- 
lane à  la  place  qui  lui  revient  de  droit.  Le  Chanteurs  catalans  de 
Céret  ont  fait  entendre  à  la  salle  Arago,  il  y  a  quelques  années, 
un  des  plus  beaux  choeurs  de  Clavé,   Tlors  de  Maig. 

Anyorament 

Scnto  en  mi  grcu  frisansa  (i) 

viu  s'insinua 

fer  maie  star  ; 
tôt  lo  del  mon  me  cansa, 

lo  cor  se  'm  nua, 

y  ay  !  vuU  plorar. 

(i)   Abattement  douloureux. 


—  3)o  — 

Jo    bé    aboresch    la    vida, 

trista  aflaqueixo 

terriblement  ; 
y    ay  !    ma  mare   afligida 

diu  que  pateixo 

d'anyorament. 

Cert  que  es  un  fer  (i)  torment, 
lo  mal  d'ausencia  ; 

cert   que    es    un    fer    torment 
l'anyorament. 

Ronch    sonâ    un   crit  de  guerra 
que  ay  !   va  robarme 
lo  promés  meu. 

Pobre  !    des    llunya   terra 
sempre  estimarme 
promet  per  Deu. 

Des  llavors,  sens  sossego  (2), 

febrosa  abrumo  (3) 

mon  pensament, 
Jorn    y    nit   per   ell    prego 

y  ay  !  me  consumo 

d'anyorament. 

Cert  que  es  un  fer  torment, 
lo  mal  d'ausencia  ; 

Cert  que  es  un  fer  torment 
l'anyorament. 

Los    aucellets    no    canten 
pas  com  sol  i  en  ; 
trist  surt  lo  sol. 


(1)   Cruel.      (2)  Repos.      (3 j  Oppresser. 


—  3m    — 

Les    flors    als  ulls    no    encanten 
ni  oJors  m'envien  ; 
tôt  vesteix  dol. 

Prcsa    de    greu    fatiga 

soleta  ploro 

mon  goig  ausent  ; 
EU    a    tornar    molt    triga 

y  en  tan  jo  moro 

d'anyorament. 

Cert   que   es    un    fer    torment 

lo  mal  d'ausencia. 
Cert  que  es    un   fer    torment 

l'anyorament. 

J.  Anselm  Clavé. 

t   En  Candi  y  Candi 

Le  i5  août  dernier  est  mort,  à  Barcelone,  le  compositeur 
Candi  y  Candi,  ancien  organiste  de  la  paroisse  Saint-Jacques, 
de  Barcelone. 

Candi  y  Candi  était  un  ampourdanais,  né  à  Castello  d'Ampu- 
rias,  en  1844.  11  fut  l'un  des  premiers  rénovateurs  de  la  musique 
catalane.  Entre  autres  et  nombreuses  oeuvres,  il  avait  mis  en 
musique  les  poésies  de  Jacinto  Verdaguer,  Sospirs  d'amer,  La 
rosa  marcida,  ho  derrer  barretinayre  de  Prals-de-Mollo,  Los  Tllh  del 
Canigo,  que  l'Estudiantina  catalane  de  M.  Justin  Pépratx  chanta 
à  plusieurs  reprises  à  Perpignan.  Candi  fit  aussi  partie  du  jury 
du  concours  musical  de  Perpignan,  pour  lequel  il  avait  écrit  une 
fugue  destinée  au  concours  de  lecture  à  vue. 

11  avait  remis  en  honneur  les  «  Caramelles  »  de  la  nuit  du 
Samedi-Saint,  et  publié,  l'un  des  premiers,  la  sardana  7{ecorts  del 
Empordd,  orchestrée  pour  les  instruments  de  la  cobla  catalane. 

Par  ses  dernières  dispositions,  il  laisse  sa  bibliothèque  musi- 
cale et  ses  instruments  de  musique  à  la  «  Escolania  »  du  monas- 
tère de  Montserrat. 

Deu  lo  perdô.  Lluis  Pellisier, 


9Ù7Ù9Ù9Ù*Ù*Ù9L^Ù9L>IÙ9^L^L^ 


Cors  rossellonesos 


L  ARRIVADA  AL  MAS 

L'arrivada  en  un  lloch  prehuat,  desperta  sempre  en  nosaltres 
la  sensacio  d'una  grata  emociô. 

No  cal  dir  la  vera  joya  qu'embargaria  nostres  cors  al  crehuar 
la  passera  del  rierô  que  sépara  la  quinta  del  viarany. 

Quillat  en  un  cingle  alsinat  somriu  el  blancai  del  cloquer  de  la 
masia  y  ab  ell  el  fruiterar  en  quai  espés  brancatje  s'hi  garla 
eterna  cantadissa. 

Feixuchs  y  rodanxons  s'avancen  els  paliers  qu'enrotllen  l'era  y 
suaus  els  murmuris  de  la  font  del  Tells  arriven  â  nosaltres  confo- 
nentse  ab  el  monôton  ritme  dels  grills  gambadant  en  l'espessor 
del  frescal  fuUatge. 

La  Griseta  s  cuita  ab  totes  ses  forses  â  fi  d'arribar  mes  prompte 
al  repos  que  tan  bé  s'ha  guanyat. 

Ja  s'obra  hospitalaria  la  ferrada  portalada  en  quai  llindar  bel- 
luguejen  fumoses  llumeneres. 

A  nostra  rencontra  surt  el  plé  de  la  masia  fruhint  de  vèurenos 
bons  y  de  retorn. 

La  vella  masovera  'ns  don  la  benvinguda  y  ab  ella  l'hereu  Perej 
la  jove,  el  rabadâ  y  fins  la  mainâda  poruga  y  vergonyosa  somriu 
ajogassada  saludant-nos  ab  llurs  mans. 

—  Y  aquèst  bailet  aixerit  com  un  pésol  de  galtetes  rosades  y 
cap  recoquillat  que  pren  plaher  en  fer  mil  volteretes  en  el  tou 
brosatje  ?...  demano  à  n'  en  Simon.  —  Es  el  renyôch  de  la  niuada, 
l'entremalligat  y  garrit  infante,  el  que  gracies  â  Deu  sols  té  €) 
defecte  d'agradarli  ab  extrem  tanta  quanta  la  vianda  porten  à 
taula.  Cal  vèurc  quin  aixerit  de  barra,  tôt  li  fa  feix,  l'haurèm  de 
fer  canonge  â  jutjar  per  sa  constituciô,  car  doblegarse  al  compas 
de  la  feixuga  aixada  l'hi  ha  d'ésser  feinôs. 

La  Catarina,  la  bona  masovera,  malgrat  els  anys  y  els   quefers 


—   3i3  — 

de  la  masi'a  s'esmena  à  mes  no  poguer  pera  que  no  'ns  trovém 
manchs  de  rès  :  ha  disposât  de  tots  els  médis  pera  sernos  agra- 
dable  :  ab  refinada  solicitut  posa  en  prâctica  sos  mérits  culinaris 
d'ensemps,  oferînt-nos  en  breu  un  sopar  confortable  capàs  de 
retornar  un  mort. 

Una  tendre  anyell  de  1  estaciô  se  gira  acompassat  al  flammareig 
d'un  foch  ardent. 

L'Hereu  de  la  masîa  aixecat  avans  l'aubada  regalada  nostre 
paladar  ab  l'exquisit  y  délicat  pessich  de  dos  pareils  de  guatlles 
novelles  qu'embaumen  el  casai  ab  llur  suau  y  aromâtica  sentor. 

Certament  que  pera  arrivar  nostre  carpanta,  qu'un  desganat 
envejaria  no  's  feyen  necessaris  aitals  preparatius,  encare  que  per 
nosaltres  ben  acullits  y  may  sobrants. 

L'oncle  Jep  fent  us  de  son  autoritat  exhorfâ  â  sa  gent  â 
empressarse  pera  activar  el  sopar. 

]] 

UN  BON  SOPAR 

Un  bon  sopar,  diu  l'adagi,  fa  de  bon  esperar,  y  aixîs  es,  car 
sens  el  mes  petit  dabte  cada  cosa  demana  son  temps  y  mirament 
y  sobre  tôt  un  escullit  âpat  com  el  que  'ns  oferfa  l'oncle  Jep  en 
la  nit  de  nostra  arribada.  Donaba  gust  véure  la  taula  tan  ben 
parada  y  sobretot  tan  positiva  :  una  superba  butifarra  de  h  llenga 
quais  rodanches  suculentes  se'ls  empassa  un  hom  ab  mes  facilitât 
que  no  ho  fem  ab  les  pênes  y  les  tribulaciôns  ;  no  hi  manca  tam- 
poch  el  pernil  de  réserva  ni  els  tonells  de  la  matansa  :  l'inmensa 
casolada  de  ollada  fumeja  escampant  aromâtica  fumareda  qu  hus- 
mejèm  ab  fruicio  ;  polsoses,  les  ampolles  se  destapen  absolemnitat, 
tenint  compte  l'oncle  Jep  de  alabar  la  virtut  de  son  contingut.  Es 
aquéll  vi  anyivol  y  recaptat,  amagat  com  prehuat  trésor  en  el  cor 
de  la  teira,  en  el  fresquivol  celler  pera  sortir  en  jorns  de  festivals 
y  vera  joya  ;  es  el  vell  such  brollat  del  terrer  que  sella  l'hos- 
pitalitat  y  enlaira  els  sentiments.  Bebëu-lo  sens  esguart  que  bon 
amich  may  traeix  â  tenir  cuidat  de  no  deixar  en  vaga  el  trevall 
de  barra. 

Ja   ho    crech  que  no  sencallaràn  les  dents  ni  les  forquilles,  car 


-   3,4  - 

ni  â  un  seminarista  intern  desprès  de  la  quaresma  envejariam  les 
disposicions  pera  comensar  la  tasca. 

Avant  y  sens  repos,  que  la  vianda  guardada  en  istiu  se  mal- 
mena, crida  l'avi  Simon  xarrupant  ab  soroll  un  inmens  plat  de 
sopa. 

La  mainada  cridaire  's  réserva  pels  plats  que  segueixen,  car 
l'ollada  es  per  ella  plat  de  cada  dia. 

La  Catrina,  vella  criada  de  la  casa,  s'esmena  en  servirnos  com 
à  princeps  reservàntnos  la  sorpresa  de  regalarnos  per  postres  ab 
un  dois  exquisit  del  quai  ella  sola  coneix  el  secret. 

L'hereu  del  mas  se  fa  un  plaher  de  detallarnos  els  progresos  de 
son  fin  â  l'escola  de  Prats,  y  no  content  de  l'explicaciô  obliga  à 
n'en  Peret,  el  nin  mes  gran  de  sa  IJocarada,  â  mostrarnos  sos  cor- 
tipassos. 

A  fi  d'acabar  d'una  volta  ab  aquesta  inspecciô  académica  de 
deshora  'ns  esforsém  en  lloar  ab  simulada  enteresa  aquell  confôs 
gargotâm  escampat  per  cî  y  per  lia  en  casi  totes  les  fulles. 

—  Aquèst  noy  l'hem  de  fer  veterinari,  ens  diu  ab  presumciô 
l'hereu,  car  cada  dia  vos  surt  ab  coses  qu'un  no  entén.  Fins  ara 
pera  fer  llegir  una  carta  calia  trascar  mes  d'una  hora  pera  obtenir 
son  esplicaciô,  tasca  moites  voltes  pesada  y  gens  agradable,  no 
aixis  ara  ab  en  Peret  qui  fins  vos  devina  les  Hêtres  d'ahont  venen 
y  qui  les  escriu. 

—  Vos  felicitém  coralment  li  responguérem  tots.  —  Deu 
vulgui  que  'n  feu  un  home  de  vostre  fill. 

Aixis  parlant  va  y  s'entorna  la  ripostalla,  se  buida  el  purrô 
qu'ai  poch  temps  reapareix  plé  y  hermôs  com  poch  avans.  Tothom 
se  fa  al  que  mes  en  allargarà  la  xarricada  y  's  cambien  à  cada 
instant  els  mes  franchs  propôsits. 

Ab  quina  fruhiciô  no  'ns  aixequém  després  de  taula  enhardits 
per  tan  agradable  com  variada  tasca. 

Que  bé  s'hi  escauen  à  la  fresca  aquells  cuentos  y  tradicions 
d'ensemps  gaudint  el  flairés  tabach  que  també  compléta  el  bon 
sopar  d'arribada. 

Victor  Vallespir. 


Nous  avons  reçu  la  poésie  suivante  à  l'occasion  des  fêtes  cérêtanes,  et 
nous  tenons  à  la  reproduire  pour  les  belles  idées  d'union  et  de  fraternité  qui 
y  sont  proclamées  par  le  poète. 

Sem   fraire! 

Au  mestre  Jan  Amade. 

Clapassié,  Catalan,  szm  de  la  mema  mena, 
Avem  la  mema  mar  e  lou  mema  sourel, 
Nostes  paire,  autre  tems,  aguèroun  mema  rena 
E  Jayme,  soun  bèu  fil,  dei  rei  seguet  lou  grel. 

loi,  couma  au  tems  passa,  avem  la  parladura 
Cantarela,  infiocada  e  lou  gaubi  insoulent  ; 
Aiman  la  libertà.  La  causa  es  ben  segura, 
Lou  mema  sang  boulis  dinc  nostes  cor  valent. 

Sem  fraire  de  longtems.  Per  dessus  la  mar  blava 
Nous  arapen  la  man.  Sem  fraire.  Catalan  ! 
Anem,  zou  !  Sans  vergougna  chapen  leisintrava: 
Reprenguen  lou  vantau  per  l'obra  de  deman. 

Jules  Granier. 

TraJucHon 
Nous  sommes  frères! 

Jlu  maître  Jean  Amade. 

Montpelliérains,  Catalans,  nous  sommes  de  la  même  race, 

Nous  avons  la  même  mer  et  le  même  soleil. 

Nos  ancêtres,  jadis,  eurent  la  même  reine 

Et  Jayme,  son  beau  fils,   fut  le  meilleur  des  rois. 

Aujourd'hui,  comme  autrefois,  nous  avons  le  verbe 
Enchanteur,  enflammé  et  l'esprit  d'indépendance; 
Nous  aimons  la  liberté.  La  chose  est  bien  certaine. 
Le  même  sang  bout  dans  nos  coeurs  vaillants. 

Nous  sommes  frères  depuis  longtemps.  Par  dessus  la  mer  bleue 
Donnons-nous  la  main.  Nous  sommes  frères.  Catalans  ; 
Allons,  sans  fausse  honte  brisons  les  entraves 
Et  reprenons  le  tablier  pour  l'œuvre  de  demain. 


Textes  catalans 

9P  (Suite) 

En  1609,  c'est  le  nouvel  évêque,  Don  Anton  Gallart,  qui  fait 
son  entrée  officielle. 

Déjà,  deux  mois  auparavant,  son  procureur,  Onufre  Llobet, 
burges  de  Perpignan,  était  venu  prendrç  possession  et  recevoir  le 
serment  de  foi  et  hommage  de  la  Cité:  «  Dina  en  lo  Palau  epis- 
copal  ;  y  los  S°"  de  Consols  acudiren  alli,...  vestits  consolarment 
ab  les  gramalles  y  acompanyats  de  molts  prohoms  de  la  Ciutat  : 
Y  proposant  lo  dit  Procurador  de  dit  S"  Bisbe  la  anominatio  de 
Bisbe  fêta  per  sa  Magestat  de  la  persona  de  sa  Santedat  (i),  y 
fêta  hostentio  de  les  Bulles  y  de  les  Hêtres  passades  per  cancella- 
ria,  perrahodela  juridictio,..  lo  S"  Consol  en  cap...  respongue  que 
estaven  promptes  y  aparellats  de  prestar  dit  sagrament  y  home- 
natge,  jurant  ell,  dit  S"  Llobet,  en  nom  de  dit  son  principal, 
per  confirmar  los  privilegis,  immunitats,  concordies  y  altres  por- 
rogatives  concedides  a  dita  Ciutat,  conforme  sos  predecessors  : 
Loqual  dit  Llobet,  en  dit  nom,  jura,  y  de  asso  ne  retingue  acte 
M°  Matheu  Hortola,  notari  publich  de  dita  Ciutat,  juntament  ab 
M"  Père  Puig,   notari   de  Perpenya.   » 

11  est  curieux  que  ce  document  ne  soit  pas  plus  explicite  sur 
le  serment  que  les  Consuls  durent  prêter  à  leur  tour. 

Le  20  août  :  «  Per  ordre  de  la  Ciutat,  parti  Antoni  de  Sant 
Marti,  Consol  en  cap,  per  anar  a  besar  las  mans,  a  de  part  de  la 
Ciutat,  al  m  ""  y  Rev""  S"'  Don  Anton  Gallart,  Bisbe  de  Elna,  qui 
a  les  hores  venia  de  nou,  y  ana  aguardarlo  en  Gerona.  » 

Le  Conseil  avait  donné  pleins  pouvoirs  aux  Consuls  pour  orga- 
niser la  réception  :  «  com  se  es  acostumat  de  fer  ab  les  demes 
predecessors,  per  no  esser  ell  de  manco  qualitat  que  los  demes... 
y  tambeferlo  présent  que  dita  Ciutat  acostuma  de  fer,  y  millor 
si  sera  possible...  Y  com  la  Ciutat  esta  de  présent  sens  polvora, 
y  que  ne  te  menester,  no  sols  ara  de  présent,  per  lo  que  se  ofe- 
reix    en  lo  gasto  de  la  entrada  de  sa  S'a,  pero  encara  pei  la  nova 

(i)  Le  secrétaire  s'est  assurément  embrouillé.  11  a  voulu  mettre 
ExcetUncia . 


-  3>7  - 

de  guerra  que  ara  de  présent  tenim  en  los  comptais,  que  dita 
Ciutat  se  esforce  en  procurarse  de  polvora,  donat  axibe  pie  poder 
a  dits  S°"  Consols.    » 

Enfin,  voici  l'entrée  ;  si  elle  est  moins  pompeuse,  et  si  le  récit 
en  est  plus  bref  qu'autrefois,  cela  tient  aux  circonstances  nouvel- 
les :  Le  Chapitre  a  quitté  Elne  :  «  la  deixanl  desemparada  de  lot 
auxili  »  ;  le  siège  de  l'Evêché  est  désormais  à  Perpignan  :  C'est 
ce  grand  et  pénible  changement,  qui  se  fait  sentir  ici  :  «  A 
trenta  del  m.es  de  agost  del  any  1609  entra  en  la  Ciutat  de 
Elna  lo  111"'  y  Rev  ""  S°'  Don  Anthon  Gallart,  Bisbe  de  Elna, 
loqual  vingue  de  Perpinya  per  jurar  los  privilegis  y  la  Mar- 
tiniana  (1)  del  Capitol...  y  vingue  fins  al  bosch  de  Cornella 
ab  un  cotxo,  acompanyat  de  alguns  cavaliers  ;  y  quant  fou  en 
dit  bosch  se  atura  aqui  ;  y  aqui  lo  ana  recehir  la  Ciutat,  ço 
es  lo  Consol  en  cap,  acompanyat  de  molts  homens  honrats  y 
ciutadans  de  dita  Ciutat,  y  del  Régent  del  Capitol,  loqual  vingue 
la  nit  abans  que  entrar  dit  S  '  Bisbe,  per  haver  de  anar  ab  dit 
consol  en  lo  recebiment.  Y  isqueren  a  cavall  ab  una  mula  y  gol- 
drapa  2  quiscu  dels  dos,  y  devant  anava  lo  masser,  vestit  y  a 
cavall,  ab  massa  alsada.  Y  en  la  eixida  del  bosch  aparegue  Mon- 
senyor  acompanyat  com  sta  dît,  de  molts  cavaliers  de  Perpinya  y 
de  alguns  canonges  del  Capitol  de  Elna  y  Sant  Joan.  Y  en  entrant 
en  lo  terme  comensa  a  tirar  una  pessa  de  les  grosses,  laquai 
havien  posada  ab  baluart  (3)  del  cementeri  de  Belloch  (4);  y  quant 
fou  al  mas  del  Hereter  (5),  tira  altra  vegada  ;  y  per  dita  entrada 
se  li  enrama  de  boix  desde  la  Creu  del  portai  de  Balaguer  fins  a 
la  Seu.  Y  al  cap  de  las  escalas  de  la  Seu  isque  lo  Curât  ab  la 
vera  Creu  a  recebir  a  dit  Monsenyor,  y  en  entrant  sona  lo  orgue, 
y  digue  una  missa  baixa,  y  desprès  se  assenta  en  la  cadira  del 
cor,  y  se  digue  lo  offici...,  y  en  ser  dit  lo  offici  sen  anaren  a 
dinar  a  Palatio. 

(i)    Dans   le  sens   de  Constitutions. 

(1)  Mot  inconnu,  présentant  quelque  rapport  avec  le  Castillan  goldre  qui 
signifie  :  Carquois,  trousse  (?) 

i3i  Bastion  dit  actuellement:  del  Pou  de  les  Incantades.  (Voir  Revue 
d'Hist.  et  d'Arch.  du  Roussiilon,  juin   1900). 

(4)  N.-D.  de  Belloch,  plus  tard  chapelle  du  Couvent  des  Capucins. 

(5)  Plus  tard  de  Sinisterra,  puis  de  Casteras...  etc.,  actuellement  Mas 
d'Avall. 


—  3ï8  — 

En  la  entrada  que  dit  Monsenyor  feu  al  portai  de  la  Llissa, 
estaven  los  Consols  segon  y  ters  acompanyats  de  moites  perso- 
nes  y  consellers  de  la  Ciutat,  y  lo  Balle  del  Capitol  :  Y  com  dit 
Monsenyor  fou  devant  lo  portai  primer  de  la  Llissa,  mig  dins  y 
mig  fora,  lo  Consol  en  cap  li  présenta  les  claus  dels  portais  ab 
un  cordo  de  seda  de  grana,  dient  li  consemblants  paraules  : 
«  Mons"  Rcv"",  los  predecessors  de  V»  S'^  R"^^  trobantse  en  sem- 
blant Hoc,  han  acoslumat  de  jurar,  lloar  y  aprovar,  ratificar  y  con- 
firmar,  y  si  menester  es,  de  nou  consentir  tots  los  privilegis,  or- 
dinations, statuts,  usos  y  consuetuts  a  dita  Ciutat  consentits  y  ator- 
gats  ;  y  aixi  V^  S'*  R">"  no  essent  de  manco  valor  e  imitant  los 
vestigis  de  sos  predecessors,  jura,  lloa,  aproba,  ratifica  y  confirma, 
y  si  menester  es,  de  nou  consent  y  atorga  a  dita  Ciutat  los  mateixos 
privilegis,  ordinations,  statuts,  usos  y  consuetuts,  y  requer  al 
notari  de  dita  Ciutat  ne  retinga  acte.  »  Y  aixi,  dit  S"  Bisbe  posant 
se  las  mans  als  pits,  ho  feu,  y  aixi  la  dita  Ciutat  y  singulars  de 
aquella  lin  feren  moites  gracies  y  merces  ;  y  encontinent  los  con- 
sols segon  y  ters,  qui  acistien  a  dit  jurament,  lligaren  unes  vêtes 
vermelles  de  tafatanet  a  les  brides  de  la  mula,  y  ab  altres  consel- 
lers ab  capa  negra  lo  tiraren  fins  a  les  scales  de  la  Seu.   » 

Suit  en  lalin  la  présentation  des  clefs  et  leur  remise.  Mais 
pour  terminer,  le  secrétaire  n'a  pas  négligé,  cette  fois,  de 
détailler,  en  catalan  (et  avec  une  remarque  complémentaire),  le 
présent  de  bienvenue  offert  à  l'Evêque  par  la  Cité  :  «  Et  primo, 
una  vedella.  Icem  un  molto.  Item  sis  porcells.  Item  dotze  capons. 
Item  dolze  puUastres.  Item  dotze  colomins  :  Lesquals  coses 
se  aportaren  ab  unes  barres,  molt  ben  enremellat,  a  quatre  homens 
qui  ho  aportaven,  y  lo  Receptor  (i)  y  un  altre  home  prohom  de 
dita  Ciutat  qui  ana(ren)  en  companya  per  a  presentar  a  dit  Mon- 
senyor lo  présent  y  dirli  lo  que  convenia.  Dit  présent  en  tôt 
prengue  soma  de  onze  ducats.  Y  se  ha  de  advertir  que  dit 
présent  se  ha  de  dar  quant  vinga  (lo  bisbe)  en  la  présent  Ciutat, 
y  no  en  Perpinya.    » 

Ce  dernier  avis,  certainement  superflu,  laisse  deviner  quelque 
manque  d'enthousiasme.  Mais  quel  cortège  !  Et  quelle  foule 
bruyante  devait  emplir  les  rues  pour  le  voir  passer! 

(i  j  Trésorier  de  la  Cité. 


3ic)  — 


Ce  n'est  pas  seulement  à  chaque  arrivée  d'Evèque  que  les  Con- 
suls, en  signe  de  vassalité,  avaient  à  faire  remise  des  clefs  de  la 
Ville;  c'était  parfois  aussi  aux  gens  du  Roi,  comme  l'atteste  le 
procès  verbal  suivant,  de   1602. 

«  Elis  (S""  Consols)  estan  constituits  devant  la  presentia  dcl 
lir  S"  Don  Gaspar  de  Gavarra,  governador  de  les  companyes 
de  cavalls  aposentades  en  la  présent  Ciutat  de  Elna...,  de  volun- 
tat  y  ordinatio  del  molt  111"'  S°'  Don  Onofre  Reart,  Bisbe  de 
Elna,  per  loqual  sels  es  stat  manat  que  donassen  y  liurassen  al 
dit  S°'  de  Gavarra  les  claus  de  un  portai  de  la  Ciutat...  Y  aixi 
nos  altres,  obtempérant...  y  confiant  plenament  de  la  fe,  industria 
y  legalitat  de  animo  del  dit  S"  de  Gavarra,  sens  empero  preju- 
dici  de  les  consuetuts,  parrogatives  y  altres  drets  a  dita  Ciutat 
concedits,  li  havem  reintegrades  y  liurades  en  ses  mans  propries, 
en  presentia  del  notari  y  testimonis  deval  escrits,  dues  claus 
dels  portais  de  Balaguer,  la  una  de  la  portilla  patita  y  l'altra 
laquai  tancha  la  cadena  de  dit  portai  ;  lesquals  tornara  y  restituira 
en  tôt  cas  y  loc  de  restitutio...  » 

Une  remise  identique  se  trouve  encore  l'année  suivante. 

(^  suivre)  R.  de  Lacvivier. 

LIVRES  ^  REVUES 

*^ 

Nous  avons  reçu  de  M.  Joseph  Aladern  sa  dernière  plaquette,  "La  monja 
folla  (idili  en  la  nit  tragica,  Barcelona,  carrer  Universitat,  52  1.  Cette  scène, 
un  peu  étrange  certes,  mais  qui  ne  manque  pas  de  force  par  endroits,  se 
déroule  au  milieu  des  derniers  événements  tragiques  de  Barcelone. 

Le  Régionalisme,  par  J.  Charles-Brun,  délégué  général  de  la  Fédé- 
ration régionaliste  française,  agrégé  de  l'Université,  professeur  au  Collège 
des  Sciences  sociales,  i  vol.  double  in- 16  carré  de  292  pages.  Bibliothèque 
régionaliste  :  Frédéric  Charpin,  directeur;  Bloud  et  C'',  éditeurs,  y,  place 
Saint-Sulpice,  Paris  (VT).  Prix:  3  francs. 

«  On  n'a  jamais  parlé  de  régionalisme  ;  et  le  réveil  des  provinces  fran- 
çaises dans  tous  les  ordres  apparaît  déjà  comme  un  des  phénomènes  les  plus 
intéressants  des  premières   années   de   notre   siècle.    Mais,    si   le   public  est 


-    i20    - 

accable  d'une  infinité  de  monographies,  d'articles  de  revue,  de  comptes- 
rendus  de  congrès,  de  conférences  et  de  manifestations,  il  lui  manquait  un 
ouvrage  d'ensemble  qui  lui  permit  d'envisager  la  question  synthétiquement 
et  de  juger  les  problèmes  que  pose  le  régionalisme. 

C'est  cet  ouvrage  que  publie  aujourd'hui  la  Bibliothèque  régionalisle. 
M.  Charles  Brun,  qui  l'a  écrit,  était  parfaitement  qualifié  pour  cette  tâche.  11 
a  pris  une  part,  souvent  prépondérante,  à  tout  le  mouvement  régionaliste 
depuis  ses  débuts  :  il  a  contribué  largement  à  en  fixer  la  doctrine  ;  il  l'a 
répandue  sans  relâche. 

Du  reste,  il  a  usé  d'une  méthode  rigoureuse.  Après  une  partie  critique  et 
historique  du  plus  haut  intérêt,  il  a  exposé,  dans  des  pages  lumineuses,  la 
valeur  philosophique  du  système.  Puis  il  a  étudié  successivement,  avec 
toutes  leurs  variantes,  le  régionalisme  administratif,  le  régionalisme  intel- 
lectuel, artistique  et  littéraire,  le  régionalisme  économique  et  social.  Un 
heureux  choix  de  références,  rejetées  en  notes  en  bas  des  pages  pour  la 
commodité  de  la  lecture,  de  nombreux  appendices,  dont  un  réunit,  pour  la 
première  fois,  tous  les  projets  de  division  de  la  France  en  régions,  achèvent 
de  faire  de  son  livre,  où  rien  d'important  n'est  passé  sous  silence,  un  excel- 
lent instrument  d'étude  pour  ceux  qui  s'attachent  plus  spécialement  à  telle 
ou  telle  formule  régionaliste.  11  est  assuré  que  cet  ouvrage  sera  une  indis- 
pensable introduction  à  tout  travail  sur  le  sujet.  Pour  beaucoup  il  sera  un 
exposé  définitif  de  la  doctrine.  Pour  quelques-uns,  il  sera  une  révélation. 

Llibret  de  Recorts. 

Lo  poète  valenciâ  En  Joseph  Bodria,  que  ja  té  publicats  Tlors  de  ï'horta 
(i883),  Diseurs  à  Sant  Vicent  Ferrer  (1894),  T^osselles  (1895),  Tulles 
seques  (1900),  Testes  de  carrer  (1906),  encare  no  ha  vingut  à  sorpendre  amb 
un  bonich  "Llibrel  de  recorts. 

Es  tota  una  volada  d'impressions  poétiques  del  bon  valencianista  que  es 
En  Bodria,  y  de  refilades  com  aquesta  : 

A  una  hortolana 
Que  hermosa  esta  la  Consol, 
ab  son  front  de  lluna  clara, 
tapantse  entre  flors  la  cara 
pera  guarir-se  del  sol. 

Ab  son  flairés  tapa-sol 
va  tan  garbosa  y  bledana, 
que  me  sembla  la  hortolana 

per  sa  real  gentileça, 
la  mes  garrida  princesa 
de  la  terra  valenciana. 

Lo  Uibret  va  precedit  del  retrato  del  autor,  y  d'un  prefaci  d'En  Fran- 
cesch  Badenes. 

Gracies,  y  per  molts  anys,  al  bon  amich  En  Joseph  Bodria  !  J.  D. 

Le  Gérant.   COMET.  — Imprimerie  COMET,  8,  rue   Sajnt-Dominique,  Perpignan. 


5' Année    N' 58  15  Octobre  1911. 

Lts   Manuscrits  non  insères 
le  sont  oas  rcnaus. 


Les  Articles   oarus  dans  la   Revue 
réengagent  oue  leurs  auteurs. 


REVUE 

CATALANE 


COMPTE    RENDU 

DES  SÉANCES 

Jlssemblée  générale  du  ii  septembre  1911 

Présidence  de  M.  Louis  Lutrand,  président 
-"^^ 

La  dernière  réunion  du  Conseil  d'administration,  qui  a  eu  lieu  le  22  sep- 
tembre, a  été  très  importante.  On  y  a  envisagé  une  foule  de  questions,  et 
en  particulier  celle  du  dictionnaire.  M.  de  Lacvivier  a  apporté  toutes  les 
explications  nécessaires  sur  le  plan  qu'il  proposait  et  la  matière  dont  il 
disposait  déjà.  Le  Conseil  d'administration  a  alors  décidé  de  constituer  un 
groupe  spécial  de  catalanisants  destiné  à  collaborer  avec  M.  de  Lacvivier  à 
cette  œuvre  du  dictionnaire.  De  son  côté,  M.  Comet  a  fait  part  au  Conseil 
de  ses  intentions  au  sujet  de  l'édition  de  ce  dictionnaire.  Tout  est  en  très 
bonne  voie.  Le  travail  doit  commencer  dès  le  i"  octobre. 

Le  vœu  émis  par  quelques-uns  de  nos  amis  à  propos  d'une  sorte  de 
congrès,  suivi  de  réunion  intime,  à  l'occasion  de  cette  nouvelle  entreprise, 
est  accueilli  avec  joie  et  accepté  à  l'unanimité.  La  date  en  est  fixée  aux 
prochaines  vacances  de  la  Noël  et  du  jour  de  l'an.  Dans  ce  congrès  ou  cette 
assemblée  qui  durera  deux  jours,  on  examinera  non  seulement  la  question 
du  dictionnaire,  mais  encore  celles  du  vocabulaire  littéraire  et  de  l'ortho- 
graphe qui  mettent  quelquefois  aux  prises  quelques-uns  de  nos  amis.  On  y 
examinera  enfin  la  question  d'une  action  régionaliste  plus  vigoureuse  et  plus 
nette. 

Nous  ne  pouvons  entrer  dans  le  détail  des  autres  affaires  étudiées  au 
cours  de  la  réunion  du  Conseil  qui  vient  d'avoir  lieu.  Mais  nous  ajouterons 
que  la  situation  budgétaire,  très  encourageante  elle  aussi,  fera  l'objet  d'une 
prochaine  réunion,  ou  mieux  encore  sera  exposée  lors  de  l'Assemblée 
générale,  qui  doit  avoir  lieu  avant  la  fin  de  l'année,  selon  les  règlements. 


Pcr  En  Vcrdagucr 


.*--v 


En  el  seu  diseurs  de  la  Catedral,  ara  vibrant,  ara  entris- 
tit,  el  poeta  del  «  Sait  de  la  donzella  »  y  de  la  «  Passejada 
al  Cementeri  »  deya  molt  bé  lo  qu'havîa  deixat  En  Verda- 
guer  a  Rossellô,  y  '1  bon  amor  que  professava  â  la  nostra 
terra,  una  mena  d'amor  pietadôs,  perqué  la  veya  mes  y  mes 
descuydada  del  passât.  Si  ara  ha  granat  el  nostre  renaixe- 
ment  es  gracies  sobretot  al  mistic  de  Vallvidrera,  qu'ha  fet 
ressonar  l'arpa  catalana  en  els  nostres  glebers,  qu'ens  ha 
portât  l'exemple  de  Catalunya  enaltida.  En  ses  corregudes 
per  les  vessants  pirenenques,  demanava  senzillament  abric  y 
amparo  per  la  nit  als  rectors  de  poble,  y  en  contra  els  en- 
cisava  am  l'irradiaciô  del  seu  pensament,  escampant  â  tôt 
arreu  corrents  de  simpatîa.  Y  ells  sentîen  la  vinguda  d'una 
nova  armonîa. 

Aquest  poema  seu  del  Canigô  tornava  vida  â  la  serra 
muda  ;  are  parlaven  la  congesta,  la  fajosa,  la  pentecostera 
dels  plans  d'amunt,  l'estanyol  brillant  y  la  celestial  abadîa  ; 
Prat-Cabrera,  Balatj  y  Cadi  s'omplîen  d'un  ressô  divî,  aie 
rejovenidor  de  poesîa.  Mes  altérés  era  eJ  rocatâm  ;  mes 
bellament  s'aixecava  el  dîa.  En  Verdaguer  regalava  a  la  gcnt 
de  Rossellô  una  corona  d'idéalisme  y  d'alta  reialesa. 


Y  'Is  anys  han  passât.  El  poeta  descansa  en  la  tomba  nova 
de)  Montjuic,  devant  del  mar  escumejant. 


Oh  Montjuic,  montanya  afortunada  ! 
Dessota  de  ta  maia  nomenada 
H)  hem  deixat,  am  grans  plors, 
El  cos  del  poeta  que  sobrix  en  flors. 


—  323  — 

Dorm,  poeta,  dorm,  quels  aucells  ja  canten  : 
Tu,  que  aimaves  tant  y  tant 
Els  bells  cants  seras  fcliç, 
1   faras  aquell  somri's... 

(J.  Maragall,  Del  Monljuic.) 

Canten  à  Rossellô  les  aulendres,  en  cada  val).  Y  '1  poeta 
fa  aquell  somrîs,  perqué  ha  vist  en  un  somni  de  la  vida 
inconeguda  Sant  Martî  de  Canigô  s'aixecar  de  ses  ruines, 
y  alsar  son  campanar  cuadrat  al  bell  demunt  de  Cadî,  per- 
qué ha  ohit  les  campanes  d'arâm,  tritllejant  per  el  desvetl- 
lament  d'un  poble. 

Amies  meus,  si  teniu  el  cor  rossellonés,  si  seu  fills  d'a- 
questa  terra,  no  sentiu  com  una  alenada  antigua,  boy  fent 
la  pujada  cap  aquella  realsada  abadia  ? 

Passât  el  poblet  de  Castell,  tant  pagesîvol  am  ses  clavel- 
lineres,  am  sa  petita  iglesia  englanada  de  capitells,  l'iglesia 
que  guarda  les  descolorides  estovalles  de  la  Comtesa,  bro- 
dades  l'any  ici 8,  y  seguint  la  torrentada  de  Cadî,  sota 
l'aybreda  molsosa,  6  bé  â  dalt  del  cingle,  devant  del  mones- 
tir,  en  cada  pedre,  en  cada  fulla,  no  ho  sentiu  encare  que 
l'anima  d'en  Vcrdaguer  hî  flota,  aucella  misteriosa  ?  La  sere- 
nor  del  cel  en  les  vehines  serres,  el  vent  que  baixa  de  les 
altures,  les  fondalades,  les  boyres,  els  pastors,  els  llenyas- 
sayres,  les  vives  gerderes,  sembla  que  tôt  ens  ha  de  parlar 
d'ell.  Es  ell  que  dona  al  paisatje  sa  vida  espiritual. 

Aixîs  ho  diu  y  en  aquest  sentit  s'ha  d'interpretar  una 
encertada  estrofa  dels  «  Goigs  de  la  Soterrana  »  : 

Dos  fills  :  lo  payral  Poeta 
Y  '1  Bisbe  may  prou  amat 
Vostre  corona  han  refeta, 
Vostre  Hoc  han  realsat  : 
L'un  am  son  cant  qu'enamora, 
L'altre  am  sa  veu  de  Pastor. 

Sant-Marti,  ara  tret  de  son  abandô,  de  sa  soletat  inspi- 
radora  y  desolada,  am  l'iglesia  baixeta  que  sostenen  espesses 
y  macices  columnes,  y  les  cuatre  barres  lluhint  com  libé- 
ules  en  les  vidreres  del  rera-altar,  ha  de  ser  per  tôt  rossel- 


-   3^4   - 

loncs  el  motju  d'una  santa  romerîa,  d'un  gcrmanivo)  aplec, 
y  si  no  es  per  hî  fer  acte  de  bon  cristiâ,  per  hî  cumpljr 
dévots  manaments,  al  menys  per  hî  heure  a  )a  deu  que  raja 
d'un  passât  semprc  viu. 

Aquî,  en  la  canjgonenca  falda,  devant  de)  campanar  que 
senyoreja,   s'arrela  l'historia  nostra. 

Aquî,  en  un  fons  d'or  de  cuadro  primitiu,  apareixen  les 
mitjevals  figures  d'en  Tallaferro  y  de  sa  desconsolada 
muller,  d'en  Guifre,  d'en  Gentil  y  de  Griselda  hermosa, 
de  l'abat  Oliva  alsant  la  croça,  y  també  dels  monjos  que 
van  â  les  celdes.  vestits  de  burell. 

Poques  iglesies  hî  hâ  que  guardin  un  passât  tant  miste- 
riosament  llunyâ  y  que  despertin  tanta  afecciô. 

Très  ô  cuatre  vegades  he  pujat  â  Sant  Martî,  y  sempre 
hî  he  vJst  l'aplec  llegendari  ;  y  tota  cosa,  els  trémols  y  'Is 
desmays,  les  antigues  pedres,  la  mes  antigua  Font  del  Comte, 
m'han  parlât  de  la  vellô,  am  llurs  veus  d'anyoré. 

Mes  perqué,  ho  demani,  no  hî  hâ  en  tal  Hoc  un  recort 
material  de  Mossen  Cinto? 

Per  cert  he  ohit  â  dir  que  Monscnyor  Carsalade  projec- 
tava  d'alsar  el  bust  de  l'excels  poeta,  â  la  mateixa  vora  de  la 
Font  del  Comte. 

Haurâ  conservât  una  tan  generosa  idea  ?  Aquesta  es  la 
meua  espcransa.  Perqué  l'obra  de  reedificaciô  no  se  pot  dir 
acabada,  no,  tant  que  no  s'haurâ  dignamcnt  glorificat  en 
Verdaguer.  Aquelles  montanyes  serân  tristes  tant  com  no 
veuràn,  rcstituida  per  el  cisell  de  l'esculptor,  l'imatje 
dolcîssima  del  llur  aymador.  No  falten  bons  cors  en  terra 
rossellonesa,  ni  tampoc  falten  artistes  prcuhats. 

Doncs,  mani  Monsenyor,  que  nosaltres,  fills  d'aquestes 
valls  assoleyades,  no  li  volém  mercadejar  la  nostre  ajuda... 

«  Dorm,  poeta,  dorm,  que    Is  aucells  ja  canten  ! 
tû  que  aimaves  tant  y  tant 
els  bells  cants  seras  feliç, 
y  faras  aquell  somris.   » 


Joseph  Pons. 


# 


ARLETTES 


_o 


9P 


Dans  le  Haut-Conflent,  au-dessus  de  Conat,  ce  capricieux 
village  jeté  sur  un  mamelon,  au  petit  bonheur,  dans  une  déban- 
dade de  rues  moitié  escalier,  moitié  casse-cou,  si  le  touriste 
remonte,  à  droite,  un  sentier  pierreux,  il  atteindra,  après  une 
heure  d'horloge,  une  ferme  joliette,  toute  fleurie  de  soleil  et 
d'oiseaux...  c'est  Ariettes  1 

Dernièrement,  une  averse  fouettée  de  vent  d'autan,  y  réu- 
nissait un  médecin,  un  garde  particulier,  un  berger,  et  l'auteur 
de  ces  lignes.  Et  tandis  que  Rosine,  la  fermière,  confectionnait 
une  omelette  suivant  la  formule  du  docteur  (lisez,  profanes  :  avec 
force  ronds  de  saucisson  et  force  menus  morceaux  de  jambon),  la 
causerie  serpentait  au  hasard  des  impressions  vécues. 

Le  docteur,  en  veston  loutre,  retranché  derrière  le  secret 
professionnel,  grillait  des  cigarettes,  en  exposant  une  théorie 
terrifiante  sur  l'intoxication  par  la  nicotine. 

Le  garde  de  Cobazet,  sanglé  dans  son  superbe  costume  en 
velours  vert  d'eau,  narrait  ses  prouesses  cynégétiques  passées. 

Le  berger,  taciturne  —  est-il  besoin  de  le  dire  —  ouvrait  de 
grands  yeux,  des  oreilles  plus  grandes  encore,  et  traçait  sur 
l'ardoise,  avec  sa  houlette,  des  ronds  imaginaires. 

—  Bravo  !  fit  le  docteur. 

L'omelette  selon  la  formule  faisait  son  entrée  ;  une  omelette 
toute  fumante,  aux  flancs  rebondis  et  dorés,  emplissant  la  pièce 
d'un  parfum  à  rendre  jaloux  Lucullus. 

—  Allons,  Cintet,  insinua  la  fermière,  ta  gourde  doit  être 
veuve,  que  tu  restes  là,  muet  comme  une  truite  ;  si  tu  contais  à 
ces  messieurs  l'histoire  d'Ariettes? 

—  Ouf!  ça  y  est!  allez-y  donc,  Cintet,  clamèrent  trois  voix. 
On  se  mit  à  table.  Et  Cintet,  un  beau  vieillard  à  la  chevelure 

blanche,    après  avoir  gourmande    son   maigre    «    Bismarck   »    qui 
rôdait  entre  nos  jambes,   nous  fit  le  récit  suivant: 

Ariettes,  autrefois,  c'était  un  village  bâti  ici,  sur  le  flanc  de 
cette    montagne,    à    notre    droite  ;    et,    comme    vous    pouvez    le 


—    326    — 

remarquer,  il  y  a  encore,  çà  et  là  dans  la  brousse,  de  vieux  pans 
de  mur,  et  plus  haut  quelques  petits  cortals. 

—  Je  flairais  quelque  chose  comme  çà,  interrompit  le  docteur, 
qui  se  piquait  d'archéologie. 

Cintet  continua  :  Charigail,  un  habitant  d'Ariettes,  qui  passait 
pour  sorcier,  rapport  à  un  tas  de  bricoles  qu'il  avait  sur  sa  che- 
minée :  flacons  verts,  tètes  de  morts,  lézards  empaillés,  Charigail 
partait  tous  les  jeudis  soir  pour  se  rendre  au  sabbat  des  sorcières, 
là-haut,  près  du  Bac-Harrissal.  Les  femmes  assuraient  l'avoir  vu, 
métamorphosé  en  chat  gris,  le  dos  barré  de  noir,  courir  en  bonds 
endiablés,  à  la  brune,  vers  les  gorchs  de  Nohèdes  ;  et  le  matin, 
avant  le  chant  du  coq,  ce  même  chat  gris,  avec  des  yeux  luisants 
comme  des  chandelles,  rentrait  dans  le  village,  passant  à  fond  de 
train  par  le  petit  trou  rond  de  la  porte  de  Charigail  ! 

—  Brr  !  cà  donne  la  frousse,  dit  le  aarde  en  riant. 

Un  de  mes  ancêtres,  l'Anton  Galliner,  qui  était  dévot  — 
c'était  un  homme  de  la  loi  ancienne,  à  preuve  qu'il  était  pabordc 
de  Saint-Antoine  —  lui  disait  souvent  comme  çà  :  Charigail, 
Charigail,  laisse  le  sabbat  de  côté  ;  à  force  d'aller  faire  bouillir 
le  chaudron  avec  les  fées  blanches  et  les  sorciers  noirs,  tu  te 
brouilleras  avec  le  bon  Dieu...  ça  te  portera  malheur. 

Charigail  n'écoutait  rien.  Une  nuit  de  Noël,  pendant  que  tout 
Ariettes  était  descendu  à  Conat,  Charigail  sortit  tout  seul  de  sa 
maison,  une  poule  noire  sous  le  bras,  et  au  croisement  des  quatre 
chemins,  il  dessina  des  signes  cabalistiques  avec  un  bâton  de 
houx,  puis  il  planta  son  couteau  catalan  dans  l'estomac  de  la 
poule  noire.  Aussitôt  une  fumée  verdàtre  en  sortit,  la  lune  se 
cacha  derrière  un  nuage,  et  quelques  instants  après  tout  Ariettes 
était -enveloppé  d'un  brouillard  très  épais.  En  revenant  de  la 
messe  de  minuit,  les  gens  du  village  entrevirent,  sur  la  place  du 
village,  une  ribambelle  de  diablotins  avec  des  cornes,  qui  dansaient 
à  cheval  sur  des  chats  ébouriffées,  autour  d'un  chaudron  énorme, 
sous  lequel  Charigail  attisait  un  feu  de  forge. 

Le  lendemain,  pris  par  les  fièvres,  tous  les  habitants  d'Ariettes 
gardèrent  le  lit.  Il  n'y  avait  pas  à  en  douter,  Charigail  les  avait 
ensorcelés... 

Le  berger  poursuivit  :  D'abord,  les  enfants  moururent  comme 
des  mouches;  on   les  enterra  tous.   Puis,  les  vieux  firent  le  pion- 


-  3.7  - 

geon.  Le  curé  de  Conat  essaya,  à  coups  de  goupillon,  de  chasser 
les  esprits;  bernique,  le  sort  était  jeté.  Alors,  désespérés,  ceux 
qui  restaient  se  levèrent,  et  à  demi-nus,  comme  des  fantômes,  se 
mirent  à  galoper,  qui  du  côté  de  Lugols,  qui  vers  Conat,  qui 
vers  Urbanya.  Charigail  lui-même,  après  avoir  jeté  au  feu  ses 
flacons  verts  et  un  gros  livre  jaune,  s'enfuit  escorté  d'un  matou 
gris.  Au  moment  où  il  sortait  du  village,  en  prononçant  ces 
mots  :  Baracot,  clic-cloc,  une  fée  lui  apparut,  qui  lui  mit  la 
main  sur  l'épaule...  Aussitôt  Charigail  et  son  chat  furent  pétri- 
fiés ;  tenez,  les  voilà  là-bas. ..  ce  grand  rocher,  c'est  bien  Charigail 
et  son  chat...  vous  voyez  ! 

—  Rien  de  plus  vrai,  prononça  le  docteur;  c'est  comme  le  soir, 
la  vieille  chargée  de  bois  mort  qu'on  voit  dans  la  lune. 

Le  berger  haussa  les  épaules  en  riant  : 

—  Ce  n'est  pas  tout,  poursuivit-il  ;  à  Urbanya  on  savait  que  la 
peste  décimait  Ariettes,  et,  pour  se  prémunir  contre  le  mal 
terrible,  on  avait  décidé,  sous  le  grand  arbre  de  la  place,  de  ne 
laisser  approcher  du  village  aucun  des  contaminés.  En  sorte  que 
les  meilleurs  tireurs  d'Urbanya  se  postèrent  dans  la  grange  de 
«  Sant-Jaume  »  avec  ordre  de  tirer  sur  le  premier  qui  se  pré- 
senterait. 

Dévorés  par  la  fièvre,  et  épuisés  par  leur  folle  course  à 
travers  les  genêts,  huit  ensorcelés  parurent  un  beau  matin,  au 
tournant  du  sentier.  Toutes  noires  sur  la  blancheur  immense  de 
la  neige,  souff^reteuses,  ratatinées,  leurs  pauvres  silhouettes  maigres 
grelottaient  sous  la  brise  cruelle.  Et  puis  î  paml...  ils  tombèrent 
à  terre  en  battant  l'air  de  leurs  bras.  Un  vol  de  corbeaux  s'abat- 
tit sur  ces  cadavres,  et,  le  soir  même,  les  habitants  d'Urbanya 
regardaient,  en  frissonnant  de  peur,  leurs  blancs  ossements  qui 
luisaient  sous  les  rayons  de  la  lune. 

Le  lendemain  on  les  enterra  à  Sant-Jaume  ;  et  il  n'y  a  pas  bien 
longtemps,  la  pioche  d'un  paysan  trouvait,  dans  un  champ  en 
contre-bas  d'une  ferme,  huit  squelettes,  chacun  dans  un  cercueil 
en  ardoises. 

Ariettes  devint  un  lieu  maudit.  C'était  le  rendez-vous  des 
chacals,  des  serpents  et  des  loups;  l'herbe  n'y  poussait  plus;  peu 
à  peu,  les  maisons  s'effritèrent  sous  l'entassement  des  neiges. 
La    nuit,    les    pâtres   de  Mirailles  et   d'Estardé   entendaient    des 


—  328  — 

rumeurs  étranges,  et  voyaient  danser  des  feux  rouges  et  des    far- 
fadets. 

Longtemps  après,  des  gens  intrépides  de  Conat  résolurent  d'y 
organiser  des  battues  en  tous  sens.  On  tua  beaucoup  de  sangliers 
et  de  loups  ;  le  premier  pas  était  fait  ;  bientôt  les  champs  se 
remplirent  de  travailleurs... 

—  Et  grâce  à  Dieu,  ajouta  Rosine,  la  ferme  d'Ariettes  aujour- 
d'hui, a  bonne  mine,  et  vous  n'auriez  jamais  soupçonné  qu'elle  a 
été  bâtie  sur  l'emplacement  de  la  maison  de  Charigail,  le  sorcier... 

—  Oui,  superbe  ta  ferme,  brave  Rosine,  fit  le  docteur,  et 
quand  je  passerai  par  là,  une  autre  fois,  par  un  temps  de  pluie, 
tu  nous  serviras  une  autre  omelette,  et  on  boira  au  chat  gris  de 
Charigail,..  pétrifié. 

Le  soleil  avait  reparu,  et  le  val  d'Ariettes  sous  un  vent  frais 
secouait  sa  verte  robe  de  blés,  étincelante  encore  des  dernières 
gouttelettes  de  l'averse. 

On  échangea  d'amicales  poignées  de  mains  Le  docteur  remit 
en  bandoulière  sa  trousse  de  campagne  ;  le  garde  siffla  son  «  Talc  », 
un  superbe  pointer,  et  l'on  se  quitta  avec  le  souvenir  d'une 
histoire  authentique  de  sorcier,  et  d'une...  délicieuse  omelette 
suivant  la  formule. 

Lo  Refilayre  de  Carença. 

Concells 

Las  virtuts  ne  son  escales 
perque  'n  vida  al  cel  anem  ; 
mes  la  fe  y  l'amor  son  aies 
perque  'n  vida  ja  hi  volem. 

Els  cors  mes  richs  son  ben  pobres 
si  'Is  hi  manca  la  fe  viva, 
reina  que  per  comitiva 
deu  portar  les  bones  obres. 


j 


« 

Advertencias  dignas  de  saber 

(Curieux  extrait  d'un  vieux  manuscrit  que  nous  avons  trouvé  en  T^oussillon.) 

Lo  gall,  ab  son  cant  de  la  mitja  nit,  adverteix  als  homens  de 
pregar    à    Deu,  y  ab    la   de    la   matinada    de  acudir  al  treball  de) 

COS. 

La  olor  de  la  herba  ruda  es  metzina  contra  las  serps. 

Iris  à  arch  de  Sant  Marti  es  un  nubol  opposât  sempre  al  sol  ; 
lo  color  pardo  es  de  la  terra,  lo  vert  es  de  l'aigua,  y  lo  vermeil 
de  l'ayre  ;  te  dos  altres  colors  annexos  que  son  violet  y  verde- 
sin.  Quant  apareix  al  mitgdia  significa  pluja  y  tempestat  ;  al  orient 
trons  y  poca  pluja  ;  al  occident  seré  y  bon  temps.  Assentantse 
sobre  los  arbres  fa  lo  mannâ  6  mel  rosat  ;  es  xich  quant  lo  sol 
es  ait,  y  es  gran  quant  lo  sol  es  baix.  Trau  l'aigua  de  las  fonts, 
y  las  dona  als  nubols.  Significa  la  pau  entre  lo  cel  y  la  terra  :  no 
apareixerà  quarant'  anys  antes  del  judici  ;  causarà  sequedat  à  la 
terra  la  quai  no  podent  dona  vapors  humits,  exalera  mediant  lo 
sol  fonch  en  l'ayre. 

Lo  fum  de  l'ongla  esquerra  del  matxo  trau  los  rats  de  casa. 

Ab  très  begudas  6  tassadas  se  modéra  lo  beurer  ;  la  primera 
per  la  salut,  la  segona  per  lo  plaher,  y  la  tercera  per  lo  dormir  ; 
altrament  lo  massa  beurer  te  très  graus  :  voluptat,  embriagues  y 
fur  or. 

Los  cuchs  de  seda  moren  sovin  ohint  lo  trô  ;  per  evitarho,  se 
ha  de  sonar  dos  campanetas  cerca  de  ells,  que,  essent  y  acostu- 
mats,  no  temen  tant  lo  trô,  y  no  moren  :  se  diu  aixibé  qu'el  temor 
6  ruido  del  trô  fa  fer  sos  petits  â  la  cerva  mes  prest  que  n'ois 
farîa. 

Rentantse  las  mans  ab  vi  6  llixiu  é  après  ab  aigua  fresca  fins 
que  sien  mitg  mortas  6  endormidas,  lo  plom  fus  no  hi  pot  fer 
mal  algii,  perque  mentres  las  mans  se  tingan  ben  obertas,  caurà 
com  aigua  poch  mes  que  tibia. 

Nous  donnerons  un  autre  extrait  du  même  manuscrit  dans  l'un  de  nos 
plus  prochains  numéros. 


\jumuuuumummuumuu 


Pages  Choisies 


Mos.  Antoni  M^  Alcover,  que  nos  lecteurs  connaissent  bien  de 
nom,  occupe  une  place  importante  dans  le  mouvement  littéraire 
catalan  contemporain.  11  a  entrepris  une  œuvre  grandiose,  le 
TUclionnaire  général  de  la  langue  catalane.  Le  BolIeH  qu'il  publie 
régulièrement  en  vue  de  stimuler  les  nombreux  collaborateurs  de 
ce  travail  gigantesque,  est  une  feuille  vivante  et  fiévreuse,  tou- 
jours pleine  d'idées  intéressantes.  M.  Alcover,  en  plus  de  sa 
longue  étude  Questions  de  llengua  y  liieraiura  calalana,  a  publié 
en  plusieurs  volumes,  et  sous  le  titre  Aplech  de  J^ondalles  mallor- 
quines,  une  abondante  collection  de  contes  et  légendes  de  l'île  de 
Majorque.  11  y  a  dans  ces  recueils  des  choses  vraiment  exquises; 
M.  Alcover  a  fait  preuve,  en  les  collectionnant,  d'une  très  vive 
intelligence  des  productions  populaires.  On  ne  saurait  trop  le  féli- 
citer d'avoir  recherché  pour  nous  tant  de  petits  chefs  d'oeuvre  et 
d'avoir  su  en  conserver,  comme  il  l'a  dit  lui-même,  la  physiono- 
mie primitive,  la  naïveté,  la  grâce,  l'énergie  et  le  relief.  Nous 
avons  tenu  à  extraire  du  4'  volume  de  cette  collection,  publié  en 
1904,  la  rondalla  suivante  dont  nos  lecteurs  ne  manqueront  pas  de 
goûter  la  saveur  particulière.  Que  les  difficultés  (assez  nombreu- 
ses, nous  devons  l'avouer)  qu'offre  pour  nous  le  dialecte  de 
Majorque  ne  les  arrêtent  pas  :  ils  suivront  sans  trop  de  peine  la 
ligne  principale  du  récit,  et  ne  laisseront  pas  échapper  en  chemin 
les  détails  les  plus  caractéristiques.  J.  A. 

Es  Rossinyol  y  sa  Rossinyola  "^ 

[Dialecle   de  Majorque) 

Aso  'n  Selles,  possesiô  que  no  he  pogut  aclarir  aont  mos  eau, 
e-hi  havia  un  cirerar  molt  gran,  y  hi  cantaven  una  mala  fi  de  ros- 
sinyols,  en  venir  abril. 

Una  vegada  n'hi  hagué  un  que,  com  prou  hagué  cantat,  arribâ 
a  dir. 

(  I  )  Aplech  de  T{ondaUes  maïlorquines  (Mallorca  ;  tip.  cat.  de  Sanjuan, 
1 904  ;  tome  ivj. 


—  33i    — 

—  Bé  ^  y  jo  qu'eniperiol  aqui  amb  tant  de  cantar  ?  ^  Que  tench 
a  n-es  fus  de  tanta  canturia  com  Deu  ha  vista?  Y,  sobre  tôt,  can- 
tar  tôt  sol,  axi  metex  es  massa  trist.  Tench  totes  ses  cireres  que 
vuy  y  mes  que  no  'n  vuy,  pero  no  tench  companyîa  :  me  'n 
vaig  a  cercarne  una  de  rossinyola  y  sera  lo  que  Deu 
voldrâ. 

Vola  qui  vola  de  d'allà,  y  mira  qui  mira,  en  trobava  axi  matex 
de  rossinyoles,  pero  totes  tenien  ja  's  seu  rossinyol,  y  no  hi  havia 
que  demanarlos  de  noves. 

A  la  fi  en  troba  una  en  es  torrent  de  sa  branca,  demunt  un 
matul-lo,  y  ja  l'ha  escomesa  : 

—  ;  Al  abat  sîa  Deu  ! 

—  j  Per  a  sempre  !  respôn  ella. 

—  l  Com  va  la  vida,  estimada  ? 

—  Va  bé,  si  agrada  a  Deu.  Campam  primet  primet,  y  si  no 
basta,  hi  posam  es  bast. 

—  ^  Y  de  que  t'umpls  es  gavaig  per  aqui  ?  Sabs  qu'es  de  pelât 
axé  î 

—  j  Y  tant  com  e-hu  es  !  Si  hi  estaves  una  mesada,  sî  que  hu 
diries,  sobre  tôt  s'ivern. 

—  Pero  ^  de  que  t'atepeys? 

—  Des  quatre  mosquits  descuydats  que  porem  engospar,  y  de 
ses  quatre  llavoretes  qu'una  aplega. 

—  J  Sabs  que  hi  deus  anar  de  prima  de  lloms  !...  ;  ca  !  j  ca  ! 
l  axô  no  es  viure  !  Y  tota  sola  per  afegitô...  Si  tu  te  volias  aple- 
gar  ab  mi,  sabs  que  mos  hi  diria  de  bé. 

—  l  Com-es-ara  ? 

—  Que  mos  n'aniriem  a  n-es  cirerar  de  so  'n  Selles,  aont  hi 
ha  baldor  de  cireres  per  llarch,  tantes  ne  menjes... 

—  J  Fêta  esta  sa  barrina  î  diu  sa  rossinyola. 
S'apleguen,  y  \  cap  a  n-es  cirerar  falta  gent  ! 

Al  punt  hi  forem,  y  i  no  vos  dich  res  sa  rossinyola  sa  panxada 
que  pegâ ! 

Y  tots  dos  ja  foren  partits,  panxa  plena,  canta  que  canta,  que 
cuydaven  a  troure-se  's  carcabôs. 

L'amo  de  ses  cireres  les  ténia  ben  géloses,  y,  com  sent  tanta 
de  cantoria,  diu  : 

—  l  Aqueys  dimonis   de  rossinyols    no    me  'n   dexarân  cap  de 


—  332  — 

cirera  !  \  Mal  los  tocâs  lo  que  tocâ  a  Na  Mayans  :  set  carretades 
de  nines  y  set  d'infants  î 

Agafa  s'escopeta,  que  sempre  ténia  parada,  y  j  paplam  !  des- 
para cap  aont  sa  cantoria  era  mes  forta. 

l  Que  m'en  direu  ? 

EH  un  parey  de  perdigons  fregaren  sa  rossinyola  y  li  solquet- 
jaren  sa  pell,  y  una  partida  de  plomes  que  li  botiren. 

—  l  Axi  va  axô  ?  diu  ella.  j  Cap  a  n-es  torrent  de  sa  branca 
m'en  torn  ! 

Y  ja  li  va  haver  cstret  ben  afnada,  y  de  dalla. 

—  I  Espéra  !  j  espéra,  dona  !  deya  's  rossinyol,  encalsantla.  j  No 
sies  tan  poruga,  que  no  hia  tant  per  tant,  tampoch  j  EH  no  hu 
paga  's  parlarne  per  un  parey  de  plomes  j  Si  en  axô  mos  hi 
veym  cada  dia  ! 

—  ;  Pcrô  no  m'hi  vuy  veure  jo  !  deya  sa  rossinyola  volant  com 
la  bala. 

—  \  Perô  ;  si  no  mes  es  estât  es  retgirô  !  deya  ell. 

—  j  No  hu  he  mester  sebre  !...  \  A  ca-meva  m'en  vaig,  abans 
de  pus  raons  !  M'estim  mes  es  quatre  mosquits  y  llavoretes  des 
torrent  de  sa  branca,  alla  ont  ningû  me  diu  :  fe  t  ensâ,  fe  't 
enllâ,  —  que  no  totes  ses  cireres  y  es  cirerers  de  So  'n  Selles. 

Ell  es  rossinyol  no  la  pogué  ginyar  a  tornar  arrera.  Se  'n  anâ 
cap  dret  a  n-es  torrent  de  sa  branca,  aont,  primeta  de  panxa 
anava,  perô  no  senti  siular  pus  perdigons  ni  li  tiraren  altra  arca- 
bussada. 

Y  encara  deu  esser  viva,  si    no    s'es  morta  ni  li  han   fet  s'ebré. 

Antoni  M*  Alcover. 

Extrait  de  mil  y  un  pensaments 

Els  mais  no  soferts  espanten  mes  ab  el  soroll  que  fan  oits,  que 
desprès  de  executats. 

No  t'alabis  de  saber  lo  que  no  saps,  mes  preguntao  aïs  qui 
creus  que  ho  saben. 

No  t'afatiguis  pera  respondre  molt  sino  pera  respondre  be. 


Pour  le  dictionnaire  catalan 

Nous  aurons  enfin  un  dictionnaire  catalan  en  Roussillon  I 
J'écrivais  un  jour  (1908,  Anthologie  catalane  :  «  Les  poètes  rous- 
sillonnais  »,  Introduct.  p.  xxii)  :  «  Le  besoin  d'un  dictionnaire  se 
fait  sentir  chez  nous  plus  encore  peut-être  que  d'une  gram- 
maire ».  Nous  avions  déjà  au  moins  une  grammaire,  celle  de 
Puiggari,  )852,  dont  j'ai  entretenu  nos  lecteurs  [J{evue  Catalane, 
j5  déc.  ic>09  et  dont  on  a  donné,  depuis,  une  seconde  édition 
(1910,  Perpignan,  édit.  Barrière  et  C,  avec  une  préface  de 
M.  Pierre  Vidal).  Mais  il  nous  manquait,  il  nous  manque  tou- 
jours un  dictionnaire.  On  nous  avait  signalé  l'existence  de  deux 
ou  trois  manuscrits  importants  ;  mais,  pour  des  raisons  diverses, 
aucun  d'eux  n'était  publié.  Et  cependant  l'œuvre  s'imposait  ! 
11  semble  maintenant  que  nous  soyons  près  de  la  voir  réa- 
lisée. 

Un  groupe  de  catalanisants  s'est  constitué  au  mois  de  septembre 
pour  reprendre  cette  idée  qui  avait  été  examinée  déjà  très  atten- 
tivement l'année  dernière,  mais  qui,  sans  une  initiative  et  une 
impulsion,  risquerait  fort  de  ne  pas  sortir  du  domaine  hypothé- 
tique ou  chimérique.  Nous  savons  en  ce  moment-ci,  d'une  ma- 
nière très  sûre,  que  la  plus  grosse  partie  du  travail  est  déjà 
préparée.  Grâce  à  la  patience  intelligente,  à  l'activité  obstinée 
et  clairvoyante  de  notre  ami  M.  R.  de  Lacvivier,  qui  a  réuni  un 
très  grand  nombre  de  mots  et  a  envisagé  plusieurs  méthodes, 
grâce  aussi  à  sa  ferme  volonté  de  faire  aboutir  ces  efforts,  il  ne 
restera  plus  qu'à  discuter,  compléter,  perfectionner,  ou,  le  cas 
échéant,  réduire  ce  qui  a  été  obtenu  par  lui  jusqu'ici. 

Je  ne  dis  pas  que  le  nouveau  travail  qui  s'impose  doive  aller 
sans  difficulté  et  ne  demande  pas  du  temps,  de  la  persévérance 
et  une  vive  attention.  Mais  l'ardeur  et  la  compétence  des  colla- 
borateurs de  M.  R.  de  Lacvivier  auront  raison,  j'en  ai  la  convic- 
tion absolue,  de  tous  les  obstacles.  La  question  même  de  l'éditeur 
et  des  frais  d'édition  est  déjà  réglée,  ce  qui  n'est  pas,  on  le  sait, 
un     maigre    avantage.    L'année     1912    ne    s  écoulera    donc    pas, 


—   334  — 

croyons-nous,  sans  que  l'œuvre  soit  sur  pied.  Tous  les  bons 
roussillonnais,  tous  les  catalanisants  des  deux  côtés  des  Pyrénées 
devront  s'en  réjouir. 

Ainsi,  la  belle  et  noble  cause  dont  nous  nous  sommes  faits 
ici  les  champions  et  qui  consiste  à  défendre,  à  illustrer,  à  main- 
tenir et  répandre  autour  de  nous  la  langue  catalane,  à  entretenir 
dans  notre  région  un  ardent  et  brillant  foyer  de  culture  catalane, 
à  stimuler  au  cœur  de  nos  compatriotes  l'amour  de  leur  idiome  et 
du  génie  de  leur  race,  cette  belle  et  noble  cause  avance  d'un 
pas  sîir,  en  dépit  des  barrières  qui  se  dressent  sur  son  chemin, 
des  fossés  qui  se  creusent  devant  elle.  Travaillons  encore, 
travaillons  toujours  pour  assurer  son  triomphe,  sans  tenir  compte 
des  ricanements  et  des  railleries,  qui  se  font  d'ailleurs  de  plus  en 
plus  rares  ! 

Quand  nous  renoncerons  nous-mêmes  à  agir,  parce  que  l'âge 
nous  le  commandera,  quand  nous  laisserons  à  d'autres  le  soin  de 
continuer  notre  œuvre,  nous  serons  fiers  de  leur  dire  :  «  Voilà 
les  résultats  acquis  par  nous,  par  notre  constance,  notre  convic- 
tion et  notre  courage  quotidien  !   » 

Jean  Amade. 

Clariayna 

1.    Una   NlT 

S'estava  quietament  sota  l'espés  fullâm, 

duyent  en  e)  côs  blanc  mantellina  aixerida... 

La  nit  era  callada,  â  fora  de)  reclâm 

qu'ai  majg  fan  les  rcynetes  en  l'herba  enfosqueîda. 

Parlava  dels  recorts  de  la  casa  payral, 
dels  masos  de  la  terra  que  tant  lluny  hem  deixada, 
de  les  dones  que  tornen  del  joliu  ribera), 
cames  nues,  ulls  vius  y  cara  acolorada.  * 


—  335  — 

D'un  carrer  d'ombra  y  sol  s'alsava  la  visiô, 
y  amb  ei  murmuradiç  d'alguna  font  llunyana, 
hî  havîa  en  ses  paraules  la  sabor  catalana. 

Hî  havîa  en  ses  paraules  l'encant  de  Rossellô, 
y  l'humil  mantellina  que  li  dava  noblesa 
guardava  de  la  nit  en  son  front  la  puresa. 

11.     NOCTURN 

M'agrada  de  te  veure  â  ma  vora  adormida... 

Oh  !  dorm,  la  nit  es  clara  y  '1  bosc  plé  de  negror  ; 

dorm,  la  lluna  tôt  just  puja  com  una  flor  ; 

y  jo  veig  qu'una  bruma  sus  del  riu  s'es  teixida. 

Ben  triste  es  ma  pensada...  Ton  mirar  verginal 
sera  una  cova  fosca  y  gel  ta  llengua  muda  ; 
l'argila  del  teu  côs  s'esgranarâ,  menuda, 
y  no  hî  haurâ  memoria  d'un  amor  sens  igual. 

Sempre  ets  présent,  oh  Mort,  silenciosa  y  terrosa  ! 
Avives  de  ma  nit  l'amarga  voluptat, 
y  passa  com  estel  cada  petô  sagrat... 

Mes  entre  'Is  aybres  nègres  va  la  lluna  desclosa, 
y  assossega  mon  cor  de  veure  al  firmament 
tan  serena  y  tan  pura,  sa  medalla  d'argent. 

Joseph  Pons. 


Textes  catalans 

9P  (Suite) 

Une  des  fonctions  des  Consuls,  un  de  leurs  privilèges,  si  l'on 
veut,  c  était  l'élection  annuelle,  chaque  fois  consignée  brièvement 
au  registre,  de  una  donzella  a  maridar  :  nous  dirions,  aujourd'hui, 
une  rosière.  La  disposition  remarquable  en  vertu  de  laquelle  ils 
se  trouvaient  chargés  de  cette  mission  se  trouve  rapportée  dès  les 
premières  pages  : 

«  Clausula  de  la  institutio  he  fundatio  fêta  per  lo  11"  S"Misser 
Francesch  Fort,  doctor  del  real  Consel  de  la  Ciutat  de  Barsa- 
lona,  manumissor  de  la  ultima  voluntat  del  11'"  y  molt  Rev'  S" 
Francesch  Giginta.  abat  del  monestir  de  N.-S""^  de  Amer,  bisbat 
de  Gerona,  en  poder  de  M°  F.  Aguiles...  notari  publich  de  Bar- 
salona,  a  i5  del  mes  de  juliol  iSçé,  en  lesquals  institutio  y  fun- 
datio... ha  fundada  una  causa  pia  per  donzelles  pobres  a  maridar 
de  la  Ciutat  de  Elna,  ab  tal  empero  que  lurs  pares  sien  Catalans, 
laquai  es  de  ténor  seguent. 

Item  mes  instituesc  y  fundo  altra  causa  pia  per  donzelles  a 
maridar,  ab  lo  modo  y  forma  seguent,  ço  es  que  quiscun  any  sien 
dades  dels  redditus  y  pentions  dels  censals  deval  escrits...  quinze 
lliures...  a  una  donzella  pobre,  natural  de  dita  Ciutat  de  Elna,  filla 
légitima  y  natural  de  un  pareCatala,  per  collocatio  de  matrimoni, 
de  lasquals  qualitats  haien  de  fer  relatio  y  certifficatio  los  Con- 
sols  de  la  dita  Ciutat  qui  son  y  per  temps  seran,  posant  très  don- 
zelles en  un  mémorial,  de  lesquals  les  administradors  deval  escrits 
haien  de  pendre  y  nominarne  una,  a  laquai  per  son  casamentsien 
donades  dites  quinze  lliures  :  pregant  a  dits  Consols  que  ab 
aquella  cura  y  diligentia  que  poran  fassen  dita  nominatio  de 
fadrines  mes  pobres  y  que  sien  de  dites  qualitats,  encarregantne 
Durs  consienties.    » 


L'on  rencontre,  en  j6oi,  une  mention  de  réparations  assez 
importantes  aux  fortifications  de  la  Cité  :  C'est  une  quittance 
faite  par  deux  maçons,    de   258    livres,    12  %  6  «*  montant,    a   preu 


—  337  — 

fel,  des  travaux  ci-après  :  «  Fer  lo  parapeto  desde  la  casa  de  la 
parra  que  es  cercha  del  Castell  de  la  Ciutat,  seguint  tota  la 
muraila  fins  a  la  casa  del  Rev'  S"  Fr.  Masdamont,  canonge,  y 
aixibe  fer  una  garita  (i)  nova  devant  de  la  casa  del  pubill  Balle, 
en  dita  muraila,  y  mes  cobrir  la  garitta  del  portai  de  Balaguer, 
y  en  aquella  posarhi  biga  nova,  cayrats,  canyes,  teules  y  tôt  lo 
demes  necessari...  Item  mes  fer  très  caxials  al  revali  (2)  del  por- 
tai de  Balaguer,  de  part  de  dafora  de  la  muraila  del  dit  ravalli 
que  dona  devant  del  hort  del  Mag*^*^  M°  Miquel  Rollan,  doctor 
en  drets  de  la  Ciutat  de  Barsalona  ;  item  per  haver  fêta  una 
paret  a  miga  lissa,  ab  sa  porta  y  rexia  de  fusta  ;  item  axibe  per 
haver  fet  un  Cuerpo  de  guardia,  en  lo  temps  que  los  Francesos 
eran  en  Rossello,  al  portai  dels  Alamanys...  tôt  compres.    » 


Signalons  les  fêtes  pour  la  canonisation  de  Saint  Raymond 
de  Penyafort,  en   1601. 

Les  Consuls  d'Elne  reçurent  des  Consuls  de  Barcelone  la  lettre 
suivante  : 

«  Illustres  Senyors.  A  deu  del  corrent,  reberem  cartas  de 
Roma,  ab  propri  correu  despedit  per  lo  Ex""  Duc  de  Hijar  (?) 
embaxiador  per  sa  Magestat,  y  ab  elles  entenguerem  la  felice  y 
tant  desijada  nova  de  la  canonisatzio  del  glorios  Sant  Ramon  de 
Penyafort,  laquai  feu  Sa  Santadat  als  29  del  passât  que  fou  la 
Dominica  in  albis  ;  y  V'  M'  saben  la  quant  desijada  estava  dita 
canonitzatio  per  los  Serenissims  Reys  de  Arago  y  per  aquest 
Principat,  loqual  ha  instat  ab  Sa  Santadat  moltissim  anys  (3)  se 
effetuas  ;  y  pus  N.  S°'  es  stat  servit,  per  medi  de  dit  glorios  Sant 
Ramon,  que  en  nostros  temps  alcansasem  lo  que  altres  tant  havien 
desijat  y  trabellat,  tenim  tots  obligatio  de  fer  les  démonstrations 
de  alegria  que  un  tant  gran  sant  mereix  ;  y  aixi  suplicam  à  V"  M' 
ho  fassen  com  be  tenen  acostumat,  que  nos  altres  assi  farem  les 
fêtes  possibles,  per  lesquals  havem  assenyalat  lo  die  de  24  del 
corrent    ab   les   ques    seguiran  :  Y  perque  entenem   que   a  nostra 

(i  )  Tour. 

(î)  Ravelin  ou  demi-lune. 

(3)  Saint  Raymond  de  Penafort,  général  de  l'ordre  des  Dominicains, 
catalan,  était  décédé  depuis   1275. 


—  338  — 

obligatio  no  satisfariam  si  no  haguessem  fets  sabedors  a  V*  M*  de 
dita  tant  regositjada  nova,  per  so  havem  desliberat  donar  le  dit 
avis  per  correu  piopri,  certificant  a  V"  M"  que  si  esta  Ciutat  pot 
servir  en  aqueixa  en  quaisevol  occasio,  ho  farem  ab  moites  veres. 
Guarde  N.-S"  a  V"  NV. 

En  Barcelona,  a  i  3  de  maig  de  )6oi  :  Illustres  Senyors  :  A  la 
ordinatio  de  V'  M'  prcsts.  Los  Consellers  de  Barcelona.   » 

Laquai  carta...  han  posada  en  exequtio  avuyn  (27  mai)  die  de 
Diumenge,  en  loqual  die  se  ha  fet  gran  triumpho  y  alegria  en  la 
Ciutat  tant  dels  officis  divinals  quant  enchara  de  la  salva  de  artil- 
laria  y  archabusseria  a  honor  y  gloria  de  N.  S"  y  del  beneven- 
turat  Sant  Ramon.  Y  aixibe  la  nit  abans  per  les  murs  de  dita  Ciutat 
se  feren  moites  alymaries  y  tirs  de  archabusseria  y  artillaria,  y 
altres  alegries  y  démonstrations.  Y  lo  diumenge  après  de  vespres 
se  feu  una  molt  solempne  professo  ab  les  benaventurades  Santés 
Eularia  y  Julia  per  tots  les  claustres  y  Seu,  per  lo  impediment 
de  la  pluja.  Loqual  benaventurat  Sant,  mijansant  nostres  prega- 
ries,  vulla  impetrar  ab  N.  S.  Deu  J.  C.  lo  augment,  gloria  y 
salvitat  de  la  dita  Ciutat  y  singulares  persones  de  aquella.  Amen. 


Avec  l'année  1602,  nous  arrivons  à  la  grosse  question  qui  va 
tenir  plusieurs  pages  du  registre,  le  départ  du  Chapitre  pour 
Perpignan,  et  ses  conséquences  pour  la  Cité.  Un  partage  doit  se 
faire  entre  le  Chapitre  qui  s'en  va  et  la  Communauté  des  prê- 
tres qui  reste,  partage  qui  sera  la  source  de  difficultés  sans  nom- 
bre, de  récriminations  les  plus  vives,  de  procédures  acharnées. 
La  Cité  n'y  intervient  que  sur  un  point,  le  partage  des  objets 
du  culte,  reliques  et  ornements.  Comme  il  est  à  craindre  que  les 
chanoines  ne  s'attribuent  la  part  du  lion  et  que  l'Eglise,  désertée 
par  le  Chapitre,  risque,  de  plus,  de  rester  dépouillée,  la  Cité  a 
intérêt  à  empêcher  cette  spoliation. 

La  cause  de  la  translation  était,  depuis  déjà  longtemps,  en 
Cour  de  Rome,  où  la  Cité  avait  nommé  un  procureur  et  un 
syndic  pour  être  représentée  à  son  instruction.  Une'délibération 
de  1600  nous  fournit  un  indice  des  difficultés  qui  couvaient.  Le 
Conseil  y  affirme,  en  effet  :  «  que  son  intent  es  que  la  Iglesia 
stiga  y  reste  moblada  quai  conve  per  al  servey  de  Deu,  conforme 


—  339  — 

ha  stat  fins  avuyn  ;  y  que  en  la  nnateria  de  la  translatio  no  si  fa 
ninguna  questio  ;  y  en  lo  que  tocha  als  ornaments  de  la  Iglesia, 
reliquies  y  altres  coses,  volen  que  de  dita  Iglesia  no  sen  tocha 
ni  trega  cosa  alguna  fins  a  tant  que  la  Ciutat  eo  lo  sindich  de 
aquella  sia  hoit  devant  del  Papa,  y  lo  Papa  y  fassa  deguda  pro- 
visio.   » 

Les  délibérations  de  1602  vont  nous  montrer,  maintenant,  la 
marche  de  l'affaire  : 

«  Memoria  sia  als  prohomens  qui  avuy  son  y  per  temps  seran... 
de  les  coses  seguents  tocants  a  la  nova  residentia  de  les  persones 
dels   S°"  de  Canonges  en  la  vila  de  Perpinya. 

Et  primo,  essent  plenament  informada  la  Ciutat  que  sa  Santa- 
dat  a  fêta  delegatio  apostolica  a  M°'  11'"  de  Tarragona  a  fi  y 
effecte  que  arribas  en  la  Ciutat  de  Elna  y  reconegues  les  reli- 
quies de  la  Seu,  en  tal  manera  que  si  aquelles  no  ferien  fretura  en 
dita  Seu,  que  en  tal  cas  les  donas  als  Canonges,  com  sen  anirien  a 
Perpinya,  eo  sive  que  restassen  en  dita  Seu...  Y  dit  NV'  de  Tar- 
ragona, anomenal  Don  Joan  Teres,  loqual  abans  es  stat  Bisbe  de 
Elna,  es  stat  eligit  per  la  Magestat  del  Rey  N.  S"  en  Virey  de 
Cathalonya,  y  per  raho  del  impediment  de  Virey  no  sa  pogut 
posar  en  exequtio  la  dita  sua  delegatio,  y  ha  substituit  en  son 
loc  lo  molt  ir  y  Rev"  M"  Don  Alfonso  Coloma,  Bisbe  de  Bar- 
celona,  loqual...  lo  endema  de  Corpus  proxim  passât,  die  de 
divendres  (7  juin),  parti  de  la  Ciutat  de  Barselona  y  arriba  lo 
dilluns  en  la  vila  del  Volo,  ha  dinada,  y  alli  los  S°"  de  Canonges 
li  feren  aparellar  un  molt  regositjos  dinar  ;  y  dinat,...  s'en  anaren 
a  dormida  en  la  vila  de  Perpinya. 

Y  lo  endema,  que  era  dimars,  la  Ciutat  essent  certificada  que 
lo  Magfi'^  M°  RoUan,  doctor  en  drets,  y  sindich  de  la  Ciutat  de 
Barcelona  era  arribat  en  la  vila  de  Perpinya  ab  dit  Mons"  de 
Barcelona,  (los  consols)  anaren  en  la  vila  de  Perpinya  y...  trac- 
taren  ab  les  advocats  de  la  Ciutat...  y  ab  dit  M"  Rollan,  loqual 
nos  promete  que  faria  molt  be  son  offici,  com  entenem  quel 
fara 

Y  lo  endema,  en  la  iglesia  del  spital  de  la  Ciutat,  dit  Mossel 
Consol  en  cap...  aplega  consel...  y  tots  determinaren...  que 
quiscu  de  ells  faria  tôt  lo  que  podria  tant  en  dines  com  en  anar 
y  venir  de  Perpinya. 


—  340   — 

Y  als  quatorze  de  dit,  que  era  die  de  divendres  Mons"  de 
Barcelona  es  arribat  en  la  présent  Ciutat...  a  les  set  hores  de  la 
matinada  ;  loqual  arribat  y  essent  fora  de  la  carrossa  s'es  trans- 
ferit  en  la  Seu,  y  alli,  en  lo  altar  major,  ha  dita  missa,  y  aquella 
acabada,  ses  transferit  en  lo  Capitol  dels  S°"  de  Canonges,  en 
loqual  ha  stat  poc,  y  après  es  anat  a  la  Ven'''^  Comunitat  dels 
preveres  de  la  Seu,  y  alli  les  ha  fet  son  rehonament,  notificant 
los  sa  vinguda.  Y  fêtes  estes  coses,  ha  regonegudes  totes  les  reli- 
quies  y  tombes  de  les  benaventurades  Santés  patrones  nostres,  y 
après  ha  mirât  tots  los  ornaments  ecclesiastichs  ;  y  après  sen  es 
tornat  al   Palau  Episcopal. 

Y  essent  los  hon.  Consols  en  la  Casa  consular  de  la  Ciutat, 
alli  ajustats  ab  tota  la  prohomina  de  dita  Ciutat,  que  en  numéro 
prenia  en  summa  mes  de  trenta  persones  passades,  y  havent  fêta 
fer  embaxiada  per  très  embaxiadors  de  part  de  la  dita  Ciutat... 
dientli  que  ells  venian  per  part  dels  S°"  Consols,  que  si  sa  Sen'» 
Rev™^  era  content  de  donar  los  loch,  que  ells  vindrian  a  besarli 
les  mans. 

Y  tornats  dits  embaxiadors  en  la  Casa  Consular,  encontinent 
dits  hon.  Consols,  molt  ben  acompanyats  de  tota  la  prohomia 
son  anats  a  besar  les  mans  a  dit  Mons"  Rev  "",  alqual  se  li  ha  fêta 
la  benvinguda  molt  regositjada,  de  laquai  sen  es  molt  ben  acon- 
tentat  ;  y  a  respost  que  ell  era  arribat  per  assentar  esta  Seu,  y 
que  es  Seu,  y  la  Ciutat  resta  Ciutat,  (1  )  y  que  ell  corn  ha  subdele- 
gat  apostolich  ho  aportava  de  manera  que  dita  Seu  restara  molt 
ben  assentada  y  montada,  que  N.  S°'  ne  sera  servit,  y  lo  poble 
lohat.  Plasia  a  N.  S  '  ho  vulla  aportar  y  guiar  per  al  mes  servey 
(seu)  y  descarrech  de  nostres  consienties.  » 

(A  suivre)  R.  de  Lacvivier. 


(  I  j   Ciutat  est  le  titre  des  villes  épiscopales,  sièges  d'ëvêché.  Les  habitants 
d'Elne  étaient  CiutaJans  tandis  que  ceux  de  Perpignan  étaient  Burgesos. 


ms&^m!&^m^^'mi£^m^^Mii^smi&-^^ 


La  Langue  Catalane 

et  son  uHIité  pédagogique 


{Suite  et  fin) 


29™^  LEÇON  —  La  vcnlada 

Ara  vcnîa  l'halenada  grossa.  Com  corn'a  !  Va  abordar 
terra  ab  J'espctech  d'un  drap  colossal  que's  desplega  vio- 
Icntmcnt,  patacajâ  les  roques,  s'esqueixâ  en  Ilurs  cantells  ab 
una  xiscladissa  esgarrifosa,  rebufâ  la  sorra,  escampantla  à 
tall  de  metralla,  que  'm  feri  dolorosament,  y  va  envadir  el 
poble,  rebatentse  per  parets  y  teulades.  Se  sentîa  '1  tanca- 
ment  de  les  portes,  el  dringar  dels  vidres  que's  rompîen... 
Les  xemeneyes  s'eren  convertides  en  sirènes  que  cornaven 
ab  diferents  tons  de  veu.  Algunes  balandrejaven  y  queyen. 
Per  certes  sinuosjtats  en  la  llarga  bramulada  del  vent  s'hau- 
rien  pogut  endevinar  les  curves  y  colzades  dels  carrers  per 
hont  s'encanonava.  Les  canals  xiulaven,  els  panells  flau- 
tejaven,  giravoltant  Ilurs  banderetes,  les  campanes  repicaven 
â  mal  temps.  Tota  la  vila  sonava  com  un  gran  instrument 
musical,  tocat  per  un  boig. 

Joaquim  Ruyra,  Mannes  y  Boscatjes. 


Vocabulaire 


halenada,  halenée,  bouffée 
espetech,  éclat,  bruit  violent 
patacajâ,  secoua 
s'esqueixâ.  se  déchira 
cantells,  angles 
xiscladissa,  sifflement 
esgarrifosa,  affreuse,  horrible 
rebufâ,  rebuta,  repoussa 
sorra,  gravier 
d  tall  de,  en  guise  de 
va  envadir,  envahit 
rebatentse,  s'élançant 
el  dringar,  le  tintement 


cornaven,  cornaient 
balandrejaven,  brimbalaient 
bramulada,  mugissement 
les  curves  y  colzades,  les  courbes  et 

les  angles 
s'encanonava,  s'engouffrait 
canals,  gouttières 

panells  ou  penells,  penons,  girouettes 
flautejaven,  flùtaient 
giravoltant,  faisant  pirouetter 
banderetes,  petits  drapeaux 
repicaven,  carillonnaient 


-  342  - 
Exercices 

Traduction  française  du  texte.  —  11  n'y  a  de  la  difficulté  que 
dans  les  mots  non  employés  en  Roussillon. 

Composition  catalane.  —  Reproduire  cette  belle  description 
en  employant  d'autres  mots  quand  cela  sera  possible. 

Composition  française.  —  La  tempête.  Suivre  le  plan  du  texte. 

Récitation.  —  Apprendre:   i°   La  venlada;    i°  Lo  Trovador. 

Conjugaison  bilingue-  —  Conjuguer  les  verbes  xiular  et  siffler. 

Notes  grammaticales 

Les  tiomonymes.  —  Les  homonymes  sont  des  mots  qui  se  pro- 
noncent de  la  même  manière  mais  dont  le  sens  est  différent. 
Ex.  :  D'ahont  ven  lo  venil 

On  arrive  facilement  à  trouver  le  sens  et  l'orthographe  des 
homonymes  français  en  les  traduisant  en  catalan. 

Exercices 

Traduisez  en  catalan  tes  phrases  suivantes  : 

j.  Oii  est  Joséphine?  Elle  est  à  la  rivière  ou  au  jardin.  C'est 
là  qu'elle  doit  laver  son  tablier.  Le  train  est  arrivé  et  pour  que 
chacun  ait  sa  place,  on  ajoutera  des  wagons.  Ce  couteau  ne  se 
ferme  pas  comme  ceux  que  l'on  vendait  hier.  Chacun  de  ces  soldats 
nettoiera  ses  armes.  C'est  entendu  ainsi.  Tu  le  sais  et  ton  frère 
le    sait  aussi.  Mes  cousins  viendront,  mais  ils  repartiront    aussitôt. 

2.  Je  serai  près  de  toi  quand  tu  seras  prêt  à  partir.  Je  ne  veux 
plus  sortir  tant  qu'il  n'aura  pas  plu.  Cette  musique  m'a  plu  parce 
qu'elle  est  plus  sautillante  que  l'autre.  J'aime  beaucoup  le  chant. 
Paul  cultive  son  champ.  J'ai  une  chaîne  en  or.  Le  chêne  est  le  roi  des 
végétaux.  Le  pain  est  chez  le  boulanger  et  le  pin  est  dans  la  forêt. 

3.  Louis  a  eu  trois  fois  une  maladie  de  foie  et  il  n'a  jamais  eu 
foi  en  moi  pour  le  guérir.  Le  prêtre  va  à  l'autel  et  le  voyageur  à 
l'hôtel.  11  faut  suivre  la  bonne  voie  pour  arriver  au  but.  Cet  artiste 
a  une  belle  voix.  Les  haricots  et  les  pois  se  vendent  au  poids.  Le 
cordonnier  se  sert  de  poix.  Le  paysan  ne  met  pas  souvent  la 
poule  au  pot.  11  ne  faut  pas  vendre  la  peau  de  l'ours  avant  de 
Tavoir  tué. 


—   343   — 

3o^  LEÇON  —  La  mort  del  llop 

Lo  Carro  anava  passant,  passant  alla  al  cel  y  ja  eren  les 
dotze,  y  ja  cra  la  una,  y  escolto,  escolto...  Els  esquellins, 
l'aygua  de  la  neu  fosa  que  s'escorrîa,  l'ayret  de  la  matinada 
y'I  Carro  allunyantse,  allunyantse...  Quan  de  cop  sento 
fressa  y  trepig.  y,  fent  un  bot  corn  un  diable,  el  llop  me 
passa  per  sobre  flayrant  fort,  que  la  vaig  sentir  al  coll  la 
seva  bufera,  y'is  cabells  se'm  posaren  de  punta,  y  aqui 
dintrc  uns  cops  mes  forts  que  m'ofegaven  !  Tôt  d'una,  â  la 
jassa,  quins  udols  y  lladruchs  y  belar  esgarrifôs  de  les 
ovelles,  y  jo  quina  râbia  à  mi  mateix  per  no  haverlo  em- 
bestit  al  lloparrol  Y  no  se  com  va  ser  que  'm  planto  al  mitg 
del  camî  per  ahont  havîa  de  passar  lo  lloparro...  Y  al 
entornantse  la  bestiassa  ab  la  ovella  al  morro,  s'entrebanca 
ab  mi  y  jo  ab  ell,  y  m'hi  abrahono  y  li  clavo  tota  aquesta 
fulla  endintre  ;  y  ell  corrent  ô  rodolant  rostos  avall  y  jo  ab 
ell  ;  arrapats  l'un  â  l'altre,  mossegantlo  jo  an  ell  y  ell  â  mi, 
y  udolant  tots  dos  (mes  qu'ell  jo  cent  vegades)  com  dues 
feres  salvatgines. 

Y...  â  l'endemâ  'm  desperto,  ô   vaig   tornar  â   viure,   que 

no  ho  se  encara,  al  fons  d'un  torrent,  entre  pastors  que  'm 

socorien,    y    al    mitg    de    la    ovella    morta  y    del    llop  mort 

també,  que  an  aquestos  sî  que  no'ls  van  retornar  à  la  vida. 

A.  GuifAERA  {Terra  haixa,  acte  1,  récit  de  Manelich). 

Vocabulaire 

ïo  Carro,  le  Chariot  (constellation)  bufera,  haleine 

foia,  fondue  m'ofegaven,  nx'oppressaient 

s'escorria,  s'écoulait  tôt  d'una,  aussitôt 

fressa,   frétillement,   murmure,   petit  jassa,  gîte 

bruit  «^0/5,  hurlements 

trepig,  trépignement  lladruchs.  aboiements 

belar  esgarrifôs,  bêlements  affreux  li  clavo,  je  lui  plonge 

rabia,  rage  fulla,  lame  du  couteau 

embestit,  entrepris  rostos  avall,  sur  la  pente 

s'entrebanca,  trébuche  mossegantlo,  le  mordant 

abrahonarse,  s'empoigner,  en  se  bat-  /ere5,  bêtes  féroces 

tant.  que  'm  socorien,  qui   me   secouraient 


X 


-     344   — 

Exercices 

Traduction  française  du  Icxtc.  —  Soigner  surtout  la  traduction 
du  dernier  paragraphe. 

Composition  catalane.  —  Racontez  cette  mort  du  loup  en 
changeant  le  plus  grand  nombre  de  mots. 

Composition  française.  —  Faites  la  traduction  libre  du  texte. 

Récitation.  —  Apprendre  par  cœur  :  i°  La  mort  delîlop;  ^°  Chor 
dels  Môros. 

Exercice  d'ctymologie.  —  Décomposez  les  mots  du  texte  en 
leurs  éléments  étymologiques  pour  montrer  comment  ces  élé- 
ments permettent  d'en  trouver  le  sens. 

Conjugaison  bilingue.  —  Conjuguez  aux  temps  simples,  les 
verbes  abrahonarse  et  s'empoigner. 

Notes  grammaticales 

Comparaisons  et  proverbes.  —  Les  comparaisons  et  les  prover- 
bes donnent  au  style  de  la  justesse  et  du  pittoresque.  La  langue 
catalane,  très  imagée,  en  emploie  beaucoup. 

Voir  dans  le  texte  :  Fer  un  bot  com  un  diable,  udolar  com 
dues  féres  salvatgines. 

Exercices 

1 .  Traduire  en  français  el  expliquer  les  comparaisons  catalanes 
suivantes  : 

Aixut  com  una  esca.  Bonich  com  un  angel.  Brut  com  un  xinxa. 
Brut  com  una  barra  de  galliner.  Carregat  com  un  ase.  Dret  com 
un  ciri.  Gras  com  un  taixô  (blaireau).  Groch  com  un  safrâ.  Mes 
dois  que  una  mel.  Mes  clar  que  la  Hum  del  dia.  Mes  nègre  que 
un  corb.  Mes  tossut  que  un  ase.  Magre  com  un  dijous'sant. 
Mullat  com  un  peix.  Nègre  com  una  pega.  Pansit  com  una  figa. 
Pelât  com  un  nap.  Pie  com  un  6u.  Prim  com  un  tel  de  ceba. 
Trist  com  un  mûssol  (hibou).  Viu  com  una  pôlvora. 

2.  Traduire  en  français  el  expliquer  les  proverbes  catalans  suivants  : 
Al  Carnaval,  tôt  s'hi  val.  Bruma  roja,  ven  6  pluja.  Cal  pas  may 
botar  contra  '1  ventre.  Fa  mes  un  que  sab  que  cent  que  cerquen. 


—  345  — 

Fes  t'hi  bon  home,  que  Deu  t'ajudarà.  Gota  gota  fa  gorch.  Cent 
de  vi,  gent  de  perqui  perqui.  Gent  de  banys,  gent  de  pochsanys.' 
Qui  llengua  te,  â  Roma  va.  Lo  gat  prega  pel  descuydat.  Lo  qui 
va  inventar  de  fugir  era  pas  bestia.  Lo  que  no  vols  per  tu  no  ho 
vulguis  per  ningii.  La  panna  sempre  vol  mascarar  lo  paroi.  Lo 
fum  y  la  mala  cara  fan  fugir  la  gent  de  casa.  La  mala  herba 
sempre  creix.  May  diguis  :  d'aquesta  aygua  no  beuré.  Per  Sant 
Marti  tapa  ta  bota  y  tasta  ton  vi.  Perpinyâ  y  Santa  Maria  se 
son  pas  fets  amb  un  dia.  Per  Sant  Vicens,  lo  sol  entra  pels 
torrents.  Qui  massa  tira  fa  dos  caps.  Qui  oli  maneja,  los  dits 
se  'n  unta.  Qui  vol  pas  pois  que  vagi  pas  â  l'era.  Qui  te  sochs 
pot  fer  estelles.  Quan  plou  de  tramontana,  plou  de  gana.  Quan 
lo  roch  ix  de  la  ma  sab  pas  hont  va. 

Orthographe.  —  La  traduction  du  français  en  catalan  fait  souvent 
connaître  l'orthographe  des  mots  français  contenant  le  même   son. 

Exercices 

Traduisez  en  catalan  les  mois  suivants  : 

r  Son  e.  —  Je  chante,  tu  chantes,  il  chante,  ils  chantent, 
qu'il  chante,  qu  ils  chantent,  chante. 

1°  Son  e.  —  Je  chantai,  je  chanterai,  vous  chantez,  vous  chan- 
terez, chanter,  chantez,  vous  chantiez,  vous  chanteriez,  que  vous 
chantiez,  liberté,  égalité,  fraternité,  bonté,  charité,  charretée, 
pelletée,  nichée,  poignée,  gelée,  année,  armée,  veillée. 

3°  Son  è.  —  Je  chantais,  tu  chantais,  il  chantait,  ils  chantaient, 
je  chanterais,  tu  chanterais,  il  chanterait,  ils  chanteraient,  tu  es, 
il  est,  que  j'aie,  que  tu  aies,  qu'il  ait,  haie,  air,  je  hais,  fenêtre, 
reine,  chênaie,  monnaie. 

4°  Son  u.  —  Vertu,  tribu,  vue,  revue,  laitue,  étendue,  statue, 
tortue,  verrue. 

5°  Son  0.  —  Chaux,  faux,  chevaux,  canaux,  signaux,  rivaux, 
cordeau,  rondeau,  agneau,  chameau,  anneau,  peau,  ciseau,  oiseau, 
château,  manteau,  marteau,  veau,  cerveau,  niveau,  nouveau,  saut, 
sauter,  autre,  autel,  hôtel. 

6°  Son  in.  —  Pin,  vin,  moulin,  chemin,  pain,  main,  romain, 
humain,  sain,  républicain,  souverain,  serein,  plein,  sein,  saint, 
cinq,  chrétien. 


—  346  — 

Remarque.  —   1.    Lorsqu'une  voyelle  est  surmontée  d'un  accent 
circonflexe  en  français  on  la  fait  suivre  de  la  lettre  s    en   catalan. 
Ex.  :    Champêtre,  campestre. 

Traduisez  en  catalan  les  mois  suivants  :  château,  apôtre,  août,  tête, 
bête,  crête,  fête,  côte,  bâton,  hôpital,  baptême,  Pâques,  vêpres, 
vêtir,  pâtre,  cloître. 

2.  La  traduction  en  catalan  fait  souvent  connaître  la  lettre 
finale  d'un  mot  français. 

Ex.  :  loup  s'écrit  avec  un  p  à  cause  du  catalan  llop. 
Traduisez  en  catalan  les  mots  français  suivants  :  petit,  gros,  blanc, 
essaim,    moût,    chevalet,    cabas,    ouvert,     cuit,    fait,    pris,    écrit, 
appris,     promis,     mort,     offert,    avocat,     consulat,    fusil,     gentil, 
compas,  bras. 

3.  De  même  on  peut  reconnaître  par  les  finales  catalanes  si  un 
mot  français  est  au  masculin  ou  au  féminin,  au  singulier  ou  au 
pluriel. 

Enfin  on  a  vu  plus  haut  : 

i°  Que  la  2""  personne  du  singulier  de  tous  les  verbes  est  ter- 
minée par  s  en  catalan  comme  en  français. 

2°  Que  la  2""  personne  du  pluriel  terminée  par  eu  en  catalan  se 
termine  par  ez  en  français. 

3°  Que  la  3""  personne  du  pluriel  terminée  par  n  en  catalan  se 
termine  par  nt  en  français. 

Syntaxe.  —  La  syntaxe  catalane,  comme  on  l'a  vu  d'ailleurs 
dans  le  cours  de  cet  ouvrage,  est  un  peu  différente  de  la  syntaxe 
française  et  ces  différences  doivent  être  bien  sues.  Nous  engageons 
donc  les  élèves  à  relire  attentivement  nos  notes  grammaticales 
où  ils  trouveront  tout  ce  qu  il  n'est  pas  permis  à  un  Roussillonnais 
d'ignorer. 


APPENDICE 

1.  VARIÉTÉS  DIALECTALES 

1  °  Catalan  de  Valencia 

Visanteta 

L'antiga  pinta  portava, 
Agulles  y  caragols  ; 
Oh  !  quan  engisera  estava, 
La  giqueta  del  cor  dois. 

«  Jo  te  contemple  y  t'admire 
Embelesat  ccm  ningû 
Y  de  nostra  Pâtria  mire 
La  image  mes  bella  en  tu.  » 

T.  Llorente,  Yisantela  (extrait). 

caragols,  boucles  ;  engisera,  charmante  ;  giqueta,  jeune  fille  ;  te  contemple  y 
t'admire,  la  première  personne  du  singulier  de  l'indicatif  présent  se  termine 
en  e  à  Valencia,  en  o  en  Catalogne,  en  i  en  Roussillon  ;  embelesat,  charmé, 
ravi. 

2°    Catalan  de  Mallorca 

S'homo 

Aixô  era  un  lleonet  sa,  revengut,  fantasiés,  que  no  hi  havia 
qui  li  anâs  devant  ni  darrera. 

Un  dia  que  bravetjava  ferm  que  no  menava  por  a  negû,  sa 
mare  li  arriva  â  dir  : 

—  A  n'els  altres  animais  els  guanyes  ;  à  s'homo,  no. 

—  Y  qui  es,  s'homo,   ara?  diu  ell  tôt  remojest. 

—  Qui  es?  diu  sa  mare  —  Una  mica  de  cosa  que  camina  daJt 
dues  cames.  A.  Alcover,  J^ondalles. 

s'homo,  l'homme.  L'article  mallorquin  s'est  conservé  dans  un  certain  nombre 
de  noms  de  famille:  Saporte  (Laporte),  Safont  (Lafontaine).  Çagarriga 
i  La  garrigue),  etc.  ;  revengut,  grandi  ;  fantasias,  présomptueux;  brr.vetjava, 
fanfaronnait  ;  remolest,  insouciant,  indolent. 


—  348  — 
3'   Catalan  d'Alguer 

Phrases  usuelles 

Bonas  dias  (i  ).  mi  sanô.  —  Bonas  taldas(i).  —  Bona  nit  (2).  — 
A  mus  veura  achesa  talda(3).  —  Corn  astâ  sinuri  ?  (4).  —  Benis- 
sim,  i  vusté  ?  —  So  cuntenta  de  la  veura  au  bona  sarut  (5). 
Com  va  la  vostra  sarut  ?  —  Asi,  asi  ;  i  tu  ?  —  La  vostra  sarut  es 
bona  ?  —  Un  poc  andipost,  tenc  la  carantura  (6).  —  Chi  hora 
es?  —  Las  vuit.  —  Han  tucat  las  vuit  ?  No  ancara,  i  manca  un 
qualt.  —  Son  las  nou  i  vac  asmulzâ. 

(  Extrait  de  la  Grammatica  del  dialetto  algherese 
par  G.    Palomba,    instituteur   à   Alghero,    Sardaigne.) 

II.  CATALAN  ANCIEN 
Caries   Quint   à   Perpinya   (1538) 

Les  prêtres  de  l'église  Saint-Jean  et  de  l'église  Saint-Jacques  écrivaient,  au 
jour  le  jour,  sur  des  registres  que  l'on  peut  encore  voir  aux  Archives,  tous 
es  faits  dignes  d'être  relatés.  Nous  allons  donner  un  extrait  de  ces  mémoi- 
res concernant  l'entrée  et  le  séjour  de  Charles-Quint  à  Perpignan  afin  de 
montrer  aux  élèves  que  le  catalan  parlé  à  cette  époque  n'était  pas  très  diffé- 
rent de  celui  qu'on  parle  aujourd'hui.  Nous  ferons  suivre  ce  document  de 
quelques  extraits  d'auteurs  vivant  à  peu  près  dans  le  même  temps,  en  Cata- 
logne, pour  leur  prouver  que  le  catalan  des  deux  côtés  des  Pyrénées  était 
absolument  le  même. 

Charles  Quint  entre  à  "Perpignan  le  dimanche  y  février  ]538  par 
la  porte  Saint-Martin.  —  A  7  de  febrer  any  )538,  que  era  un 
diumenge,  va  entrar  en  la  vila  de  Perpinya  lo  potentissim  senyor 
Emperador  dels  Romans,  Caries  Quint,  rey  de  Espanya  ;  y  va 
entrar  per  lo  portai  de  Sant  Marti. 

hes  Corporations  sortent  de  la  ville  avec  leurs  bannières  pour  le 
recevoir.  Isqueren    â   resebre'l   fins  à   la   Creu  de  dit   Portai, 

tots  los  officis  y  menestrals  ab  llurs  banderes,  venint  darrera  de 
la  bandera  de  la  vila  y  la  gent  de  peu  formant  companyia,  de 
laquai  era  capità  mos.   Llorens  Tort,  burgès. 

f  I  )  "Bonjour  et  'Bonsoir  s'écrivent  au  pluriel.  (î)  Bonne  nuit  s'écrit  au  singulier.  (3)  A  remar- 
quer le  changement  de  r  en  /  dans  :  talda  et  plus  loin,  dans  :  un  qualt  et  asmulza.  (4)  Made- 
moiselle.   (5)         remarquer  le  changement  de  /  en  r  dans  sarut,  sa(6u  }•)   Fièvre. 


—    349   — 

Les  Consuls  sortent  ensuite.  —  Y  après  isqueren  los  magnifies 
Consols  de  la  présent  vila  qui  eren  cinch  ab  moss.  Garau  Giginta, 
burgès,  consol  en  cap  ;  y  vestien  gramayes  acostumades,  so  es 
ordinaries,  folrades  de  velut  nègre,  y  aixô  era  per  denotar  la 
pobresa  de  la  terra  y  de  la  vila  per  les  continues  guerres. 

Le  gouverneur  du  T^oussillon.  --  Tambe  fou  présent  el  senyor 
Caries  d'Oms  y  de  Cruilles,  governador  dels  Comtats  de  Rossellô 
y  de  Cerdanya. 

A  la  Croix  de  Saint-Martin.  —  A  la  Creu  havien  aparellat  un 
paveliô  qui  era  de  tela  d'or  ab  sis  bordons  de  fusta  endorada. 
Aqui  tota  la  Comitiva  esperava  Sa  Majestat,  qui  no  trigâ  de 
venir. 

arrivée  du  roi.  —  Arribat  y  rebut  lo  Rey  ab  aquella  honor 
qui's  pertanya,  la  Comitiva  va  marxar  fins  al  portai,  ahont  un 
fadri  présenta  las  claus  de  la  vila  al  senyor  Rey. 

Le  cortège  se  dirige  vers  Saint-Jean  et  le  Grand  Château.  —  Des- 
près  tots  se'n  van  anar  cap  â  l'iglesia  de  Sant  Joan,  y  Sa  Majes- 
tat, fêta  oraciô,  s'en  tornâ  per  pujar  al  Castell  Major  passant  per 
lo  Pes,  la  Gallineria,  la  Plassa  de  la  Cort,  la  Plassa  del  Blat,  la 
Real  y  lo  Gramenar. 

Les  fêtes  (salves  d'artillerie  au  Grand  Château,  illuminations  et 
pavoisement  en  ville,  danses  sur  la  Loge  et  au  Château.  —  Lo  Cas- 
tell Major  va  fer  molta  gala  y  alegria  ab  molta  artilleria,  y  lo 
vespre  â  la  nit  foren  fêtes  alimaries  per  tota  la  vila.  Cinch  dies 
durant  se  feren  grans  alegries  per  tota  la  vila,  y  tots  los  dits  dies 
eren  posades  les  banderes  per  finestres.  A  la  Liotja  hi  ballaren 
ab  dos  cobles  de  jutglars,  y  lo  dijôus  y  divendres  pujaren  â  ballar 
al  Castell  Major. 

Visite  aux  fortifications.  —  Lo  dilluns  regonegué  Sa  Majestat 
les  obres  de  bastions  y  baluarts  que  's  feyen  â-les-hores  al  Castell 
Major,  â  la  Ciutadela  y  al  Portai  de  Canet.  Lo  dimars  mati  anâ 
â  Salses  â  veure  la  fortalessa  6  Castell. 

Tournoi  sur  la  place  du  Puig  en  l'honneur  de  Charles-Quint.  — 
Lo  dimecres,  après  lo  dinar,  pujâ  al  Puig  y  mira,  â  cavall,  cerca 
de  una  hora,  les  justes  que  molt  avant  vingués  se  eren  ordonades 
per  cavaliers  de  la  présent  vila. 

Le  dépari  vers  Elne,  Collioure,  Peralada  et  Barcelone.  —  Lo  dis- 
sapte    seguent,    lo    senyor    Rey   y    Emperador   s'en    anâ,    dinâ    â 


—   35o  — 

Elna    y    dormi    â    Coplliure,    y   lo    diumenge  que   era  lo    dia  de 

Sant   Mathia,    ohî    missa  en  la  iglesia  dels  Predicadors  en    laqua 

oferi  38  ducats  en  memoria  de  38  anys  que  cumpli   en   dit  dia   y 

aix)  cascun  any  fa  lo  mateix.  Molt  poch  après  se  parti  dit  senyor 

Rey   de    Coplliure   y   anâ    dormir   â    Peralada,   y  de  aquî  per  sis 

jornades  arribâ  â  Barcelona  lo  dimecres  seguent. 

(D'après  les  registres  des  Memories  de  Saint-Jean, 
de  «533  À  i555,  1  fol.  m.) 

polentissim,  très  puissant;  isqueren,  ils  sortirent  ;  officis  y  menestrah,  corps  de 
métiers  et  artisans  ;  gramayes,  longues  robes  ;  folrades,  doublées,  garnies  ; 
aparellai,  préparé  ;  bordons,  crosses  ;  comifiva,  cortège  ;  qui  's  pertanya,  qui 
lui  était  dû;  fêta  oraciô,  après  avoir  fait  sa  prière  ;  lo  Pes,  le  Poids,  l'en- 
droit où  l'on  pesait  la  laine  ;  la  Gallineria,  la  Barre  ;  la  Plassa  de  la  Cort,  la 
place  du  Tribunal  de  Commerce  ;  la  Plassa  del  Blat,  la  place  Rigaud  ;  lo  Gra- 
menar,  les  glacis,  c'est-à-dire  l'endroit  où  se  trouve  du  gramen  ou  gazon  ; 
molta  gala,  grandes  fêtes  ;  alegria,  réjouissances  ;  alimaries,  feux  de  joie  ; 
la  place  du  Puig  portait  le  nom  de  Plassa  de  les  Justes. 

Somni 

O  quin  temps  fo  aquell  en  que  Saturnus  regnâ  !  De  glans  y 
d'aygua  eren  contents  los  homens,  y  vivien  longament  y  nets  de 
malalties.  Ara  la  terra,  la  mar  y  l'àer  no  basten  â  les  viandes 
que  ells  cobegen  devorar.  Y  no  considérants  ia  grosseria  que, 
per  dissoluciô  de  menjar,  va  al  enteniment  y  la  corrupciô  de  la 
sanch  y  altrcs  humors  al  cors,  viuen  per  breu  temps  y  malalts, 
y  de  tant  diverses  malalties  que  ja  no  's  poden  trobar  medicines 
sufîcients  â  curar  aquelles,  car  los  antichs  phisichs  les  han  igno- 
rades,  y  no  hi  han  sabut  ne  pogut  provehir. 

Bernât  AIetge,  Somni,   llibre  IV. 

glans,  glands;  no  basten,  ne  suffisent  pas  ;  cobegen,  convoitent,  désirent; 
grosseria,  stupidité  ;  enteniment,  intelligence  ;  breu,  bref  ;  curar,  guérir  ; 
antichs  phisichs,  anciens  médecins  ;  provehir,  pourvoir,   faire  le  nëccsaire. 

Comiat 

Puix  la  mort  â  mi  es  tant  vehina,  que  mes  aturar  no  puch,  nom 
resta  mes  per  complir  mon  viatge  sinô  sols  pendre  de  vos, 
senyora  de  preclara  virtut,  mon  darrer,  trist  y  dolorôs  comiat: 
puix  la  fortuna  no  vol  ni  ha  permès  que  yo,  com  â  indigne  y  no 


—  35i   — 

mereixedor,  haja  pogut  atényer  à  vos  qui  ereu  lo  premi  de  mos 
treballs.  Y  no  m  dolauera  tant  la  mort  si  en  los  vostres  brassos 
haguès  finida  ma  vida  trista  y  dolorosa.  Mas  suplich  â  vostra 
excelsa  senyoria  que  no  us  deixeu  de  viure  :  per  que,  en  premi  de 
la  molta  amor  que  us  he  tenguda,  siau  en  recort  y  tingau  per 
recomanada  la  mia  pecadora  anima,  laquai  ab  molta  dolor  torna 
al  seu  Creador  qui  la  'm  havia  comanada. 

joanot  Martorell,  Tirant  lo  Blanch,  cap.  CCCCLV. 

puix,  puisque  ;  aturar,  différer  ;  prectara,  illustre  ;  comiat,  congé  ;  até- 
nyer, atteindre  ;  premi,  prix  ;  y  no  m  dolguera  tant  la  mort,  et  je  ne  me  fusse 
tant  plaint  de  la  mort  ,  haguès  finida,  j'eusse  pu  achever  ;  excelsa  senyoria, 
éminente  seigneurie  ;  que  no  us  deixeu,  que  vous  ne  cessiez  pas;  molta  amor, 
grand  amour;  la  m'havia  comanada,  me  l'avait  confiée. 


Del  conseil  del  rey 

Pour  terminer,  nous  allons  prendre  dans  l'œuvre  d'un  grand  écrivain 
catalan  jdu  xiii'  siècle,  Ramon  Lull,  un  extrait  que  les  élèves  liront  et  tra- 
duiront sans  la  moindre  difficulté,  alors  qu'il  leur  serait  très  difficile  de  lire 
le  français  des  trouvères,  du  xn'  au  xv'  siècle.  Ce  n'est  guère,  en  effet,  qu'à 
partir  de  Marot,  Ronsard,  Rabelais,  Montaigne  et  des  autres  écrivains  de 
la  Renaissance  que  la  langue  française  devient  intelligible  pour  les  Français  de 
nos  jours. 

Les  écoliers  roussillonnais  ont,  par  conséquent,  sur  leurs  camarades 
francimands,  cet  immense  avantage  de  pouvoir  lire  et  comprendre  les 
auteurs  catalans  du  moyen-âge  ;  et  nous  sommes  particulièrement  heureux 
de  les  avoir  amenés  à  constater  que  la  langue  catalane  actuelle,  si  injustement 
bafouée  par  les  snobs,  n'est  autre  chose  que  la  merveilleuse  langue  des  trou- 
badours. 

Quan  lo  lleô  fo  elegit  â  rey,  ell  feu  un  bell  sermô  davant  tôt 
son  poble  y  digue  aquestes  paraules  :  «  Senyors  :  volentat  es 
estada  de  vosaltres  que  jo  sia  rey.  Tots  sabeu  que  ofici  de  rey 
es  molt  perillés  y  es  de  gran  treball. 

Perillôs  es,  car,  per  los  pecatsdel  rey,  s'esdevé  moites  vegades 
que  Deu  tramet  en  terra  fam  y  malalties  y  guerres  y  morts;  y 
açô  mateix  fa  per  pecats  del  poble.  Y  per  açô  es  â  rey  perillosa 
cosa  regnar,  y  son  regnar  es  cosa  perillosa  â  tôt  son  poble. 

Y  com  sia  gran  treball  â  rey.governar  si  mateix  y  son  poble, 
per  ç6  us  prec  tots  ensems  que    m  donau  consellers  qui  m'ajuden 


—  352  — 

y  qui  m  conscllen  en  tal  manera  que  sia  salvament  de  mi  y  de 
mon  poble.  Aquells  consellers  que  m  dareu  prec-vos  que  sien 
homens  savis  y  lleals,  y  tais  que  sien  dignes  d'esser  consellers  y 
destar  en  paria  de  rey  ». 

A  tots  los  barons  y  al  poble  d'aquella  cort,  plagueren  les 
paraules  que  havia  dites  lo  rey,  y  tots  se  tingueren  per  be  avin- 
guts  en  l'elecciô  del  rey. 

Ramon  Lull  (i235-i3i5),  Litière  de  les  besties. 

Ramon  Lull,  pendant  un  séjour  qu'il  fit  à  Perpignan  auprès  du  roi  de 
Majorque  Jacques  J",  composa  Lo  pecat  den  ^dam  et  La  conquesta  del  Sant 
Sépulcre.  \\  quitta  ensuite  Perpignan  pour  se  rendre  à  Montpellier  où  il 
composa  son  fameux  roman  :  Blaquerna. 

(D'après  Pierre  Vidal,  Jitsloire  de  la  Ville  de  Perpignan.) 


I 


i 


Le  Gérant,   COMET.  — Imprimerie  COMET,  8,  rue  Saint-Dominique,  Perpignan. 


îr^ 


5' Année-  S' 59  15  Novembre  1911. 

Les   Manuscrits  non  insères 


ne  sont  oas  renau». 

Les  Articles  oarus  dans  ia  Revue 
1  engagent  oue  ieurs  auteurs. 


REVUE 

CATALANE 


(1) 


Le  Régionalisme 


Charles  Brun,  le  brillant  et  éloquent  apôtre  de  la  doc- 
trine régionaljste,  vient  de  publier,  sous  ce  titre,  en  un 
volume  que  je  me  plais  à  recommander  à  mes  lecteurs, 
l'exposé  synthétique  de  cette  question  aujourd'hui  à  l'ordre 
du  jour  de  l'opinion  publique.  A  cet  égard,  il  a  rendu  un 
signalé  service  à  tous  ceux  qu'intéresse  le  réveil  des  provin- 
ces françaises,  et  qui  jusqu'ici  avaient  peine  à  se  reconnaî- 
tre dans  le  dédale  encombré  des  monographies,  des  articles 
de  journaux,  de  revues,  des  compte-rendus  de  congrès,  de 
conférences  ou  de  manifestations.  Nous  présenter,  au  début 
de  son  oeuvre,  l'historique  des  progrès  de  la  théorie  régio- 
naliste  depuis  une  dizaine  d'années,  exposer  la  valeur  phi- 
losophique du  système,  enfin  étudier  le  mouvement  à  des 
points  de  vue  différents  et  multiples,  telle  est  la  tâche  déli- 
cate dont  il  s'est  acquitté,  avec  un  rare  talent  d'expression. 

D'aucuns  s'étonneront  de  ne  pas  retrouver  dans  ces 
pages  le  frémissement  de  sa  parole  chaude  et  colorée,  cette 
émotion  contenue  qui  est  le  charme  de  son  verbe,  mais 
c'est  bien  intentionnellement  que  Charles  Brun  s'est  plié 
au  ton  d'un  exposé  dogmatique  —  et  qui  peut  paraître,  par 
endroits  comme  il  le  dit,  d'une  sécheresse  insupportable  — 
c'est  qu'  ((  il  ne  s'agissait,  dans  ce  livre  sur  le  régionalisme, 

(il  Le  J{égionalisme,  par  Charles  Brun,  i  vol.  in-i6,  Bibliothèque  règio- 
naliste  :  Frédéric  Charpin,  directeur  ;  Bloud,  éditeur,  Paris. 


—  354  — 

que  de  marquer  la  variété  des  conceptions  auxquelles  il  se 
prête  et  ce  que  l'on  pourrait  appeler  l'ambition  de  son  pro- 
gramme. » 

Or,  quel  est  ce  programme  ?  Dans  ses  grandes  lignes,  il 
se  résume  en  ces  quelques  réformes  décentralisatrices  qui 
tendent  à  vivifier  une  France  aujourd'hui  par  trop  conges- 
tionnée : 

Créer  de  grandes  régions  homogènes  avec  des  centres 
importants  ;  rendre  à  la  commune,  au  département,  à  la 
région,  au  syndicat,  à  l'association,  au  corps  quel  qu'il  soit, 
l'indépendance  ;  en  un  mot,  gestion  des  affaires  de  la  com- 
mune par  la  commune,  de  la  région  par  la  région,  de  la 
nation  par  l'Etat.  Voilà  pour  la  réforme  administrative. 

Libérer  toutes  les  initiatives  communales  et  régionales; 
concilier  les  intérêts  économiques  de  chaque  région.  Voilà 
pour  la  réforme  économique. 

Enfin  approprier  l'enseignement,  à  ses  trois  degrés,  aux 
besoins  régionaux  et  locaux  ;  développer  les  oeuvres  de  l'ini- 
tiative privée  dans  le  domaine  des  lettres,  des  sciences  et  des 
arts.  Voilà  pour  le  point  de  vue  intellectuel. 

Tâche  vaste,  complexe  et  singulièrement  lourde,  si  l'on 
songe  que  les  adversaires  de  notre  système  centralisateur  — 
qu'ils  soient  régionalistes  décentralisateurs,  fédéralistes, 
déconcentrateurs  ou  anti-étatistes  —  ont  eu  à  lutter,  tant 
au  cours  du  dernier  siècle  que  de  nos  jours,  contre  l'oisi- 
veté ou  la  paresse  des  gens  de  la  province,  contre  le  fonc- 
tionnarisme de  plus  en  plus  envahissant,  contre  l'ingérence 
absorbante  de  Paris,  contre  l'exode  des  campagnes  vers  les 
grandes  villes,  et,  en  bref,  contre  la  Routine  dans  ses 
multiples  manifestations. 

A  tous  ces  maux,  dont  souffre  notre  pays,  les  régionalis- 
tes, dit  l'auteur,  apportent  non  pas  précisément  un  remède, 
mais  plus  exactement  la  connaissance  d'une  hygiène,  et  cela 
n'est  pas  négligeable. 

Que  notre  régime  de  centralisation  à  outrance  ait  résisté 


—  355  — 

si  longtemps  aux  puissantes  attaques  d'esprits  éminents, 
dans  tous  les  partis,  voilà  qui  n'est  pas  pour  étonner  des 
Français,  comme  nous,  qui,  au  moindre  revers,  se  retour- 
nent vers  l'Etat  Providence  ou  vers  Paris,  la  Ville  Lumière  ! 
Nous  avons  la  centralisation  dans  le  sang,  depuis  plus  de 
cent  ans  qu'elle  pèse  avec  force  et  de  tout  son  poids  sur  la 
province,  mise  en  tutelle.  Mais  il  n'est  pas  de  colosse, 
réputé  inébranlable,  qui,  à  la  fin,  ne  finisse  par  osciller  sur 
ses  bases,  quand  les  assauts  menés  contre  lui  sont  inlassa- 
bles, méthodiques  et  raisonnes.  Comme  l'a  dit  très  juste- 
ment M.  Ribot  :  «  11  faut  à  tout  prix  décongestionner 
Paris.  ))  11  faudra  bien  qu'à  la  longue  la  raison  ait  enfin 
raison. 

Et  le  fait  est  que  les  tenants  du  régionalisme  ont  eu 
raison  de  ne  pas  s'arrêter  en  chemin  et  de  ne  pas  craindre 
de  prêcher  dans  le  désert.  Sous  la  poussée  décentralisatrice, 
presque  toutes  nos  grandes  lois  tendent  à  tenir  un  compte 
de  plus  en  plus  grand  des  intérêts  régionaux.  11  n'est  nul 
besoin  de  les  énumérer  ici.  Que  nos  lecteurs  se  souvien- 
nent simplement  qu'il  y  a  un  an  à  peine,  M.  Briand,  du 
haut  de  la  tribune,  annonçait  le  dépôt  prochain  d'un  projet 
gouvernemental  de  réforme  administrative.  Est-ce  enfin  la 
Terre  promise...  pour  les  régionalistes  ? 

Mais,  dira-t-on,  quels  sont  donc  les  caractères  de  ce 
fameux  régionalisme?  A  quels  caractères  distinctifs  se 
reconnaît  le  régionaliste  ?  A  ces  questions,  répond  claire- 
ment et  si  j'ose  dire,  pédagogiquement,  M.  Charles   Brun. 

Le  régionalisme  est  une  méthode  qui  suppose,  dit-il,  la 
connaissance  des  diversités  régionales. 

11  est  aussi  une  discipline  de  l'esprit,  car  il  écarte  les 
idéalismes  nuageux.  Le  régionaliste  est  en  effet  un  réaliste. 

11  est  à  la  fois  un  essai  de  conciliation  entre  l'individua- 
lisme et  l'unitarisme,  entre  le  patriotisme  et  le  particu- 
larisme et  aussi  un  essai  d'organisation.  Car,  en  fin  d'ana- 
lyse, il  veut  essentiellement  la  région  et  le  centre  régional. 


—  356  — 

Il  faut  donc  —  c'est  le  but  essentiel  de  tout  régionaliste 
—  substituer  une  division  régionale  à  la  division  départe- 
mentale actuelle.  Ici,  difficultés  nombreuses  d'application  : 
retournera-t-on  aux  anciennes  provinces  ?  se  contentera-t-on 
de  grouper  ensemble  plusieurs  départements  actuels?  adop- 
tera-t-on  une  division  nouvelle,  et  sur  quels  éléments,  et 
comment  l'établir  ?  Autant  de  problèmes,  autant  de  solu- 
tions différentes. 

Mais  il  est  un  point  commun  sur  lequel  tous  les  régio- 
nalistes  semblent  s'accorder  :  c'est  que  la  réforme  départe- 
mentale et  cantonale  est  le  préliminaire  obligé  de  l'affran- 
chissement communal  et  que  la  commune  est  la  vraie  cellule 
de  la  région. 

Une  France  fondée  sur  ces  trois  éléments  essentiels  : 
commune,  district,  région  ;  chaque  élément  gardant  sa  vie 
propre  et  son  autonomie  ;  chaque  région  groupée  autour 
d'un  centre  actif  et  assez  puissant  pour  réagir  contre  l'ac- 
tion de  Paris  ;  l'Etat  débarrassé  d'une  infinité  d'attribu- 
tions ;  le  fonctionnarisme  réduit  ;  les  affaires  expédiées 
avec  plus  de  célérité  ;  l'esprit  d'association  et  d'initiative 
privée  encouragé  et  soutenu,  telle  sera  l'image  future  de 
cette  France  régionaliste. 

L'initiative  régionale,  qu'elle  soit  individuelle  ou  officielle, 
est  un  puissant  levain  de  vie  et  d'activité  intellectuelle.  Je 
n'y  insisterai  pas  plus  longuement,  non  plus  que  sur  les 
tentatives  de  décentralisation  artistique,  telle  que  la  création 
de  nos  musées  provinciaux. 

Ainsi,  à  ses  détracteurs  qui  l'accusent  de  masquer  je  ne 
sais  quelles  tentatives  folles  de  séparatisme,  voire  même  de 
fédéralisme,  le  régionalisme  peut  répondre  qu'il  sera,  bien 
au  contraire,  le  gage  d'une  forte  et  solide  éducation  natio- 
nale. 

Et  si  nous  abordons  le  terrain  économique  et  social, 
quels  ne  sont  pas  les  progrès  que  fera  faire  le  régionalime 
au  commerce  et  à  l'industrie  de  nos   régions  ?  ]1    faut  être 


-  35;   - 

bien  persuadé,  a  dit  un  écrivain,  que  la  renaissance  intel- 
lectuelle et  sentimentale  d'une  région  est  avant  tout  liée  à 
sa  renaissance  économique.  Nous  en  avons  un  exemple, 
chez  nous,  pour  ne  parler  que  de  la  Confédération  générale 
des  Viticulteurs  du  Midi  qui  règle  les  cours  des  vins,  s'oc- 
cupe de  trouver  des  débouchés,  pratique  la  grande  culture, 
crée  des  mutualités  et  des  caisses  régionales  de  crédit,  s'unit 
en  coopératives.  Que  de  questions,  en  outre,  ne  sont  pas 
liées  au  mouvement  régionaliste  !  telles  que  le  retour  à  la 
terre,  la  petite  propriété  à  reconstituer,  l'organisation  régio- 
nale professionnelle,  la  conservation  des  petites  industries 
rurales,  la  protection  et  mise  en  valeur  des  terres,  le  reboi- 
sement, les  syndicats  d'initiative,  la  protection  des  sites, 
l'outillage  économique  de  la  région,  les  banques  locales,  et 
tant  d'autres  qui  touchent  de  très  près  à  l'éveil  d'une  féconde 
vie  économique  et  régionale. 

Aussi,  ne  faut-il  pas  s'étonner  si  c'est  par  un  acte  de 
foi  ému  envers  l'idée  régionaliste  que  se  termine  l'ouvrage 
si  documenté  de  M.  Charles  Brun. 

«  Le  régionalisme,  y  est-il  dit  en  conclusion,  fait  appel  à 
quelques-uns  des  sentiments  les  plus  profonds  de  l'âme 
humaine.  Ceux  qui  sont  tourmentés  du  désir  de  l'ordre  et 
ne  sauraient  envisager  à  part  l'organisation  des  diverses  col- 
lectivités naturelles,  historiques,  professionnelles,  y  trou- 
veront la  synthèse  qu'ils  cherchaient  et  le  sûr  fondement 
philosophique  de  cette  organisation...  Admettons  même  que 
le  régionalisme,  comme  le  fut  la  centralisation,  ne  soit 
qu'une  forme  provisoire...  Notre  tâche  n'en  est  pas  moins 
urgente...  Cette  France  «  dissociée  et  décérébrée  »  que  nous 
montra  Maurice  Barrés  n'a  plus  que  cette  carte  à  jouer 
contre  l'effacement  dont  les  prophètes  de  mauvais  augure  la 
menacent.  » 

]]  sera  bon  pour  tous  ceux,  sans  distinction  d'opinion, 
que  préoccupe  l'avenir  de  notre  pays,  de  lire  d'un  bout  à 
l'autre  le    livre  de  l'érudit  M.  Charles  Brun.  Je  dis  érudit. 


—  358  — 

car  cet  ouvrage  témoigne,  à  chaque  page,  une  immense  et 
intelligente  lecture.  11  n'est  pas  de  pensée,  pas  d'opinion 
personnelle  à  l'auteur  qui  ne  soit  étayée  immédiatement 
d'une  référence  précise  ou  d'une  heureuse  citation.  La 
clarté  de  l'exposé,  avec  ses  divisions  et  subdivisions,  trahit 
l'homme  qui  a  l'habitude  d'enseigner  ;  mais  aussi  l'abon- 
dance et  l'ingéniosité  des  idées  émane  d'une  individualité 
singulièrement  originale  —  qui  sait  penser  et  agir. 

Numa  RouBiN. 

UNA  NINA 

Com  la  Gata-y-Cendràs  es  sensilla  y  pobreta, 

d'ella  no  se'n  cuyda  dingus  ; 
mes  descalsa  ô  'n  cabells,  ay  !  que  n'es   de  guapeta 

amb  el  seu  ayre  vergonyôs. 

Quina  pell  té  mes  fina, 
quin  cabell  perfumat  1 
la  galta  es  vermellina 
y  '1  cos  ben  ensertat. 

La  boca  es  riallera  ; 
n'hom  diria  unaflôr; 
d'eixa  boca  encisera 
que  'n  voldria  un  petô  I 

Com  la  Gata-y-Cendrâs  es  sensilla  y  pobreta, 

d'ella  no  se'n  cuyda  dingus  ; 
mes  descalsa  ô  'n  cabells,  que  la  trobi  guapeta 

amb  el  seu  ayre  vergonyôs. 

Perpinyà,   1906.  Lluis    PeLLJSSIER. 


^^(>^iI'('I^^^^^(^^^V'x'k'\'x'x'x'x'\'x'x'( 


Conte  Nou 

«î^^^**  Al  amich  meu  de  J^ia,  J.  F. 

Fa  pochs  anys,  Riâ  teniâ  per  xef  de  gare  I  senyor  Fajol,  home 
bo,  ja  blanch  de  cabells,  ab  una  barba  de  rostoll  que  li  enmasca- 
rava  malament  la  cara.  S'apropant  de  la  cinquantena,  havia  ell 
trobat  aquf,  ab  l'ajnda  del  seu  diputat,  una  posiciô  envejada  y 
de  temps  somiada. 

Sensé  cap  instrucciô,  o  apenes,  s'havîa  dit  qu'una  gare  petiteta, 
prop  de  Prades,  ahont  la  vida  es  quasibé  per  res,  valdrîa  millô 
per  ell  y  la  seua  dona,  qu'una  mes  gran  hont  los  trinchs  mouhen 
soroll  nit  y  dia.  També  se  creya  y  se  deya  horos. 

Havia  Uogat  prop  de  la  ribera  un  hort  y  una  barraca  per  un 
boci  de  pa.  Ses  hores  de  llibertat,  —  y  'n  comptava  deu  al  dia, 
—  el  senyor  Fajol  les  passava  à  fer  pastenagues,  col-y-flors  y 
naps  pel  mercat  de  Vernet-los-Banys. 

La  seua  dona  criava  pollets,  llapins  y  coloms  que  prenian 
mateixa  direccio.  Una  cabra  '!s  hi  donava  quatre  meytats  de  llet 
per  dia.  O  Tortunalos,  escribîa  per  ells  Virgile,  mirau  aquî  ja  dos 
mil  anys. 

♦ 

Un  matî  de  maig  à  les  hores  que  les  coves  de  Sirach  s'enmi- 
rallavan  al  sol,  y  que  'Is  rossinyols  trillejavan  dins  les  bardisses, 
la  senyora  Fajol  va  pas  poguer  se  llevar  com  de  costum  per  mol- 
sir  la  Barbareta.  Era  aquest  lo  nom  de  la  cabra,  una  bonica 
bestia  de  cinch  anys,  tota  blanca  ab  una  taca  negra  entre  les 
banyes. 

Per  valenta  que  fos,  la  dona  del  xef  de  gare,  degué  renunciar, 
aqueix  mati,   per  motiu  d'influenzâ,  à  eixir  del  Hit. 

De  segur,  aixô  sera  una  enfadosa  malaltîa  de  dos  6  très  dies, 
mes  6  menos.  La  senyora  Fajol,  magrantina,  tôt  ossos,  malalte- 
java  pas  may.  Mes  tôt  arriba  en  aquest  mon. 

—  Tianet,  diu  ella  à  n'ai  seu  home,  mentres  aquest  baixava  '1 
repla  de  l'escala,  tan  aviat  com  lo  486  sera  passât,  iras  tu  â  mol- 


—  36o  — 

sir  la  Barbareta.  Donarâs  desprès  à  menjar  à  les  gallines,  y  à 
n'als  llapins.  Ay  no  puch  jo  avuy  posar  un  peu  al  sol,  pobre  de 
mi. 

—  Te  posis  pas  pedres  al  fetge,  manyagueta  mi'a,  va  respon- 
dre  '1  senyor  Fajol.  Jo  som  aqui.  Tôt  se  fera,  al  acostumat. 

♦ 

Lo  486  venia  de  deixar  Riâ  y  trescava  rabent  cap  à  Vila- 
franca.  De  seguida,  el  senyor  Fajol  se  va  cuytar  de  fer  les  feynes 
de  la  seua  dona. 

Un  gros  topi  à  la  ma,  se  va  apropar  de  la  cabra  qu'En  Tho- 
mas, lo  factotum  de  la  staciô,  haviâ  posada  à  l'estaca  tant  bon 
punt  qu'el  sol  havia  treucat. 

Mes  les  cabres  son  tossudes.  Acostumada  à  se  deixar  moisir 
per  la  senyora  Fajol,  la  Barbareta  va  mostrar  les  banyes  à  n'ai 
xef  de  gare.  Per  mes  que  fes  lo  pobre  home,  la  cabra,  resolta, 
trastejava  de  valent  al  torn  de  l'estaca. 

—  Proba,  tu,  diu  ell  à  n'En  Thomas. 

Mes  En  Thomas  va  pas  ser  mille  rebut.  El  senyor  Fajol  se  'n 
anâ  dir  à  la  seua  dona  lo  que  se  passava. 

—  Que  fer  ?  La  cal  pas  deixar  ab  la  seua  llet,  sinô  se  moriria 
y  hont  trobariam  el  nostre  esmorsar  ?  Qu'es  aix6  besti,  les 
besties  ! 

La  malalta  pensava  y  repensava.  Tôt  d'un  cop,  va  trobar  ïx 
del  problema. 

—  Tianet...  Ja  veurâs...  Pren  les  mies  faldilles  y  '1  meu  caraco. 
Mira  'Is  aqui,  sobre  '1  capsal  del  llit.  Posa-te  sobre  '1  cap  el  meu 
barret  de  palla.  Es  darrera  de  tu,  penjat  à  la  paret.  Jo  te  jogui 
que  si  baixes  ben  girbit  ab  els  meus  vestits,  la  cabra  se  mourâ 
pas  mes.  Proba-ho. 

Quin  caletre  ténia  aqueixa  dona  ! 

Dit  y  fet.  La  cabra  se  va  deixar  moisir,  manyaga  com  un  sou. 
En  Thomas  se  reventava  de  riurer. 


De  sopte,  un  bruig  de  terratremol  s'ohî  ;  lo  cami  de  ferro 
sotrequejava. 

Lo  pobre  xef  de  gare  havîa  descuydat  lo  trinch  dels  excursio- 
nistes  del  Xalet  de  Canigô. 


—  36.   — 

Ay  mare  !  Es  aqui.  Y  à  hora  justa  ! 

Esparverat,  posa  ell  lo  topi  de  llet  lluny  de  la  cabra  y  ...cames 
cames  ajudau. 

—  Obreix  lo  disca,  Thomas.  Jo  ja  tinch  el  drapeu  ! 

Y  '1  senyor  Fajol,  dret  com  un  pull,  teni'a,  roblegat  y  dalt,  el 
drapeu  que  volia  dir  : 

—  Au  !  y  sensé  pou  ;  lo  camî  es  obert. 

En  Thomas,  al  mateix  instant,  capgirava  losenyal,  just  al  punt 
ahont  lo  mecanicià  obria  la  boca  per  aclarir  una  tal  cosa. 

Mes  tôt  passant  devant  del  xef  à  la  barba  de  rostoll  y  disfres- 
sat  en  dona,  los  dos  guias  de  la  locomotiva  se  giravan  per  espiar 
una  vegada  encara  lo  que  volien  pas  creurer  llurs  ulls. 

—  Pobre  Fajol,   diu  '1  mecanicià  à  n'ai  seu  ajudant,  es  boig. 

—  A  lligar,  respon  l'altre.  Cal  pas  faltar  d'ho  senyalar  à 
Perpinyà. 

El  senyor  Fajol  s'havia  envisat  que  'Is  dos  homes  de  la  loco- 
motiva lo  miravan  y  '1  remiravan.  «  Tôt  s'esplicarâ  y  s'adobarâ  », 
se  va  dir  ell. 

Mes  à  Perpinyà  ja  se  sabia  que  '1  xef  de  gare  de  Ria  se  dis- 
fressava  en  dona  per  fe  '1  seu  servey,  y  qu'era  boig. 

♦ 

Cap  al  tart,  y  '1  darrer  trinch  passât,  lo  xef  de  gare  portava 
la  llet  à  la  cuyna,  quan  un  xiulet  que  donava  frétât  s'ohi  del  cos- 
tat  de  Prades. 

En  un  tancar  y  obrir  d'ulls,  una  locomotiva  arribava  plena  de 
fum,  y  quatre  homes  ne  baixaven  tôt  entristits. 

—  Cerquem  pas  mes  rahons,  diu  lo  primer  à  n'als  très  altres. 
Ten  encara  son  vestit  de  carnaval.  Lligaulo  ;  l'enviarem  à  Llimous. 

Y,  de  corre-cuyta  y  ab  cordes  à  la  ma,  los  très  homes  esta- 
quen  lo  xef  de  gare  que  crida  y  mes  crida  de  dolor,  mentres  En 
Thomas  alsa  sos  brassos  al  cel,  y  que  '1  xef  de  l'expediciô  se'n 
entra  dintre  la  gare  per  hi  establir  l'intérim. 

Mes  als  crits  del  senyor  Fajol  han  respost  los  crits  de  la  seua 
dona. 

De  la  finestra  estant,  la  malalta,  roja  y  estarrufada,  esplica  '1 
cas  tant  bé  com  mal.  En  Thomas  diu  com  ella. 

Tots  riuhen  y  mes  riuhen,  el  senyor  Fajol  mes  que  'Is  altres. 
Y   tôt   se  va  adobar.  Sola,  la  senyora  Fajol   que  s'esgargamelJava 


—  36a  — 

per   défendre  '1  seu  home,  agafâ  un  reuma  malvat    que    pensa   la 
matar. 

—  Tôt  aixô  per  una  ficuda  cabra,  deya  En  Thomas,  cada 
vegada  que  li  feyen  contar  l'historia  de  la  cabra  Barbareta, 
del    senyor    Fajol    y     del    malehit    trinch    d'excursionistes    del 

Vernet. 

Lo  Pastorellet  de  la  Vall  d'Arles. 

Gloria  al  Pais  ! 

!  Bc  n'ets  de  bonic,  de  cap  a  peus,  oh  Rossellô  ! 

Téns  una  esqueixalada  costa,  la  Marenda, 

segura,  encara  qu'esquifida,  arrcnda 

pel  pescador  que  solca  transitori  cavallô. 

1  al  pastrc  girbit  de  musca  estamenya 

dônes  una  herctat  d'eternes  solituts 

on,  toca-tardà  i  sorrut,  viu  enclotat  en  l'alta  penya. 

Mar  j  serra  ;  encantaments,  virtuts  ; 

perjlls  també  :  j'escull  de  pèrfida  roca, 

drac  badant  la  boca  ; 

o,  muntant  del  fons  del  calmés  cstany, 

una  veu  manyaga  de  fada, 

que  s  plany  i  replany, 

d'estar-se  soleta  s'cnfada, 

i,  princesa  amorosa,  vol  rûstec  company. 

Riva  suau  i  aspra  de  Colliure, 

qu'he  mirât  tant  soviny,  embadalit  ; 

peixonera  venent  a  la  lliura 

i   que  scmpre  té  mot  per  riure. 

Cimalls  de  Puigmal,  de  Carlit 

aon  aleteja  1  somni  ben  a  polit, 

en  un  silenci  mes  imperiôs  que  1  ravatgc 


-    363  — 

de)  temporal  mes  selvatgc... 

Cel  blau  i  Dis. 

Ona  de  mirai)  trencadiç, 

revitllant  sos  trocets  per  la  sorra  del  rivatge... 

Rostos  de  ginestars,  del  sol  al  repetell, 

lluny  dels  resquills  del  salobre. 

Pedreguers  on  llisa  la  culobra, 

fent  sobressaltar  dôna  i  cistelj. 

Retalls,  de  la  sureda  surgint,  d'un  vell  castell. 

Ermites  macices,  sobre  un  butjo  quitllades, 

amb  un  fil  de  vent  que  passa  ras 

i  us  sen  duu  cinc  centuries  en  detras... 

Masîes  pel  campestre  cscampillades, 

un  pati,  un  om,  on  canta  1  verderol 

la  pau  del  die. 

Esteses  quiètes  dels  Aspres  que  la  claror  incendia, 

casî  secorromant  el  raîm  verol. 

Carretera  blanca  ;  tramontana  que  bufa,  boja, 

a  fer  taular  els  traginers. 

Caminet  rônec,  que  d'amagat  s'estoja 

dins  l'enconcada  argila  roja, 

amb  unes  vores  a  plom,  randades  de  magraners, 

figueres  de  Mao  i  etzavares... 

Terres  de  llosina,  terres  avares, 

de  rocs  rodons  o  planers, 

mesclats  d'argelacs,  mutxeres,  farigoles, 

i,  perquî  perllà,  fent  la  viuviu, 

llebre  o  perdiu. 

Bardices  on,  tancadetes,  les  cargoles 

hivernegen,  clavades  als  troncs  del  canyar. 

Ric-ric,  no  mes  bo  per  cnganyar. 

Cant  sistemat  d'auccll  que  toca  i  toca, 

al  cor  d'un  oliu  corcat, 

j  esguerrat,  i  cama  acîcamaallà  eixancat. 

Lluert  poruc  que  s'enfila,  vibrant,  per  una  soca. 


—   364  — 

Stridor  seca  dins  l'espai  clà 

de  l'aixordadora  cigala... 

j  Oi,  ditxa  !  Trescant  garriga  o  pla, 

com  l'home  de  gust  senzil)  se  regala! 

Ara  fa  rodolar  un  roc  ensopegat, 

i  fruu  !  una  gatlla  se  lleva. 

Ara,  saltant  un  rec,  es  enfangat. 

Ara  penosament  poteja  dins  la  grassa  gleva. 

Mes  lluny,  traspassa  una  branca  del  riu 

sobre  la  palanca  que  fa  catlleva  ; 

l'aigua  joliua  dirîeu  que  sen  riu 

de  l'oreig  blanet  que  li  arriba, 

blingant  tôt  just  les  canyes  de  la  riba  ; 

i  alla  eixampla  el  canut  Canigô, 

abaix  son  gec  blau,  un  devantal  de  cuire, 

l'esboranc  groguenc  del  tuire. 

Se  negarîa  l'esguart  dins  del  fondîssim  firmament, 

no  fossen  flocs  de  broma  que,  en  la  llum  rossa, 

se  fan  allî  dalt  a  la  cossa  ; 

l'ull  s'hi  aferma  ;  mes,  fosos  en  un  moment, 

deixen  com  de  vèrtic  un  torment... 

Oh  pais  !  Que  doncs  mes  en  tu  m'enamora  ? 

Ton  éter,  quan  el  torna  la  pluja  net 

rialler  com  cara  de  ninet, 
amb  un  plor  tremolant  encara  de  la  cella  tôt  a  vora  j 
j  O  l'abrandament  fulgurant 
del  crestall  del  mont  fantàstic, 
on  el  sol  moridor  se  va  aturant?,.. 
i  1  quina  feredat,  els  nûvols  negraços  préparant 
amb  horrorôs  soroll  el  càstic 

delà  pedregada  que  xaparà  1  camp,  fetllàstimay  fàstjc! 
j  I  quina  meJangîa  grisa,  un  cel  mut  d'hivern, 
pardal  encongit,  branca  seca  i  torta, 
vianant  arronçat,  sol  i  vern, 
la  plana  morta. 


—  365   — 

j  perxô,  esbravant-se  de  la  gleva,  una  fortô 

aspra,  anunciadora  de  latenta  vida  ! 

Ola  1  L'alegrîa  primaveral  per  tôt  cantô 

avjat  se  bota  i  esclata  :  —  «  Home  !  —  ens  crida  — 

«  Son  per  tu  totes  les  flors,  pedrerîes  i  joiells. 

«  Corri  la  bruta  a  sa  voluptat  trapacera. 

«  VisquJn  closos  en  si,  peixos,  réptils,  aucells. 

«  Tu,  sol  al  mon,  pots  fruir  la  Natura  sencera. 

«  Obre  Is  ulls  i,  com  el  borrô  novençà, 

«  dintre  1  pit  el  cor  t'espellirà  prompte. 

«  Per  que  l'oloris  la  flor  s'esbada.  Fes  compte  : 

«  totes  les  veus  d'amor  se  van  a  alçâ  !... 

«  No  es  prou  ;  apunta  tos  cinc  sentits  i  ton  juî. 

«  La  terra,  vergonyosa  d'haver  sigut  tant  dropa, 

«  de  veres  s'ha  de  lluî. 

«  Vetaci  l'istiu  que  s'apropa  !...  » 

Oh  !  Rossellô  î  A  qui  podré  are  comparar-te? 

Terra  de  benedicciô, 

a  tots  tos  fills  dônes  bona  racciô  ; 

tothom  menja,  beu  y  s'afarta. 

Oh  montanyes  i  planes,  tardor  i  istiu, 

com  primavera,  sou  sempre  régalades  ; 

florju,  floriu  ; 

mes  de  flors  l'home  no  viu  ; 

un  cop  les  ilusjons  esfullades 

i  tots  els  somnis  repassats,  cal  dinar  i  sopâ. 

Mare  nostra,  ens  portes  llavors  el  pà 

i  l'apetitôs  companatge. 

i  Que  generosa  î  Una  ma  de  mainatge 

no  mes  te  grapi,  dônes  a  voluntat 

el  llegum  polpôs  i  botat  : 

col,  monja  i  patata,  per  l'ollada, 

per  l'ollada  bonaça  del  Rossellô, 

sanitôs  rebejadiç  realçat  d'una  tallada 

de  cansalada 


—  366  — 

quant  mes  grassa  i  rancia  millô... 

i  Si  n  cal,  Deu  mcu  !  de  trufes  pel  pobre 

que  Is  diners  de  un  a  un  cobra  ! 

1,  de  fasols  pel  salpiquet,  si  n  cal  ! 

Mes,  oh  terra,  ets  benéfica,  bé  val  ! 

Tota  pena,  sens  comptar,  pagues. 

j  En  voleu  de  carts,  de  naps,  de  pastenagues, 

i  vint  cspecies  d'enciam, 

escarola,  cogombre,  àpit,  tomata,  ràvec  ? 

1  bleda-ràvec  pel  porc  i  l'aujam? 

Armât  d'un  magall,  aixada  o  càvec, 

tôt  pages  posa  1  punt  d'honor 

a  tenir  l'hortaliça  mes  bella. 

Mira  eixos  pésols,  quina  tabella, 

quina  dolçor,  quina  finor  ! 

No  s  nécessita  fer  la  prova 

que,  pel  llegum  primerenc, 

es  el  nostre  pais  que  passa  al  primer  reng  ; 

cap  d'altre,  us  die,  com  ell  se  troba. 

i  Heu  tastat  del   sorralenc  Riberal 

l'espàrrec,  la  carxofa? 

L'home  el  mes  llépol  no  n  fa  mofa. 

Ah  !  Vegéssiu,  a  la  temporada,  su  1  cami-ral 

quina  rua  !  Cotxe,  carro,  carreta, 

amb  campanars  de  cistells  i  canastes  acimbelJats, 

balim-balam  trontollats. 

Per  ampla  que  sigui  la  ruta,  es  estreta. 

L'eix  contra  l'eix  se  frega,  s'apreta  ; 

vinguin  renées,  reïres,    «  llamp  te  ferîs  !  », 

i  la  roda  aixî  se  desencrotxa. 

Arri,  carro,  carreta  i  cotxe  ! 

El  llegum  preciôs  sen  va  cap  a  Paris... 

Espereu,  espereu  !  Ara  Is  arbres  donen 

fruits  que  al  paladar  se  fonen  : 

pruna,  cirera,  albercoc, 


—  367  — 

macats  no  mes  al  toc  ; 

poma,  pera  muscatella 

i  ]  pressée  dura  o  mullà, 

que  ses  galtes  fresques  repetella, 

el  pressée,  gloria  d'illa  i  de  Pezillà, 

regalo  de)  Ce),  si  se  pot  mullà 

amb  una  goteta  de  vi  de  garriga  !... 

Ai,  ai  !  L'istiu  s'encamina.  Ja  triga, 

sus  de  la  branca  a  xacamellà, 

de  florejar  la  figa,  la  melosa  figa, 

que  la  mare  pesca  su  1  dcvantal, 

figa  negreta,  bordiçot,  verdal, 

d'ull  de  perdiu  o  de  coll  de  senyora. 

1  mentrestant  el  raîm  es  madû. 

Aqueix  rei  dels  fruits,  el  duu 

nostre  Eden  com  la  rara  penyora 

del  seu  cuidado  paternal. 

I  Oh  pais  mes  que  divinal, 

que  1  xuc  de  la  crinyana, 

foc  dels  ulls,  braô  del  braç, 

ens  vesses  a  doll,  a  veire  ras  ! 

Si  l'home,  insadollable,  sempre  calcom  demana, 

tu  1  téns  casibé  satisfet, 

bon  Geni  que  d'un  bufet 

realitzes  tota  fantasia, 

espletint,  sensé  cap  primor, 

la  fam  brutal,  la  set  de  poesîa, 

la  set  d'amor  !... 

i  Oh  pàtria  petita,  tant  grata  i  gustosa  ! 

Jo  vull,  com  toc  de  campana  festosa, 

brandar  l'himne  solemne  de  ta  bcllô, 

oh  paradis  de  la  França,  oh  Rossellô!... 

(Janer  1911)  Pau  Berga. 


Ù9Ù9L9Ù9Ù7Ù9Ù9Ù9Ù9Ù7Ù9 

Le  Catalan  à  TEcole 

Jamais  on  n'avait  tant  parlé  en  France  des  dialectes  populaires; 
jamais  peut-être  on  ne  les  défendit  avec  tant  d'ardeur,  ni  ne  les 
étudia  avec  tant  de  méthode.  Ce  qu'on  désigne  sous  l'affreux  nom 
de  «  patois  »  n'est  pas  seulement  devenu,  en  ces  dernières  années, 
l'objet  de  recherches  scientifiques  de  plus  en  plus  précises,  de 
plus  en  plus  fructueuses  :  mais  tous  ces  parlers  régionaux,  que 
notre  bourgeoisie  met  une  coquetterie  souvent  ridicule  à  dédaigner 
et  à  proscrire,  ont  vu  se  dresser,  pour  soutenir  leur  cause,  des 
hommes  ardents  et  courageux  dont  l'action  quotidienne,  patiem- 
ment multipliée,  est  loin  de  demeurer  inefficace. 

Je  ne  dis  pas  que  l'on  parvienne  ainsi  à  sauver  tous  ces  dialectes, 
ou  même  à  protéger  longtemps  de  la  décomposition  dont  on  les 
croit  menacés  ceux  qui  paraissent  encore  les  plus  vigoureux  et 
les  plus  résistants.  Mais,  étant  donné  leur  état  actuel  et  les 
positions  qu'ils  occupent,  il  est  permis  de  se  demander,  sans  se 
préoccuper  autrement  de  leur  avenir,  s'ils  ne  continuent  pas  à 
mériter  ces  efforts  à  la  fois  au  nom  de  la  science  et  delà  tradition. 
Il  est  permis  enfin  de  se  demander,  et  c'est  pour  1  instant  ce  que 
nous  voudrions  faire,  si  ces  idiomes  provinciaux  ne  peuvent  pas 
jouer  un  très  grand  rôle  au  point  de  vue  de  l'idée  nationale  elle- 
même,  idée  qui  préoccupe  aujourd'hui  beaucoup  plus  qu'on  ne  le 
pense  communément,  les  véritables  régionalistes. 

M.  Jaurès  écrivait  dans  un  grand  journal  méridional,  tout  en 
faisant  certaines  réserves,  que  nous  aurions  aimé  à  voir  discutées 
par  la  suite,  une  véritable  apologie  des  parlers  méridionaux  comme 
instrument  de  culture  du  peuple.  C  est  au  provençal  et  au  langue- 
docien qu'il  pensait  évidemment  tout  d'abord  ;  mais  ce  qu'il  en 
disait  pouvait  s'appliquer  tout  aussi  bien  au  gascon,  au  limousin, 
au  catalan,  etc.  M.  Jaurès  n'est  certes  pas  le  premier  à  établir 
ainsi  l'utilité  des  langues  populaires  dans  le  domaine  de  la 
pédagogie  et  surtout  pour  l'enseignement  du  français  aux  enfants 
des  écoles   communales.    Mais    justement    parce   qu'il    élève    des 


—  369  — 

doutes  sur  ce  qu'il  appelle  «  l'entreprise  méridionale  »,  à  laquelle 
il  refuse  un  caractère  populaire  et  spontané,  et  où  il  voit  plutôt 
l'œuvre  préméditée  d'une  certaine  culture  bourgeoise,  on  ne 
saurait  trop  se  réjouir  de  le  voir  affirmer  «  avec  une  force  de 
conviction  qui  ne  fait  que  s'accroître  »  que  ce  mouvement  du 
génie  méridional  pouv^^it  être  mis  à  profit  pour  l'éducation 
populaire  de  notre  Midi.  Nous  nous  réjouirions  bien  davantage 
encore  s  il  réussissait  à  faire  comprendre  cette  vérité  à  ses 
collègues  du  Palais-Bourbon  et  s'il  obtenait  des  pouvoirs  publics 
l'engagement  formel  non  seulement  de  tolérer  ça  et  là  quelques 
expériences,  mais  d'organiser  enfin  dans  l'enseignement  primaire 
l'application  d'une  si  intéressante  méthode. 

Sur  quoi  celle-ci  repose-t-elle,  en  somme?  Sur  le  principe, 
fécond  entre  tous,  de  la  comparaison.  Apprendre  à  mieux  parler 
et  à  mieux  écrire  le  français  par  le  moyen  d'un  idiome  régional, 
cela  ne  vous  a-t-il  pas  l'air,  au  premier  abord,  d'un  insoutenable 
paradoxe  ?  Et  cependant,  à  y  regarder  de  plus  près,  on  aperçoit 
assez  vite  de  quel  secours  peuvent  être  pour  de  jeunes  esprits  le 
provençal  ou  le  languedocien,  le  gascon  ou  le  catalan,  dans  cet 
effort  de  réflexion  personnelle,  d'assimilation  ou  de  différenciation 
qui  est  l'intelligence  même.  La  pédagogie  n'offre  pas  de  meilleure 
gymnastique  intellectuelle  :  elle  seule  donne  en  très  peu  de  temps 
(et  la  question  de  temps  est  très  importante  pour  l'enseignement 
primaire,  qui  ne  garde  pas  les  enfants  au-delà  d'un  certain  âge) 
la  souplesse  et  la  force  indispensables.  Elle  seule  rend  la 
connaissance  précise  et  à  peu  près  définitive.  De  telle  sorte  qu'une 
pédagogie  qui  rejette  de  propos  délibéré  le  secours  de  ces 
dialectes,  se  refuse  à  elle-même  la  rapide  confirmation  des  prin- 
cipes sur  lesquels  elle  repose.  Les  élèves  de  l'enseignement 
secondaire  ont  bien  le  latin  :  pourquoi  ceux  des  écoles  communales 
n'auraient-ils  pas  le  leur?  Notez  en  passant  que  ce  latin  du 
peuple,  ou,  comme  on  l'appelle  aussi,  ce  latin  du  pauvre  ne  serait 
pas  pour  etixune  langue  morte,  mais  au  contraire  un  idiome  bien 
vivant  qu'ils  connaissent  déjà  par  eux-mêmes  et  qu'ils  entendent 
parler  tous  les  jours. 

On  a  objecté  quelque  temps  que  les  susdits  «  patois  »  étaient 
un  très  sérieux  obstacle  à  l'enseignement  du  français  dans  les 
classes  primaires.  Cependant,  répondrons-nous,  c'est  un  fait   que 


—  Sjo  — 

le  peuple  les  parle  encore.  Au  lieu  donc  de  les  chasser  de 
l'école,  ce  qui  ne  les  empêche  pas,  on  le  sait,  de  vivre  au  dehors 
et  même  de  s'y  bien  porter,  ne  vaudrait-il  pas  mieux  s'en  servir 
pour  une  fin  supérieure,  les  faire  entrer  franchement  dans  notre 
système  d'éducation  démocratique  (il  n'y  aurait  pas,  au  fait,  de 
mesure  plus  démocratique  que  celle-là),  et,  tout  en  les  laissant  à 
leur  place,  j'entends  en  ne  les  employant  que  comme  des 
auxiliaires,  voir  en  eux  quelque  chose  de  moins  vulgaire,  de  plus 
noble,  de  plus  relevé  que  de  méprisables  patois:  c'est-à-dire  des 
frères  du  français,  moins  fortunés  que  lui  assurément,  mais  des 
frères  tout  de  même,  appartenant  comme  lui  à  la  grande  famille 
latine,  humbles  rameaux  jaillis  du  même  tronc  aux  côtés  dune 
branche  plus  vigoureuse. 

Dans  ce  but  si  louable  et  pour  chacun  de  ces  dialectes,  il  s'est 
trouvé  des  instituteurs  dévoués  et  convaincus,  et  même  quelques 
inspecteurs  primaires,  qui  se  sont  appliqués  à  rédiger  des  ouvrages 
de  pédagagie  régionale  à  la  fois  théorique  et  pratique,  des  sortes 
de  guides  pour  le  maître  et  de  manuels  pour  les  élèves,  des 
recueils  de  versions  avec  des  conseils  ou  des  indications  permettant 
d'en  faire  le  meilleur  usage.  Tout  récemment  encore,  un  instituteur 
roussillonnais,  M.  Louis  Pastre,  publiait  un  excellent  petit  livre, 
qui  est  un  modèle  du  genre,  sous  le  titre:  Le  français  enseigné 
par  les  exercices  de  traduction  de  textes  catalans  aux  enfants  de  neuf 
à  quinze  ans  {]),  où  l'auteur  montrait  d'une  manière  irréfutable  que  la 
langue  catalane  parlée  dans  les  Pyrénées-Orientales  peut  devenir 
pour  les  instituteurs  l'auxiliaire  le  plus  précieux  dans  cette  tâche 
vraiment  si  pénible  et  si  compliquée  qui  consiste  à  apprendre  la 
langue  française  à  de  jeunes  élèves  du  Roussillon. 

En  Provence,  en  Languedoc,  en  Béarn,  en  Limousin,  en 
Roussillon,  les  matériaux  ne  manquent  donc  pas  et  l'on  pourrait 
se  mettre  au  travail  dès  maintenant  sans  tâtonner.  De  nombreux 
essais  ont  déjà  donné  les  meilleurs  résultats  dans  ces  différentes 
régions.  Mais  c'est  surtout  grâce  à  l'initiative  privée  d'un  certain 
nombre  de  représentants  de  l'enseignement  primaire  que  ces 
constatations  encourageantes  ont  pu  être  faites.  Ce  qui  manque, 
à     parler     net,  c'est  le  concours,    ou  l'appui,    ou  simplement  les 

(i)  Imp.  Cornet,  Perpignan;  2  fr, 


-  3;.   - 

dispositions  favorables  du  grand  maître  de  l'instruction  publique. 
Nous  avons  la  certitude  que  les  bonnes  volontés,  pour  cette  belle 
tâche,  sont  loin  de  faire  défaut  dans  le  personnel  des  écoles 
communales;  mais  il  faudrait  être  encouragé,  que  dis-je  encouragé, 
il  faudrait  être  autorisé  à  entreprendre  cette  voie. 

Nous  nous  sommes  demandé  plus  d'une  fois  comment  il  se 
faisait  qu'une  vérité  pédagogique  aussi  élémentaire  n'ait  jamais 
été  comprise  ;  ou  plutôt  nous  ne  voyons  pas  encore  très  bien 
pourquoi  ce  principe  indiscutable  de  pédagogie  rationnelle, 
reconnu  exact  cependant  par  plusieurs  de  nos  ministres  de  l'ins- 
truction publique  et  adopté  depuis  pas  mal  d'années  déjà  par  des 
éducateurs  de  grand  renom,  ne  trouve  pas  d'application  quotidienne 
dans  les  différents  domaines  où  il  pourrait  avantageusement 
s'exercer.  En  somme,  la  question  que  nous  nous  posons  à  nous- 
mêmes,  que  nous  posons  aussi  à  nos  lecteurs  et  que  nous 
voudrions  surtout  poser  aux  directeurs  de  l'instruction  publique 
en  France,  se  ramène  à  celle-ci  :  Oui  ou  non,  nos  idiomes 
régionaux  peuvent-ils  être  réellement  utiles  pour  l'enseignement 
de  la  langue  française?  S'ils  le  sont,  pourquoi  ne  s'adresse-t-on 
pas  à  eux? 

On  préfère  leur  déclarer  une  guerre  d'extermination;  on  les 
traque  à  la  façon  de  bêtes  dangereuses.  Les  résultats  de  cette 
campagne  sont  faciles  à  entrevoir  :  le  peuple  méridional  n'arrivera, 
de  la  sorte,  à  parler  convenablement  ni  son  dialecte  régional  ni 
sa  langue  nationale;  il  se  créera  (et  n'est-ce  pas  un  peu  ce  qui  se 
produit  sur  certains  points)  un  informe  et  grossier  jargon  qui  ne 
tiendra  en  réalité  ni  de  l'un  ni  de  l'autre.  Le  bilinguisme  est  mille 
fois  préférable  ;  nous  croyons  même  qu'il  constitue  une  supériorité 
intellectuelle,  car  il  donne  à  l'esprit  une  plus  grande  richesse 
d'idées,  une  faculté  plus  vive  de  comprendre. 

L'idéal  n'est  pas  pour  la  France,  pour  la  France  du  Midi 
notamment,  que  les  langues  populaires  nées  de  notre  terroir,  et 
en  harmonie  avec  notre  caractère,  disparaissent  à  tout  jamais; 
l'idéal  n'est  pas  non  plus  que  la  langue  française  demeure  presque 
une  inconnue,  comme  cela  se  remarque  encore,  pour  un  certain 
nombre  de  Français.  L'idéal  serait  plutôt,  —  et  nous  le  disons 
sans  aucune  crainte,  —  que  chacun  de  nous  parlât  correctement 
l'idiome  de  sa  province  et  la   langue  de  sa  nation. 


—  372   — 

♦ 

11  V  a  toujours  intérêt  à  lire  les  travaux  de  M.  Louis  Pastre, 
soit  qu'il  étudie  l'évolution  de  la  langue  catalane  populaire  à 
travers  les  siècles  ou  son  état  actuel  dans  les  différentes  parties 
du  Roussillon,  soit  qu'il  se  livre  à  de  minutieuses  et  patientes 
recherches  sur  telle  particularité  de  la  syntaxe  catalane  comme  le 
prétérit  simple  et  le  prétérit  composé.  Mais  c'est  surtout  en 
pédagogie  qu'il  sait  montrer  toute  sa  compétence.  M.  Louis 
Pastre  nous  avait  déjà  donné  un  manuel  scolaire  «  Le  Français 
usuel  enseigné  par  les  exercices  de  langage  et  de  lecture  aux 
enfants  de  6  à  9  ans  »  qui  reçut  le  meilleur  accueil  dans  l'ensei- 
gnement primaire  et  y  jouit  encore  de  la  même  estime.  11  s'agit 
cette  fois  de  faire  servir  le  catalan  à  l'acquisition  de  la  langue 
française,  comme  l'avaient  essayé  ou  proposé  MM.  Joseph  Lher- 
mite  (Savinien),  un  initiateur,  et  J.  Aurouze  pour  le  provençal, 
Sylvain  Lacoste  et  B.  Sarrieu  pour  le  gascon,  et  jusqu'en  Rous- 
sillon, avant  M.  Louis  Pastre,  bien  qu'avec  des  dispositions  d'es- 
prit absolument  différentes  et  selon  un  procédé  tout  à  fait  rudi- 
mentaire,  J.  Mattes  pour  le  catalan  lui-même.  Tel  est,  en  effet, 
le  but  principal  de  l'auteur.  Mais  nous  allons  voir  plus  loin  qu'il 
en  poursuit  un  autre,  non  moins  important,  certes,  que  le  pre- 
mier, et  qu'il  mérite  ainsi  notre  double  reconnaissance  de  patrio- 
tes français  et  de  régionalistes  catalans. 

La  méthode  de  M.  Louis  Pastre  est  une  méthode  mixle  :  elle 
a  la  prétention  de  satisfaire  à  la  fois  les  partisans  de  la  méthode 
directe  ou  maternelle  et  ceux  de  la  méthode  comparative  ou  de 
traduction,  c  est-à-dire  de  concilier  les  principes  différents  sur 
lesquels  l'une  et  l'autre  reposent,  et  cela  en  s'inspirant  de  la  pre- 
mière au  début  des  études  et  de  la  seconde  seulement  à  partir  du 
jour  où  l'enfant  est  capable  d'aborder  avec  fruit  l'étude  de  la 
grammaire  française. 

Pour  les  commencements,  il  ne  faut,  d'après  lui,  employer  avec 
l'élève  que  le  français,  le  français  usuel,  absolument  comme  si  le 
catalan  n'existait  pas  et  en  feignant  même  de  ne  pas  comprendre 
le  bambin  s'il  répondait  dans  sa  langue  naturelle.  Je  dois  dire 
tout  de  suite  que  je  ne  suis  pas  d'accord  sur  ce  point  avec 
M.  Louis  Pastre.  11  appuie  sa  thèse  du  raisonnement  suivant  : 
puisque,  pour  enseigner  une  langue  étrangère,  les  professeurs  des 
lycées  et  collèges  sont  tenus  de  faire   constamment  appel  à  cette 


même  langue  et  d'éviter  le  plus  possible  d'avoir  recours  au  fran- 
çais, pourquoi  n'en  serait-il  pas  de  même  avec  le  français  dans  les 
écoles  primaires?  Mais  il  est  facile  de  répondre  qu'on  est  bien 
revenu  aujourd'hui,  dans  l'enseignement  secondaire,  de  cette 
méthode  directe  imposée  par  les  programmes  de  1902  :  elle  est 
d'abord  extrêmement  pénible  pour  le  professeur,  qui  se  dépense 
parfois  en  efforts  inutiles  ;  puis  elle  occasionne  une  sensible  perte 
de  temps,  l'élève  n'arrivant  presque  jamais  à  comprendre  du  pre- 
mier coup.  Excellente  peut-être  en  principe,  elle  a  besoin  de 
notables  atténuations  si  l'on  veut  la  rendre  vraiment  pratique  ; 
elle  ne  peut  donner  de  bons  résultats,  et  des  résultats  rapides, 
que  si  elle  est  étayée  de  la  méthode  indirecte.  Cela  est  tellement 
exact  qu'il  a  fallu  revenir,  par  de  nouvelles  circulaires,  sur  ce  qui 
avait  été  décrété  ou  établi. 

J'ai,  pour  ma  part,  la  conviction  que  le  maître  obtiendra  de  ses 
élèves  des  progrès  plus  encourageants  s'il  sait  mettre  à  profit, 
dès  le  premier  jour,  la  langue  provinciale  qu'ils  connaissent. 
Notez,  je  vous  prie,  que  je  ne  vais  pas  jusqu'à  dire,  avec  quel- 
ques trop  enthousiastes  défenseurs  de  la  pédagogie  régionaliste, 
que  l'enseignement  du  français  doive  être  donné  dans  cette  même 
langue  provinciale  :  c'est  là  un  rêve  bien  nuageux  et  qui  me 
paraît  bien  loin  de  devoir  prendre  corps  dans  la  réalité  ;  il  y  a 
même  un  certain  danger  à  demander  cette  sorte  de  suprématie  à 
l'administration  universitaire,  parce  qu'on  risque  fort,  en  le  fai- 
sant, de  ne  rien  obtenir  du  tout.  Mais  je  combats  l'exclusivisme 
de  M.  Louis  Pastre,  qui  veut  que,  devant  les  tout  petits,  l'insti- 
tuteur ne  prononce  jamais  un  mot  de  catalan  et  au  besoin  affecte  de 
l'ignorer.  Je  le  combats  au  nom  même  d'un  principe  sur  lequel 
on  ergote  un  peu  trop,  à  mon  sens,  et  qui  est  pourtant  bien  intel- 
ligible, ce  principe  qui  veut  que  l'on  passe  toujours,  quand  on 
enseigne,  du  connu  à  l'inconnu.  Je  voudrais  que  le  catalan  entrât 
dans  les  premiers  exercices  de  la  classe  selon  une  proportion,  par 
exemple,  de  trois  à  dix,  proportion  minime,  comme  on  voit,  mais 
qui  ne  saurait  souffrir  de  réduction. 

Nous  ne  pouvons,  au  contraire,  qu'approuver  M.  Louis  Pastre 
lorsque,  jugeant  le  moment  venu  d'introduire  le  catalan  comme 
auxiliaire,  il  prépare  et  dispose  des  exercices  en  vue  de  son  uti- 
lisation pédagogique.  C'est  d'ailleurs  là  qu'est  son  véritable  sujet, 


-  374- 

puisqu'il  n'admet  point  qu'on  songe  à  cette  introduction  dans  les 
années  préparatoires  ;  et  c'est  là  aussi  que  nous  retrouvons  ses 
remarquables  qualités  pédagogiques,  grâce  auxquelles  rien  ne 
reste  imprévu  dans  cette  marche  progressive  des  jeunes  esprits. 

Mais  disons  maintenant  un  mot  de  la  secondeintention  de  l'auteur. 
11  ne  s  en  cache  pas  :  ce  qu'il  veut  enseigner  aussi  aux  élèves, 
avoue-t-il  dans  la  préface,  ce  sont  les  règles  de  cette  langue  cata- 
lane qu'ils  ne  parlent  pas  toujours  avec  correction.  Nous  devons 
féliciter  M.  Louis  Pastre  de  son  courage,  et  le  féliciter  d'autant 
plus  chaudement  que  nous  ne  sommes  pas  habitués  à  trouver  sous 
la  plume  des  membres  de  renseignement  primaire  un  plaidoyer 
en  faveur  du  catalan.  J'aimerais  à  voir  chez  nos  instituteurs  rous- 
sillonnais  une  attitude  un  peu  moins  indifférente,  ou  même  un  peu 
moins  hostile  à  l'égard  de  notre  dialecte.  11  me  semble  que  leurs 
collègues  de  Provence  et  de  Gascogne  ont  donné  des  marques 
plus  sûres  de  leur  intérêt  et  de  leur  sympathie.  Cependant  le 
Roussillon,  dans  son  ensemble,  a  su  mieux  conserver  son  carac- 
tère et  son  esprit  de  race  que  ces  deux  grandes  régions,  et  le 
catalan  me  paraît,  d'une  manière  générale,  s'être  maintenu  beau- 
coup plus  ferme  et  beaucoup  plus  pur  que  le  gascon  et  le  proven- 
çal. Je  recevais  dernièrement  encore  une  réconfortante  lettre  d'un 
instituteur  languedocien  :  «  La  langue  d'oc,  m'écrivait-il,  est  la 
langue  familière  de  la  plupart  des  enfants  de  nos  écoles  primai- 
res; celle  qu'ils  entendent  parler  à  leur  foyer,  dans  la  rue,  dans 
les  champs,  dans  l'atelier,  sur  la  place  publique.  Pourquoi  à  l'école 
l'ignorer  systématiquement  ?  Pourquoi  ne  pas  faire  des  rappro- 
chements entre  le  français  et  la  langue  d'oc,  qui  aideraient  à 
passer  plus  facilement  du  languedocien  au  français  ?  »  Alon  cor- 
respondant a  raison  :  le  vocabulaire,  la  syntaxe,  l'orthographe  y 
gagneraient.  Je  suis  persuadé  que,  s'il  était  permis  ou  plutôt  s'il 
était  conseillé  à  nos  instituteurs  de  faire  ces  expériences  avec  le 
catalan,  ils  seraient  tellement  émerveillés  des  résultats  obtenus, 
qu'ils  reviendraient  vite  de  leur  première  opinion  et  que  cette 
méthode  n'aurait  pas  de  partisans  plus  convaincus.  Mais  l'impor- 
tant est  de  commencer.  Or  le  livre  qui  leur  manquait,  voici  qu'ils 
peuvent  l'avoir  maintenant,  et  c'est  un  livre  recommandable  sous 
tous  les  aspects.  ]1  ne  faudrait  pas  que  la  publication  en  fût 
inutile. 


-   375  - 

Oserait-on  invoquer  encore,  pour  combattre  les  «  patois  »  détes- 
tés, je  ne  sais  vraiment  quels  graves  dangers  courus  par  notre 
unité  nationale  ?  L'argument  est  bien  vieilli  et  ne  peut  plus  que 
faire  sourire.  Nous  l'avons  dit,  nous  le  répéterons  cent  fois  : 
c'est  une  force  réelle  que  de  parler  deux  langues.  Et  nous  ajou- 
terons, pour  finir,  que  si  le  catalan  est  considéré  par  certains 
éducateurs  comme  nuisible  aux  classes  de  français  (et  encore  fau- 
drait-il bien  nous  dire  comment  et  dans  quels  cas),  on  n'a  pas 
trouvé  jusqu'ici  de  moyen  plus  sûr  que  la  méthode  comparative 
pour  établir  un  juste  équilibre  entre  notre  idiome  régional,  parlé 
malgré  tout  et  contre  tous  par  le  peuple,  et  notre  idiome  natio- 
nal, que  les  méthodes  d'exclusion  et  d'extirpation  appliquées  aux 
dialectes  ne  sont  jamais  parvenues  et  ne  parviendront  jamais  à  lui 
apprendre.  Jean  Amade. 

Quan  toca  VAngelus 

A  n'el  jove  poeta  y  amich  G.  V. 

Quan  al  trench  del  matî,  l'alba  da  sa  besada 
Al  fuilatge  agualôs  que  plora  de  suor  ; 
Qu'a)  portai  del  andà,  trauca  jâ  la  ramada  : 
Donaû,  donaù,  Senyor,  alegria  al  pastor. 

Quan  lo  pobre  aucellet,  am  la  boca  badada. 
Ne  dcsplega  les  aies,  arrendit  de  càlor. 
Qu'aïs  repetells  del  sol,  n'hes  la  rosa  colrada  : 
Donaû,  donaû,  Senyor,  ombra  al  treballador. 

Y  quan  de)  mariner,  ne  passa  ansia  j'esposa. 
Al  saber  vora  enllâ,  per  maror  espantosa  : 
Feu  qu'en  casa,   Senyor,  eJl  aporti  consôl. 

Cuidada  am  gran  amor,  fresca  y  ben  espellida, 
Hi  trobarà  la  florqu'habeu,  Vos,  benehida  : 
L'infant  bel)  que  somriu,  acotxat  al  bressol. 

Ceret,   dia  i6  de  agost  1911.  P.     de    I'AlZINA. 


Devinalles 


En  Guidonya  s'esta  al  porta) 

Ab  cent  homes  â  cavall  ; 

Tots  van  vestits  de  vermeil 

Fora  En  Guidonya  y  lo  vell... 

Qu'es  la  cosa?  (El  cirer  ers  y  les  cireres). 

Es  vert  y  no  es  juvert, 

Es  groch  y  no  es  safrâ, 
Burro  sera  '1  que  no  endevinrâ... 
Qu'es  la  cosa?  (E/  toranger). 

En  penjol-penjol  esta  penjolat, 
En  Paraplap  s'esta  espérant  ; 
En  penjol-penjol  ha  caigut. 
En  Paraplap  l'ha  hagut... 
Qu'es  la  cosa  ?  (£/  gat  y  la  rata) 

Un  pam  d'ensâ,  un  pam  d'enllà, 
Un  pam  que  li  penja... 
Qu'es  la  cosa  ?  (El  forrellat). 

Un  llensol  tôt  apedassat. 
Que  cap  punta  d'agulla  no  hi  ha  tocat... 
Qu'es  la  cosa  ?  (El  cet) 

Un  camp  tôt  llaurat,  tôt  llaurat, 
Que  may  cap  punta  d'arada  no  hi  ha  tocat... 
Qu'es  la  cosa?  (El  teulat) 

(J(ecueillies  par  M.  Emile  Leguiel) 


En  Joseph-Maria  Puig  Torralva 

Amb  una  fonda  pena  sem  sapigut  la  mort,  ja  pel  mes  d'agost 
passât,  del  poète  En  Joseph  Puig,  de  Valencia. 

Era  l'autor  d'unos  quants  estudis  grammaticals  y  filologichs 
sobre  la  llengua  llemosina-valenciana,  y  del  bonich  aplech  de 
poésies,  Lliris  y  Caris  (Tipografia  Domenech,  à  Valencia,  1899). 
Tota  la  seua  vida  fou  un  entusiaste  valencianiste,  un  enamorat  de 
las  belleses  de  Valencia  y  de  la  sanitosa  poesia  de  l'horta  valen- 
ciana. 

Aquestos  derrers  anys  s'havia  cuydat,  mes  que  mes,  de  llengues 
primitives  ;  en  sabia  molt  de  llengua  celtica  ;  y  quan  algun  amich 
passava  per  la  seua  casa,  prou  se  lenduya  à  la  seua  biblioteca 
posada,  tota  avinenta,  à  la  rebotiga,  y  feya  petar  la  xarrada 
sobre  '1  parlar  dels  primers  catalans. 

Are  ja  no  '1  tornarem  à  veurer  mes  ;  Deu  lo  perdo. 

Jules  Delpont. 


♦T«      ♦>      ♦!♦ 


La  meua  llengua 

Perque  parle  y  escrich  la  meua  llengua, 

has  fet  burla  de  mi, 
Y  al  rahonar  de  mon  llenguage  en  mengua 

soltares  lo  veri. 

Si  fores  estranger,  lo  teu  ultrage 

no  séria  tan  greu, 
Llavors  alabaries  mon  llenguage, 

tan  sols  per  no  ser  teu. 

Cada  flor  té  un  color  y  té  un  aroma, 

cada  aucell  té  son  cant, 
Aixi  com  cada  poble  té  un  idioma  : 

Yo  soch  del  meu  amant. 


_  378  — 

Yo  l'adore  fidel,  com  à  sa  mare 

tôt  bon  fill  deu  voler, 
Encare  que  la  llejea  la  malpare 

ja  que  li  deu  lo  ser. 

Yo  que  la  vullch,  pcr  pobre  qu'ella  fora, 

maltraçada  é  ignorant. 
Al  vore  las  belleses  que  atresora, 

com  me  pren  dolç  encant  ! 

Eixa  llengua  per  tu  tan  menyspreada, 

com  fill  rebordonit, 
En  llabîs  de  ta  mare  fou  honrada, 

agrusantse  en  son  pit. 

Eixa  llengua,  com  arpa  deliciosa, 

te  parlava  d'amors, 
per  boca  de  ta  bella  y  casta  esposa, 

en  jorns  engisadors. 

Eixa  llengua  que  oblida  tos  agravis, 

à  l'hora  de  la  mort 
sensé  adonarte  'n  correrâ  à  tos  llabis, 

pera  darte  conhort. 

Joseph-Maria  Puig-Torralva. 

Extrait  de  mil  y  un  pensaments 


Aquell  que  no    pot  sofrir  una  injuria,   es  mes  cobart  que  '1   qui 
fuig  â  la  vista  del  enemich. 

May  un  primpcep  esta  mes  ben  guardat  que  quan  el    guardan 
sa  virtud  y  sa  ignocencia. 

La  prudencia    es  la   experiencia    y    la  rahô  aplicadas  à  la  con- 
ducta  de  la  vida. 


Orthographe  et  Prononciation  du  Catalan 

A  la  demande   d'un    certain  nombre   de    lecteurs   nous  rappelons    ci-dessous   les    principales 
règles  de  l'orthographe  et  de  la  prononciation  catalanes  :  N.D.L.R. 

a  tonique  se  prononce  comme  a     français.  Ex  :  mar. 

a  sourd      se  prononce  comme  eu  français.  Ex:  dona  (  pr  :  dôneu). 

e  tonique  se  prononce  comme  é     français.  Ex.  :   ribcra. 

e  sourd      se  prononce  comme  eu   français.  Ex.:  mare  (  pr  :  mâreu). 

o  tonique  se  prononce  comme  o    français.  Ex.  :  rosa. 

o  sourd      se  prononce  comme  ou  français.  Ex.  :  dormir  (pr  :  dourmî). 

M  se  prononce  toujours  comme  ou    français.  Ex.  :  coure  (pr  :  côoure). 

i  se  prononce  toujours  comme  i  français.  Mais  il  ne  se  fait  pas  entendre 
dans  les  finales  en  aig,  eig,  oig,   uig    où  le   g   prend  le  son  de    tg    ou   tj, 

b  et  ^  se  prononcent  comme  bb  et  gg  lorsqu'ils  sont  précédés  d'une  voyelle 
et  suivis  de  /.  Ex.  :  cobîz,  rzgh  (pr:  cobbla,  reggla). 

d  se  prononce  comme  ?  à  la  fin  des  mots.  Ex.  :  frcd,  froid. 

h  n'est  jamais  aspirée  en  catalan.  Elle  ne  se  prononce  même  pas  à  la  fin  des 
mots  en  ch.  Ex.:  hosch,  homch  (pr:  bosc,  bounic). 

//  correspond  à  ill  français  dans  bataille.  Mais  dans  les  mots  où  la  //  catalane 
n'a  pas  le  son  de  ill  français  comme  dans  illustre  on  sépare  les  deux  /  par 
un  trait  d'union  ou  une  apostrophe.  Ex.  :  iZ-iustre-,  i/'/ustre. 

r  se  prononce  comme  en  français,  mais  il  ne  se  fait  jamais  entendre  à  l'infi- 
nitif des  verbes.  Ex.:  morir,  mourir,  se  prononce  meurt.  Certains  auteurs 
catalans  suppriment  même  cette  lettre  à  l'infinitif  de  quelques  verbes  tels 
que  viure,  vivre  ;  veure,  voir;  creure,  croire;  heure,  boire,  que  l'on  peut 
écrire  viurer,  veurer,  creurer,  beurer. 

V  se  prononce  toujours  comme  b.  Aussi  n'est-il  pas  rare  de  trouver  indif- 
féremment lune  ou  l'autre  de  ces  consonnes  dans  certains  mots  tels  que 
rièera,  rivera;  travail,  travail,  etc. 

«y  correspond  au  gn  français.  Ex.  :  Perpinyâ,  Perpignan.  En  catalan,  ^  et  n 
se  prononcent  toujours  séparément.  Ex.  :  ignorant  se  prononce  i^-«orant. 

X  se  prononce  comme  ch  français.  Ex.  :  xiular,  sifFler.  Mais  on  le  prononce 
aussi  es  et  gz  dans  certains  mots,  comme  :  excavaciô,  examen. 

el  et  al  ne  doivent  pas  être  confondus.  Ex.  :  el  pare  es  al  llit,  le  père  est 
au  lit. 

Certains  auteurs  écrivent  les  pluriels  en  as  :  la  casa,  las  casas.  Mais  l'emploi 
des  pluriels  en  es  se  généralise  de  plus  en  plus  et  l'on  écrit  de  préfé- 
rence :  la  casa  les  cases  (pr;  leu  câseu,  leus  càseus).  D'ailleurs  cela  ne 
change  rien  à  la  prononciation  puisque  a  sourd  se  prononce  exactement 
comme  e  sourd.  Louis  Pastre, 


Textes  catalans 

9p.  (Suite) 

Malgré  ces  bonnes  paroles  et  ces  promesses,  le  Conseil  reste 
méfiant  ;  il   le  montre  deux  jours  après  : 

«  Atès  que  Mons"  Rev  '  de  Barcelona...  lo  divendres  proxim 
passât...  digue  que  tots  stiguessen  de  bon  animo,  que  ell  procu- 
raria  en  que  la  Seu  de  Elna,  com  a  mare  de  totes  les  iglesies, 
restaria  molt  montada,  de  modo  que  los  ciutadans  ne  restarien 
molt  contents,  y  N'  S"  Deu  ne  séria  lohat  y  servit  ;  y  perquant 
la  C'utat  te  dubte  del  que  en  lo  sdevenidor  nés  succehis  lo  con- 
trari,  y  vol  star  apercebuda  (sic),  de  manera  que  los  hon.  Consols 
y  Conseil  ne  stigan  assaneats  :  has  déterminât  y  conduit  que 
dema,  que  es  dilluns,  se  vaja  a  Perpinya,  y  que  se  haia  conseil  y 
parer  de  tots  los  advocats  de  la  C'Utat  juntament  ab  lo  Mag^^ 
M°  Miquel  Rollan,  loqual  ha  promes  que  informara  als  advo- 
cats de  la  Ciutat,  y  ell  ab  ells  disputaran  les  causes  de  la  Bulla  y 
les  caps  contenguts  en  aquella,  y  alli  ho  argumentaran  molt  a  les 
veres,  ab  tant  que  lo  animo  dels  Ciutadans  ne  stiga  molt  assaneat... 
Plasia  a  N'  S"  que  (ho)  guia  de  la  sua  ma  dreta,  a  tota  utilitat  de 
la  Ciutat.  Amen  »  , 

La  consultation  a  lieu  :  quatre  docteurs  sont  appelés  pour  con- 
férer avec  M"  Rollan,  qui  leur  lit  un  mémoire  :  «  Y  resolgueren 
ques  montas  al  Castell  major,  en  loqual  stat  hospedat  Mons""^ 
R'"  de  Barcelona,  ab  loqual  dit  M°  Rollan  tracta  molt  ampla- 
ment.  Y  dit  Monso""  R'"  dix...  que  confiassen  de  ell,  que  ell  faria 
de  manera  que  tots  restarien  molt  contents  :  Y  aixi  se  resolt  que 
la  Ciutat  estiga  de  bon  animo...  y  que,  estant  ab  aqueix  tracte 
M°  Rollan  ab  Monso"^  R"",  que  no  se  apellin,  fins  al  menester  ;  y 
que  la  Ciutat  no  fassa  commissio,  acercha  dit  negoci,  a  ninguna 
persona,  perque  dita  Ciutat  en  aqueix  punt  séria  perduda,  que 
séria  derogar  la  juridictio  de  Monsor  R'"  de  Barcelona,  antes  be 
stiman  mes  que  ell  s'en  resolgue  y  no  altra  persona.  Y  esta 
se  la  deliberatio  del  Mag^^  Conseil.    » 

Alors  se  produit  un  fait  nouveau,  qui  nous  vaut  une  séance  et 
un  récit  fort  pittoresques  : 


—  38i    — 

Le  principal  intéressé  de  l'affaire,  c'était  évidemment  la  Com- 
munauté des  Prêtres  d'Elne  :  Celle-ci,  très  attachée  à  ses  droits 
et  exemptions,  était,  depuis  déjà  longtemps,  en  termes  quelque 
peu  froids  avec  les  Conseils  de  l'Université,  qui  avaient  eu  par- 
fois à  lutter  contre  elle  et  à  contrecarrer  certaines  de  ses  pré- 
tentions ;  elle  était,  en  général,  d'un  esprit  peu  conciliant  :  Mais 
les  circonstances  la  rendent  souple  ;  l'affaire  faisant  mine  de  mal 
tourner  pour  elle,  elle  sent  le  besoin  de  chercher,  dans  le 
Conseil,  un  point  d'appui,  au  besoin  un  allié.  Elle  voudrait 
même  l'amener  à  s'engagera  fond,  à  partir  en  guerre  à  côté  d'elle, 
tout  au  moins  à  la  suivre  et  à  marcher  d'accord:  Aussi  lui  voit-on 
faire  la  démarche  très  significative  que  voici  : 

«  La  Yen.  Comunitat  dels  Rev.  So"^'  de  Preveres  de  la  Santa 
Iglesia  de  Elna  vuy  die  présent  nos  ha  fêta  merces  de  venir  en 
sta  casa  consular  exposant  lur  animo,  dient  que...  supliquen  a  la 
Ciutat  que  sia  de  son  servey  y  al  Magfic  Conseil  de  aquella  que 
sempre  y  quant  sia  menester  y  necessari,  done  a  la  Yen.  Com*^* 
tôt  Conseil,  favor  y  ajuda. 

Y  encontinent  essent  intrats  dins  dita  Casa  Consular  les  Pre- 
veres de  la  dita  Combat  fahent  embaxiada  a  la  Ciutat...  sels  recebi 
ab  aquell  honor  y  reverentia  quai  convenia  al  caracter  clérical, 
exint  del  Conseil  les  S°"  Consols  y  recebint  los  al  cap  de  lesca- 
era  del  Spital,  sempre  acompanyant  los  fins  son  stats  assentats, 
dins  de  la  Casa  consular,  posant  se  lo  S°^  Consol  en  cap  très 
preveres  devant  de  ell,  y  les  demes  estant  assentats  al  mig  de  quiscu 
dels  altres  S°"  Consols. 

Y  lo  Rev»  Mossen  Simon,  vista  la  commissio  a  ell  attribuida 
(que  fes  lo  exordi  a  la  Ciutat)  feu  la  propositio,  dient  que  ell 
era  arribat  de  la  Yila  de  Perpinya,  de  tractar  ab  Monsor  Rev"" 
de  Barcelona...  y  tractât  y  vehent  que  de  quiscun  dia  les  muden 
de  tracte  nou,  y  desitjant  ells  que  la  Yen.  Com*»*  y  la  Seu  de 
Elna  tôt  stigue  ben  moblat  y  assentat,  y  fugir,  si  menester  sera, 
la  tôt  genero  de  plet...  dit  Monsor  Rev"',  ab  indutio  (?)  de  dit 
Canonges,  lesquals  may  lo  deixen  del  lado,  los  ha  mogut  un 
tracte  nou,  dient  que  séria  cosa  molt  acertada  quen  remetessen  a 
dues  persones,  y  que  aquelles  ne  passassen  la  tisora,  tant  per  part 
de    la    Ciutat    com    per    part    del    Rev'    Capitol.    Y  dita  Coms'»» 


—  382  — 

zelant  se  que...  es  cosa  molt  dificultuosa...  ha  déterminât  de 
cometre  a  quatre  S°"  de  Benefficiats,  com  a  persones  mes  intelli- 
gentes y  esscntal  cap  de  totcs  les  coses  de  ladita  Com'»*,  lesquals 
dcma  aniran  a  Perpinya  per  a  tractar  lo  negoci...  devant  dit 
Mons«>r  en  lo  Castell  major  ;  y  que  suplique  als  hon.  Consols  y 
Magfic  Conseil  de  la  Ciutat  que  tots  fassen  un  cos  y  que  stiguen 
agermanats  com  de  raho  y  de  justitia,  y  que  fahent  lo  d'esta 
mancra,  la  Yen.  Com'^»  los  ho  agrayra  molt  ;  y  que  ja  vehien  (?) 
la  pobresa  de  la  Ciutat  quanta  era  ;  empero  que  ells  no  volian 
dines,  sino  tôt  auxili  y  favor  de  la  dita  Ciutat  sempre  y  quant 
menester  sera  y  tots  los  dits  Preveres  gradatim  han  votât  lo 
mateix,  dient  que  si  a  cas  aigu  hi  agues  que  tingues  ranchor,  ques 
dixias  tôt,  y  que  stiguessen  de  bon  animo. 

Y  les  hores  la  Ciutat  ha  respost  dient  quels  agrayha  la  em- 
baxiada  fêta,  y  quen  trataria  ab  lo  Mag^^  Conseil,  y  que  sels  hi 
faria  embaxiada  al  dit  effecte. 

Y  encontinent  sen  anaren,  y  los  S°"  Consols  hisqueren  del 
Conseil  y  sels  acompanyeren  fins  a  la  escalera  del  Spital,  y  tor- 
naren  al  Conseil...  y  se  ana  votant  gradatim,  y  tôt  lo  Mag'''^  Con- 
seil resolgue  y  conclui  que  era  cosa  tant  justa  que  nos  podia 
recusar  de  no  fer  se...  y  que  la  Ciutat  do  tôt  conseil,  favor  y 
ajuda  a  dita  Yen.  Com^**  sempre  y  quant  menester  sia,  y  que  tots 
fassam  un  cos  y  siam  una  voluntat,  y  que  stigam  de  bon  animo, 
que  d'esta  manera  N«  S"*"  nos  donara  forses  per  defensar  lo  seu 
S*  Temple.  » 

11  y  a  bien  là,  de  la  part  de  la  Communauté,  plus  même  qu'une 
proposition  d'alliance  :  C'est  une  demande  de  concours,  c'est 
presque  une  prière.  C'est  un  «  Soyons  amis  !  »  intéressé. 

Et  du  côté  du  Conseil,  quelle  dignité,  quelle  entente  de  son 
rôle  !  lia  écouté  sans  mot  dire  ;  il  fera  connaître  ultérieurement 
la  réponse  qui  aura  été  décidée.  11  était,  du  reste,  aisé  de  prévoir 
qu'il  ne  voudrait  prendre  aucun  engagement  décisif,  et  qu'il 
réduirait  rôle  son  à  peu  de  chose. 

(A  suivre)  R.  de  Lacviyier. 


^^.^^^^a. 


LIVRES  4  REVUES 


Apol-Noi,  par  Joseph-M.  de  Sucre 

Llibreria  espanyola,  rambla  del  Mig,  20.   Barcelona 

On  aimera  d'abord  dans  ce  petit  livre  la  jeunesse,  le  premier  envol  du 
sentiment,  encore  imprécis  ;  et  c'est  une  valeur  psychologique.  Ceux-là  s^uls 
qui  ne  savent  pas  le  prix  que  l'on  attache  aux  premières  trouvailles  d'harmo- 
nies le  considéreraient  sans  indulgence.  C'est  un  rayon  d'argent  de  l'aube, 
qui  a  pu  luire  malgré  les  tristesses  du  foyer,  victorieux  rayon  d'idéalisme, 
généreux  espoir  de  la  vingtième  année.  Le  titre,  Jlpol-'Noi,  a  quelque  ana- 
logie avec  le  Torment-Troment  de  Lopez-Picô  (dont  je  parlerai  bientôt,  lors- 
que paraîtront  les  Poèmes  del  Port,  sous  presse  en  ce  moment).  L'analogie 
existe  encore  dans  les  commentaires  analytiques  ou  titres  des  divisions  mul- 
tiples du  volume.  11  en  est  qui  promettent  beaucoup  :  "En  ta  setva  de  les  reines, 
par  exemple.  Vous  croiriez  pénétrer  dans  la  forêt  celtique  ou  wagnérienne, 
dans  le  bois  de  Tristan  et  Iseult,  où  parmi  les  gnomes  s'épanouit  la  prin- 
cesse, gemme  écarlate  emmi  les  velours  et  les  hermines.  11  n'en  est  rien. 
Vous  n'apercevez  que  des  silhouettes  déjeunes  barcelonaises,  sveltes  dans  les 
jardins  de  la  cité.  Et  ce  sont  des  aquarelles  attendries  où  chantent  les  pre- 
mières et  douces  amours.  Je  ne  saurais,  je  ne  pourrais  donner  l'analyse  du 
livre.  Ce  sont  feuillets  d'album,  souvenirs  épingles,  poussières  d'or.  Le 
poète  a  vécu  la  vie  de  la  cité.  Nous  connaissons  son  exaltation  après  une 
belle  pièce  de  théâtre,  ou  une  émeute  populaire.  Nous  le  suivons  dans  ses 
promenades  au  delà  de  la  ville,  sans  doute  parmi  les  pins  de  Vallvidrera,  d'où 
l'on  voit  par  l'échancrure  de  la  vallée,  la  violette  montagne  mystique  de 
Monserrat.  C'est  là  qu'il  a  recueilli  cette  délicate  poésie,  dont  je  cite  la  pre- 
mière et  la  dernière  strophes  : 

Jo  se  una  Mare-de-Déu 
que  â  tot-hora  reb  els  aires. 
i-No  té  arracades  de  preu, 
ni  diamants  de  cent  caires, 

ni  rosaris  esllanguits,  ^ 

ni  rostres  emmusteïts 
que  li  portin  maies  flaires 


—  Mare  de  Déu,  m'heu  alçat  ! 
Mare-de-Déu  solitaria  : 
Guardeu-me  la  sanitat, 
que  haig  de  portar  el  pa  â  taula. 


—  384  — 

et  cette  Oraciô  Maternai,  jolie  comme  une  blanche  perle  de  lait  : 

Mare-de-Déu  de  la  Llet, 
Vos  que  sou  tant  generosa, 
que  en  vastre  mugrô  sagrat 
â  l'infant  heu  alletat, 
feu  qu'en  brolli  del  pit  meu 
una  dèu  ben  abundosa  : 
Que  pugui  viure  '1  meu  fill, 
Verge  Santa  gloriosa... 

On  reconnaîtra,  je  le  sais,  dans  ces  vers,  l'inspiration  de  J.  Maragall, 
dont  on  a  lu  les  «  Goigs  de  Nostra-Senyora  de  Nuria  »,  d'une  manière  si 
sobre,  si  puissamment  évocatrice  à  la  fois.  Mais  j'en  conclus  que  l'auteur 
sait  choisir  ses  modèles.  Le  poète  cite  en  guise  d'épilogue  une  phrase  de 
Guyau  que  je  résume  de  la  sorte  :  L'imagination  précède  la  raison.  C'est 
ainsi  que  Maurice  Barrés,  dans  les  «  Amitiés  Françaises  »,  propose  comme 
première  discipline  les  belles  images  :  in  hymnis  et  caniicis. 

Jlpol-T^oi  a  de  la  grâce.  Nous  attendons  avec  confiance  qu'il  grandisse.  11 
nous  parlera  certainement  avec  plus  de  force  et  de  sûreté. 

Joseph  Pons. 

"^^^ 

Pcr  don  Pcre  Penya. 

Nous  avons  reçu,  sous  forme  de  plaquette  (1  mprenta  Tous,  à  Palma,  191  i  ), 
le  Discurso  leido  en  la  sala  de  sessiones  del  Excmo  Ayuntamiento  de  Palma,  per 
don  Juan  Alcovery  Maspons,  e/  3  1  de  diciembre  de  1910,  sur  don  Pedro  de 
Alcantara  Pena,  Hijo  ilustre  de  Mallorca. 

C'est  une  belle  page  littéraire,  en  castillan,  digne  d'ailleurs,  de  l'auteur  et 
de  «  l'homenatjat  ». 

■^^^ 

^  La  langue  d'Oc. 

La  langue  d'Oc  à  l'école  et  dans  les  patronage^  (Librairie  Aubanel  frères, 
Avignon,  1911),  est  une  intéressante  étude  delà  félibresse  Mlle  de  Digoine, 
«  la  Comtesse  dou  Rose  »,  comme  Mistral  l'a  poétiquement  baptisée. 

A  l'auteur,  tous  nos  remerciments  et  nos  félicitations. 


Le  Gérant,   COMET.  — Imprimerie  COMET,  8,  rue  Saint-Dominique,  Perpignan. 


5' Année.  N' 60  15.  Déceembre  1911. 


Les   Manuscrits  non  insères 
le  sont  pas  rcnaus. 


Les  Articles  oarus  dans  ia  Revue 
n  engagent  aue  ieurs  auteurs. 


REVUE 

CATALANE 

LA  LLAR 


La  )]ar...  reconet  mes  prehuat  de  la  casa  ahont  hi  trovem 
cl  caliu  que  'ns  escalfa,  la  pau  que  'ns  anima,  la  tradiciô 
que  'ns  enlajra,  els  conseils  que  'ns  guien,  y  el  poch  goig 
que  hi  ha  en  la  vida. 

Tota  masia  té  una  llar  y  tota  llar  té  vida, 

y  sens  el  calor  de  la  llar  tota  joya  n'es  marcida. 

Casi  tots  vosaltres,  animes  pagesivoles,  sentîreu  glatir 
Yostre  cor  aprop  ses  fiâmes  al  plé  de  la  nit  hivernosa...  glas- 
sades  alenades  del  fer  huracâ  ferîen  desapiadades  el  feixuch 
brancatje  de  la  boscuria...  les  flors  marcides  dels  viaranys 
dormien  baix  el  blanch  llensol  d'espessa  neu  que  apuntalat 
en  els  sismals  enlairats  de  la  congesta  s'extenia  com  llarga 
mortalla  per  tota  la  plana...  no  garlaven  els  rossinyols  ab 
armonîa  els  tendres  cants  d'amor  de  primavera,  ni  tampoch 
florides  les  arbredes  llensaven  al  cel  flairosos  sospirs.  A  vo- 
liors  els  auceJlets  famolenchs  picotejaven  pel  cim  els  blanchs 
berellons  cristalisats  del  pati  y  fèr  el  llopàm  udollava  al  cor 
de  comalades  y  afraus. 

L'hjvern  n'era  arrivât:  cada  cosa  en  son  temps,  tôt  es  bô, 
car  sens  hivern  no  fora  primavera. 

L'hivern    n'era   arrivât   pera   la   masia  y  â  son  aie  glassat 


—  386  — 

tothom   s'havj'a  engiponat  de  lo  bô  y   milllor  per  burlar  sa 
ferèsa. 

L'hivern  cra  arrivât,  y  no  'ns  estemordia,  car  quan  hom 
es  provehit  aJlunya  la  temensa.  Rublerts  nostres  graners 
de)  fruit  benhaurat  de  nostres  terrers,  per  rès  calîa  espan- 
tarse,  hora  era  de  fruhir  del  repos  després  del  trevall 
esmenat. 

A  Yora  el  foch  sagrat  de  nostres  avis,  al  guspil-leig  dels 
seculars  tronchs  qu'ahir  ens  donaren  la  ombra  y  avuy  prô- 
dichs  reviscolen  nostres  cors  ab  la  calor  benefactora  qu'à 
tots  ens  anima,  recolzat  en  cl  anyîvol  escô  el  moble  mes 
vell  de  casa  que  fidel  y  hospitalari  tota  nostra  generaciô  ha 
respectât,  fruhîrem  de  dolsa  pau,  que,  allunyant  de  nosal- 
tres  tota  rancunia,  enveja  y  odi,  unîa  nostres  cors  ab  estret 
lias  de  prehuada  germanor. 

Prop  l'ardenta  flamarada  qu'espatarrega  ennegrint  els  vells 
caires  de  la  llar,  s'hi  proclamava  sens  barboteix  lo  qu'avuy 
barbotejant  no  's  réalisa  ;  â  la  dolsa  y  tebia  cscalfor  del 
encès  brasâm,  desapareixien  els  convencionalismes  de  la 
terra  y  el  rey  n'era  pastor  y  el  pastor  n'era  rey.  Fora  de  la 
llar  era  altre  cosa  ;  palaus  pe  'Is  coronats,  casais  pe  'Is  richs, 
cabanyes  pe  'Is  pobrets.  Sols  en  ella  els  homes  n'eren 
germans. 

Ja  esbufega  â  fora  la  freda  tramontana  sosmovent  tôt 
quant  trova  â  son  pas  ;  tanqueu  tanqueu  les  portes  que  rès 
hi  ha  â  fer  pel  camp;  també  â  les  remades,  que  l'herbey 
s'ha  glassat...  Vora  del  foch  feinoses  filadores,  veniu  â  filar, 
veniu  pastoretes,  masovers,  rabadâns  y  traginers  de  la  serra 
que  tothom  hi  cabra. 

També  hi  vindreu  vosaltres,  jayetes  de  testa  argentada  de 
vostres  llavis  tremolosos  oirém  com  mainada  ajogassada  els 
bells  qiientos  tan  encisadors  com  espatarrants. 

Com  aimavem  nosaltres  aquestes  intéressants  narracions, 


—   38;  — 

com  ens  esporuguîam  estrenyentnos  â  les  faldes  de  nostres 
mares  pera  aJlunyar  les  fantasmagoriques  il-lusions  que  'ns 
assallîen. 

També  â  son  torn  glosaven  els  pastors  Durs  jorns  glorio- 
sos  y  els  perills  montanyenchs  :  el  remat  prosperava  cada 
volta,  car  tindrien  qu'agrandir  les  estables. 

La  tasca  de  la  terra  n'era  el  plat  del  dîa  y  mes  pels  maso- 
vers...  batudes,  dallades,  segades  y  brèmes  tôt  hi  passava  ; 
la  cullita  era  bona  y  millors  les  tardanîes. 

La  mestressa  y  l'amo  â  tothom  escoltaven,  cada  quai  â  son 
torn.  Cadascû  sabîa  y  cumplia  sa  tasca,  de  tots  hi  havîa 
qu'apendre.  Dels  pacifichs  débats  del  parlament  autônom  de 
la  llar  'n  surgîen  mes  tart  la  proclamacio  d'ordres  que  tothôm 
se  feya  un  plaher  de  cumplir  del  mes  petit  al  mes  gran,  del 
masover  à  la  porquetera. 

En  la  llar,  prop  del  foch,  la  pubilleta  ja  promesa  hi  ohîa 
els  bons  com  necessaris  conseils  dels  experimentats  del 
gremi,  Avans  de  pendre  estât  calîa  estar  segur  d'un  mateix, 
sobre  tôt  per  una  dona,  casarse  era  pas  cosa  tant  senzilla, 
era  pas  vendre  un  bou  â  la  fira  ;  era  allô,  hi  ets,  t'hi  cal 
quedar  ;  no'n  vols,  perqué  ho  prenies. 

Durant  tôt  el  prometatje,  pera  la  donzella  en  qûestiô,  rés 
se  quedava  en  el  tinter,  tothôm  hi  posava  la  cullerada  fins 
els  oncles  y  amichs  qu'  ab  l'escusa  d'emetre  son  parer  res- 
pecte del  futur  matrimoni  venîen  molt  soviny  â  familiari- 
sarse  ab  el  vî  de  la  boda.  Quina  gent  tant  previsora  com  la 
de  la  nostra  terra. 

Volteu,  volteu  fusams,  retorciu  el  cânem,  que  tôt  es  per 
la  jova,  quina  d'aci  â  très  mesos  se  casa.  Rès  se  quedarâ 
enrera,  â  la  llum  de  llar  tothôm  s'afanya,  qui  mes  se  cuita, 
qui  mes  disposa  dels  preparatius  de  la  festa,  dels  guisats  de 
la  taula,  dels  convidats  de  la  boda,  qui  mes  sab  que  mes  hi 
digui. 


—  388  — 

Tots  els  rebrechs  tant  arnats  com  llampants,  tots  els  cin- 
tams  colorats  y  les  teles  de  vali'a  'n  surgîen  de  les  arques 
dotais.  El  desitj  de  lluhir,  d'agradar  y  encisar  â  algùn  des- 
previngut  agitava  les  manetes  de  tota  la  jovenella  de  la  casa 
qu'esbojarrada  feya,  desfeya,  surgîa,  tallava,  embastava.  Tôt 
cra  saquejât,  tots  els  recôns  de  la  casa,  fins  les  caixeleres 
de  les  avies. 

l  Valgam  el  cel  quin  tràfech  !  quin  terratrémol,  tota  la 
casa  s'en  anava  abaix...  quines  rialles  mes  franques  les  dels 
amos  y  quina  solicitut  la  de  la  mestressa  quina  prenîa  no 
poca  distraccjô  en  dirigir  aquella  llarga  com  divertida 
feinada. 

No  's  feya  festa  ni  festeta  ni  's  prenîa  cap  acort  definitiu, 
sens  avans  discutirho  en  la  llar. 

Per  rès  del  mon  haguerem  renégat  de  nostra  llar,  ahont 
trobavem  totes  les  soluciôns  de  la  vida. 

Les  rogenques  flamarades  qu'escalfaren  nostres  cossos 
fredeluchs  en  l'aubada  de  nostra  infantesa,  també  mes  tart 
escalfaven    nostres  cossos   marcits  al   cap  vespre  de  la  vida. 

Malgrat  el  segle  y  el  progrès  fictici  de  nostre  poble, 
encare  hi  ha  llars,  si  bé  molt  escases,  no  hi  deixem  per  aixo 
apagar  el  sagrat  caliu,  anima  dels  que  foren,  fent  reviscolar 
â  la  llum  de  llurs  fiâmes  l'amor  marcit  de  nostres  cors,  qu'es 
l'anima  de  nostre  llibertat. 

Victor  Vallespjr. 


î^^^'^S^^iS^ÛJÎRâS.^^ 


SERENADÂ 

Te  Yull,  mon  aymanta, 
Dire  la  cansô, 
La  que  mon  cor  canta, 
Qu'entrjsteix  mon  plor. 
Dins  la  nit  serena, 
Baix  la  lluna  plena 
Te  dira  ma  pena 
Y  mon  illusiô. 


Y  amb  confiança 
Ton  cor,  p'el  guardar, 
Florit  d'esperança, 
M'el  vares  donar. 
Mon  cor  lo  va  pendre, 
Clavat  lo  va  tendre  : 
Si  lo  vols  rependre 
L'has  d'embocinar. 


D'una  nit  llunyana 
Jo  tinch  lo  recort... 
Mes,  ay  !  no  regrana 
Ton  pensament  mort  ! 
Escoltes  sens  gana 
Mon  plany  que  s'esgrana. 
Portant  com  campana 
Batia  ton  cor  ! 

Dins  la  nit  callada 
Mirant  la  foscor, 
Tos  ulls,  mon  aymada 
Feyan  resplandor. 
Erets  abrasada 
D'ohîr  encantada 
Primera  vegada 
Paraules  d'amor. 


Ja  mon  cant  desperta 
Del  primer  petô 
Dins  ton  cor  inerta, 
La  dolça  emociô. 
La  flor  se  desterra 
Quant  la  primavera 
Fon  la  lieu  lleugera 
Sus  del  Canigô.     • 

Adiu,  mon  aymanta, 
He  dit  la  cansô, 
Mon  amor  la  canta 
L'acaba  mon  plor. 
La  nit  es  serena 
Y  la  lluna  plena 
Se  riu  de  ma  pena 
Sota  '1  teu  balcô. 

V.  Peix. 


K'x'vi'x'x'X'x'K'i'  t^  r*  y*  (^  y*  y*  ^y'y'y'y'^^y'y>^^^y»^^^^^^^y»^^^^^^^^(> 

Un  Eloge  des  Catalans 

AU  XIII^  SIÈCLE 

J'ai  voulu  retenir  une  étude  que  M.  Joseph  Anglade,  profes- 
seur de  langues  romanes  à  la  Faculté  de  Toulouse,  nous  donne 
dans  VTlnuari  de  l'JnsHtul  d'Esludis  Catalans,  associant  ainsi  une 
fois  de  plus  nos  provinces  occitanes  à  la  Principauté.  L'étude 
est  intitulée  :  Guiraut  T^iquier  de  JNarbonne  et  les  Catalans.  Ce 
troubadour,  auquel  il  nous  intéresse  aujourd'hui,  naquit  à  Nar- 
bonne,  ville  commerçante,  alors  admirablement  fortifiée  par  les 
Sarrasins,  s'il  faut  en  croire  le  trouvère  Bertrand  de  Bar-sur- 
Aube.  «  Narbona  la  bien  cercada  »,  auraient  dit  des  espagnols 
contemporains. 

Original  dans  ses  rythmes  et  délicat  dans  sa  pensée,  il  vint 
cependant  un  peu  trop  tard,  ce  languedocien,  à  l'heure  où  la 
poésie  courtoise  du  Midi  se  mourait,  après  la  croisade  des  Albi- 
geois, l'établissement  de  l'Inquisition  et  des  ordres  religieux,  le 
plus  souvent  hostiles,  et  qui  détournèrent  plus  tard  les  concep- 
tions platoniciennes  en  l'honneur  de  la  Vierge. 

Besogneux  comme  tous  ses  confrères  es  arts  poétiques,  Riquier 
sollicita  saint  Louis,  qui  ne  semble  pas  avoir  eu  pour  la  poésie 
le  goût  de  Thibault  IV  de  Champagne,  l'ami  de  Blanche  de 
Castille.  La  poésie  est  chose  futile,  pensait  le  maître  et  seigneur 
des  Croisades,  alors  que  Guiraut  Riquier  recherchait  la  maîtrise 
et  louait  la  dignité  de  son  art  ;  de  nos  jours  il  eut  souscrit  à  cette 
pensée  de  Nietzsche  :  «  L'art  est  la  tâche  la  plus  haute  et  l'acti- 
vité essentiellement  métaphysique  de  cette  vie.  »  (i) 

Pour  l'exercer,  il  fallait  bien  un  protecteur.  Riquier  fit  donc 
appel  à  la  générosité  de  En  Jaume  el  Conqueridor,  roi  d'Aragon. 
11  eut  une  entrevue  avec  lui  à  Montpellier,  en  compagnie  de  son 
belliqueux    compagnon,   Guillem  de  Mur.  C'est  de   concert    avec 

(i)  Frédéric    Nietzsche,    "L'Origine   de   la    tragédie:  Préface    à    Richard 
Wagner. 


-  39'   - 
ce  dernier  qu'il  composa  une  tenson,  sorte  de  chanson  dialoguée,  à 
laquelle  J.  Anglade  assigne  la  date  de   i265,  peu  avant  l'expédi- 
tion   de    Murcie.    Riquier   n'obtint    pas    aide  et  protection  :    En 
Jaume  vieillissait. 

En  1268,  Riquier  adressa  une  chanson  au  fils  aîné  du  roi,  l'in- 
fant En  Père,  mais  sans  succès  encore.  Cela  ne  l'empêcha  pas 
d'écrire  une  belle  «  retroencha  »  en  l'honneur  des  vaillants  cata- 
lans et  de  leurs  dames  avenantes.  11  y  loue  l'exquise  courtoisie, 
la  vie  facile,  en  un  mot  «  l'urbanitas  »  de  nos  aïeux.  11  se  pro- 
pose de  leur  rendre  visite  pour  apprendre  d'eux  la  science  de 
l'amour  et  plaire  ainsi  à  Beau  Déport  (belle  joie),  vicomtesse  de 
Narbonne.  Cette  «  retroencha  »  ou  rotrouenge  se  compose  de 
cinq  strophes  ;  et  je  cite  la  première  accompagnée  de  la  traduction 
de  M.  J.  Anglade  : 

Pus  astres  no  m'es  donatz 
Que  de  midons  bes  m'eschaya, 
Ni  nulhs  mos  plasezs  no'l  platz, 
Ni  ai  poder  que  'm  n'estraya, 
5      Ops  m'es  qu'ieu  sia  fondatz 
En  via  d'amor  veraya  : 
E  puesc  n'apenre  asatz 
En   Cataluenha  la  gaya 
Entre    Is  Catalans  valens 
10      E  las  donas  avinens. 

Puisque  mon  étoile  n'a  pas  voulu  que  de  ma  dame  me  vienne  aucun  bien, 
puisque  rien  de  ce  qui  causerait  ma  joie  ne  lui  plaît  et  que  je  n'ai  pas  le  pou- 
voir de  m'arracher  à  son  amour,  il  est  nécessaire  que  je  me  mette  dans  la 
voie  de  l'amour  véritable,  et,  en  fait  d'amour,  je  puis  apprendre  beaucoup 
dans  la  gaie  Catalogne,  parmi  les  Catalans  vaillants  et  les  femmes  avenantes. 

Je  fais  remarquer  que  les  derniers  vers  reviennent  comme 
((  tornada  »  à  la  fin  de  chaque  strophe,  et  si  on  ajoute  à  cette 
combinaison  l'identité  des  rimes  dans  les  huit  premiers  vers,  on 
comprendra  combien  la  «  retroencha  »  est  d'une  précieuse  élégance, 
d'une  élégance  surannée  que  l'on  pourrait  faire  revivre.  Je 
publierai  plus  tard  l'un  de  mes  essais  manuscrits. 

Et  quel  charmant  éloge!  Réjouissons-nous,  car  M.  J.  Anglade 
nous  apprend  que  la  plupart  des  troubadours  partageaient  les  sen- 
timents de  Riquier  à  l'égard  des  catalans. 

Je  veux  cependant  me  souvenir  de  certaines  appréciations  moins 


-    ^9^  — 
flatteuses.  Je  ne   sais   plus  quel  est  le  grand  italien  qui   parlait  de 
«  l'avara  pobertâ  dei  Catalane  ».   N'est-ce  point  Dante  lui-même? 
M.  J.  Anglade  pourrait  me  renseigner  à  coup  sûr. 

En  tout  cas,  cette  formule  contraste  passablement  avec  la 
«  tornada  »  de  Riquier.  Je  ne  disserterai  pas  sur  ce  sujet  et 
laisserai  à  d'autres  le  soin  de  se  prononcer  dans  ce  dilemne. 

D'autre  part,  je  lis  dans  le  petit  livre  «  Catalunya  â  Grecia  » 
le  passage  suivant  où  Rubiô  y  Lluch  traduit  l'œuvre  d'Epaminon- 
das  J.  Stamatiadis  :  Els  catalans  à  Grecia. 

((  Fins  avui  encara  en  algunes  encontrades  de  la  Grecia,  com 
per  exemple  l'Eubea,  quan  se  vol  acusar  algii  d'alguna  acciô  in- 
justa  i  ilegal,  diuen  :  Aixô  no  ho  farîa  un  catalâ.  En  l'Acarnania, 
el  nom  de  catalâ,  fins  al  présent  vol  dir  tant  com  selvatge,  lladro, 
malfactor,  i  anomenen  catalâ  aquell  qui  té  sentiments  impudics  y 
sanguinaris.  Fins  ara  â  Tripoli  del  Peloponès,  pera  dir  d'una 
doua  que  es  irascible,  grossera  i  dura,  no  tenen  mes  expressiô 
que  aquesta  :  «  Sembla  una  catalana.  »   (i) 

On  n'écrivit  jamais  les  injures  sur  le  sable  et  les  bienfaits  sur 
le  marbre.  11  est  vrai  que  les  Grecs  n'eurent  pas  à  se  louer  de  la 
domination  des  hordes  guerrières  catalanes. 

Mais  n'oublions  pas  Guiraut  Riquier.  Malgré  ses  éloges  et 
de  nouveaux  appels  au  vaillant  roi  En  Père,  il  ne  put  obtenir  de 
succès  à  la  cour  d'Aragon,  où  il  était  déjà  supplanté  par  Serveri 
de  Girone  et  N'At  de  Mons.  11  trouva  un  puissant  appui  en  la 
personne  d'un  autre  roi,  Alfonso  el  Sabio.  M.  Anglade  nous  dit 
même  qu'il  insinua  un  règlement  spécial  pour  les  troubadours  et 
jongleurs,  inséré  dans  les  «  Siete  Partidas  »,  ce  si  précieux  et 
curieux  ouvrage  de  législation.  Riquier  vécut  dans  cette  cour  dix 
années  environ,  de  1270  à  1280.  11  eut,  on  le  pense  bien,  les  loi- 
sirs d'y  étudier  la  poésie  galicienne,  si  rayonnante  alors,  et  culti- 
vée par  le  roi  lui-même  dans  ses  Canligas  de  Santa  Maria  et  dans 
ses  Cantigas  de  amor  é  mal  decir.  Les  poètes  de  la  cour  du  «  Reis 
N'Anfos  »  écrivaient  les  chansons  courtoises  «  en  maneyra  de 
proençal.  »  M.  Jeanroy,  dans  ses  Origines  de  la  poésie  lyrique  en 
Trance  (1889),  avait  montré  les  influences  de  la  poésie  limousine 
et  de  la  langue  d'oïl  sur  les  deux  recueils  de  la  lyrique  galaïco- 
portugaise,  le  Cancioneiro  da  Jljuda  et  le  Cancioneiro  da  Valicana. 

(i)  Rubiô  y  Lluch  :  Catalunya  d  Grecia,  p.  24. 


-  393  - 

Aujourd'hui,  M.  J.  Anglade  nous  apprend  que  G.  Riquier  trouva 
dans  cette  lyrique  galaïco-portugaise  le  mètre  de  la  «  Canson 
Redonda  »,  dont  il  nous  laissa  deux  exemples.  L'une  de  ces 
«  Cansos  »  est  adressée  au  roi  En  Père,  en   1282. 

Mas  assajar  m'ay  est  lans 

Ab  lo  rey,  de  saber  paire, 

Peyre  d'Aragon,  qu'ab  mans 

Bos  faitz   comple  son  vejaire 
55      De  malvolens  et  d'amans. 

E  si  m'es  degutz  guirens, 

Ye  '1  serai  liais  servire. 

E    1  suy  avutz  ben  dizens. 

Si  non,  cor  ay  que  m'azire, 
60      Pus  sabers  no  'm  val  ni  sens. 

Mais  je  m'en  vais  essayer  auprès  du  roi  Pierre  d'Aragon,  père  du  savoir, 
qui  accomplit  avec  maints  beaux  faits,  tous  ses  désirs  en  ce  qui  concerne  ses 
amis  ou  ses  ennemis  (?).  Et  s'il  m'est  un  bon  protecteur,  je  lui  serai  bon 
serviteur  (j'ai  déjà  chanté  ses  louanges),  sinon  je  m'attristerai  de  voir  que  le 
talent  ni  l'intelligence  ne  me  servent  de  rien. 

Cette  protection  qu'il  demandait  une  dernière  fois  aux  catalans 
il  l'obtint  auprès  de  Henri  II,  comte  de  Rodez.  Guiraut  Riquier, 
le  dernier  troubadour,  mourut  vers  l'année  1292.  Avec  lui  finis- 
sait l'âge  des  beaux  troubadours  polis.  Grâce  à  M.  J.  Anglade, 
nous  nous  souviendrons  de  la  «  Retroencha  »,  des  «  Catalans 
valens  »  qui  est  un  chant  sacré  de  la  race,  un  chant  d'union  des 
terres  occitanes,  comme  le  prélude  moyenâgeux  de  la  «  Coupo 
Santo  ». 

Depuis  que  l'élan  a  été  donné  par  le  «  clar-vesént  »  Camille 
Chabanneau,  dont  on  inaugurait  le  monument  à  Nontron  le 
24  septembre  dernier,  on  fait  revivre  avec  éclat  l'époque  des 
troubadours.  Leur  langue  singulièrement  harmonieuse,  leur  con- 
ception de  l'amour  courtois,  leurs  combinaisons  métriques,  tout 
justifie  largement  l'intérêt  qu'on  leur  porte.  Mais  pourquoi 
n'avons-nous  pas  encore,  à  ma  connaissance  du  moins,  une  antho- 
logie moderne  de  leurs  œuvres,  un  ouvrage  critique,  accompagne 
de  la  traduction  française?  M.  Joseph  Roquet  nous  livre,  dans 
les  récents  numéros  de  \  "Estelle,  des  traductions  en  langue  occi- 
tane qui  me  paraissent  fort  belles,  sous  le  titre  de  Antologia 
Occitana  dels  grands   Trobadors.    Mais   je   me   demande   pourquoi 


-  394- 

il  ne  transcrit  pas  en  regard  les  textes  mêmes  des  troubadours. 
Certes,  les  philologues  trouveraient  leur  compte  dans  une  antho- 
logie trilingue  :  en  «  Ilemosi  »,  en  langue  occitane  renouvelée, 
en  français  !  M.  J.  Anglade  est  peut-être  à  cette  heure  le  spé- 
cialiste français  le  plus  apte  à  nous  la  donner.  Elle  complé- 
terait en  tout  cas  son  étude  littéraire  sur  les  «  Troubadours  )){i)- 
Qu'il  me  permette  encore  un  autre  vœu  î  Nous  avons  eu  en 
Roussillon  des  amis  de  cet  art  de  «  trobar  »  et  nous  voudrions 
les  connaître  davantage.  Je  fais  donc  appel  à  l'amabilité  de 
M.  Anglade.  Sans  doute,  après  avoir  été  agréable  à  la  nouvelle 
école  érudite  de  Barcelone,  voudra-t-il  satisfaire  les  «  aficionats  » 
roussillonnais. 

Joseph  Pons. 

!_  I  )  Les  Troubadours  :  leur  vie,  leurs  œuvres,  leur  influence.  A.  Colin,  3  fr .  5o. 

-«le^ars- 

L'esHu  etern 

Entra  per  ma  finestra,  ô  sol  clar  de  ma  terra  : 
Ja  veig  tota  la  vall  liuhir  com  una  flor; 
L'esperansa  torna  â  s'obrir  dins  de  mon  cor 
Com  el  clavell  s'obre  en  sa  gcrra. 

Entreu,  perfums  de  farigol  y  romani  ; 
Entreu,  perfums  d'espich;  entreu,  perfums  de  menta, 
Purjficant  mon  ayma  hont  la  vila  dolenta 
Ha  dejxat  son  mortal  verî. 

Que  fugjn  los  recorts  d'un  passât  que  me  dona 
Amb  el  remordiment  la  set  d'un  dois  perdô  !... 
Parlame,  Vallespir,  tû  que  tcncs  per  jo 
La  veu  manyaga  d'una  dona. 


—   395   — 

Pot  retronyc  â  pertot  demâ  lo  temporal  : 
Ja  tinch  un  bon  teuJat  â  l'ombra  d'un  gran  freixe  ; 
Me  sentiré  mes  fort  contra  la  mort  meteixa 
Sota  de  la  casa  payral. 

Los  dîes  passarân  com  dins  la  castanyeda, 
Aies  obertes,  per  l'estiu,  los  bJanchs  todons  ; 

Y  com  cils,  del  fuUam  hont  s'abriguen  les  fonts, 

S'enfugirân  dins  la  nit  freda. 

Lo  que  cerca  mon  cor,  d'ardent  desitg  encés, 
M'ho  fas  trobar,  ô  tu,  ma  terra  benehida, 
Ambe  l'oblit  del  mon,  del  mal  y  de  la  vida, 
Y  mon  cor  no  desitja  mes... 

Vull  ser  l'amich  dels  esquirols,  de  les  abelles  ; 
Per  sempre  florirâ  com  un  estiu  etern  : 
Feré  la  meua  festa  hasta  del  sol  d'ivern 
Hont  van  â  s'escalfar  les  velles. 

Cada  dîa,  en  vegent  la  montanya  enlayrar 
Amont  y  sempre  amont  sos  roures,  ses  alzines, 
Coneixeré  l'orgull  de  les  forses  divines 
Que  creixen  al  bell  cim,  alla!... 

Y  l'alba  despertant  ma  mirada  ensopida 
Amb  una  nova  joventut  dels  horts,  dels  prats. 
Vos  ohiré  cada  matî,  rechs  estimats, 

Aucells  de  ma  terra  florida... 


Joan  Amade. 


Le  Catalan  à  TU  ni  ver  site 

"^^^  . 

Notre  ami  Jean  Amade  a  repris  son  cours  de  langue  catalane 
à  la  Faculté  des  Lettres  de  Montpellier,  cours  destiné  aux  étu- 
diants étrangers.  Nous  pouvons  donner  ici  le  sujet  des  premières 
leçons  : 

I.  —  La  langue  catalane  en  général  ;  ses  différents  dialectes. 
La  langue  populaire  et  la  langue  littéraire.  Grammaires  et  dic- 
tionnaires qui  doivent  être  consultés.  Principales  publications  à 
utiliser  aussi.  Les  études  catalanistes.  Ce  qui  a  été  fait,  ce  qui 
reste  encore  à  faire. 

II.  —  Lecture  en  commun  de  quelques  textes  catalans.  Obser- 
vations préliminaires  ;  prononciation  et  accentuation,  règles 
générales.  Exercice  de  traduction  française  du  catalan.  Le  fonds 
latin  ;  les  langues  méridionales.  Ressemblances  et  différences  au 
point  de  vue  philologique. 

III.  —  Nouvelle  lecture,  et  nouvelle  traduction  française. 
Première  impression  produite  par  le  catalan,  impression  que 
confirmera  et  qu'expliquera  un  examen  attentif.  La  physionomie 
et  le  son  du  catalan.  Monosyllabisme,  oxytons,  paroxytons  ;  la 
question  des  proparoxytons.  Répartition  des  voyelles  et  des 
consonnes. 

Le  cours  continuera  par  l'étude  du  traitement  des  voyelles  et 
des  consonnes  latines  en  passant  au  catalan  ;  chaque  leçon  com- 
prendra une  pia.rtie  théorique  et  une  partie  pratique,  et  sera  à  la 
fois  scientifique  et  littéraire,  afin  de  répondre  aux  besoins  ou 
aux  désirs  divers  des  étudiants  allemands,  norvégiens,  polonais 
ou  catalans,  venus  pour  étudier  les  langues  méridionales  à  l'Uni- 
versité de  Montpellier,  dont  on  a  tant  vanté  il  y  a  quelques 
années,  ici  même,  l'intelligente  organisation  régionale  et  le  riche 

enseignement. 

Firmin  Costabona. 


^.^^^^^§^^3^^^^^^ 


Le  Catalan  à  TEcole 


<3 


CÇD 


Nous  apprenons  avec  plaisir  que  notre  ami  Louis  Pastre  vient 
d'ouvrir  un  cours  (j)  de  français  (méthode  Savinienne)  à  l'école 
Voltaire,  pour  les  anciens  élèves  de  cette  école  munis  du  certifi- 
cat d'études. 

Ce  cours  intéresse  les  jeunes  auditeurs  à  tel  point  qu'ils  pren- 
nent plaisir  à  réciter,  chez  eux  et  à  haute  voix,  les  belles 
poésies  catalanes  dont  ils  ont  eu  à  faire  la  traduction  en  français 
sous  la  direction  de  leur  maître. 

Nous  avons  tenu  à  féliciter  notre  collaborateur  pour  son  œuvre 
de  résurrection  de  la  langue  catalane  et  nous  l'avons  prié  de 
nous  donner  le  plan  de  ses  leçons.  Le  voici,  tel  qu'il  nous  a  été 
communiqué  : 

1 .  Compte  rendu  des  devoirs  corrigés  (version  catalane  et  com- 
position française) i o  m. 

2.  J(écilation  du  texte    catalan   traduit  à  la   maison.  ...       lo  m. 

3.  Dictée  de  la  traduction  française  modèle i5  m. 

4.  Yersion  catalane.  —  Préparation  orale  du  devoir  et  expli- 
cations grammaticales  sur  le  texte.  —  Etymologie  —  Ortho- 
graphe —   Analyse i  o  m. 

5.  Composition  française.  —  Préparation  orale  du  devoir  qui 
n'est,  le  plus  souvent,  autre  chose  qu'une  traduction  libre,  ou,  si 
l'on  veut,  une  imitation  en  français  du  texte  catalan.  Les  élèves 
sont  tenus  de  suivre  le  plan  du  texte  et  ils  développent  le  sujet 
en  ayant  soin  de  rechercher  les  meilleures  expressions  françaises, 
surtout  quand  ils  y  introduisent  leurs  idées  personnelles.      10   m. 

Comme   on    le    voit,  c'est   une    heure    bien  employée  ;    et    les 

jeunes   gens    qui    suivent    le    cours    du    soir    de    l'école    Voltaire 

n'auront  pas  perdu  leur  temps  s'ils  continuent  à  être  assidus  aux 

leçons  qui  leur  sont  données. 

La  Rédaction. 

(1)  Le  cours,  commencé  dès  les  premiers  jours  de  novembre,  durera 
jusqu'aux  vacances  de  Pâques. 


Velles  corrandes 

A  Pcrpjnyà  son  les  boniquctes, 

A  Cerct  aixis  axîs, 

A  Arles  son  les  rovellades, 

Y  â  Prats  les  serafins. 

♦ 
La  Mare  de  Deu  del  Coral, 
Vos  que  seu  tan  curadera, 
Ajudéules  â  casar 
Les  nines  de  La  Manera. 

Les  njnes  del  Roser 
Son  poques  y  mal  carades  ; 
Un  dia  de  festa  anyal 
Porten  cofes  emmanllevades. 

♦ 

Les  nines  del  Roser 
Son  poques  y  ballen  bé  ; 
Quan  senten  lo  brau  del  burrô, 
Totes  ixen  al  carrer. 

Les  nines  del  Roser 
Diuen  que  no  beuen  vî  ; 
Un  dîa  que  jo  passava, 
S'hi  feyen  ab  un  tupî. 

Corrandes  son  corrandes 

Y  corrandes  son  cansons, 
A  les  dones  pâ  y  formatge, 
Als  homes  cops  de  bastô. 

(T{ecueillies  par  M.  "Emile  Leguiet). 


•a  rr.   en  ffi  rn  rn  rn  en  flQ.cn  A%  fn  fn  rn  rn  rn  rn  rn  Art  rn 


HISTOIRE  LOCALE 

Pierre  Âgustin 

Jlncien   évéque   d'Elne,    au    Concile  de   Trente 

Pierre  Agustin  était  le  frère  du  célèbre  Antoine  Agustin, 
archevêque  de  Tarragone,  et  le  fils  d'Antoine  Agustin  vice-chan- 
celier d'Aragon,  lequel  avait  épousé  Aldonse  Albanel.  Il  naquit 
le  22  février  i5i2,  à  Valladolid,  où  son  frère  avait  suivi  la  cour 
de  Charles-Quint  et  reçut  une  éducation  en  rapport  avec  son 
rang  et  la  carrière  à  laquelle  il  se  destinait.  11  se  pourvut  du 
double  diplôme  de  docteur  en  droit  civil  et  en  droit  canon.  Le 
j8  janvier  i528,  Pierre  Agustin  fut  nommé  sacristain  de  la  cathé- 
drale de  Lérida.  11  exerça  ces  fonctions  jusqu'à  l'année  i534, 
date  à  laquelle  il  fut  appelle  à  occuper  l'archidiaconé  de  Venas- 
que.  Plus  tard,  il  devint  prieur  de  Saint-Vincent  de  Roda.  Pen- 
dant les  trente  années  qu'il  exerça  sa  charge,  il  fit  construire  à 
ses    frais   la   maison   du  prieur  et  le  maître-autel  de  la  collégiale. 

Le  2  1  janvier  1 544,  Pierre  Agustin  fut  nommé  à  l'évêché 
d'Elne,  en  remplacement  de  Ferdinand  de  Loazes  promu  à  celui 
de  Lérida.  Ce  même  jour,  son  procureur  prit  possession  du  siège 
épiscopal  d'Elne  et  prêta  serment  pour  lui  le  lendemain.  Le 
24  mars  suivant,  le  nouveau  prélat  fit  son  entrée  solennelle  à 
Perpignan.  Le  2  avril  1 544,  il  confirma  un  statut,  porté  le 
9  mai  1402,  par  un  de  ses  prédécesseurs  Barthélémy  Peyro,  qui 
accordait  annuellement  deux  mois  de  vacances  aux  chanoines  et 
trois  mois  à  l'évêque  d'Elne.  Le  23  avril  de  cette  année-là,  il 
prit  une  sage  mesure  pour  unifier  la  récitation  de  l'office  divin 
dans  le  diocèse.  A  cet  effet,  il  désigna  deux  chanoines  chargés 
de  rédiger  VOrdo  diocésain.  11  décida  que  les  membres  du  chapi- 
tre de  Saint-Jean  qui  ne  garderaient  point  la  résidence  ne  perce- 
vraient plus  de  rentes  sur  la  mense  capitulaire.  11  réunit  en 
assemblée  les  ecclésiastiques  du  diocèse  pour  procéder  à  la  répar- 
tition du  don  du  clergé  au  roi.  Le  19  août  1  544,  il  nomma  des 
procureurs,  et  dans  ce   document  il  ne  portait  encore  que  le  titre 


—   400   — 

d'évêque  élu  d'Elne.  11  ne  fut  consacré  que  le  8  février  dans 
l'église  Saint-Jean.  Dans  le  courant  de  cette  année,  Pierre  Agustin 
fut  transféré  au  siège  de  Huesca,  Jaca  et  Barbastro,  qui  ne  for- 
maient alors  qu'un  seul  diocèse.  11  prit  possession  de  son  nouvel 
évêché  le  3o  mai  i545,  et  s'occupa  immédiatement  d'introduire 
des  réformes  dans  son  diocèse. 

11  commença  par  donner  une  nouvelle  édition  du  bréviaire  dio- 
césain, imprimé  à  Saragosse  en  1547.  En  1546,  il  partit  pour  le 
Concile  de  Trente  où  il  arriva  vers  le  i5  mars  et  ensuite  assista 
à  toutes  les  séances.  11  y  fut  un  des  prélats  espagnols  les  plus 
remarquables  par  son  savoir  et  son  éloquence.  11  s'opposa  énergi- 
quement  à  ce  que  le  Concile  fut  transféré  de  Trente  à  Bologne, 
et,  au  moment  des  délibérations  sur  la  réforme  du  bréviaire,  il 
démontra  si  bien  et  avec  tant  de  preuves  que  Saint  Vincent 
Ferrier  était  né  à  Huesca  que  ce  détail  fut  marqué  dans  la  légende 
de  l'office  de  ce  saint.  En  \56i,  Pierre  Agustin  fit  un  voyage 
en  Espagne.  Sur  la  demande  des  chanoines  de  Lérida  et  avec 
l'autorisation  du  roi,  il  présida,  au  nom  de  son  frère  absent,  le 
synode  diocésain,  après  quoi  il  retourna  à  Trente  pour  prendre 
une  part  active  aux  délibérations  du  Concile. 

Pierre  Agustin  assembla  à  Huesca  plusieurs  chapitres  géné- 
raux dans  lesquels,  conformément  aux  dispositions  du  Con- 
cile de  Trente,  il  promulgua  des  constitutions  touchant  l'office 
divin,  le  saint  sacrifice  de  la  messe,  les  processions  et  les  anni- 
versaires. 11  mit  toute  sa  prudence  à  réformer  le  couvent  des 
religieuses  de  Sainte-Claire,  agrandit  celui  de  Saint-Augustin  et 
surtout  grâce  aux  revenus  de  la  mense  épiscopale,  fit  prospérer 
l'Université.  Ce  pontife  mourut  le  26  février  1572  à  l'âge  de 
soixante  ans.  Son  corps  repose  dans  le  sanctuaire  de  la  cathédrale 
et  sur  sa  tombe  on  a  gravé  l'inscription  suivante  qu'on  peut 
encore  déchiffrer  en  partie  : 

Petrus  Auguslinus  ant.  ei 
episcopus  Oscensis  et  Jacen. 
ex  Ttellenem.  épis,  et  J^oten. 
priore,  qui  bis  Tridenti  Concilii 
causa  ajfuit. 
Vixit  annos  lx  dies  ini 
sedit  annos  xxvi,  menses  vin,  dies  xviii 
in  A.  D.  Y.  JÇal.  Martii  mdlxxii. 


—   40'    — 

Pierre  Augustin  est  l'auteur  des  ouvrages  suivants:  i'  "De  jure 
el  forma  visitandi  ecclesiam  Oscensem,  et  alias  ecclesias  abbatiales,  et 
prevendales  canonicorum  ejusdem  capiluli  Oscensis  ;  2  Yida  de  San 
Orencio  ;  3°  Breviarium  eccelsix  Oscensis,  Saragosse,  iS^y;  4  Cons- 
iitutiones  synodales  de  Tiuesca,  in-4",  Huesca,  i565  ;  Discurso  sobre 
que  pertenece  a  la  diocesis  de  Tiuesca  et  territorio  de  Valldoncella. 

Archives  des  Pyr.-Or.  G.  48,  582.  Coma,  'NoUcies  de  la  tgtesia  insigne 
coîlegiada  de  Sanl-Joan  de  Perpinya.  Pallavicini,  Tiisloire  du  Concile  de  Trente. 
Puiggari,  Catalogue  biographique  des  évêques  d'Elne.  Villanueva,  Viage  lile- 
rario  a  las  iglesias  de  Espana,  t.  xv,  p.  i56,  xvi,  p.  92,  102,  t.  xvii,  p.  5o, 
58,  61.  Vicente  Cataiina,  Episcopologio  de  la  diocesis  de  Tiuesca.  Abbe  Jean 
Capeille,  Dictionnaire  de  biographies  roussillonnaises.  Dictionnaire  d'histoire  et 
de  géographie  ecclésiastiques,  en  cours  de  publication  sous  la  direction  de 
Mgr  Baudrillart. 

Abbé  Jean  Capeille. 

Altres  advertencies  dignes  de  saber 

Los  ulls  del  llop  le  fan  coneixer  â  la  nit,  y  '1  demostren. 


La  mateixa  vena  que  produheix  la  plata  acostuma  produhir 
l'estany. 

♦ 

Ab  la  blandura  de  l'oli  se  afilen  les  navajes  y  se  ofeguen  les 
abelles,  y  ab  la  fortalesa  del  vinagre  se  maten  les  cigales. 

En  ta  casa  viu  la  oreneta,  de  tes  coses  lo  rat,  de  ton  vi  y  de 
ta  sanch  lo  mosquit,  y  de  ton  plat  la  mosca,  y  sols  miren  llur 
interès  y  no  ta  amistat. 

♦ 

La  naturalesa  nos  ha  donat  los  sentits  de  veure  y  ohir  dupli- 
cats  ;  pero  de  parlar  unich,  y  encara  ab  dues  muralles. 


—  40'    — 

Si  lo  sol  se  deixava  manejar  de  la  vista,  tal  vegada  se  trobaria 
en  ell  corn  en  la  lluna  algunes  taques  ;  perô  viu  limpit  y  no  sufre 
vehi. 

Mes  se  deu  â  l'enteniment  que  â  les  mans. 

Les  oques,  anachs  y  cigales  tenen  dissonanta  veu,  y  la  filomena, 
cigne  y  rossinyol  son  los  que  canten  millor  y  son  de  menor 
substancia  ab  los  demès  que  tenen  suau  y  dolsa  veu. 

♦ 

Gran  sabiesa  saber  elegir  dels  mais  lo  menor. 

Consellar  temeraris  es  fer  Hum  à  cegos  y  rausica  â  surts. 

♦ 

En  la  mes  baixa  fortuna  se  pot  esperar  la  major. 

♦ 
Lo  diamant  es   rey  entre  les  pedres  y   mereix  serlo  perque  no 
hi  ha  cosa  que  '1  puga  vencer  ab  violencia. 

♦ 

Cada  cavall  se  ha  de  régir  per  son  fre  ;  cada  part  de  cos  se 
deu  cubrir  ab  son  vestit:  ni  tôt  te  de  ser  sabata,  ni  tôt  berret  ; 
regescase  cada  règne  per  sa  lley. 

♦ 

De  un  forât  quant  mes  se  'n  trau  mes  gran  se  fa,  y  â  un  mont 
quant  mes  s'hy  posa  mes  gran  ve  ;  aixi  en  la  avaricia  quan  mes 
se  repleguen  diners  majores  lo  desitg  de  adquirirne. 

♦ 

Lo  rey  de  les  abelles  no  traballa  â  la  mel  ;  pero  assisteix 
sempre  â  la  Ilavor,  y  fa  que  l'obra  va  fervorosa;  y  per  eix  efecte 
es  elegit  per  rey  de  elles  aquella  que  te  una  gota  de  suor  al 
front,  y  compassiva  sua  de!  travail  de  elles. 

♦ 

Les  cabres  llepant  los  olius  xucan   sa   subtancia  y  sa  virtut,  y 

lo  gat  llepant  trau  sanch. 

♦ 

Vuire  vivint  qui  vol  viure  mort. 


Textes  catalans 

9P  (Suite) 

Enfin,  le  moment  du  partage  est  arrivé  :  Voici  le  procès-verbal 
des  opérations.  (En  marge:  Yide  hic  el  nota  hene.) 

«  Memoria  sia  ha  tots  los  prohomens  y  Ciutadans  de  la  pré- 
sent Ciutat  de  Elna,  com  avuyn  que  comptam  aïs  28  de)  mes  de 
juny  de  1602,  die  de  divendres,  a  les  nou  hores  de  la  matinada 
Jo  111""  y  Rev"  Mons°'  Don  Alfonso  Coloma,  bisbe  de  Barcelona, 
subdelegat  apostolich  per  lo  molt  11"  y  Rev"  Mons"  Don  Joan 
Teres,  archabisbe  de  Tarragona  y  Virey  de  Cathalonya, 
delegat  apostolich  de  Sa  Santadat,  créât  en  lo  fet  del 
interes  de  la  nova  residentia  de  la  Yglesia  de  Elna  en  la 
vila  de  Perpinya,  encontinent  en  essent  arribat  accompanyat 
de  Mons"  Rev'"  de  Elna,  Don  Onofre  Reart,  y  de  molts  S"'"  de 
Canonges,  es  anat  en  lo  altar  major,  y  ha  fêtes  obrir  les  tombes 
de  les  benaventurades  Santés  Eulalia  y  Julia,  y  les  caxies  que 
eran  en  dites  tombes,  dit  Mons"  Rev'"  de  Barcelona  de  la  part 
de  Santa  Eularia  y  Mons"  de  Elna  de  la  part  de  Santa  Julia, 
quiscu  ab  lurs  armitres  (sic),  han  abaxades  les  caxies  de  dites  tom- 
bes demont  de  l'altar  major,  y  aquelles  han  obertes  y  han  rego- 
negudes  molt  be  :  Y  en  la  caxia  de  Santa  Eularia  hi  han  trobades 
moites  reliquies  de  diverses , Santés  {sic)  y  a  soles  dos  canyelles 
dels  brassos  dret  y  esquerra  de  Santa  Eularia,  y  una  re  (sic)  de 
pregami,  loqual  narra  y  diu  que  en  lo  ariy  i23o  foren  aportades 
assi,  en  la  présent  Ciutat  de  Elna,  en  lo  temps  que  regnava  lo 
rey  Falip,  rey  de  Fransa,  y  tôt  lo  présent  Comptât  de  Rossello 
y  Perpinya  tôt  era  Frances,  y  dites  reliquies  les  hores  foren 
aportades  en  la  Seu  de  Elna  ;  y  en  la  caxia  de  Santa  Julia,  y  ha 
un  retol,  en  dita  caxia,  de  letres  de  or  (loqual  diu  :  Tiic  jacet 
corpus    bealœ   Juliœ)  (1)  ;    y   aixi    han    trobat  dins  de  dita  caxia  un 

(1)  11  existe  à  la  sacristie  de  l'église  d'Elne  un  coffret  en  bois,  en  forme 
de  châsse,  c'est-â-dire  avec  un  couvercle  à  deux  versants.  La  longueur  en  est 
de  0  m. 45,  la  largeur  de  o  m,  27  et  la  hauteur  de  o  m.  33  y  compris  le  cou- 
vercle angulaire  qui  a  o  m.  12  de  hauteur.  Toutes  ses  faces  sont  décorées  de 
grands  rinceaux  de  feuillages  dorés  qui  se  dessinent  légèrement  en  creux  sur 


—  404  — 

saquet  dins  del  quai  hia  ha  pois  de!  cos  de  Santa  Julia,  y  une 
caniella  petita  del  bras  de  dita  Santa.  Y  après  dit  Mons"  Rev'"" 
de  ^arcelona  les  ha  tornades  tancar  y  les  ha  sagellades  en  lo 
pany  ;  y  dits  A1.ons°"  Rev  """  de  Barcelona  y  de  Elna,  stant  sempre 
quiscu  de  ells  ab  lurs  armitres  y  roquets,  han  tornades  dites  caxies 
bones  y  sagellades  dins  de  les  tombes. 

Y  lo  despres  de  dinar  dit  Mons"  Rev'"  de  Barcelona  ha  tingu- 
des  vespres  de  pontifical,  y  encontinent  acabades  sen  es  anat  al 
Palau.  Y  los  S°"  Consols  ab  la  prohomia  de  dita  Ciutat,  lo  han 
acompanyat. 

Y  lo  endema,  que  era  lo  die  del  beneventurat  Sant  Père,  dit 
Mons"  Rev"  de  Barcelona  digue  missa  de  pontifical  en  la  dita 
Seu  de  Elna,  y  aquella  finida,  predica  ;  y  en  havent  prédicat, 
loqual  predica  a  la  trôna  dels  manaments,  ell  y  Mons"  de  Elna 
feren  abaxiar  les  caxies  de  les  tombes,  y  de  la  caxia  de  Santa 
Eularia  dit  Mons"  Rev""  de  Barcelona  de  dues  canyelles  que  hi 
havia,  la  una  dona  per  a  Perpinya,  y  algunes  poques  de  reliquies 
de  dita  Santa,  ab  tant  que  eran  molt  poques;  y  encontinent  tan- 
charen  la  dita  caxia,  y  tanchada  la  posaren  en  sa  tomba  :  Y  de  la 
caxia  de  Santa  Julia,  ne  tragueren  un  trosset  de  canyella  per  a 
Perpinya,  y  aixibe  tanchaien  encontinent  dita  caxia,  y  tancada  la 
posaren  en  sa  tomba. 

Y  en  lo  despres  de  dinar,  après  de  haver  ser  dites  vespres  y 
complètes,  se  partiren  les  ornaments  de  la  Seu,  lesquals  ja  los 
canonges  havien  apartat  les  uns  dels  altres  ;  y  partiren  de  la 
manera  volgueren  :  Y  après,  en  lo  fet  del  partir  de  la  plata,  es 
stat  tant  y  tant  gran  lo  strago  que  s'es  fet,  que  se  enten  que 
N.-S"  no  reste  lohat, .. 

un  champ  coni,tituë  par  un  pointillé  d'or.  Les  charnières,  dorées,  sont  ancien- 
nes ;  la  serrure,  quoique  ancienne  aussi,  n'est  pas  la  serrure  primitive. 
L'intérieur  est  peint  à  fond  bleu  semé  d'étoiles  d'or. 

Sur  un  des  versants  du  couvercle  une  banderole  à  fond  d'or  porte  l'ins- 
cription suivante  :  Hic  jacei  corpus  béate  Julie. 

Tout  porte  à  présumer  que  ce  coffret,  aujourd'hui  vide,  est  celui-là  même 
qui  se  trouve  mentionné  au  présent  récit.  Le  caractère  des  dessins  et  la 
forme  des  lettres  de  l'inscription  indiquent  le  xv'  siècle. 

Ce  coffret,  par  une  décision  toute  récente,  vient  d'être  classé  comme 
monument  historique.  Nous  en  donnons  ci-joint  une  reproduction  d'après 
photographie. 


4o5   — 


Coffret  de  l'église  d'Elne  (Monument  historique) 


igVIl 


aa.*r^H 


-  -  -|^H 


(Clichés  E.  Terrusj 


—  4o6  — 

Y  lo  endema,  que  era  diumenge,  Mons°'  R"  de  Barcelona  a 
las  très  horas  passada  mija  nit  digue  missa  resada,  y  finida,  sen 
es  anada  la  professe,  ab  tant  gran  dolor  que  era  lastima,  quiu  (?) 
vehia  y  hoia,  de  plors  y  altres  rancos,  vehent  que  la  Seu  restava 
tant  desolada  ;...  Apres  de  haver  sen  aportat  tôt  lo  millor  de 
dita  Seu,  sen  han  aportat  un  drap  de  ras  fi)  molt  gran  que  stava 
continuament  devant  de  Taitar  major,  y  sen  han  aportades  les 
Santés  y  la  Creu  major  ;  en  ores  meyns,  sen  han  aportades  la 
tapissaria  que  val  dos  milia  ducats,  lo  pâlit  major  ab  lo  frontal  (2) 
tôt  de  plata  sobre  dorada,  ab  noranta  botons,  tots  de  plata,  ab 
les  flochs  verts...  y  los  sants  de  aquell,  ab  lurs  corones  de  perles, 
ab  tant  que  es  de  valor  de  mil  y  sinch  cents  ducats,  y  la  Creu 
major  altres  tant  ;  ab  tant  que  la  Seu  resta  tant  desolada  que  apart 
que  sia  stat  un  sacho  de  Anvers  (3),  y  que  los  ciutadans  ne  res- 
tan  molt  escandalizats  y  spantats.  N.-S"  y  pos  remey  del  cel, 
pus  nol  y  ha  aguf  de  la  terra,  y  hi  gira  la  sua  santa  ma  dreta, 
per  al  seu  sant  servey.  Amen.  » 

Une  note  transcrite  au  registre  deux  mois  plus  tard  ajoute  : 

«  Memoria  de  la  tapessarie  sen  han  aportada  los  Canonges. 

«  Memoria  sia  a  totes  les  persones  qui  legiran  la  présent 
memoria  com,  al  sis  del  mes  de  agost  de  l'any  i5o8,  en  les 
scripturas  del  discret  mossen  Bernât  Ribesaltes,  quondam  notari 
public  de  la  Ciutat  de  Elna...  s'es  trobat  un  acte  en  y  ab  loqual 
consta  com  lo  Rev""  Don  Berenguer,  de  bona  memoria,  quondam 
bisbe  de  Elna,  loqual  après  fouch  provait  del  bisbat  de   Castros, 


(j)  Draperie,  peinte  ou  non  (Voir  autre  note  ci-après). 

(1)  C'est  ]z  frontal  ou  devant  d'autel  décrit  dans  l'inventaire  de  i55o,  que 
nous  avons  publié  ici  même  (Rev.  Cat,  mars  191  i). 

On  peut  comparer  les  indications  de  ce  récit  avec  celles  de  la  note  manus- 
crite recueillie  par  M.  l'abbé  Torreilles  dans  ses  articles  sur  la  translation 
{7(ev.  dTiist.  et  d'Arch.  du  T{ouss\llon,  1905)  :  «  Y  lo  Capitol  sen  aporta  una 
canyella  del  bras  de  Santa  Eularia,  y  un  tros  de  os  de  Santa  Julia,  los  dos 
mixs  cossos  de  plata  de  Santés  Eularia  y  Julia,  la  Creu  major  y  moltas  altres 
reliquies.   » 

(3^  En  1576,  au  cours  du  soulèvement  des  Pays-Bas,  les  Espagnols 
avaient  saccagé  la  Ville  d'Anvers  d'une  manière  si  cruelle  et  si  complète,  que 
cette  exécution  était  passée  en  proverbe.  C'est  l'écho  de  ce  fait  lointain  qui 
se  retrouve  ici. 


—  407  — 

en  Fransa,  dona  a  la  Seu  de  Elna  sis  pesses  de  drap  de  ras  (1) 
en  Icsquals  y  es  mollada  y  pintada  la  Passio  de  N.~S.  Deu  J.  C, 
perque  lo  culto  divino  y  les  officis  divinals  fossen  mes  venerats.  » 
La  Communauté  des  Prêtres  appela  à  Rome  du  partage  ainsi 
opéré  entre  elle  et  le  Chapitre  :  ce  furent  des  débats  longs, 
compliqués,  fertiles  en  incidents  (2),  mais  sans  résultat.  Pour 
la  Cité,  tout  fut  terminé  là,  ou  à  peu  près,  sauf  le  ressentiment 
qui   subsista  longtemps  encore  dans  les  esprits. 

(M  suivre)  R.  de  Lacvivier. 

(1)  On  voit  par  les  textes  ci  dessus,  que  le  mot  drap  de  ras  a  deux  sens, 
absolument,  du  reste,  comme  le  mot  ioile,  en  français.  11  désigne  ici  une 
étoffe  peinte,  qualifiée  aussi  de  tapessaria,  et  qui  est,  à  n'en  pas  douter,  la 
même  chose  que  la  tapissaria  déjà  signalée.  Mais  il  peut  aussi  designer  une 
étoffe  non  peinte  ;  et  il  est  alors  à  rapprocher  du  mot  raxia  que  nous 
avons  plusieurs  fois  rencontré  ci  dessus,  désignant  une  étoffe  de  laine  (ou 
drap)  d'une  qualité  particulière,  plutôt  fine. 

(2)  Voir,  à  ce  sujet,  Archiv.  Département.,  série  G.   174. 


LIVRES  ^  REVUES 


Philologie  catalane. 

Notre  savant  confrère,  M.  Bernhard  Schadel,  professeur  de  langues 
romanes  à  Hambourg,  vient  de  publier  un  bulletin  bibliographique  sur  la 
langue  catalane,  Bericht  ûber  die  J^atalanische  Sprache,    1907  und  1908. 

11  y  signale,  entre  autres,  les  travaux  de  nos  collaborateurs,  E.  Leguiel, 
Louis  Pastre,  J.  Calmette,  F.  Monsalvatje,  J.  Comet,  L.  Conill,  R.  de 
Lacvivier,  Jules  Delpont,  Venanzio  Todesco,  J.  Palomba. 

El  Obispado  de  Elna.  Tome  1. 

C'est  le  titre  du  nouvel  ouvrage,  408  pages,  que  Don  Francisco  Mon- 
salvatge,  notre  distingué  collègue  de  Gèrone,  vient  de  publier  (Imprenta 
Juan  Bonet,  à  Olot,   1911);  il  est  le  2  1'  de  la  série  de  ses  T^olicias  historicas. 

Le  texte  comprend  : 

Une  Dedicatoria  à  Monseigneur  de  Carsalade  du  Pont,  évêque  d'Elne  ; 

Une  courte  note  At  lector  ; 

Une  longue  Jntroducciôn,  qui  constitue  l'historique  de  l'évêché  et  de 
l'église  d'Elne  ; 

L'Episcopotogio  détaillée  du  diocèse,  depuis  le  premier  évêque  Domnus 
(571  j  à  Juan  de  Magarit  y  de  Pau  (1461)  ; 

Un  Apendice  de  5o  documents  historiques. 


—  4o8   — 

Citons  aussi  les  illustrations  :  vista  gênerai  de  Elna  ;  piano  de  Elna  ; 
inscripcion  en  el  altar  major  ;  trois  pierres  tombales  du  cloître  d'Elne  ; 
16  reproductions  sellas  episcopals  ;  le  portrait  de  l'évêque  de  Gui  de  Terrena. 

La  T^evue  Catalane  adresse  ses  compliments  à  l'infatigable  érudit  qu'est 
Don  Francisco  Monsalvatje.  J.  D. 

Nous  avons  reçu  les  "Lectures  sur  l'Histoire  du  Bas-Languedoc ,  choisies  par 
M.  J.  Granier,  inspecteur  primaire  à  Céret,  en  collaboration  avec  MM.  L. 
Auge  et  Ch.  Blanc.  (Un  vol.  in- 16  illustré,  cartonné,  1  fr.  20,  Ed.  Cornély 
et  C',  éditeurs,  Paris).  Ce  petit  livre,  bien  présenté,  sera  très  utile  pour  les 
jeunes  languedociens,  et  contribuera  à  entretenir  en  eux  l'amour  de  la 
petite  patrie.  M.  Granier  devrait  profiter  de  son  séjour  en  Roussillon  pour 
composer  un  recueil  de  lectures  du  même  genre,  concernant  notre  pro- 
vince :  il  nous  rendrait  là  un  grand  service.  On  nous  a  laissé  entendre  qu'il 
en  avait  l'intention  ;  nous  ne  saurions  trop  l'encourager  à  y  donner  suite. 
Un  choix  de  lectures  sur  l'Histoire  du  Roussillon  constituerait  un  heureux 
complément  de  notre  récent  manuel  d'histoire  locale. 

M.  Fritz  Krijger,  ancien  étudiant  de  l'Université  de  Halle,  où  il  étudia 
le  catalan  sous  la  direction  de  M.  Schaedel,  inscrit  aussi  pendant  un  semestre 
à  l'Université  de  Montpellier,  où  il  travailla  avec  M.  Amade,  vient  de 
publier  son  travail  de  doctorat  :  Sprachgeographisclje  Tlnîersuchungen  in 
Languedoc  und  T^oussillon ,  après  un  voyage  d'études  effectué  sur  les  points 
où  pouvait  le  mieux  se  déterminer  la  frontière  du  languedocien  et  du  catalan 
roussillonnais.  Ce  travail  est  fait  avec  méthode  et  conscience.  11  y  a  bien 
quelques  notations  el  quelques  affirmations  discutables  ;  mais,  d'une  manière 
générale,  on  peut  être  satisfait  des  résultats  obtenus. 

■^<^ 
Saluons  avec  plaisir  l'apparition  d'une  nouvelle  revue  Jlrts  et  Lettres, 
publiée  par  le  Salon  des  poètes  méridionaux  de  Toulouse,  revue  à  tendances 
nettement  régionalistes  (8,  rue  de  la  Chaîne,  Toulouse).  Le  premier 
numéro,  qui  vient  d'être  mis  en  vente,  contient  entre  autres  choses  quelques 
poésies  de  M.  Jean  Amade,  précédées  d'une  note  biographique  et  biblio- 
graphique le  concernant. 

Réclames  en  langue  d'oc  et  en  catalan. 

Les  félibres  de  Montpellier  ont  organisé  pour  la  Noël  une  Exposition- 
Concours  d'écriteaux  de  réclame  commerciale  exclusivement  rédigés  en 
langue  d'Oc,  dialecte  de  Montpellier,  vers  ou  prose.  Chaque  commerçant 
participant  doit  exposer  son  écriteau  dans  sa  vitrine  :  il  jouira  de  la  faveur 
de  voir  imprimer  gratuitement  dans  un  journal  languedocien  le  texte 
de  sa  réclame. 

Pourquoi  n'organiserait-on  pas  de  temps  en  temps  quelque  chose  d'ana- 
logue parmi  les  commerçants  perpignanais  ?  Cette  petite  manifestation  ne 
pourrait  passer  inaperçue  et  aurait  son  importance. 

Le  Gérant,   COMET.  —Imprimerie  COMET,  8,  rue  Saint- Dominique,  Perpignan. 


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DP 

C57R3 
t.5 


Revue  catalane 


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